‹ Clinique des maladies du système nerveux v. 2, 1893Chapitre 36 sur 95 · II · texte numérisé non relu

II

OBSERVATION DB MAAGCSAITB b.

J ai eu l'occasion d'observer, a la Salpêtrlère, dans le service de mon mailre, M. le P' Ch.'ircot. deui cas bien caractérisés de dédoublement de ]a personnalité chez des hystériques. L'un deux a été soumis à mon obser\'atïon pendant dix-huit mois, l'autre, que je connais depuis mon internat chez M. Charcot, en 1885, c'est-à-dire depuis sept ans. ne s'est révélé à moi comme 'ras de personnalité dédoublée que vers le mois de mars 1^90. Elle est encore actuellement dans le ser\'ice declinique. Ces deux malades ont été présentées à diverses reprises par M. Charcot dans ses leçons cliniques (1) et c'est d'après son enseignement et aidé de ses conseils que j'ai rédigé le présent travail.

Observation de Marçruerite D...

Cette jeune tille, âiréedo 16 ans^ estentréeàla Salpôtrière au mois de novembre 1889 et en est sortie en avril 189!. Les recherches que noua avons faites sur son compte pendant cette période de dix-huit mois ont donc pu être contrôlées à maintes reprises et ont toujours fourni des résultats identiques. Je ne les rapporterai pas ici par le menu, faule de place, car elles constituent un assez volumineux dossier. J'essaierai seulement par quelques détails bien typiques de donner une idée nette de ce cas si intéressant.

Ses antécédentR hdréditaires sont assez chargés. Son ptre, mort poitrinaire à trente-trois ans, était alcoolique et souffr:iit d'attaques nerveuses, qu'en l'absence de renseignements sufGsamment caractéristiques on ne peut nettement déOnir. Elles se rapportaient sans doute à l'hystérie ou ii lépilepsie. Sa mère, morte également des suites d'une phlhisîe pulmonaire, était émotive. Knfîn un oncle paternel, aliéné, est mort h l'asile de Vaucluse.

(U Voir i>lii6 haut (n* X.VIX] la leron fie Ghiu-L-..l : Du vigi lambuiisme hystérique (dédoubleinertt hysiéritiue de la pcrson-^ nalilé}, ei aussi (a* XXVII) : Oeit jtomnam6u<ismes. Revue pi M. Blotq, d'après lea leçons de M. le Professeur CUorcot.

003BRVATJON DE MaHOUBRJTC D.

Je ne dis rîon ici touclianl les antécédents personnels et la vie antérieure de Marguerite. L'interrogatoire de la malade mettra ultépleuroment les faits en lumière. C'est d'ailleurs, comme on le verra, l'existence fort peu mouve-

lentée d'une jeune fille de seize ans.

Les accidontçi qui l'ont amenée à la SalpôtHère ont débuté ?tu mois d'octobre 188*1. HUo souffrait à cette époque d'une eumonic (?f et sa famille, croyant sa vie en danger, voulut i [aire adtuinistrer les sacrements et lui amena un prêtre. le on fut fort effrayée et malgré ses refus on voulut la faire nfesser. C'est h l'émotion ressentie alors qu'elle attribue le [d^Tclopporaent des premiers accidents.

furent d'abord des attaques de nerfs avec perte do confinée, convulsions, pendant lesquelles elle se renversait arriùre en faisant l'are de cercle. Peu À peu. â la suite de i attaques, on s'aperçut qu'elle était bizarre. Ellle restait pondant de longues heures les yeux fermés, marchant et se 'induisant comme d'habitude; puis cette espèce de somnambulisme se juL'oait par une attaque cl tout rentrait dans l'ordre. Cet étal bizarre fmit, au bout de quoique temps, par se pro- M^r la plus grande partie de la journée ; les yeux n'étaient toujours feriuOs mais bien ouverts, et cepLMidant l'enfant issail indifférente à tout ce qui se passait autour d'elle, Elle semLlail pas reconnaître ceux qui l'entouraient et s'absorbait adea lectures interminables. Quand cet état cessait, interpu par quelque attaque convulsivc, on s'aperçut que la e ne pouvait plus marcher, qu'elle avait les jambes tnnie paralysées.

