‹ Clinique des maladies du système nerveux v. 2, 1893Chapitre 24 sur 95 · UNITÉ DE LA PERSONNE 50MNAMBULIQLE · texte numérisé non relu

UNITÉ DE LA PERSONNE 50MNAMBULIQLE

posait sur la Salpâtrière, pendant son soninambulisme hystérique. Pendant une première crise il écrit douze pages ; trois jours après, dans une nouvelle attaque, il continue, sans qu'on lui donne aucune indication, numérotant du nombre 13 la première page, au haut delàquelle il écrit le dernier mot do la dernière page écrite trois jours plas tôt. Le lendemain, le même phénomène se produit et enfin, vingt jours plus tard, il se souvient encore de lu page écrite antérieurementet la numérote sana erreur, traçant, en haut de la feuille commencée ce jour-là, le dernier mol écrit près de trois semaines auparavant. Il y a dans ce fait une preuve indéniable que la personne délirante peut exister à Tétat d'unité, et persister toujours la même dans les diverses crises successives de somnambulisme hystérique. Mais il fallait, pour se rendre compte do cet important caractère, un sujet aussi mer< veilleusement approprié que le nommé de B... Et il est bon de dire que de pareils malados ne se rencontrent pas souvent. Cho/ la plupart des autres, il sera toujours difficile, sinon impossible de se rendre compte de cela. Car on ne doit pas oublier que le somnambule hystérique oe lie pas conversation au grédeTexpérimentatour et qu'il d« donnera jamais de lui-même des renseignements de cette nature. C'est dans les diverses circonstances de son délire qu'il faudra, si faire se peut, les aller puiser.

La dénomination de somnambules a déjà, depuis longtemps, été appliquée à ces sujets qui accomplissent, dam certains états seconds, des actes dont ils n'ont plus conscience ni souvenir dans l'étal normal. On ne saurait donc mieux faire, il nous semble, que de conserver ce nom à cette catégorie spéciale de lualadeH, dont nous nous occupons ici. Mais aujourd'hui le motdesomnambulîsme ne saurait ôtre employé comme il l'était autrefois, c'est-à-dire comme désignant une névrose à part, une véritable entité morbide. Nous connaissons le somnambulisme hypnotique. En l'état actuel de la science et jusrju'à plus ample informé, on peut à la rigueur admettre Texistenco du somnambulisme naturel ou noctumbulïsmo simple (I). Pour distinguer nos

(I) U y a copondont sur ce puint certaines réserves à faire. (V< note, page 162^. (G. O,).

SOySAUBCLISlilE NATUHEÛ.

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malades de ces autres sortes de somnambules, M. Charoot propose de leur donner le nom de somnambules hystériques. Dana cette manière de voir, lo somnimbulisme hystérique — et CGtie proposition domine en quelque sorte le présent travail dans loute son étendue — ne serait qu'une manifestation de Taltaque hystérique classique avec allongement et prédominance de la période des altitudes passionnelles, au détriment des phases convulsives, qui sont avortées ou même offacées, ainsi que cela peut se voir dans certains cas.

A propos du somnambulisme naturel ou noctamhuHsme, que nous citions quelques lignes plus haut, il nous parait bon de faire remarquer que, dans un certain nombre de ca9, il doit rentrer dans le cadre du somnambulisme hystérique. On sait ce que l'on entend par somnambule naturel ou noctambule. Ce sont ces gens qui se lèvent la nuit et accomplissent automatiquement certains actes plus ou moins raisonnes. Les uns s'habillent et travaillent à leur métier, très étonnés, le lendemain matin, de trouver leur besogne faite. D'autres vont se promener sur les toits, en chemise, en accomplissant dos actes plus ou moins excentriques. Parmi ces individus, un certain nombre appartiennent, nous en connaissons dos exemples, à la catégorie des épileptiqueset sont en état d'automatisme ambulatoire comitial. D'autres, au contraire, sont réellement des somnambules hystériques dont les crises sont ou non réglées à une échéance fixe nocturne.

