CARACTÈRES DE LA SECONDE PERSONNE
avec sensation douloureuse, aggravée par le dépit d*ètre ramenée àlelat bête n, accompagnée d'un violent n ébranlement nerveux». Le réveil s'annonce invariablement par trois bâillements convulaifd.
Ce Bont là, à n'en pas douter, de véritables zones hystérofrénatrices, dont l'excitation fait cesser l'attaque à forme spéciale dont la malade est affectée, en provoquant quelques phénomènes convulsifs (les bâillements).
Mais ce n'est pas tout. Je disais en commençant, parlant du somnambulisme hystérique, qu'il y avait entre le somnambule profondément concentré dans son délire que les excitations les plus simples parviennent à peine à impressionner, et le somnambule tranquille, répondant aux questions et auprès de qui un individu non prévenu passerait sans se douter do son état, toutes les transitions possibles. Eh bien, nous allons trouver, chez la malade de M. Dufay, une transition entre les derniers exemples de somnambulisme hysléri(|ue et les caa de dédoublement hystérique de la personnalité.
En effet, cet auteur a constaté que sa a somnambule n'entend que lc3 bruits qu'elle écoute, que la personne qui s'adresse directement à elle. Les rires tes plus bruyants, les conversations à haute voix, les cris même, elle n'er.« tond rien, si on n'a pas fixé son attention par une interpellation directe. » N'est-ce pointlà, pour ne pas dire plus, une analogie frappante avec le somnambule hystérique? On objectera qu'il y a entre les deux une différence fondamentale, à savoir que l'un délire et est en proie à des hallucinations variées, tandis que l'autro vit, en apparence, de la vie do tout le monde. C'est vrai, mais à côté de cela d'autres analogies, et en particulier celle dont je viens de parler, rapprochent induliitablcmcnt les deux cas lur. de l'autre. La différence qui les sépare nous permet tle ranger l'un dans le somnambulisme hystérique et l'autre dans le dédoublement de la personnalité, au sens étroit où dous l'entendons ici. Mais c'est tout.
£n tous cas, reste démontrée l'allure d'attaque hystérique que rcvél bien nettement chez lamaladedo M. Dufay chaque accès de condition seconde.
Les nccôs reviennent tous les soirs, quelquefois pendant
CAS DE U. TIZIOU.
■Vi
le sommeil normal; d'aulres fols pemlant le jour, sous l'ionuence d'une émotion vive. Lorsqu'il a lieu dans le aoiréo, a Mlle R. L.^ après avoir continué la veillée, monte
sa chambre en même temps quo ses compagnes, tra-
illc dans Tobscuritë ou se couche et passe insensiblement du sommeil agité (1) au sommeil tranquille et normal, pour se réveiller à l'heure réglementaire. Elle est alors ipcs étonnée de trouver achevée la besogne qu elle se rappelle avoir seulement commencée, ou mémo avoir eu Tinteniion de commencer. »
M. Dufay put observer chez sa malade ces phénomènes de dédoublement de la personnalilô, qu*il croît de nature hystérique, pendant une douzaine d'années (depuis 1845 environ). Dans la suite, il apprit qu'ils avaient cessé nn 1886.
Toi est le cas de M. Dufay, On peut en résumer en quel- <|ties mots les points les plus saillants: hystérie; accès do dédoublement de la porsonualité, avec persistance du souvenir de la premiéi-e personne dans l'état second ; possibilité de faire cesser les accès en excitant certaines lones hypereslhésiques.
L'élément hystérique, qui saute aux yeux chez la maide de M. Dufay, est encore bien plus accentué dans le
**s qui a été rapporté par F. Vi/.ioli [2\, Le malade ob-
8er\'ê par cet auteur est un jeune homme de vingt ans, *4u dune famille de névropathes» bien développé, hyslé- "jue et atteint d'une perversion complète du sens gé-
[jtal. Les attaques quo M. Vizioli décrit comme accès hypnotisme spontané {accessi di ipnotismo sponianeo)
•Ont purement et simplement des attaques d'hystérie de
(l|Noua ne savons point si l'auteur a consUlé de visu ce paa- ^^inaensiùle d'un état îl r.ititre. Les rnota n sommeil agité ■> P*nnettraient poul-ôiro de croire qu'il existe là aux environs de OepasMge quelques phénomènes d'ordre convulsif, ainsi quo cela ••Woduil pondant la journée [les trois bàilloments du rûveil).
