DIFFÉRENCES ENTRE LES DEUX ETA.T
festations analogues clans quelques-uns des autres cas
publics.
On a vu que ces phénomènes étaient les premiers qui noua avaient sauté aux yeux chez Marie H... et que nous étions restés longtemps sans nous apercevoir de ramnéste qui achevait do caraclériscr son état second. II est donc possible que, parmi les cas do sug'gestibilitê prononcée à l'état de veille, on trouve des exemples de vigilanihulisme hystérique méconnus. C'est ainsi que nous avons eu on 188[>, dans le service do M. Charcot, une jeune fille de seize ou dix-huit-ans qui était absolument analogue à Marie H... à celle époque, et qu'on appelait alors déjà, comme elle, une somnambule éveillée. On ne chercha jamais chez celte jeune fille les manifestations amnésiques du dédoublement de la personnalité, mais, étant donné le souvenir que cette malade m'a laisse, ses allures pendant son séjour à l'hôpital J'inclinerais fort à croire aujourd'hai, éclairé par Ica cas que j'ai eus depuis lors sous les yeux, qu'elle était tout simplement une vigilambule hystérique.
En est-il de même dans quelques cas connus de suggestibilité très accentuée à l'état de veille et désignés par M. Beaunls sous le nomde veillesomnambulique (1)? En l'absence de recherches spéciales et do constatation des phénomènes d'amncaie caractéristiques du vigilambulisme, on comprendra qu'il est bien difficile do rien aniL'mcr. Cela cependant est possible. M. Liégeois, qui u étudié ces fails de suggestibililé à l'était de veille, les compare au cas de Kélida do M. Azam^ sans conclure d'ailleurs à Tidentité (2).
Mais laissant do côté ces phcnomcncs qui no sont pas mentionnés, peul-êLre parce qu'ils n'y ont pas été recherchés, dans les faits publiés jusqu'aujourd'hui, examinons les autres modifications qui peuvent survenir dans l'état second et servir à les distinguer de l'état normal.
Tout d'abord nous trouvons souvent un chani^ement dans le caractère et conséquemment dans les habitudes.
(I) Beaunis. — Le 8omna.mbutisme provoqué, etc. Paris, 1886 {-) Liégeois. — Delà, suggestion Ai/pno/iquc, clc...
GOKDlTfOX PSYCHIQUE DAXS LES DEUX ÉTATS.
«ai
lo plus typique, à ce point de vue, est celui de Ca- Dans un état donné son malade était méchant, emrté, voleur; dans un autre, il était bon, docile, travailleur, et CCS modifications se reproduisaient, à coup sûr, oha([ue fois que l'état corrcsponrlant revenait. soit spontanément, soit arlilîciellement. La malade de Dufay était communicativc, o^aio dans l'état second et jouissait également dans cet état d'une hyperacuité sensorielle considér&bte, tandis que dans l'état normal elle était plus triste, plus renfermée. Oollo do Bonamaison était plus vive, plus Adroite, plus intclligenle dans la condilion seconde; celte de L:»dame, au contraire, élait mal élevée cl donnait, en l second, des gilîes à son (iancé, ce qu'elle n'eût jamais *Un létrtt normal. Cliez les sujets de Verriest et d'Azam, oa constatait la gaieté dans le viç^ilnmbulisme et, au contraire, la tristesse dans la condition normale.
Comme on le voit, dans presque tous les cas, le malade
*^t, si l'on peut ainsi parler, en meilleure situation dans
son ctAt second ; il s'y sont plus à l'aise et éprouve un
Sentiment de bien-ôlro qu'il n'a pas dans l'état normal.
<ïla peut provenir do deux causes qui n'expliquent cvi-
«mtnent pas entièrement le chani^omont constaté, mais
^Ui semblent en rendre compte dans une certaine mesure.
Tout d'abord, dans les cas comme celui de Félida, où
^& mémoire do l'état prime persiste dans Ictat second, le
'jil est très comprchonsibic. Dans la condition seconde,
ilny a point do lacunes de mémoire. Dans les périodes
<l'êlat normal, au contraire, il y a des lacunes plus ou
nioins grandes, correspondant aux périodes do vigilam-
'iulisnfio ant'?cédontes. D'où un état de malaise facile à
imaginer et qui n'existe point dans l'autre état. Les quel-
H^JCa exemples empruntés à Ihistoire do Kclida, que j'ai
*^Pporlés dans son observation, montrent à quel point ce
plïênomène peut être accentué. Celte midhcurouse, so re-
^Qvant subitement en étal I dans une voiture do deuil et
^6 sachant point le nom de la personne qu'elle va enterrer,
oubliant dans son métier de mcdiste le prix des étoffes et
^<% rubans, doit évidemment se sentir bien plus à l'aise
***û8 l'état vigilambulique, dans lejuel elle n'a point à
^^ÏQdre de pareilles mésaventures.
CHAftCOT, T. II. 17
CONDITION PHTSlQtE DAK8 LK8 DKtiX ETATS.
Mais ce n'est pas tout, et cette sensation de bien-étr dans laquelle se trouvent la plupart des malades provien' encore d'une autre circonstance. Il est remarquable, c effet, que, chez la plupart d'entre elles, ou consUite, pen dant l'état second, un certain apaisement des phônomênes do l'hystrrîe qui constitue le fond de leur maladie. I^ sujet de Verriest était aphone dans l'état normal provoque. Fclidaf vigilambulC} ne souffrait plus des douleurs di verses qui la tourmentaient considérablement dans Tétat normal. Il en est do même chez nos deuv malades que l'hystérie laisse bien plus tranquilles dans le vigilara bulisme.
Cela nous conduit à considérer les phénomènes d'ordrq pathologique qui peuvent exister dans un état et être ab sen's dans Tautre. Comme on a pu le voir, par la lectur des observations, il y a des cas dans lesquels on rencontra à co point do vue. des modiQcations considérables, L^ malade de Camusct est encore ici le plus carnctéristiqu libre do ses mouvements dans tel état, paraplétrique dan# tel autre, hénuplégique dans un troisième, elc... Je no rovlens pus sur le sujet de \'crriost qui était aphone dan« Têtat prime et avait un spasme do l'œsophaj^o dans l'étal second. Noire deuxième malade, Marguerite 1)..., cttlt atteinte d'usLasie-abasie dans la condition normale, taiidli qu'elle marchait librement dans le vi^^ilambulisme.