Nous avons été à môme d'observer un pareil fait chez deux malades, dont Tune, en particulier, était entrée à la Salpétrière comme noctambule. Il s'agissait d'une jeune fille de 23 ans qui se levait presque toute les nuits, descendait en chemise dans les escaliers, se promenait nupieds dans les cours. Nous avons pu nous convaincre, en l'observant A ce moment, qu'elle était tout simplement en état de somnambulisme hystérique, que ce somnambulisme était précédé d'une période convulsive, qu'on le Taisait cesser en louchant un point hyslérogcne et en ramenant aussi la malade à l'état de veille, au milieu dc quelques convulsions représentant un rudiment d'attaque.

en était de même chez une autre malade, grande hyaté-

CUARCOT, T. II. 11

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riqoe, qui a de temps en temps des pcriodes de noctambulisme pouvaat se répéter peodaat plusieurs naits de saîl£- Chez elle aiusi il a^agisaait simplement d'attaques Ch)*têrie avec prédominance de la période aonmambofo' délirante.

Il e&t généralement facile de faire un pareil diagnostic (juand on est à même d'observer un noctambule penUanl son nocumbulisme.

La présence de l'élément convulsif de l'attaque, Md* fluence de la pression sur le» points hyatérogéncs^ lesc»* ractêres du dciiref tels que nous les avons longuement décrits, l'influence de^ impressions sensitivea et sens£>' riellea&ur la direction des hallucinations, sont autant d' signes d'une valeur indiscutable. Malheureusement on n^ pas souvent l'occasion de faire une semblable observation- Mais si on la faisait régulièrement, le nombre des soili' oambuleb naturels diminuerait singulièrement et il n^ resterait plus grand'chose, croyons-nous, à l'actif du noC' tambuLiâme simple, lorsqu'on aurait distrait do ce groupe tous les cas nocturnes d'automatisme épilcptîque et d^ somnambulisme hystérique qu'on y fait rentrer à torC* faute d'une constatation rigoureuse des faits [Ij.

(f) M.GiMcH Je la Touretlo.sc basant sur un certain nombre U'oU^ Mrration)). (Uns lesquelles de» hystériques conlirmes auraient prfr-' aenlé aotericuremeuL des accès de nuciambulisrae, p«uao que C0 dernier «l'iat se rapproche ^ ce point de llijsiOrie, qu'il est aasiinî'* lablo tv une sorte dliyatôrio larvi^o. D'autre part, bun nombre de pr*^ tendus noctninbulet ne sont en réalité que des soœnaiiibidea byvté' riquc*s. Une de nos malades, que l'on avait crue luugtcmpA 8iin|il0 noctainUdc. a été observée avec suin dans uoc de ses crises de aoi-ditiaat nuctainlniliâinc et on a pu constater qu'il â'agissaic eu réatiti^ d'une attaque d'hystérie arec allnncremont de la phasr pansionnelle. Tout récemment un homme do notre service, atteiaC d'hystérie avec frrandes aUaqnes babiiuellcmenl diurnes, au lèv» pendant la uuit. accoiuplii un tra\ail d'écriture (lu'il a l'habitude d'exécuter pondant la veille en dehors dea altaquca. et pour 0© faire traverse une co'4r de l'hospice, prend des livres dans dm bibliothèque, etc. etc. A peine rcuiré dans an aalle. il est pris d'«M grande attaque convuU've qui monlre bien la nature véritable àt ce prétendu noclambuUsiue, lequel est (n réalité chez lui du somnambulisme h>8iériqne. Nous pourrions en dire autant d'un autre hystérique du service qui ao leva une nuit et se mil À Jouer aux ckrtes nvec im paxtcnaire imaginaire, coupant, donnant les cartes.

FAUl HYPN0TI8MF.

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Avant de terminer noua voulons insister encore sur une particularité que noua avons 8ii;nalée chemin faisant, mais qui nous somblo d'une importance capitale à plu* sieurs points de vue. Comme toute atUique d^hystéric, on peut provoquer Tuttaciuo de somnambulisme a Taide de manœuvres diverses, consistant en résumé dans l'excitation des zones hystérogenes. Parmi ces derniers Jcs points oculaires prûëentent un intôrôt tout spécial, en ce que leur mise en jeu nVst que la répétition des manœuvres les plus habituelles d'hy'pnotisalion, par exemple la fixation du regard ou Tocclusion des paupières avec pression des globes oculaires.