IM F. Vizioli. — Dei morho ipnotico {ipnotismo apont&ncot *>*fonomo e delte suggestioni.iGiorn. di Neuropaih.t !885|. CujiHCOT, T. II. 13
CAS DE M. VIZIOLI,
forme un peu anormale et mélangée de phénomènes hypnotiques. Cotte immixtion de manifestations hypnotiques dans l'attaque hystérique n'est point très rare et MM. Oharcot, Richer, Pitres en ont rapporté d'assez nombreux exemples.
Quoi qu'il en soit^ dans les crises que présente le m&lado de M. ViKioli, l'élément hystérique est largement représenté. Chaque accès se compose de quatre périodes. Tout d'abord, on remarque i un stade de collapsus ou de léthargie, avec résolution des membres. » L'individu, tes yeux fermés, et danH la résolution musoulaire la plus oomplèto. reate cependant oonaoient et répond à toutoa les questions qu'on lui pose. Cette première phaêe duro dix à quinze minutes et l'auteur a constaté, pendant sa durée, la préacnoo du phénomène hypnotique connu sous le nom d'hyperexcitabilité neuro-musoulaire.
Vient ensuite une phase de grands mouvements, arcs de cercle, suivie d'attitudes passionnelles variées pendant lesquelles le malade parle, crie, chante, gesticule. Cette période, dont la durée est do dix à quinze minutes, peut manquer dans quelques-unes des attaques.
Le troisième stade est caractérisé par des phénomènes cataleptiques. Il est accompagné d'une perte complète de la connaissance et do la mémoire, le malade n'ayant aucune notion des actes de sa vie ordinaire, pas plus que des faits accomplis pondant les deux autres stades. Ha durée est à pou près moitié moindre que celle des deux précédents.
Il passe de là dans la quatrième phase désignée par M. Vi- 2LoU sous le nom de stade de somnambulisme. Celui-oi est marqué par « un retour do In connaissance et une lucidité mentale surprenante. Le malade a les yeux fermés comme dans los deux autres stades; mais il perçoit parfaitement toutes les Impressions cutanées, tactiles, thermiques ou électriques. Il se souvient très bien de ce qui 8*est passé dans les deux premières pha8e8,maiH non dans la phase cataleptique... Use souvient aussi de ce qui est arrivé dans les accès précédents et en outre de tout ce qui s'est passé pondant l'état do veille... Il a donc une double mémoire, l'une se rapportant au cours habituel doses pensées et de ses actes, l'autre qui s'étend à toutes les périodes du somnambulisme... Mais dans l'état de veille il neoonserve aucun souvenir do l'état somnambulique. La durée de cette phase est, si l'on peut dire, indétinie. Le sommeil n'aurait point de fin si l'on ne réveillait ce malade artificiellement, en lui
PHÉNOUKNBS HTSTâRIQUES.
ouvrant les paupières et en lui soufflant sur lea yeux. » Pendant oot état, Il est éminemment suggcatible.
II y a là un dëdoubloment évident do la porsonnalité. A vrai dire il est fâohoux que M. Vizioli, qui a trouvé Thypercxcitabilité neuro-musculaire dans laphasolélhargique de cette attaque, n'ait pas recherché de môn^e la contracture somnambulique dans le dernier stade. Feut-ôtre, sMl l'y eût trouvée, cela l'aurait-il confirmé encore davantïige dans ropinion qu'il se trouvait en présence d'un cas d'hypnose spontanée. Mais, pour moi, je ne puis voir là-dedans qu*uno simple attaque d'bystério avec immixtion de phénomènes hypnotiques.