A côté de ces phénomènes grossiers et remarquahlef i première vue, il en est d'autres qu'il faut chcrclier et qui ne sautent pas aux yeux tout d'abord, ce qui explique san» doute (ju'on ne les trouve pas mentionnés dans la |tlu|iart des observations. Chez nos deux malades, nous avons rencontré des modilications profondes do la sonaibilité, diff^' rentes dans l'un et l'autre état. Ces modifications po^ talent, commo nous l'avons mentionné dans le cours dei observations, non seulement sur la sensibilité générale. mais encore sur les sens spéciaux. L*flnesthésie cut«* née, distribuée sous forme d'hémianosthésie daii.s l>tit normul, était totale et s'étendait sur toute la surface au cx>rp8 dans l'état vigilambulique. Le champ visuel, f^ tement rétréci des deux cOtés dans la condition seconde. Tétait beaucoup moins ou ne l'était plus que d'un fto)
Tisioar DAXS les deox états.
te dans l'état prime. Il en était de même en ce qui concerne la vision des couleurs. Quant aux autres sens, fortomeot obnubilés des deux côtés dans le vit^ilanibuUsme* ils I prâentaiont une plus grande acuité dans Tètat normal. ^m Co sont là d^a phénomènes importants à noter et qui ^icquièrent en l'espèce une valeur considérable. On ne <Uvra jamais omettre de les rechercher dans les cas de ce wnrc, car la singulière resemblance qu'ils présentaient I lUnsfun et l'autre de nos deux cas prouve tout au moins ^■■n'ilfl ne doivent pas être d^une excessive rareté. 1^" Avant d'en linir avec celte comparaison des deux états entre eux, je crois utile de faire ressortir un fait, sans 'louto peu ordinaire, puistiu'il ne s'est rencontré dans aucun des autres cas publiés et qui existait chez Tune do noi malades. Je veux parler de ce retour spontané pério- ^iti^iue de l'état primo pendant la nuit, que nous avons ^■onstammcnt observé chez Marguerite D... Ce passa^ do ^l'élAt B à rétat A [)endant le sommeil naturel avait déjà été I objcrvé par M. Azam chez Félida, ainsi que par M. Dufay I ïbezaa malade. Celle-ci se couchait en état de viirilambu- I litmc et passait «insensiblement du sommeil ag:itc en som- I ineil tranquille et normal, pour se réveillera l'heure rôçlemen taire. » Mais la différence est toute dans co fait que 'étiii second s'étaitproduit accidentellementdans lasoiréc, ^ malade étant restée pendant la journée précédente dans 'clat normal, avant l'arrivée de la crise. Notons en passant IVe cetle régularité dans le retour nocturne de Tétat A chez wgucritc D... est encore un caractère permettant de Hacher sa maladie à l'hystérie, la périodicité dos acci- ^nit morbides étant un des phénomènes les plus fréquents •lies plus caractéristiques de cette névrose.
le P' Charcot, dans ses leçons, a émis l'idée que cet
't vigilambulique chez des sujets hystériques n*esl *utre chose qu'un morceau d'attaque dans laquelle les P^'énomènes convuîsifs sont relégués au second plan. Uno Jll>oihê8e analogue avait été apportée par M. Gilles do la ["curette dans son livre sur l'hypnotiame. ti Ces faits, dit-
ÉXAT SECOND ET SOlINAMQUUSUE.
il, dcrivenL tous, à notre avis tout au moins, du somnam* bulidino hystérique. En un mot, ce sont do véritables accès do somnambulisme hystérique probngo... L'état anormal dans lequel l'individu va éire plongé survient assez sou* vent sans secousse apparente, pour un observateur non éclairé (tout au moins dans les cas très caractérisés^.. Que ] s phénomènes convulsifs s^upaisent, et, sans que le somnambulisme hystérique perde ses droits, Tctat second se trouvera constitué (1). > Cotait un premier achcminemenl vers l'idée actuellement soutenue par notre maître, à savoir que l*état second n'est qu'une forme particulière do l'attaque avec prédominance de la phase des altitudes passionnelles, modifîéo elle-mèmo dans quelques-uns de ses caractères.
Il est facile de iustificr cette manière de voir en examinant chacun des divers cas dont nous avons rapporté Ihistoire. Commençons par les deux qui nous sont personnels et sur lesquels nous pouvons arçrumcntcr sans faire d'hypothèses et sans risques d'être accusé de torturer des textes pour les faire servir à la défense de nos idées. Nous avons à dessein^ dans l'observation de Tune et de Tautrc, insisté avec soin, dans un paragraphe spécial, sur les phénomènes qui marquent la transition d'un état dans l'autre.
Chez Marguerite D..., le prissagc provoqué se fait par l'intermédiaire de petites convulsions d'assez longue durée pour qu'on ne puisse les laisser passer inaperçues. D'autre part, j'ai raconté que plusieurs fois on avait constaté dans la journée, à la suite d*une grande nUa]ue convutsivc parfaitement caractérisée, le retour inopiné de rétal normal. Donc passage à l'état second, retour à l'état prime se font par l'intermédiaire de convulsions manifestomoni hystériques.
En d'autres termes: on est en présence d'une attaque marquée k son début et à sa terminaison par des convulsions.
fl) GîUcsde la Tourelte. — L'hypnotisme et les étata anaJo — gu^fi au point de vue médico'lég&L l" édition, p. 21â et «ui— vautea.
VIGlLAMDtJLIBMB ET ATTAQUE HYSTÉRIQUE.
parées par une période d*attiludcs passionnelles modifiée us forme de \ igilambulisme.
Il en est absolument de môme chez Marie H..., avec cette différence que cela est peut-être encore plus caracléristique. On se souvient que j'ai observé chez elle pour la première fois le retour de l'état normal à la suite d'une attaque convulaivc violente qu'elle avait eue en ma présence. Plus lard il no fut point difficile de constater régulièrement que toujours grande attaque convulsive, arcs de cercle ou attaques à forme épileploîdo marquent la fin et le commencement de l'état vigïlambuliquc, en d'autres termes lo pMsage à IV'tat normal traniitoiro et le retour à Tclat second de durée plus prolongée. Le vigilambulisme inter* posé entre les deux n'est autre cliose que le représentant de la phase dos attitudes passionnelles.
Peut-on retrouver des caraclcrcs analogues dans les antres faits que nous avons rapportés ? Cola, il me semble, ne fait pas l'ombre d'un doute. Chez la dame Américaine I de Mac Nish nous sommes au début en présence d'une I attaque de sommeil. Le malade de Bonamaison entre dans l'état B par une crise convulsive ou une attaque de som- Dieil ; son retour à l'état normal est marqué par des aboieiQênls qui ne sont autre chose que de véritables coni^laions.
Lo sujet de M. Vizioli tombe dans l'état vigilambulique âla faveur d'une grande attaque caractéristique d'hystérie, rnèlée de phénomènes hypnotiques, que nous avons décrite avec détails au cours de l'observation. Chez la jeune lllle de M. Ladame, c'est une attaque de sommeil qui marque ^ début de l'état second.
Ce n'est pas moins caractéristique dans le cas de M. Ver- '|«8t. Au début une attaque franche marquait le passage à ' ^tat B et le retour à l'état A. Plus tard l'élément convulsif ■'ertace peu à peu et n'est plus représenté que par quelques **coussc8 des membres supérieurs.
^uant aux malades de M. Camuset et de M. Azam, il ne
P^Ul y avoir aucun doute au point de vue qui nous occupe
''^'•^ Le premier entre dans ses divers états par des attaques
P'Ufiou moins franches cton en provoque le retour par des
Procédés éminemment hystérogènes, l'aimant par exemple.
INFLUB^fCB DB9 ZONES HVSTÂROOÈNSS.
De son côté, M, Azam note avec soin les phénomènes marquant le passage d'un état dans l'autre, et au début de l'étal second U nous décrit bien nettement l'aura céphaliquo hystérique, tandis qu'à sa terminaison 11 constate la présence d'une petite attaque de nerfs quMl compare, dans une certaine mesure, au petit mal comitial. L'attaque marque également lo début dos phénomènes de dédoublement dans son autre cas (Albert X...).
