CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES SUR LE NOUVEAU-NÉ
PHYSIOLOGIE
Messieurs,
Lorsque le fœtus est jeté dans le monde extérieur, la plupart de ses organes, tenus jusque-là comme en réserve, remplissent immédiatement et sans préparation, les fonctions auxquelles ils sont destinés.
C’est la première inspiration, qui marque ce brusque
changement; en modifiant le cours du sang en l’attirant
au foyer de l’hématose. — Elle est la manifestation la Vie sans respiration.
plus apparente de la vie; — et cependant, la vie n est pas fatalement éteinte, quand elle manque. Car il est des enfants qui peuvent naître vivants, s’agiter, exécuter des mouvements de la face ou des membres, crier même («), sans que la respiration s’établisse ou se fasse avec assez d’ampleur, pour permettre à l’air de pénétrer dans les
(a) Tardieu, Etude méd.-lé(j. sur l'infanticide, p. 67, 1868.
PHYSIOLOGIE
poumons. Cela s’observe surtout chez ceux qui naissent avant terme, qui sont atteints de faiblesse congénitale (1); chez ceux que la longueur du travail a profondément débilités ; chez ceux enfin qui ont certains vices de conformation.
Cet état peut durer quelques heures et môme plus d’un jour. Billard {a) le désigne sous le nom d'établissement incomplet de la respiration. Il l’a observé chez six enfants remarquables par une faiblesse extrême, la lenteur de leurs mouvements , l’altération particulière du cri, qui ne consistait qu’en une sorte de hoquet aigu et saccadé. Chez l’un d’eux, la poitrine s’élevait et s’abaissait assez régulièrement, mais elle rendait à la percussion un son mat dans toute son étendue, et l’application du stéthoscope ne faisait nullement entendre le bruit respiratoire. Le cœur battait cinquante fois par minute... L’enfant s’éteignit huit heures après sa naissance; à l’autopsie, on trouva les poumons à l’étal fœtal.
Ed. Joerg (b), après Billard, a étudié cet état qu’il attri-
(1) On l’a encore qualifiée de faiblesse native ou originelle. Elle est caractérisée parles particularités suivantes : le poids est plus faible que celui d’un enfant ordinaire né à terme ; il en atteint à peine les deux tiers et môme la moitié. Le corps est grêle , la peau line et d’un rouge uniforme, est douée d’une certaine transparence, le cri est trèsalfaibli et monotone. La respiration est faible, et les mouvements du
thorax très-peu sensibles. A l’exception du cœur, qui se contracte énergiquement, le système musculaire tout entier est dans l’inertie ; les mouvements des membres sont rares et sans vigueur; et l’enfant plongé dans une sorte de torpeur n’a même pas la force de téter.
La faiblesse congénitale est presque toujours la conséquence d’une naissance prématurée (c).;
(a) Loc. cit., p. 525 et 698.
(b) Joerg, De morbo pulmonum organico, ex respiratione neonalorum imperfeda orto. Leipsick, 1833.
(c) Voir Billard, loc.cit., p. 73. — Guéniot, Sur la faiblesse congénitale et son traitement (Gaz. des hop., p. 1162, 1872).