(^dst dans ces conditions qu'on Tamena à la Salpêtrière. Mqucs minutes après son admission, je la pris avec moi 08 le cabinet du médecin et passai quelques heures en tète ^te avec elle, h rcxamincr. Kn sortimt de lit, sans m'ôtre u compte de tous tes détails que l'on découvrit par la 1^^, j'en avais assez vu pour acquérir la certitude que cette )euinï tille présentait deux étals bien distincts : l'un, état A, prime, état normal, état de vaiitt pendant lequel elle ne t marcher et conservait le souvenir des faits de toute antérieure; l'autre, état B, état second, condition *«état anormal, état de vigitambulisme, d&ns lequel eWe le libre tisasre de ses membres inférieurs, avec une perte iotue de la mémoire de tous les faits antérieurs au mois ôdent, et prosentait spontanément un certain nombre de Qifcslations que Ton est habitué à rencontrer dans le grand yPQollsme, tels que hypercxcitabilitc neuro-musculaire, phé-

ÉTAT VICILAMBLLIQUE.

Domènes cataleptiques, contracture somnambulique,

gcstîLilité,

^ug-

J'inaistesur ce point : c'est le jour même de rentrée à riiospicCf quelques instants après l'admission, alors que la malade, encore entourée de sa famille, avait eu tout juste te temps de pénétrer dans la salle dos malades pour y déposer ses affaires, que je l'ai prisedes mains de ses parents, et, l'ayant emmenée avec moi, ai constaté d'emblée les principaux phénomènes qui caractérisent chacun des doui états. On comprend quelle importance ce fait doit acquérir au point de vue de la légitimité des phénomènes observés, surtout quand on sait que cette enfantarrivatt d'une petite ville de province, où tout foyer de contagion nerveuse ou d'imitation simple faisait absolument défaut.

Dans la suite, on étudia plus minutieusement les phénomènes caractérisant chacun des deux états, et l'on arriva aux résultats suivants :

1" Etat B {Éiat anorma/, condition seconde, éUit d^ vigilambulisme).

Je commence par décrire cet état parce que c'est celui dans lequel la malade se trouve le plus ordinairement. En réalité, bien que ce soit un état anormal, c'est son étaC habituel. Elle y entre à son lover et n'en sort qu'une fois couchée.

Elle y présente tout à fait l'aspect d'une personne normale. Sa physionomie est expressive; elle parait tout à fait à son aise et exempte do toute aouflVance. Elle va, vient, court, saule, parle comme une personne ordinaire. J*&i même pu constater ù l'occasion du bal annuel de la Salpôtrière, le jour île la mi-carémc, qu'elle savait encore danser et n avait point oublié les rhythmes ni les p^os des diverses danses qu'on lui avait apprises autrefois. Elle a parfaite notion de son existence et d'elle-même; elle sait parfaitement bien qu'elle est Marguerite D... et non une autre personne et dit sans hésiter son nom et son prénom. Mais si on veut pousser plus loin l'interrogatoire et lui demander des renseignements sur sa famille, on voit déjà apparaître les premières lacunes de mémoire dont l'en

PHËNOUÈNES d'aUNÉSIE.

ble suffit en somme pour consUluor le dédoublement personnalité. Elle connaît le nom do son père, mais ne faut pas lui en demander plus long; c'est tout co >lIo Fait. Le reste de sa famille est pour elle dans la plus absolue obscurité.

Parmi les notions conservées dans cet état B, et qui ne ntribucnt pas pour peu de chose à lui donner l'aspect *unc personne ordinaire, se trouvent la lecture et l'écrire. Elle sait lire et écrire et elle ne fait pas plus de utes d'orlhograptie.dans cet état, qu'elle n'en feraitdans état normal. Elle continue à coudre, à faire du crochet ou quelques autres ouvrages de femmes, correctement^ Ds maladresses ni défaillances de mémoire. Elle sait lire les chiffres et les nombres composés de ux chiffres. Mais ses connaissances so bornoiil là en fait thmétique. Si on cherche à lui faire lire le nombre 354 eocempte, elle lit : trois, cinq, quatre, ou trente-cinq, Is ne peut dire le nombre formé par les trois signes. i lui dit alors d écrire trois cent cinquante-quatre, elle ee 3 et s'arrête là. Elle est en outre absolument incale de faire une addition ou une soustraction, ni toute •e opération d'arithmétique, si simple qu'elle soit. Mais ces phénomènes demandent à être clierchés^ ils ne aautenl pas aux yeux tout d'abord et, je le répète encore, cette jeune fille, dans cet état» présente, pour tout observateur non prévenu, médecin ou non, absolument Tappa- Krence d'une personne ordinaire et normale. On ne saurait Jonc lui appliquer régulièrement répitl»cto de somnambule et caractériser son état par la dénomination de soin- %umbulisine. Le mol « vigilambulismc » proposé par Mm. Egger et Loreboullot pour designer l'état second de Felida (la malade de M. A/am dont l'observation est ré«umée plus haut) paraît de beaucoup préférable et doit passer dans l'usage. Nous continuerons donc à l'employer. Mais cette jeune fille d*apparencc normale est cependant malade; elle présente des troubles qui méritent d'attirer l'altenlion. et dont la présence justifierait à elle seule son séjour à rhôpital. Elle a tout d'abord des crises de nerfs. Celles-ci 6ont bimplemcnt des attaques vuljraires d'hystérie, pas très violentes, mais suffisammontcaractcristiques.