J'insisterai principalement sur la malade de M. Dufay, parce qu'elle présente, au point de vue spécial dos idées de M. Charcot, que je soutiens ici, un intérêt tout particulier. Kn effet, tout d'abord ello tombe dans l'état second pnr rintermèdiaire d'une petite perte de connaissance qui en marque le début. Déplus, et c'est surtout ce point qui est important à constater, parce que nousle trouvons seulement dans ce cas, rétat vigilambulique peut cesser à la volonté de l'observateur. Il suftit d'exciter dcH zones douloureuses (côtés du cou, pharynx) pour provoquer instantanément le retour à Tétat normal. Ce sont là, en réalité, de vériiablos zones hysléro-frénatrices, ctjo n'ai pas besoin d'insister plus longuement sur Timportance do ce phénomono qui assimile do tous pointa la crise de vigilambulismo à une crîso d'hystério vulgaire, qu on arrête en pressant sur les pointsovariens, sous-mammaires ou autres.
Mais, dira-t-on, sil'on peut admettre à la rigueur l'assimilation avec la période des attitudes passionnelles dans les cas où la crise vigilambulique ne dure que quelques heures, uno pareille hypothèse est bien diflicile à aocepler pour ceux où Tctat second dure depuis des mois et des années, intenonipu sculemeat de temps à autre par do courtes périodes d'état nonual. A cette objection la réponse me parait facile, en ayant recours aux faits et rien qu'aux faits.
Prenons par exemple le cas de Bonamaison. On ne fem pas difOculté d'admettre que, chez cette jeune lille, les crises vigilambuMqucH survenant tous les soirs liérement, avec une périodicité bien hystérique, ne autre chose que des attaques d'hystérie avec modlficailoD particulière de ia phase des attitudes passionnelles.
L'ATTAQDB DB VIâlLA.MBtJUSMB.
au début de la maladio il s'était produit uno périodo d'olat âocond de trois mois de duroo. Ce ^igilambulisme de trois mois nedifréraiten rien décelai qui so niiiniftista plus lard pendant quelques liourûs tous les soirs. Pourquoi vouloir faire de deux manifestations identiques desaocidents morbides différents, aous prétexte que l'une ne dure que quel* i[ueâ heures, tandis que l'autre se mainlient pendant des mois? Cette t:\con do considérer les clioses me semblerait absolument contraire à toute raison. Surtout quand tant d'autres arguments plaident en faveur do l'hypotlicso que nous soutenons ici, à savoir que le viirilambuUsmc n'est qu'une motlification de la périodo passionnelle de 1 att:t(]ue. On connaît des cas de délire hystoriquo ayant duré plusieurs semaines et qui cependant ne représente point autre chose qu'une autre sorte de modilication de cette même phase des attitudes pasâionnelles de Tattaque (1). On peut constater pour le somnambulisme, comme pour le viçilambulismc. toutes les transitions entre le dédoublement complet et presque permanent de la personnalité et la courte attaque d'état second. Les observations que j'ai relatées au cours do ce travail contiennent plusieurs exemples de ce genre, et viennent à l'appui de ce (|ue j'avance. Une pareille objection ne saurait donc nous arrêter.
^^ arrêt»
^^^^tns cette hypothèse — et c'est là uno des conclusions ^r^uo l'on peut tirer tant de ce travail que de mon précédent mémoire — il y aurait donc deux modifications spéciales de la phase passionnelle de l'attaque hystérique : le somnambulisme et lo vigilambulismc hystérirjues. Dans les cas les plus accentués et les plus typiques, ils diffèrent
(1) Â ce prjpaa je no saurais mieux fnirc que de renvoyer le lecteur à mon procèdent travail sur le soinnainijuliamc tiytitt>i'tque, dans lequel jetlôvetuppe des iiri^'umcnta réponUanl à une objection analogue en ce qui concerne ce dernier. Ce qui eat vrai pour le aosmanibulisnie L'eut aussi pour le vii^ilambulisme, et Tobjeclion la durée dos manifestations ne peut venir h l'encontre de jotliôae boutonue daofl Tua et I autre cas. (O. G.).
^ VlGItAMBUltSMB ET BOMNAMBULISME HYSTÉRIQUES.
notîiblement l'un do l'autre. En effet, toujours !o somn.^mbule iiystcrique délire, sous l'iniluence des hallucinations nuxquL'Ilcâ il e&t en proie, tantlis que le vigilambule se conduit en apparence comme une personne normale, et peut laisser tout son entourage, môme méciical, dans l'ignorance des phénomènes psychiques et plus particulièrement amnési({ucs dont il est atteint (1). On Ta va, en ce qui nous concerne, pour Marie H...
Mais il est dos cas de somnambulisme hystérique (lo malade de B... de notre précédent travail, l'homme do M. Mosnet... et d'autros) duns lesquels les hallucinations et le délire sont relégués un peu au second plan. La concentration du maladedansses conceptions délirantes pcrsonnellea est à un degré beaucoup moindre que dans lescas plus accentués et, en somme, le somnambule présente jus(iua un certain point l'aspect d'un individu normal, répondant aux questions, appropriant assez bien en apparence ses actes aux citxonslances extérieures. Pour peu qu avec cela son £omnaml>ulismc soit môle de phénomènes hypnotiques, pscudo-catalepsic. suggestihitilé, celui la ressemble fort au vigilumbule hystérique, pas assez cependant pour que l'erreur doive être permise cliniquemont.
D'autre part, parmi ces derniers il en est qui ne préscn-
(I) De ce fait riJsuUo aussi ccUo conséquence, à savoir que le vigiiambulisinc, ramcni^ ik l'eint normal, souffre beaucoup plus que le somnambulisme de son ignorance tles aotc.t accomphs dans TetAl second. Celui-ci, en cFfci, agissant fous l'influence de son délire, n'accomplit généralemcni que des actions plus ou moins illcgriques et inopportunes donl la trace ne subsiste pas au réveil, h moins, ce qui est relativement rare, qu'il ne se soit livré à des actes dehctueux (Voir le cas de M, Garnicr dans mon précédent travail). Le vif<ilaaibulismc, au contraire, dans son état eecoxHl, exécute des actes de la vie ordinaire, vend des chapeaux s*il est chapelier, du sucre s'il est épicier, comme dans 1 état normal. Hcvcnu a l'état normal, il trouve un chapeau, du sucre en moins dans sou ma;7asin, de l'argent en plus dans sa caisse et ignore absolument l'orii/inc do celte diminution de marchandise et de cette augmentation de fonds. De l/i un trouble énorme apporté dans la vie de tous les Jours des vi^ilumbules à oscillations plus ou moins périodiques d'états A et 1-t, trouble qui n*existe point du fait de» périodes »ouinambuliqbcschez les somnambules hystériques proprement dits du type Meaael. (0. O.J.
CAS D£ TBAXSITION.
(ent pas cet étonnant laisser-oUer, ce flegme, dont font preuve les vieilanibules dont Vëtat second so prolonge très longtemps. La malade de M. Dufay, par exemple, était concentrée lorsqu'elle se trouvait en état B, n'cntondail pas ou ne paraissait pas entendre ce qui se passait autour d'elle, ne parlait que quand on l'inlerrogeait. A part l'existence des hallucinalions caractéristiques du Bomnambulîsme, cet état ressemble beaucoup ù celui des somnambules les moins concentrés dont nous parlions tout à l'heure.
Y aurait-il donc entre ces deux états hystériques, le somnambulisme, d'une part, et le vigilambulisme» d'aulro part, des états de tran!>ilion participant à la fois des caractères de l'un et do l'autre. Le fait no nous parait pas impossible et peut-être scra-t-il quelque jour observé, maintenant que l'on connaît mieux ces diverses munifu^italions pour les avoir méthodiquement étudiées à la manière des cliniciens.
Sur UD cas d'amnésie rétro-antérograde probablement d'origine hystérique (1).
