INFLUBNCE DB LA CONTAGION
S..., âgée de dix-huit aus et chez laquelle nous n avons pu reconnaître ni antécédents personnels, ni antécédents héréditaires dignes d'être notes. 11 y a environ six mois, elle eut, dans la maison qu'elle habite, avec quelques voisins mal élevés, mal embouchés, des désagréments qui se reproduisirent fréquemment pendant plusieurs semaines; des querelles graves, des menaces s*en suivirent et k un moment donné les choses furent au pis. Alors survinrent de Tinsomnie, de l'inappétence, des crises convulsives et délirantes dans lesquelles l'attitude eu arc de cercle s'est, parait-il, plusieurs fois manifestée de Iii façon la plus classique. Eu ce temps-là, c'est-à-dire il y a quatre mois, elle commença à fréquenter le service éleclrothérapique delà ^H^al pétri ère, où elle rencontrait fréquemment une jeune ^HBUc nommée Guel..., àgéedevmgtet un ans, que je ^^Bcgrette de n'avoir pas sous la main aujourd htii, et qui ^^brésente depuis longtemps un bruit laryngé tout à fait ^'conii)anible, tant pinir le timbre ([ue pour le rhythme, à celui que nous observons aujourJ'luii cliez la jeune S... Y a-t-il eu là un phénomène de contagion ? Je suis fort disposé à le croire. Toujours est-il que bientôt survinrent une extinction de voix, suivie d'un mutisme qui dura seulement quel<{ues lieures^ et lit place au bruit, au murmure spécial qui s'offre aujourd'liui à notre étude. Il est à noter que les crises convulsives et délirantes ne .se sont pas reproduites depuis que le bruit laryngé s'est établi.
Ce bruit consiste, vous le constatc2| en petites secousses respiratoires qui se groupent par séries de quatre (rhythme quaternaire). Les séries en question sont séparées les unes des autres par des intervalles bensîbicment tous de même durée. Nous eu avons compté environ I iO à la minute, soit 24,000 en douze heures. Gela constitue, vous le voyez, dans rensemble, comme un murmure saccadé rappelant assez bien le bavardage discret et presque incessant que font cn-
C^HABCOT, T. II. ÎS
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ÉTAT DE LA KESPiHATION.
tendre les oiseaux de basse-cour. Cela ne s'arrête que la nuit ([uand la malade s'est endormie, ou encore durant le jour pendant que la malade est occupée à lire k haute voix ; mais à peine a-t-elle fini que la série re* prend comme de plus belle. Un effort de volonté parait n'avoir aucun effet inhibitoire.
Cependant la respiration est précipitée, peuiirofonde; on compte environ ofi respirations par minute. Mais cette précipitaïion n'entraine aucune gêne sensible, aucun malaise, à moins que la malade ne veuille courir. Pas de douleur, pas de chatouillement à la gorgo.
Ici le fonds hystérique est représenté non seulement par les attaques convulsivcs et délirantes aujourd'hui disparues, mais qui ont inauguré la série morbide; il est représenté encore par la présence de stigmate* permanents carauléristiques, à savoir: f^h^'^mianesthésie gauche scnsitive et sensorielle avec perte du sens musculaire ; "2" anesthésie pharyntrée à droite. Il n'y a paa de rétrécissement du uhamp visuel.
E)ans ce cas, je Tui fait remarquer, le bruit Iar3iig6 se produit au moment de l'expiration et apj)artient par conséquent au type « toux h. Il est inspiratoire, au contraire, et, par ce côté, se rapproche du hoquet, chez le jeune garçon que voici.
"2* Cas. — Il est âgé de quinze ans, un peu adipeux, joufflu et pas mal empâté pour le moment. On ne relève chez lui ni antécédents héréditaires, ni anléc^ dents personnels relatifs à la catégorie nerveuse. Il vit depuis quelques années dans un collège de frères religieux, où il prétend n'avoii* eu à se plaindre ni de ses maitres, ni de ses camarades. Il y a dix semaines envi* ron, sans cause connue, il a été pris de maux de téta, puis d'inappéleuLC et de divers accidents qui ont été cametérisôs, paratt-ih par le médecin, sous le nom d'embarras gastrique, et c'est huit jours après (|u'il a commencé
H5CHERCHB DES STIGMATES.
& ressentir les accidents nerveux qui ont persisté jus* qu'aujourd'hui. Vous l'entendez, à des intervalles a peu prè«égaux,donner un bruitaigu qui rappelle assez bien le jappement, le glapissement d'un petit chien, avec cette diffôrence toutefois, relative au mécanisme, qu'il s^agit ici d'un phénomène d'inspiration brusque. Vous pouvez, en effet, reconnaître qu'à chaque émission du bruit l'abdomen se soulève, et en même temps les épaules. Quehiuos petits mouvements concomitants do la tête et du tronc en arrière démontrent que certains muscles autres que ceux du larynx et de la respiration sont en jeu pendant la production du bruit.