Tout médecin quelque peu au courant des pratiques d'^hypnotisation sait que le résultat que l'on obtient bien souvent en tentant d'hypnotiser un sujet, c*C8t do provo- <]aer une attaque do nerfs. Le doute sur l'effet obtenu n'est pas possible, quand ii s'agit d'une grande attaque convulsive violente ou d'une atta(|ue de contracture, par exemple. Mais supposons qu'il s'agisse au contraire d'une attaque

Ée somnambulisme hystérique. L'erreur sera fort possible Our qui n'y regardera pas de très près. Voici un malade, tranquillement assis sur une chaise. Noua lui fermons les yeux avec la main, exerçant une légère pression sur les globes oculaires^ tout on lui disant : « Dormez!... vous allez dormir, etc.... " Tout à coup, soit presque instantanément, soit au bout d'un cor- M^ln temps, nous voyons notre malade exécuter quelques l^ouvements de déglutition, se renverser légèrement en arrière et allonger ou replier ses bnis convulsivement

lec abattant, ramaâsant des levées, etc., elo* 8i donc on ne veut encore à l'heure actuelle nier l'oxistcnco du noctanibultsmo iplc, prétendu physiologiqtio, on peut dire loulefois que Hon ine est beaucoup moins etondu qu'on serait tentô de le croire <in'il faut en <»utre rertaincment le restreindre considérablement prottt du somnambulisme hystérique nuctunu', dont nous vous d'ailleurs cit<^, au cours de ce travail, un exempte bien :tériat>. A propos de cette question, voir: Georges Guinon. Bomnambuliisnies (bibliothèque médicale Charcot-Dobovc). •ia, IS92, Rueff, (O. G.).

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deux ou trois fois, ou xnèzne simpkment être secoué d' petit frissonnement. Puis, le Toilà qui se met à parle Nous lui donnons des suggestions, nous l'enivrons avec de l'eau pure, nous lui faisons roir on rat sur une table, on régiment dans la cour de l*hoepice. Nous sommes donc, dira-t-on. en préeence d'un hypnotisé suggestionnable. Eh bien ! il n'en est rien.

6i nous voulons prendre la peine d'y regarder d'un pou près, combien peu ce somnambule ressemble à une somnambule hypnotique ! Celui-là est actif, il parle de lui* même, va, vient, exécute, suivant son état de délire, des actes plus ou moins naturels ou bizarres. Mais, en tout cas, c'est lui qui toujours tient le haut du pavé. Nous ne sommes pour lui qu'un accessoire, pour ainsi dire, nous pouvons l'interrompre un instant, modifier plus ou moins le cours de ses idées, lui en donner de nouvelles en impressionnant ses sens. Mais si nous voulons changer complètement le programme, il ne nous écoutera plus. En outre chez lui, dans la majorité des cas, il n'existe aucun phénomène somatique semblable à la contracture somnambuliquc de l'hypnose.

Chez la somnambule hypnotique, au contraire, sans parler de la présence, dans les grands cas au moins, des signes somatiques, de la contracture cutano-musculaire, il n'y a aucune espèce d'activité, de spontanéité. Elle reste là, tranquillement assise sur la chaise, sur laquelle nouH l'avons placée pour la faire passer dans cet état. La seule manifestation d'activité qu'elle donne, c'est pour se mettre en marche et nous suivre si nous nous déplaçons, attachée qu'elle est à nous par cette sélection personnelle que l'on remarque chez certaines somnambules hypnotiques. Autrement elle ne se mettra en mouvement que si nous l'y invitons par la parole. Nous sommes maître de SOS suggestions et do ses hallucinations. Nous les créons de toutes pièces et les modifions à notre gré par la parole seulement, ou par une mimique assez compliquée, par une véritable pantomime, les impressions sensorielles simples donnant chez elles les mÔmes résultats qu'à l'état de veille et ne produisant aucune hallucination. Enfin elle est passée dans cet état d'hypnose sans la moindre convulsion.

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