Sommaire. — Prôaentatîon du cas : shock nerveux, attaque, amnésie rétrograde ; amn<^sie jinlôroçrado (impossibilité dVnregirtirer dans la mémoire Io3 faits actuels). Oaractère hyitéritpie du cas.
Cette amnésie n'est en réalité qu'apparente. La malade enregistre les faits dans son cerveau : Preuves tirées des rêves et de l'hypnotismo : BUo r6vc tout haut do faits dont elle n*a pas notion à t'état de veille, o( dans Thypnotismo elle so aouvient de tous les faits de chaque jour depuis le shock nerveux. Nature de cette amnésie : morceau d'attaque hystérique transformée.
Messieurs,
L'étude clinique à laquelle nous allons nous livrer dans la leçon d'aujourd'hui pourrait être intitulée : Sur iiïi cas d'aninêsle rétro-antérograde vraisembla.-' blement de nature et d'origine hystérique. Mais, avant do vous présenter la malade qui doit faire rohjet de cette étude, il me semble nécessaire d'entrer dans quelques explications préalables.
Il s'agit d'une femme d'environ trente-quatre ans» habitant C..., mariée à un brave homme qui exerce la profession de menuisier. C'est un ménage de gens modestes, dont l'intérieur respire le calme et la tranquillité. Kntourée de son mari et de ses deux enfants,
(l) Lésion du 2'2 décembre 18!)l, recueillie par M. A. Ôouqaea, iolome médaille d'or des hôpitaux.
SCUÊMik DE tA TIB DB LA UALADE
Ligne de vie de il/** D.... depuis la tiaièsanee jusqu'au 21 décembre «891.
Période normats fprtedo31 ans
de iluré«). Do la naissance au H)ttUletl89t
Uodt d'à rnné$i€ rétrograde (15 juiUol-78 août]
Période dû U criée d*hijêtérie.
Âmnésio de la cris« (28 août' 3t août)...
"iriode d'umnéile antérogrude (91 U)<ït-n d«cambrej
B n juiZM 1891 {10 heures du wir).
98 août 1891 (érénfiment causal.
O début Jo l*ii(taqu9 il'bystério).
l] 3l août (fin do l'attaque d'hyslcrie).
E 2"2 décembre gourde la leçoo).
AMNÉSIB RÉTROGRADE.
elle vivait en bonne mère de famille, simplement, paisiblement. La vie avait toujours ('lé heureuse pour elle, jusqu'au jour <»ù est survenu un événement qui la profondément bouleversée. C'était le 58 août dernier. Vers quatre heures du soir, on vint, sans i)lus de façons, lui annoncer la mort do son mari ; la nouvelle était fausse, mais le coup était porté et lorsque, quelques minutes après, on ramena le mari, elle tomba dans un état nerveux, marqué surtout par un délire dont j'aurai à voua faire connaître tous les détails, en temps opportun.
Pour le moment, je veux me borner à ceci : lorsque, le 31 août, cette femme sort du délire, elle a perdu le souvenir de tout ce qui s^est passé, à sa connaissance, depuis six semaines, c'est-à-dire depuis le 14 juillet au soir. Cependant ollu connaît tous les faits antérieurement écoules, do[iuis sa plus tendre enfance jusqu'au 14 juillet, et elle les connaît parfaitement; elle peut en rendre compte avec une exactitude et une précision qui témoignent chez elle d'une mémoire véritablement très fidèle et très brillante. Mais, je le répète, â partir du 15 juillet au matin, il n*y a plus rien dans sa mémoire; c'est la nuit profonde. Elle ignore aussi l'événement cause de tout le mal, je veux dire la nouvelle de la mort de son mari et la longue crise de trois jours qui en est résultée.
Cette période de six semaines, qui s'étend du 1 5 juillet au 58 août, nous l'appellerons, si vous voulez, période d'amnésie rétrograde B C), pour employer un terme déjà consacré par l'usaj^e et emprunté à Thistoiro des amnésies traumatiques. Nous réserverons le nom de période norviale à la période A B, qui s'étend de la naissance au 14 juillet, et qui se trouve composée de plus de trente trois ans, remplie d'événements innombrables dont la malade a conservé le parfait souvenir.
Or, fait qui mérite d'être souligné en passant, durant ce laps de temps oublié par la malade (période d'amnésie rétrograde), la mémoire s*est exercée d'une façon
AUNÉSIE ANTÊROGRAOE.
absolument noniiale^ comme cela est établi par les personnes qui l'ont approchée ou qui ont vécu avec clio. Oui, Siessieurs, la mémoire est restée normale jusqu'au 28 août. Mais révénemenl néfaste et I ébranlement menta! qui s'en est suivi ont eu, à cet égard, un effet rétroactif. Tous ces souvenirs accumulés pendant six semaines ont été comme balayés ; ils n'existent plus ou paraissent ne plus exister. Remarquez, je vous prie, cette réticence ; vous en connaîtrez la raison tout à r heure.
Nous voici donc au 31 août, sortis de la crise qui a duré trois jours entiers. C'est alors ([u'on constate ce fait déjà fort singulier de l'amnésie rétrograde portant, comme je vous l'ai déjà dit, sur les six semaines antérieures au 28 août. On constate alors que cette amnésie porte en outre sur le temps de la crise elle-même (C D). EnGn et surtout on s'aperçoit, à partir de ce même moment, que la malade est devenue incapable désortnais d'enregistrer dans sa mémoire les faits actuels quels qu'ils soient. Non seulement clic ne sait plus ce qui s'est passé depuis le 14 juillet, mais elle est encore incapable de se rappeler ce qu'elle entend, ce qui se passe autour d'elle. A peine conscrvel-elle le souvenir de l'impression pendant une minute et puis tout s'elface irrévocablement, qu'il s'agisse de phénomènes visuels, auditifs ou moteurs. C'est une amnésie générale, dans toute la rigueur du terme.
Eh bien, Messieurs, voilà quatre mois que cet état dure sans modilication d'aucune espèce. Il y a donc aujourd'hui chez cette femme amnésie rétrograde, mais il y a encore et surtout amnésie actuelle^ permanente, postérieure à levénement du 28 août. C'est 8Ur ce dernier phénomène que je tiens à appeler tout particulièrement votre attention. Cette amnésie actuelle porte exclusivement sur les faits qui se sont accumulés depuis l'événement et qui se produisent cliaque jour. 8'agit-il de faits antérieurs au 13 juillet, aujourd'hui
CARACTÈnE HrSTÊRIQUS OB L'aMKÊSIE.
comme le lendemain de la crise et comme toujours depuis lors, les ori^anes de la mémoire roncUonneni parfaitement, brillamment mémo, comme je tous le disais, âin^ulier contraste qui fait de ce cas un cas exceptionnel, peut-être unique jusqu'ici !
Appelons, si vous voulez, cette j>ériode qui s'étend du 31 août au moment présent période d'a}nné8ic antérograde (D E), par opposition à la période rctrogi»de. Vous comprenez maintenant le sens de cette dénomination d'amnésie rétro- an térograde que je vous proposais au début de cette leçon , Si j'ai ajouté : \Taiscniblablement d'origine et de nature bystérjquo, c'o«t que, à mon n\is — et c'est là l'opinion que je chercherai à faire prévaloir — lu crise, oritrino de tout le mal, a été une attaque do grande Ijystérie.