STIOUATBS HYSTÉniQUUS.

le» n

Pua de période ôpileptoido nette, aon plus que de ph^a^^ d'utUtudos passionnelles, mais une phase de contruct ou de grands mouvements d'une violence tnodcréc. milieu desquels on retrouve Taltitudo typique en arc cercle. D'ailleurs pas de morsure de la laui^ue. pas miction involontaire pondant la crise. Nous soiiiiues d en plein dans le domaine de l'hystérie.

En elfct, si Ton pousse plus loin Tcxamen, on coos tout de suite la présence d'une aneslhcsie totale pour contact, la douleur et la température. Cette anesthé> porte également sur les sens spéciaux: le coût, l'odor* sont tolalcmunl abolis à droite et h L'aucho ; Touîe est r«:> ' lemcnt obnut)ilée des deux côtés. Du côté de la vision, O note un double rétrécissement du champ visuel, de 30** gauche, de 50* adroite (v. Fig. 1) et une dyschromatops/^ presque complète: la malade ne voit plus que le rouge.

Fiif. i — Ghainp tI»u«1 de Margiisrlte nia... dans l'état rlgilmmbullque.

•4 En ce qui concerne la mottlité, il n*y a rien de particulier à signaler, sinon qu'il existe un certain degré de diathèso de contracture. La bande d'Rsmark appliquée sur un membre le fait entrer immédiiitement en contracture. Miiis point de paralysies, point de contractures spontanées.

Si Ton s'adresse à la mémoire, on a'upcrçoit tout do suite

AMNESIE.

existe la un trouble considérable, qui fait vêritableint de la personne actuelle, vigUambulique, une personne itc nouvelle. Cette deuxième personne n'a en effet icune notion de In vio antcricuro, autrement dit de la ïfsonne première. La malade connaît, on Ta vu. le nom son i>àre, son adresse, mais elle a totalement oublié les indrcs détails^ comme lea évônementa les plus imporits de son existence, pendant les années qui se sont écoute depuis sa naissance jusqu'à une période Hsse;^ nette* ^Dt définie. Celte période, dont cependant on no peut tctcmcnt fixer la date, ni surtout la durée, en raison de ;norance où nous nous trouvons dos questions précises (adresser, et aussi parce que la transformation ne parait s'être brusquement faite on un jour, paraît correspondre lex exactement au moment où elle a ressenti la violente lotion delà conlession forcée pendant sa maladie.

k partir de ce moment la nuit est complète et la malade

pas la moindre notion do ce qui s'est passé avant cet

»de. Si on lui demande où elle a ctéelovée, qui lui a

^ lire, si elle a été en pension, et où, elle est dans

"impossibilité absolue de répondre. « Je ne sais pas, »

ît-ello. Elle ne parait d'ailleurs pas autrement étonnée

celte ignorance, mais bien philôt agacée par ces ques-

»Qtt qu'on lui pose et t aux(iuelloH on devrait bien voir

l'clla est dans l'impossibilité de répondre. » Le champ

quGtitions â adresser à une jeune tille de sei/.e ans,

réeconvenablementchoz des parents (elle est orpheline)

qui n*a pas d'histoire, ayant toujours été heureuse,

► assez limité. Quand nous lui demandons où elle

fcahiiaii il y a deux ans et qu'elle nous répond: aJ'ha-

Wtaifl à i*... o ; il se trouve que c'est vrai. Mais ce n'est

parce qu'elle s'en souvient, c'est parce qu'en réalité

' n a jamais quitté (sauf pondant ses années de pension)

'* ville de F... et que par hasard son aflirmation se trouve

*lfc vraie. D'ailleurs elle ne s'aventure pas toujours ainsi,

's plus souvent « elle ne sait pas, ou elle no sait plus. >

Koua devons donc nous borner, pour caractériser cotte lésie totale, à la constatation de Tignorancc où elle se ivode faits importants de sa vie antérieure ^annéeb de P^usiou, renseignements sur sa famille).