Pas de chatouillement laryngé; aucun malaise; bon sommeil, bon appétit. Rien qui ressemble à des attaques, pas d'aura. Il s'agitdonc bien là, si hystérie il y a, d'hystérie locale, au premier chef, d'après la définition que j'en donnais tantôt. Cependant la recherche des stigmates, tant s'en faut, n'est pas stérile. Il y a héniianalgésie gauche, et rétrécissement du champ visuel prononcé surtout à gauche. Aucune anomalie h signaler du côté des organes génitaux.
3* Cas. — Voici maintenant un cas comparable au précédent, mais plus accentué dans sa symptomatologie etù quelques égards plus complexe.
Il s'agit d'une jeune fille de vingt-trois ans, nommée B. M..., que je vous ai présentée déjà, dans le temps, comme offrant un exemple de mutisme hystérique, suivi de bégaiement. Le mutisme a disparu depuis plusieurs mois, mais le bégaiement persiste encore. 11 n'y a pas à signaler, à proprement ]>Hrler, chez cette jeune fille, d'antécédents nerveux héréditaires; mais elle appartient cependant à une famille de musiciens endiablés et pour la plupart sans doute un peu toqués. Son grand-iière était violoncelliste à Valonciennes et exerçait en même temps la profession de marchand de chaussures; un de ses oncles, établi à Paris, cumule
ABOIEMENT HrSTERiQUE.
également; il est à la fois violoncelliste et épicier; soa père, également musicien, avait monté un magasin dUnstruments de musique; mais il fit de mauvaises affaires et fut saisi. C'est à la suite de cet événement, au moment où les huissiers pénélraient dans la boutique, que B. M... fut prise de ce mutisme dont je parlais tout à l'heure et qui lit place au bégaiement que vous pouvez constater encore aujourd'hui.
La malade a dans son enfance été atteinte de rhumatisme articulaire, et elle a été choréique (chorée de Sydcnhaml. Le bruit laryngé, l'aboiement, comme vous voudrez dire, que nous avons à étudier avec vous, date de dix-huit mois; il est survenu sans cause connue six mois après l'apparition du mutisme.
Le bruit laryngé se répète chez elle, ainsi que vous pouvez le constiiter, deux ou trois fois de suite^ et il se reproduit environ trente fois par minute, toutes les deux secondes. 11 rappelle assez bien, par le timbre et la soudaineté de l'émission, l'aboiement d'un petit chien; et d'ailleurs toutes les fois que dans la cour de l'hospice elle rencontre un chien, elle le met involontairement on émoi et le fait aboyer. Ici encore comme dan* le cas pré(^édent, malgré la ressemblance avec un aboiement, il s'agit d'un bruit inspiratoire et non expiratolre. Le bruit se répète û toutehcure dujour. sans cesseel sans trêve; il ne disparait que la nuit au moment du sommeil. Remarquez au moment de chaque aboiement uao légère grimace dans laquelle les commissures labialca 8'abaissont en môme temps que les paupières supérieures 80 ferment un instant.
La malade n*a jamais eu d'attaques convulsives; muiit la présence des stigmates permanentsest très accentuée : hémianesthésie gauche sensitive et sensorielle avec perle du sens musculaire ; champ visuel très rétréci dc6 deux côtés. Remarquez cette longue durée du bruit laryngé; dix-huit mois, et rien ne fait prévoir qu'on en verra bientôt la lin.
DIAGNOSTIC : CHORÉE, PARAUYÛCLONUS.
— Ces exemples, les seuls que j'ai pour le moment sous la main, suffiront amplement, je pense, pour vous donner une idée de ce que Ton doit entendre sous cette dénomination de bruits laryngâs hystériques, que je vous propose d'adopter. Maintenant, pour légitimer les généralités que je vous ai présentées au début de cette étude, je voudrais entrer dans quelques détails, à pro- ►os de la question du diagnostic. Il peut en réalité, je rousTai fait pressentir, présenter des difficultés; mais 'celles-ci seront presque toujours aplanies par la présence bien constatée des stigmates. Toutefois, ne l'ou- Jiez pas, ceux-ci peuvent souvent faire complètement 'défaut.