Nous avons, eneffct, quelques raisons de croire qu'il ne s'agit pas ici de pliénomènes dynamiques irrémédiablemrnt destructifs, mais uniquement de troubles organiques transitoires. Cette opinion sera suffisamment corroborée si nous parvenons à démontrer que Thystérie est en jeu, cor les manifestations hystériques, bien que quelquefois tenaces, aboutissent souvent à la guérison. J'ai dit amnésie antérograde, je n'ai pas dit amnésie progressive^ car les choses restent dans Tétai orijj,incl. Elles sont autéi*o^iade8 par rapport au temps écoulé depuis leur apparition. Mais elles ont été, dès It début, ce qu'elles sont aujourd'hui; d*un seul coup elles ont atteint leur maximum. Outre un début brusque et une constitution d>mblée, qui ne sont généralement pas de mauvais aupure, il y a, Aïcssieurs, un autre fait bien propre à nous faire csptTor un pronostic favorable. Vous avez déjà remarqué certaine réticence, loi*sque je voua parlais du caractère pourtant si accentué de Tamnésie de notre malade. En vous entretenant de la période rétrogade, je vous disais que les souvenirs accumulés dans cette période n'existent plus ou paraissent no pli exister. En vous parlant de la période antérograde
AMNÉSIE DB NATUHE DTNAMIQUH.
luelle, jMnsistaia sur ce fait que cette fi^ninie rCen- \gistre point les événements qui se succèdent. L'im- )ression, vous disais-je, dure à peine une minute, puis «'évanouit et ne peut être rûi»pelée. Eh i>ien, ces mots: elle n'enregistre point, sont trop absolus. En réalité,
Iles faits qu'elle oublie si vite^ à l'état de veille, et qu'elle ne peut plus faire apparaitro dans sa conscience, elle les a vraiment enregistres. La preuve en est que, spontanément, elle a pu les faire connailrc, la nuit, dans ( son sommeil. Nous l'avons fait observer par ses doux ^■voisines de lit, et nous avons ainsi appris qu^elle rêvait ^tout haut et c[ue, dans ces rêves, elle faisait parfois I allusion aux événements des jours précédents, évoquant ^L Ainsi dans son sommeil des souvonii's qu'elle est in- ^Ê capable de faire revivre à l'état de veille. Mais la preuve ^P en est surtout dans le fait suivant: Cette femme, qut^. nwis avons pu hypnotiser, retrouve dans le sommeil faypnoii(iue la mémoire de tous les faits écoulés Jusqu'au ■Bïoment présent et tous ces souvenirs ainsi enregistrés ^inconsciemment revivent dans Thypnose, associés, sys- [létnatisés, ininterrompus, de manière à former une trame [«ontimie et comme un second moi, mais un moi latent, !lnconscient, qui contracte étrangement avec le moi l'Officiel dont vous connaissez Tamnésio profonde.
J'avais donc raison de Tespérer, Messieurs, Ta situation r«st moins grave foncièrement qu'elle ne le paraissait [tout d'abord. Nous n'avons pas affaire ici à une amnésie ■«cstructive, mais à une amnésie purement dynamique. •Survienne une secousse, un ébranlement nerveux, un changement de polarisation des éléments organiques (ne la mémoire, et tout pourra rentrer dans Tordre. Et ««ja vous entrevoyez la suggestion post-bypnotique
»*^oniine méthode curatrice : la malade gardera à l'état fl*! Veille la trace des suggestions de 1 hypnose; le moi ''onBcient s'assimilera ainsi peu à peu les souvenirs du ^*3i inconscient, et, tous ces souvenirs en apparence perdus, la mémoire consciente ou psychologique les
ANTÉCÉDENTS DE L\ MAlMOE.
fera siens et s'en enrichira. De plus, sous Tinfluenoe de cette sorte de pymnastitjue mùthodiquement et fréquemment répétée, les organes de la mémoire réapprendront peu à peu à fonctionner suivant la norme et à livrer au moi conscient ce qu'ils réservaient à l'inconscient.
Ne vous effarouchez pas trop, Messieurs, de ces éludes qui pénètrent en pleine psychologie. N'oubliez pas que la psychologie appartient, dans uno certaine mesure, au domaine do la médecine et qu'elle n'est, en somme, au moins pour la majeure parlie, que la physiologie des parties supérieures ou nobles du cerveau.
Il me reste maintenant à vous donner la preuve des propositions que j'ai avancées. La tâche sera peut-être un peu difficile, mais, avec un peu de patience attentive de votre part, nous parviendrons, je l'cspére, à la remplir. Avant de faire entrer cette malade, je voudrais encore ajouter quelques mots pour vous donner certains renseignements qu'elle n'entendrait vraisemblablement pas sans émotion pénible, ils ont trait h ses antécédents de famille. M""* 0..., âgée do trente-quatre ans, lingère, habitant C..,, est venue à Paris le j novembre, sans le savoir, pour y suivre le traitement préventil" de la rage. Elle a subi ce traitement dans son entier, sans aen douter, et n'en a jrardé aucun souvenir, l^ 1 0 novembre, elle s'est présentée pour la première fois à la Salpélriére, munie d'une lettre de M. le D' J... (de C...), relative à la maladie nerveuse dont elle est atteinte. Apres avoir fréquenté le service durant une quinzaine de jours, clic est cniin rentrée salle Cruveilher, n*" 17, Sa mère, qui était très émotionnable, n'avait point de véritablefi attaques de nerfs, mrii» il lui arrivait parfois de tomber à terre à la suite de discussions de famille; elle g»{ morte d*ictus apoplectique. Son père serait, parait-il, un homme violent, ivrogne ot débauché, qui s'est séparé do sa femme dans des conditions assez exceptionnelles. Cette tare do débauche et d'ivrognerie, nous la retrou-
AJ<TÈCÉDËNTS DB LA. MALADE.
vons trcs accusée chez presque tous les membres de sa famille, du côté paternel. Enfin, la sœur de M""^ D... eet une nerveuse qui tombe fîicilomcnt en syncope, quand la contrarie.
Le moment est venu de vous présenter la malade.
C'est, comme vous le voyez, une femme d'aspect normal,
en portante, n'offrant d'autre anomalie que celle
ue je vous ai déjà sii^nalée, je veux dire son
êfaut de mémoire. 11 faut que je vous dise cepon-
nt qu'elle a toujours été assez émotive et très
ureuse ; elle a toujours eu pour des araignées, des
iens, des rats... un rien l'effrayait : un jour, un de ses
isins caché derrière une porte lui ayant fait peur, elle
tombée par terre de frayeur. Mais, en dehors de cette
motivité excessive, nous n'avons pu relever dans son
ifassê aucune autre particularité intéressante. Après une
«nfunce et une jeunesse sans incident pathologique, elle
t'est mariée, à vingt ans, et a eu trois enfants ; après son
mariage, comme avant, sa santé a toujours été parfaite.
Je dois cependant vous mentionner ici une série dcpetits
É accidents survenus dans ces trois dernières années, qui BOUS ont été racontés par la malade elle-même et confirmas par le mari et le médecin. Un jour il s'agit d'une blessure à la cuisse, un autro d*une plaie à la main, î'ius tard, c'est une brûlui^e du poignet, une morsure do rat; enfm, c'est une aliénée (jui la poursuit pendant plusieurs mois de lettres anonymes et do menaces. felle est, en résumé, la série des petites misères qui ont peut-êti'e pu préparer un terrain déjà prédisposé R l'hérédité.
