VIE SANS RESPIRATION CHEZ LES NOUVEAU-NÉS
bue surtout aux accouchements rapides ou trop faciles et à ceux dans lesquels la tête subit une compression très-forte soiL au passage, soit par le forceps.
Maschka (a) en a observé deux cas : dans le premier, la naissance avait eu lieu à quatre heures et demie du matin ; l’enfant était froid et inanimé. Enterré presque aussitôt, il fut déterré à neuf heures et demie, et on le ranima par des frictions, des lavements, des insufflations d’air. Au bout de deux heures, il respirait et pouvait teter; mais il mourut le troisième jour. — Le second fait est celui d’un enfant que l'on considéra comme mort-né et que l’on mit dans un cercueil ; vingt-trois heures après l’accouchement, il était froid et bleuâtre, mais sans roideur cadavérique. Les bruits du cœur s’entendaient, mais faibles et à de longs intervalles; ils finirent par disparaître et la mort survint malgré les tentatives que l’on fit pour l’éviter. Dans ces deux cas, l’examen des poumons montra qu’ils n’avaient pas respiré.
M. Tardieu (b) qui a vu plusieurs faits semblables, fait observer très- justement que la vie ne se maintient, chez ces enfants, que par la persistance de la circulation cc qui continue, pendant un certain temps, à s’accomplir d’une manière régulière et constante, même en l’absence de la respiration. » En pareil cas, lorsque du sang vient à s’épancher dans les tissus, il se coagule; ce qui est un signe de vie, comme l’a démontré l’éminent médecin légiste.
S il était nécessaire de multiplier les exemples, je vous citerais encore ceux que M. Bardinet a communiqués à l’Académie de médecine. Le premier a trait à un fœtus de six mois environ, jeté dans un égout. Ses poumons pré-
fa) Maschka, Prager Viertcljahrschrift, t. III, p. 1, 1854. (b) Tardieu, Sur la mort par su/focation (Ann. d’hyg. t. IV, 1855). — Etude méd. lég. sur l'infanticide, p. 71.
et de méd.
lég., 2° série,
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sentaient de la manière la plus incontestable l’état fœtal, et dans ses tissus on trouva cependant un certain nombre d’ecchymoses et des caillots, indiquant qu’il vivait, au moment où •ces lésions s’étaient produites. Le second fait, est celui d’un enfant qui vécut pendant quinze heures, sans que l’air fût arrivé jusqu’aux poumons. Il n’avait pu ni boire ni crier franchement, mais il remuait les membres et parfois contractait sa face. Dans un troisième cas, il s’agit d’un enfant né à huit mois, qui, enterré à vingt-cinq centimètres de profondeur, séjourna dans la fosse quatre ou cinq heures et qui cependant fut retiré vivant et survécut quatre jours. — M. Bardinet fait remarquer que c’est principalement lorsque la naissance est prématurée, que l’on observe la vie sans respiration ; il va même plus loin et se demande si ces enfants ne vivent pas précisément parce qu’ils ne respirent pas ; et si cette vie imparfaite, que l’on a considérée comme une exception , ne •serait pas au contraire une règle pour ces cas particuliers. Peut-être, dit-il, pour l’enfant dont la circulation fœtale se fait encore bien, vaut-il mieux, pendant une première et nécessairement très-courte période, que la respiration ne commence pas, que de s’établir d’une manière trop incomplète ; et si l’on voit tant d’enfants nés avant terme, résister pendant un certain temps à la mort, c’est très-probablement dans cette absence de respiration et par suite, de toute circulation pulmonaire, qu’il faut en chercher la véritable cause (a).
Quelle que soit la valeur de ces explications, il n’est pas douteux que les nouveau-nés puissent vivre sans respirer, grâce à la persistance de la circulation fœtale. La vie est incomplète mais n’a pas cessé; c’est la continuation de la vie intra-utérine; aussi, ne faut-il pas désigner cet état, sous le nom de
(a) Bardinet, La vie sans respiration chez les nouveau-nés ( Dull . de l'Acad. de méd., 1864-65).