AM.VËSIE.

Maison scrutant plus attentivement on s'aperçoit qi rinstruction qu'elle a pu acquérir a également dispari Elle suit encore lire, écrire, coudre, il est vrai, mais eilen peut pas calculer. En outre, elle ne sait pas un 010 d'hiatoire, Jeanne d'Arc, Cléopûlre, Marc-Antoine, soiil des inconnus pour elle.

Si on pousse encore plus loin, on voit qu'elle ne possède pas certaines notions fournies à chacun, tant par l'cduca tion et l'instruction que par l'expérience journalière «3 la vie. Nous avons pu constater ce fait dans une circoO' tance particuliùre. ^M

Une jeune myopalhique du service, nommée L..., venait mourir. Marguerite, qui l'aimait beaucoup, en était tout ^ tristée. Nous lui demandona alors : « Qu'est-ce qu'être morfc R. « C'est ne plus respirer, » (L... était morte phthisique v^ de la dyspnée comme sjmptôme prédominant), D. « QueT^ on des morts ? 0 R. « On les met dans une voilure. » D. 4 Co J ment s'appelle cette voiture? • U. « Un corbillard, r D. «^ vont les morts ? » R. « Je ne sais pas. » 0. € Qu'est-ce qu*u bière? » R. t Jo ne sais pas ; on ne me l'a jamais dit. D. « Mtf on les porte en terre, les morts* • U. « Je ne sais pas. • D. <T n'as pas peur dos mortes?» R. • Non. » D. « Y a-t-il àt morts ici? 0 Elle jette un regard circulaire sur les quelque personnes réunies dans le cabinet du médecin et répond a Non, tout le monde respire. ■ D, « Tu n'as jamais vu c morti' » K. n Non, i> D. « Eh bien ! et ton père '/t R. «Jet sais pas. a D. n Où va-t-on après la mort? a R. « Je ne sa pas.» D. « Connais-tu Tenfer?» R. « Je n'y suis jamais allée D. a Sais-tu ce que c'est que l'Ame ? » R. « Qu'est-ce que c'e que ça? »... 1). • Qu'est-ce que c'est quVn cimetière ? R. «C'est un jardin a"\ec des croix. » D. « Qu'y mot-on ? R. t Je n'en sais rien. » j^

Il y a là, comme on le voit, ignorance de notions a quiscs tant par l'instruction que par la pratique joum lière do la vie. Mais ce qu'il y a de bizarre, c'est que malade conserve pour ainsi dire automatiquement la co respondanco de la représcnLiition graphique et littérale 1 Torlhograplie de ces molH dont cHo ignore si complet ment le sens. Le lendemain do co jour où on Tavait so mise au préeédent interrogatoire, on lui fait écrire so dictée les lignes suivantes : « L... est morte et e?Wej

KOTIOXS NOCVELLCa ACQUISES DANS L'ËTAT B.

On la mettra dans le cimetière. On la mettra dans la fosse où son corps pourrira, malgré le cercueil ou autrement dit labùVe.i» Elle écrit tout cola corroctomont, sans hésitor et sans faute d'ortho.;^raplie. Mais, interrogée sur le sens de ces mots : enterrée, cimetière, cercueil, bière, eilo est dans rimpossibtlité absolue, comme la veille, d'en donner \h sens.