Voici d^ailleurs Tindication des points qui, à cet regard, me paraissent surtout intéressants à signaler. On (eut dire d'une façon générale qu*un bruit laryngé explosif, un éclat de voix, un cri, peuvent se produire lans les névroses convulsivcs les plus diverses, pour leu que les muscles du thorax et de Tabdomen soient itéressésdans Taolion spasmodique. C'est cequi arrive exemple dans la chorée vulgaire, chorée de Sydenlam, comme je Tappellc volontiers, — ce mot parait ivoir fait fortune, — et aussi dans le paramyoclonus tultiplex, dont mon chef de clinique M. Marie vous irésentait naguère un beau spécimen que j'ai fait replacer sous vos yeux, — Vous voyez que chez ce maide, le nommé Gaub...t, en frappant à Taidc du marteau Skoda sur certaines apophyses épineuses de la région cervicale et lombaire mises à nu, je provoque non 'seulement dans les membres, mais encore un peu partout, de brusijues secousses, qui, si elles sont très intenses ettrcs généralisées, ne manquent pas d*être accompagnées d'une expiration sonore. C'est par un mécanisme analogue que se produisent les éclats de voix, les ,cris, les bruits divers que Ton entend quelquefois dans la chorée vulgaire intense. On a parfois désigné ces >ruits-là sous le nom de chorée laryngée; c'est bien à
Maladie dks ttcs nowTtr.srrs.
tort, et il n'y a certainement aucun avantage à employer cette dénomination. Il importe de savoir en tout caa qu'il n'existe en réalité pas de chorée de Sydenham partielle, limitée au larj'nx, sans accompajrnemcnt de gesticulations ciiorciformes dans les membres, et tous les exemples publiés sous cette rubrique, il faut bien le savoir, y compris ceux de M. Blachez, quand on les examine d'un peu près, échappent à la caractérislicfue de la chorée vul^^airo et rentrent au contraire tr^s naturellement dans la catégorie des bruits laryngé* hystériques (1).
Les difficultés sont plus grandes quand il s'agit de ne pas confondre les exclamations, cris, aboiements hystériques avec les phénomènes correspondants qui s'observent quelquefois dans la maladie des tics. Kt ici, remarquez-le bien, le diaj?nostic est d'un grand intérêt pratique, car les accidents de la maladie des tics, bien qu'ils paraissent subir des amendements temporaires, no sont que rarement susceptibles d'une guérison proprement dite, tandis que les bruits hystériques, quoique persistant parfois dos semaines, des années, finissent toujours par guérir en fin do compte.
Je vous présente une jeune tille de vingt ans et demi, nommée Jul..., dans Thistoire de laquelle nous n'avons pas pu trouver la marque évidente d'antécédents héréditaires nerveux ou arthritiques; seulement elle a été élevée par un père brutal qui souvent la battait et la maltraitait au point qu'elle a du être recueillie par des personnes charitables ; vous Tentendez donner do temps en temps, à des intervalles irréj^uliers, un bruit laryngé aspiratif, assez semblable k celui que donne, à la vc^té d'une façon rhythmée, notre dernière malade de tout à rheure (Bill...). Mais veuillez remarcjucr qu'au moment de l'émission de chaque bruitet un peu auparavant, il se
{\) Voir, h co sujet. SiurgrcB. Oi» CAorea, p. 16. ©l ZiemMi liiindhuch, XXUBa. î. p. 108.
éCHOLAUB; COPROLÀLIE.
fait une s6rie(leinouvements,toajours systématiquement les mômes^ qui consistent en une brusque élévation des membres du côté droit en même temps que la tête s'incline vivementsur la droite. Ajoutez que ces tics, comme l'aboiement, datent de huit années et que jamais ils n'ont changé de caractère; que dès Tà^c de quati'e ans, c'est-à-dire à une époque du la vie où rhyatérie ne se montre guère, existaient des clignements d'yeux, dos grimaces <[ui ont fait place aux tics spasmodiques d'aujourd'hui. D'aillours pas de stigmates scnsitivo-sensoriels, pas d'attaques. C'est de la maladie des tics qu*il s'agit chez cette petite malade, tandis que Bill..,, qui lui ressemble à tant d'égards, est hystérique et guérira très certainement; je n'oserais pas en dire autant de la première.
Le diagnostic serait plus facile sMl s'agissait chez Jul... d'exclamations d'un autre ordre, qu'on n'observe jamais autant quejc sache dans l'hystérie et qui, nu contraire, se montrent assez fréquemment dans la maladie des tics. Je veux parler des cxclatuations dites 6cliola~ liques. Je vous rappelle on deux mots en quoi cela consiste. Le sujet, pourvu qu'il soit sui-pris, non préparé, répète malgré lui, automatiquement, les exclamations qu'il entend proférer près de lui. « Jetto-!o, » disait Beard à un sujet atteint de cette maladie qui tenait un couteau à la main. « Jette-le, » répond aussitôt le malade et en même temps il jette le couteau, car les actes en pareil cas suivent involontairement les paroles involontairement produites. Remarquez qu*ilne s'agîtpas ici de bruits simples, mais bien de sons articulés, de paroles; rien de tout cela, je le répète, n'appartient à Thystérie.
On peut on dire autant des phénomènes que AL Gilles de la Tourette a ingénieusement groupés sous le nom de ^coprolalie ». Ici, sans provocation aucune, il y a émission plus ou moins brusque et absolument involontaire, convulsive, automatique, de paroles souvent
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