Si quelques-uns dos phénomènes observés peuvent être on effet légitimement rapportés à Thypnotisme, il en est d'autres qui n'en ont jamais fait partie et qu'on ne saurait lui rapporter. Par exemple les convulsions, lea grands mouvements. Tare do cercle do la seconde période, ainsi que les hallucinations accompagnant et caractérisant les attUiudcs passionnelles se plaçant à la lin de cette phase convutsive. Voilà qui est bien du domaine de l'attaque d'Iiystorio et non do l'hypnotiume. Mais je reviendrai plus loin sur cette question des différences ({ui permettent do distinguer le dédoublement do la personnalité du somnambulisme hypnotique. Pour le moment, je ne veux retenir que ceci : dédoublement de la personnalité survenant par (-'r lises, à la Ou d une attaque d'hystérie dûment caractérisée.
Dans le cas de M. Ladame (de Genève) |1), l'attaque Mystérique d'où dérivaient les phénomènes de dédoublement de la personnalité affectait une modalité spéciale. Il ne s'agissait plus d'une attaque convulsive, comme cidessus, mais d'une attaque de sommeil.
(l| Ladame. — Obftervntion do somnêtmbuUame hystérique ^wc (iédoutlement de laperaonnaltté, guéri pttr la Bugtjettion ^]lVnotique. iisoc. médico-psycho., 30 jaav, 1888 — et /2eo. de *hw>nof. expérim. et thèrap,, !•' mars lgÔ8, p. 257).
La malade de M. Ladame, jeune fille de 27 ans. a unu hérédité névrup^thique assez chargée. Sa mère était, comme elle, atteinte de flomnambulismo et d'attaquc£ de sommeil. Sa soaur a bouffert pendant quelques mois d'une coxalgie nerveuse.
L'histoire de sa vie est assez caractéristique. Dans su première enfance, à la suite d'une peur violente occr.sionnée par un incendie, elle devint somnambule {noclamhuie). Elle ae levait la nuit, courait dans la cuisine ou dans les corridors de sa maison et on était obligé de la rapporter dans son lit, d'où elle s'échappait do nouveau, parfois à plusieurs reprises M)«H Ces crises de somnambulisme n*ont jamais cessé et sont mèmtf( assez fréquentes depuis.
Au mois do janvier {887 survint la première attaque de sommeil caractérisée, à la truite de Témotion occasionnée par un commencement d'incendie qu'elle avait allumé par accident. Dans la suite, les attaques se répétèrent et, peu à peu, on s'aperçut que lorsqu'elle sortait de sa crise de sommeil elle se présentait avec des allures bizarres et surtout avec un carao* tore qu'on ne lui connaissait pas. C'était la première constatation de Vétat second, du dédoublement de la personnalité. A quelque temps de là, son tiancé s'aperçut par hasard qu'il pouvait l'hypnotiser.
M. Ladamc décrit, aiQBÎ qu'il suit, les caractères qui distinguaient chacune des deux personnalités de sa malade.
ni de
« Pendant l'état flecond, M"^» X... change complètement Caractère. Douce, aimable et un peu molle à Pctat normal, elle devient impatiente, méchante, impétueuse, mais active et travailleuse. Elle mange avec un meilleur appétit et digère beaucoup mitiux qu'à l'état normal. Elle n a plus de maux d'estomac. Elle chante, elle joue du piano, olle prend part h la conversation, riposte hardiment et a des mots qu'elle ne trouverait pas habituellement. Elle ne dit jamais de paroles grossières, mais clto a la main leste. Elle ne supporte pas la contradiction ; elle distribue généreusement les taloches, et. un jour, elle disait à son Qancé : < Allons, mon ami. il faut nous « marier tout de suite, pour que je puisse te faire marcher. * Revenue à l'état normal, elle ne se rappelle absolument rien de ce qu'elle a dit ou fait pendant l'état second, et elle n'a jamais voulu croire qu'elle s'était exprimée comme nous venons de le