C'est aussi de la bouche do la malade clle-mômequc
ttous tenons les renseignements rehUifs à ses antécédents
U*iqu'au 1 \ juillet au soir. Elle nous a fait co récit avec
tin tel luxe de détails qu'il me serait impossible de vous
I indiquer tout au long. Mon interne, M. Souques, qui a
is cette observation avec soin, doit on faire l'objet
une publication spéciale et les rapporter dans leur
Charcot, t. u. 18
rAITB ANTâRlBURB A b*AGCIDKNT.
tOlSi
ensemble. Je vous dirai simplement que, pour tous les faitH antérieurs au 15 juillet, pour tous sans exception, qu'il s'agisse de faits très éloignés ou très rapprochés de cette date, la mémoire ilo cette femme est également heureuse. Le fait lui-même, les circonstances qui Tont précédé ou suivi, le jour, la date» l'heure même parfc tout y est, avec une fidélité dont nous .serions, pour plupart, complètement incapables. Elle sait fort bien tous les événements de son ohfance, toutes les circonstances de son mariage, le jour et la date précise de la naissance do ses enfants, etc. Elle sait aussi bien les détails d'une noce à laquelle elle a assisté le (j juillet dernier ; elle vous racontera heure par heure, pour ainsi dire, tout ce qu'elle a fait, vu et entendu le li juillet : le matin, la revue dos enfants de l'école laïque sur la place h..,\ dans l'après-midi, l'inspection des pompiers sur la place C..., avec discours du maire et du préfet; dans la soirée» le feu d'artilice, etc... Le soir elle s'est couchée vers les dix heures et demie.
Mais à partir de oe moment la nuit est complète. Le 15 juillet au matin, elle a dû, dit-elle, se lever vers six heures comme d'habitude, mais elle n'en sait absolument rien. Demandez-lui ce qui s^est passe depuis lors» elle vous répondra invariablement : Je ne sais pas, je ne mo rappelle pas.
EJi bien ! ce qui s*est passé le 15 juillet, je vais vous le dire, conformément au récit qui nous a été fait par le mari de cutte malade. Tout d'abord, dans la période rétrograde, rien d'anormal : aucune modification dans l'état de santé, aucun changement dana le caractère, aucun trouble intellectuel. Vous savez cependant que tous les souvenirs accumulés dans cette période ont complètement disparu. Cette disparition s'est fuite d'un seul coup, en bloc, cons(?cutivement à l'événement tragique du 28 août. Pourquoi la coupure s'arrète-t-elle rigoui'euscraent au 14 juillet au soir? Je no pourrai vous en donner d'explication suffisamment justifiée.
AUNÊSIB IlfiTUOaRADE. 275
NoUN savons qu'il en est ainsi dans les amnésiim d'ori- (fino traumaliquc bien étudiées par Azam (1), que ce même caractère rétroactif se retrouve, avec pareilles limites, dans les amnésies consécutives ù un aceès d'épilepsie, à une attaque d'oclampsio puerpérale (2). On retrouve encore la même coupure brusque dans l'amnésio qui suit une émotion morale violente. M. Rouillard ^3, M. Arnozan (4) ont cité, chacun de leur côlé, un exemple do ce genre. Or, chez notre malade, il y a eu émotion violente. Ne pourrait-on pas songer ici à un de ces rares faits d'amnésie par choc moral? Nous verrons tout à Theure ce qu'il faut en penser.
Jo vous disais, Messieurs, que cette femme avait ouMié tous les événements de la période rétro^îradc. Quelques-uns d'entre eux sont pourtant assez saillants. Le 17 août, elle allait visiter R..., quVJIo n'avait jamais vu, en compagnie de quelques amis ; elle en revint iiaerveilléo, ne tarissant pas sur les beautés de la mer, ^du parc, du casino. Quelques jours auparavant, avait ^pulieu, À C..., la distribution dos prix de sa Qlle. Or, ^Wlte distriliution de prix, ce voyaj^e à R..,, deux événements qui l'ont pourtant vivement impressionnée, elle les a complètement oubliés. Et cet oubli profond, absolu, parait irrémédiable. Mais rassurez-vous, ces souvenirs ne sont pas irrévocables ; vous allez les voir l'cparaitre tout à l'heure dans le sommeil naturel et ^Uns le sommeil provoqué.
Nous voici enfin a Tévénement du ?8 aoilt» Il était
II) Auim, — Le» troubles intellectueU provoqués par les ^*^umsiti»mes cérèOr&ux {Arcliiv. gén. de m<*rf., 1881, p. 120).
i2( Bidon. — Note à propos d'un cas d'amnésie posi-éclamp- ^ue (Rtfouc rft; mcd., 1881. p. %1).
l'^l Itiiiillard. — Essai sur ta amnésies..» Tii. Paris. 4885. p. «8.
(4) Afuoaaii. — Amnéute rétrograda à ^i suitti d'émotion mo- '^U! {Bullet, Soc. mêd. Mr. de Bordeaux^ 1887. p. 588).
shock^neuvbux.
environ quatre heures du soir ; notre malade venait de quitter une voisine chez qui elle travaillait d'Iiabitudc; elle était rentrée chez elle depuis un quart dlieure environ, lorsque tout à coup un individu franchit le seuil de sa porto restée ouverte et, brusquement, sans autre forme de procès lui dit ; « Madame D..., préparez un lit ; votre mari est mort, on va vous l'apporter. • Vous devinez sans peine l'émotion et la douleur de cette pauvre femme. Les voisines accourent à ses cris de désespoir et elle leur fait le récit de la scène que je viens de vous raconter (î ).
(1| L'objection suivante, qui semble venir naturollement à l'osprit, niériled'ûlre discutée ici : La scène racontée parcelle femme Cst-oUe bien auUientiquc ? Un Individu inconnu et qu'on n*a jamais retrouvé lui a-l-il tenu ce singulier langage T N*aurailclle pas élé le jouet d'une hanucination spontanée f
Une hallucination mar<juarit le début dune attaque d'hystérie n'est pas dans les habitudes de la grande névrose. De pitis, une hallucination n'éclate pas d'ordinaire comme un coup de f<^udre, chez une personne Jusque-là saine de corps et d*esprit. Etrange hallucination qui serait survenue sons motif, sans prodromes, et n'aurait duré que quelques minutes, ainsi incluse entre deux intervalles de raison parfaiic. Sa voisine qu'elle venait de quiUcr n'avait remarqué aucune espèce de trouble intellectuel : elle la revoit un quart d'heure après profondément aCHigéc mais parfaitement raisonnable.
En vérité^ Thypothèsc d'une hallucination préalable ne semble pas justifiée. De nombreuses raisons plaident par contre pour Tau- Oienticité du la scène du 28 août, sans apporter toutefois la certi* tude absolue. Un enfant de dix ans, qui jouait & ce moment dans la ruc^ a afUrmé catégoriquement et affirme toujours qu'il a vu sortir de la maison de M"** D... un individu qui s'enfuyait précipt* lamment. Quelque fragile que soit un témoignage d'enfant, il faul« dans l'espèce, on tenir compte, au moins au point de vue médic&l pur. En outre une femme déclara tout d'abord qu'elle aussi avait vu ce même individu, mais, depuis, devant le commissairo de police chargé d'une enquête, elle n'a plus maintenu sa déclaration, craignant, semblc-t-il« de comparaître en justice. Sans doute I enquête du commissaire n'a pas abouti ; l'homme en question est resté introuvable et on s'est perdu en conjectures sur le mobile de la conduits de cet individu. Néanmoins la conviction du mari, du mé« decint des voisina est formelle sur la réalité de la scène raconta par la malade. Celle-ci du reste, dans le sommeil hypnotique, oie éncrgiquement toute hallucination et affirme Tauthenticité de son récit primitif, même lorsque, pour le besoin do la cause, on fctot de suspecter sa véracité cl sa bonae foi.