Si elle a presque tout perdu dans cet état B, on rêvante elle a fait quelques acquisitions nouveDos. Depuis qu'elle est à Thôpital, elle a Hé connaissance avec la plu* ►art des malades du service et, en particulier, successivemontavec deux d'entre elles, tout d'abord avec Mario II... (u ne viji^ilambule comme elle, dont l'observaiion se trouve plus loin) et ensuite avec Marguerite F... (l). On verra plue loin à la suite de quelles circonstances elle s'est brouillée avec la première et liée avec la seconde. Elle passe toutes seajournées avec l'une ou laulro de ces deux femmes. Kl les a font popote» ensemble, si l'on peut dire, partagent leurs bijoux, leur argent, sortent ensemble on ville avec lôur famille. Elle les connaît donc parfaitement bien et ^J>.a.rait les aimer beaucoup. Elle connaît, égalemont les ^^PUrvcillantes, les infirmières, tout le personnel médical ^^Ëu service, ainsi que toute la topograpliio do la Salpô- ^p*iéreet, en particulier, une sorte de grand jardin où les F ■ïialades vont se promener pendant la journée et que l'on j appelle a la hauteur». Tous ces détails no sont point oi- ' ®®Ux, comme on le verra par la suite. j Ce sont là des notions nouvelles, dos sentiments nou- , ^<ï^ux acquis par rhabiludo et par le train-train de la vie *^^ tous les jourti. Il on est d'autres que l'on pourrait ap- ' £^^^r accidentels et qui résultent d'uu lait isolé, d'un ^^êoement particulier.

Un jour Marguerite, dans une des sorties qu'elle faisait de ' 7**paen temps avec sa famille, est emmenée par elle (tou- ( JOixt^ on état tJ. puisque cela se passait pendant le jour) h une

, ^ ^ ^ t/obscrvaiion do cetto malade a été ptiljlic'e dans une leçon °® W. Charcot sur l'œdèaie bleu hyslénqiie. V. t. I, n" V, P*Ke 95.

CONTRACTURB LÉTHARGIQUE.

matinée du Ihéâtre de la Porte-Saînt-Martin et assiste k \a représentation d'une pièce intitulée « Cléopàtren. Le lendemain, nous rinterrogeona sur ce qu'elle a vu. Elle ac souvient bien d'avoir vu cette pièce, mais il ne faut pas trop lui demander de détails. Gléopàtre, • c'est une femme qui se fait

mourir avec un serpent. » Marc-Antoine, «c'est un monsieur

intéressé dans raffaire, a mais elle ne sait qui il est, d'où il vient, quel est son pnys. S'ngit-il d'iiistoiro roinaino, d'événements accomplis en Kg>"pte? Elle ne «ait pas, elle ne se souvient plus, a Du reste elle n'a jamais appris d'histoire. »

Au bout dun certain temps, elle se rappelle encore être allée voir a Cléopfitre > mais ses notions au sujet de la pièce et de ses personna^^'cs deviennent do plus en plus confuses. Elle

finit par ne plus savoir comment Mnrc-Autoine était habillé, do quel pays Cléopùtre était reine, etc...

Il semble diaprés cela» et d'après d'autres exemples que nous no saurions rapporter ici, que les notions nouvelles acquises accidentelioment dans rétatB,60nt peu profondes et n'ont par suite que peu de tendance à persister. De là cette sorte d'indifférence rieuse avec laquelle ollo traverse Texistonce, ne slntorcssant guère aux événements de chaque jour et les prenant presque toujours gaiement.

Mais ce n'est pas tout : le jour môme de rentrée de la malade à l'hôpital, jo m'aperçus qu'elle présentait certains signes (jue l'on est habitué à rencontrer dans rhypnclisme et qui en caractérisent ordinairement les différents états. J'ai déjà parlé de la diathôse de contracture que l'on met en évidence àTaide de la bande d'Esmark. De làùThyperexcitabilité neuro-musculaire que M. Charcot a décrite dans la Iclhargie, il n'y a qu'un pas. Ce n'est pas évidemment le phcnomône à son plus haut degré de développement que l'on observe chez elle, et avec toute la délicatesse qu'il peut revêtir chez certaines léthargiques. Mais en pressant sur un muscle on le fait entrer on état de contracture permanente, qucl'on peulfaire cesser en excrg%nt la même manoeuvre sur les muscles antagonistes.