ATTAQUE d'hystérie.
Bientôt un rassoniblemont so formo dans la maison et, pondant qifoTi i>rodifruc à cette malheureuse femme les consolations d'usage, un assistant court aux informations, trouve le mari h l'atelier et le ramène. Une voisine Tapercevant do loin a la malencontreuse idée de s'écrier : Le voilà. A ces mots, croyant sans doute qu'on ramenait son mari mort, Mme D... tombe dans une crise de nerfs que jo dois vous faire connaître en détail. A son entrée, le mari la trouve sans connaissance, en proie à un accès d'étouffcment, portant ses mains au-devant de sa poitrine, autour do son cou, comme pour les dégager. Elle se tordait, parait-il, se débattait au point qu*on était obllj^é de maintenir ses membres et sa tête pour éviter des contusions. On la délaça et après l'avoir déshabillée on la transporta sur un lit. Là, quinze ou vin^t minutes après le début de cette crise convulsive, Tagitation et les étouffemonts cessent pour faire place» sans le moindre intervalle de lucidité, à une scène délirante: « Quel malheur ! disait-elle, mes pauvres enfants, vous pouvez pleurer... Ses mains se décharnent déjà... laissez-le moi encore, je veux le garder... Cette jiauvre Jeanne qui n'a pas de vêtements de deuil... » Et ce délire dura ainsi quatorze heures, roulant sans cesse sur ces scènes funèbres. Puis, à ce délire avec hallucinations visuelles, succède un état léthargique profond qui dure une journée et dont aucuneespéce d'excitation ne peut la sortir. Enfin, elle sembla reprendre ses sens, reconnut les assistants, leur parla et les embrassa, mais ce retour à la raison fut tout à fait éphémère; dix minutes après, le tlèlire hallucinatoire reparaissait avec un cliangoment *iû tableau : cr Oh ! cet homme..., cet homme...,» criait-elle, en se dressant sur son lit, dans Tattitude de ^'effroi, comme pour fuir une vision terrifiante. On la wtient, on la calme, on lui parle ; elle répond en re- ^nnaissant Terreur de ses sens, mais, presque aussi- ^^t, le délire revenait avec les mêmes caractères. Et
trH?
HYSTBRIB SANS STIffMATES.
ces hallucinations et ce dôliro persistent ainsi durant deux jours, entremêlés d'intervalles de raison de plus en plus longs. Enlin, au sortir de cette attaque d'hystérie délirante, MmeD... se trouva dans l'état où vous la voyez aujourd'hui.
Je viens de dire attaque dMiystérie, car c'est bien d'hystérie qu'il s'agit dans respccc, malgré Tabsencc actuelle de tout stii^mate. La description que je viens de vous on donner, d'après les témoignages du médecin et des témoins^ no peut laisser aucun doute dans votre esprit.
Je pouiTais du reste ajouter, pour vous convaincre entièrement, que dans l'hypnose cette malade nous a raconté que la crise avait été précédé do douleurs ovariennes dans le flanc droit, d'ascension d'une boule à l'épigastro et au cou, de sensation de strangulation, de battements dans les tempes, de céphalalgie... , bref, do tout le cortège classique de l'aura. De sorte que maintenant rien ne manque au tableau et que l'existence d'une attaque d'hystéro-épilepsie, de grande hystérie, devient incontestable (l).
Cette attaque a donc duré trois jours entiers. Nous voici, Messieurs, au 3t août au soir : la crise est Gnie, le délire a disparu et la raison est revenue. CVst a ce moment, vous ai-je dit, qu'on constate, dans son entourage, cet étrange phénomène de lamnéfiio rétrograde. C'est à ce même moment que Ton découvre le phénomène encore plus sinffulior que nous avons appelé amnésie antérograde. On s'ai^erçoit — j'insiste sur ce fait — qu'elle oublie en un instant ce qu'elle vient de faire, de dire, d'entendre ou de voir. Les choses vues ou en-
{{] La mal a Je a eu aujourd'hui une série d'attaques <\e netft ocrasionnôe» par uno frayeur ot caractérisées par unrprrïe nb'soiue de connaissance avec mouvcmeniB convulsifs cl dtïliro de p»rol«. Dans ce d»>iire, elle parlail de son mari qu'elle voyait morl cl de Bea enfants. Ces criacs n'ont apporté aucune luudilication d&na l'état do la malade (?? janvier 1892),
flfTBRnOGATOinR DE LA MALADE.
influes peu auparavant, elle croit toujours les voir ou sntendre pour la première fois. Et cet oubli s'étend à ms les faits qui se succèdent dans le courant de la journée. Et cette amnésie s'est ainsi prolongée jusqu'au moment présent. Tous les faits qui se sont écoules tcpuis cette époque, elle no les connaît pas. C'est en somme une amnésie actuelle très singulière en vérité et dont on trouverait difilcilementjo crois, un exemple analogue. Je sais bien que dans les amnésies traumaiques on a exceptionnellement signalé quelques lits de ce genre et qu'on retrouve une esquisse do ce caractère antérograde dans les observations de MM. Motet (I), Ribot('?) et Kîempfen(8). Mais ce caractère antérograde y est à peine esquissé ; il est do plus essentiellement éphémère et ne peut être comparé, ni comme degré ni comme durée, au cas qui nous occupe, dans lequel Tamnésie dure déjà depuis quatre mois. Or, c'est là le fait essentiel^ capital. Vn court interrogatoire de cette malade va du reste vous donner un spécimen de son amnésie,
D. — Connaissez-vous R..., Madame?
R, — Non, Monsieur, je n'y ai jamais été. D. — Votre fille a-t-elle eu des prix cette année ? R. — Je ne sais pas.
D, — Vous rappelez-vous si, au mois d*août, un in- Idividu vous a faussement annoncé la mort de votre mari ? R. — Je n'ai jamais entendu rien de som])Iai)le. D, — Qu'est-ce que cette plaie que vous avez à la main droite ?
R. — C'est une briiiuro.
D, — Quand et comment vous êtes-vous brûlée ? R. — Je non sais rien.
(t) Moict. — Note sur Vamnésie temporaire (Union médicale. ^»79.t. I. p. U50).
(2) Ribût. — Revue philosophique (août 1880).
(3| Kîpmpfon. — Observation $ur un cas de perte de mémoire '^u«e(. .académie de méd„ 1885, t. IV, p. 48^.
IXTBRnORATOniB DB LA. UALADB.
D. — Ne scrait-co pas une morsure de chien R' — Je n'ai jamais été mordue par un chien. D. — N'avez-vouH jamais vu Paris ?
R. — Non, Monsieur,
D. — Vous n'avez jamais vu la tour Eiffel, le Louvre? R. — Jamais.
D. — Connaissez-vous l'Institut Pasteur?
H. — Oui, de nom; je n'y ai jamais été. C'est à Pari». D. — Où <Hos-vous donc ici ?
R. — Je nt? sais pas ; je ne connais pas cette salle. D. — Connaissez-vous la Salpètrièro?
K. — Je ne l'ai jamais vue, mais j'en ai entendu parler,
D. — Connaissez-vous ces deux dames (ses deux voisines de lit).
R, — Non, Monsieur, je ne les ai jamais vues. D. — Et ce Monsieur (M. S..., interne du service). R. — Paadulout.