Si l'on vient à produire auprès d'elle, et sans qu'elle soit avertie, un bruit d'intensité moyenne, tel que celui qui résulte d'un léger coup de poing sur une table, ou de la chute sur le plancher d'un objet sonore, comme une cuiller

PHÉNOMÈNES SOUNJlMBULIODBS.

par exemple, elle tombe immédiatement en catalepsie, interrompue dans lo geste ou l'altitude du moment. Nous l'avons aussi maintes fois surprise dan^ quelque travail d'aiguille, ou mettant la main sur lo bouton d'une porte qu'elle se préparait à ouvrir. Elle reste alors comme ngée dans l'attitude qu'elle prôsontait, lo geste qu'elle exécutait, au moment où le coup s'est produit. Si on la retire alora de cette position, on s'aperçoit que ses membres présentent la flexibilité, la mollesse spéciales à l'état catulopti(]ue. On les meut sans rencontrer de résistance, et s'ils gardent la position qu'on leur donne, c'est sans l'intervention de cette rigidité qui fait souvent croire à de la catalepsie dans des cas où il n'y a en réalité que de la contracture. La catalepsie chez elle n'est pas tout à fait parfaite, en ce sens i\nc l'on n'y trouve pas la suggestibililc par le sens musculaire et les sens spéciauXjqui caractérise les cas complets.

On sait que Ton peut, chez certaines hystcrirjues hypnotisables, produire la catalepsie par un bruit subit et éclatant. Notre cas diffère de ceux-là en ce qu'il sutlit, pour arriver au même résultat, d^un bruit d'intensité fort modéré.

Jusqu'ici nous ne sommes pas encore, malgré tout, bien loin de l'état normal, ces phénomènes pouvant être à la rigueur considérés comme l'exagération do dispositions habituelles chez les hystériques bypnotisablcs (diathèse de contracture^ production de la catalepsie par un bruit subit et inattendu). Mais voici qui nous en éloigne considérablement. La jeune Marguerite présente, dans cet état apparent de veille, quelques-uns des phénomènes somatiques et psychiques du somnambulismo hypnotique, et non des moins importants : la contracture par excitation légère de la peau et la suggestibilite somnambuUque. E/une part» en soufHant sur la peau on fait coniracturcr les muscles fious-Jacents; d'autre part, la malade accepte à peu près snns résistance toutes les suggestions verbales qu'il plaît à Tobservateur de lui imi>oser.

Nous avons tout essayé dans cet ordre d'idées, depuis les choses les plus simples et les plus naturelles, jusqu'aux choses les plus compliquées et les plus grotesques. On lui a fait voir et caresser un chien ou un chat imaginaires, on

SU6&BST1BILITÉ.

lui a présenté des élèves du service comme coiffés do casques à panaches ou de l>onnets de coton. Elle s'étonne un peu, mais rit des choses ridicules sans se préoccuper de leur invraisemblance ou de leur inopportunité, les acceptant sans chercher à les contrôler.

Cette suggesLibilité est telle qu'elle a failli coûter cher à cette malheureuse enfant ainsi qu'à sa compagne, Marie H..., notre autre vigilambule.

Pendant Tété de 1890, parmi les nombreux médecins étrangers qui fréquentaient le service de clinique» se trouvait un homme, qui s*ctait présenté à nous comme docteur on médecine et que M. Charcot avait autorisé à suivre le service. Cet homme n'était sans doute qu^un vulgaire charlatan, ijuelquc magnétiseur de foire qui s*ctait introduit à lu iSalpâtrièro à la rcclierche de t{uelque « sujet » qu'il espérait y rencontrer et emmener avec lui. Nos deux vit^ilambules lui convinrent prot^ablcment et ce fut sur elles quMl jeta son dévolu. Alors à la faveur de son titre emprunté (du moins j*aimo mieux croire qu'il en était ainsij , titre qui lui ouvrait les portes de l'hospice dans la malinOf à l'heure do la visite, il revint seul dans l'aprèsmidi, s'aboucha avec les malades dans tes jardins de l'hospice. 11 leur proposa de les emmener avec lui à Kome, dans son li<)pital où il avait mille(!] hystériques, a II les soignerait bien, tes guérirait et si de temps en temps il les montrait â ses cours, il leur donnerait en échange des robes, des bijoux à foison. On les soignait mal à la Salp6trière, on les plongeait de plus en plus profondément dans la maladie, etc.. etc... » En peu de temps il retourna si bien ces deux pauvres tètes détraquées qu'elles devinrent indociles, insupportables, semant le trouble dans toute la salle.

L'une d'elles, moins rusée que Tautre, se targua un jour devant moi de ses espérances et des propositions qu' « on 0 lui avait faites. Je les soumis immédiatement à une survcitlunco étroite et malgré tout j'eus toutes les peines du monde pendant une dizaine do jours pour arru* cher de leur cervelle les suggestions que cet individu y avait fait entrer. Mais les clioses finirent par rentrer dans l'ordre et alorâ, sculomeal, j'appris la cause de tout cola et

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