D. — Et moi, me connaissez- vous ?
R, — (Après une courte réflexion)... Ouîj vous êtes M. Charcot,,. Je suis donc à Paris ?
D. — Avez-vous déjeuné ce matin ?
R. — Je ne sais pas, je dois avoir déjeuné, car l'estomac ne me demande rien.
D. — Qui vous a amenée ici tout à l'heure? d'où venez-vous ?
R. — Je sais pas.
D. — Quel jour sommes-nous ?
R, — Oh ! Monsieur, je ne connais ni les jours ni les mois, je ne sais pas comment je vis, je suis hicn mal» heureuse.
D. — Qu'est-ce que je viens donc de vous demander ? R. — Je l'ai déjà oublié, je ne sais plus... ; j'ai beau chercher, je ne trouve pas.
Il me semble inutile, Messieurs, de prolonger devant vous cet interrogatoire. Vous voyez que le contraste est complet, Topposition absolue entre la [îdélité do m
AMNÉSIE ANTiROOHADE.
mémoire pour les faits antérieurs au lô juillet (î)etle d«>faut do souvenir pour les faits postérieurs à cette date. Vous voyez qu'elle ignore tous les événements écoulés depuis le li juillet, qu'elle ignore l'endroit où elle se trouve, ce qu'elle a fait ce matin, ce qu'elle vient de dire et de faire à la minute, et que l'oubli des faits actuels se fait presque instantanément. Et cette perte des souvenirs est aussi profonde que totale, quelque intense et répotée qu'ait été l'impression. Ainsi elle ne reconnaît pas mon interne, M. S..., qui depuis un mois l'interroge tous les jours ; elle ne reconnaît pas davantage ses deux voisines de lit avec lesquelles elle vit du matin au soir. Il y a cependant une exception, une seule : elle m'a reconnu et a retrouvé mon nom. C'est que, Messieurs, elle me connaît de nom déjà tlepuis longtemps ; elle me connaît même en effigie depuis plusieurs années, par conséquent depuis une époque antérieure au 1 4 juillet dernier. Elle a vu mon portrait, chez son médecin, à C..,, sur ce tableau de Brouilhet qui représente Une leçon à la Salpêtrière, et elle l'a vu très souvent. A son arrivée dans le service, nous lui avons montré une copie de ce tableau qu'elle a immédiatement trouvée semblable à la gravure de son médecin ; elle m'a regardé, a saisi la ressemblance et a dit : Vous êtes M, Chnrcot. Nous Tavons maintes fois obligée de faire cette comparaison ot cette reconnaissance. Plus tard, lorsque je lui demandais si elle me reconnaissait, elle portait spontanément ses yeux sur '** tableau et pronon<;:^iit mon nom. Mais ma présence ^' nécessaire pour ce ressouvenir, car elle affirme
ml i ■'^^**"* *1® questionner la maUdc sur les principaux événetcrr ^^ '** période rétro-antérograde, on l'avait au préalable in- ^yp '^ïî'éo sur le prisse, c'esl-ft-diro sur sa vie normale AB antôtutifT^ ftu ir» juillet. Elle avait raconté les fails sans aucune hésiçjç **. précisant les moindres circonstances, les jours, les dates, *• Ole,, avec une rare oxactiLudo.
AMN'ÉSIB AMTÊnOGRADE,
qu'elle ne m*a jamais vu si on la questionne, à ce sujet, en mon absence.
En réalité, elle ne connaît dans son état amnésique actuel que mon nom et mon portrait, acquisitions du passé, et ces souvenirs anciens lui servent, par comparaison et par raisonnement, à me reconnaître lorsqu'elle me voit, do sorte que ce souvenir ne fait qu'exception apparente à son amnésie actuelle. 11 est surtout fait des notions du passé. Néanmoins, il y a dans cette reconnaissance quelque chose d'acquis. Quand jo lui demande qui je suis, elle tourne directement les yeux vers le mur, comme si elle savait qu'un tableau particulier est placé en cet endroit précis. 11 y a là, semble-t-il, une sorte d'acquisition insconsciente, mais o*est la seule quo nous ayons constatée jusqu'ici.
Maljrro cette amnésie actuelle si rapide et si prononcée, Mme D... vaquait, paraît-il, très convenablement ^ aux soins de son ménage et suffisait aux nécessités de ■ la vie habituelle. Après la crise délirante, elle ne tarda " pas à constater son amnésie — elle en a du reste aujourd'hui parfaitement conscience — et les inconvénients de cet état. Elle eut alors Tidée de recourir» l'usage d'un carnet pour suppléer son défaut de mémoire. Sur ce carnet elle inscrivait, car elle écrit, lit et calcule parfaitement, ce qu'elle avait à fniro, ce qu^elle avait fait, ses achats, ses dépenses, ses courses, etc... Grâce à ce procédé, grâce surtout à l'aide do ses voisines et de ses enfants, elle pouvait suffire à l'entretien de son intérieur. Ce carnet elle le pl:ti;ait dans une poche (elle n'a qu*une seule poche), où forcément elle devait le retrouver. Par l'usage, elle a ainsi peu à peu acquis l'idée inconsciente qu'elle possède un calepin car très souvent, au cours d'un interrogatoiro, elle met spontanément la main à sa poche, en tire ce carnet ei l'ouvre pour en lire la réponse, quand par hasard ell s'y trouve. Ce souvenir est en réalité un souveni inconscient, car elle ne sait ni la grandeur,
ÂmSSÏE ANTÉROGRAOfi.
forme, ni la couleur de ce carnet ; elle ne le reconnaît qu'après l'avoir ouvert et avoir vu, reconnu sa propre écrîturer Et ici encore, dans racquisition de ce souvenir, le raisonnement semble avoir joué un rôle important.
Messieurs, cette amnésie de la période antérograde porto non seulement sur les faits vulgaires de l'existence, mais encore sur les événements mémorables. N'est-ce pas un événement mémorable entre tous que celui du 30 octobre dernier? Dans une rue de la ville, notre amnésique est mordue par un chien suspect de rage; aussitôt elle consigne le fait sur son carnet. On cautérise deux fois sa plaie et on déoide immédiatement son envoi à Paris, Or, cet évént?ment, elle Ta oublié ; elle arrive donc à Paris, après yn long voyage, sans le savoiret, sans le savoir, y subit le traitement antirabique ilurant quinze jours. Sans!.' savoir, elle est descendue rue de TOdéon chez de vieux amis qu'elle connaît depuis vinjrt ans; elle a visité les principaux monuments et magasins de Paris sans le savoir. Sans le savoir enfin, elle est entrée le 23 novembre à la Salpètrière où elle se trouve actuellement, toujours sans le savoir. La disposition des lits lui fait bien reconnaître une salle d'hôpital, mais elle est incapable de dire si c'est un hôpital de Paris ou de Bordeaux. Elle sait iniquement que ce n'est pas l'hôpital de C..., quVdle connaît depuis son enfance, et arrive aiasi loi^iquement à déduire qu*elle no doit pas être, qu^ello n'est P&8 à C...
Or, depuis que cette femme est dans le service, malgré ïû haut degré de cette amnésie, nous avons acquis la conviction que co défaut de mémoire est purement M^pwent. Je m'explique. Nous avons, comme vous le •ftVeXj appris do ses voisines qu'elle rêvait à haute voix, RUB, dans ses rêves, elle parlait parfois de tel ou tel "événement de la période amnésique, soit rétrograde, •oitantérogrado, qu'elle disait par exemple : « M. Char-