‹ Clinique des nouveau-nésChapitre 9 sur 127 · CANAL ARTÉRIEL · texte numérisé non relu

CANAL ARTÉRIEL

Nombre de cas.

Ouvert.

Oblitéré

Rétréci.

Oblitéré

avec

thrombose.

1 mois

1 an

Au-dessus

de 3 ans

Un point de l’histoire du canal artériel, très-intéressant mais non encore tout à fait élucidé, malgré d’assez nombreuses recherches, est son mode d’oblitération. Vater suppose qu’elle est due à la production d’une matière blanche semblable à une espèce de moelle, et non à la sécheresse qui, en rétrécissant le tuyau, en effacerait la cavité. Trew l’attribue à ce que les tuniques augmentent en épaisseur vers la cavité. Sénac (a), après avoir cité ces auteurs, ne se range pas à leur opinion. Pour lui, les causes du phénomène, sont purement mécaniques. Il dit que le calibre intérieur du canal s’amoindrit et s’efface par le tiraillement que font subir à la crosse aortique le sang qui la soulève, le gonflement des poumons par l’air, et accessoirement par son changement de direction.

Norman Chevers (b) attribue cette oblitération au ré-

(a) Sénac, Traité de la structure du cœur, de son action et de ses maladies, p. 171 et 178. Paris, 1749.

(b) Norman Chevers. Sur la persistance du canal artériel et sur le procédé suivant lequel il s’oblitère naturellement. ( London medical Gazette, 1845, et Gazette médicale de Paris, p. 717, 1845.)

■ouïrent. Il commence par faire remarquer, que le nerf affecte des rapports intimes avec la crosse de 1 aorte ; que celle-ci offre invariablement à sa face interne, dans la partie inférieure de sa courbure descendante, à deux ou trois lignes environ de l’insertion du canal artériel, une petite marque transversale qui correspond exactement à la ligne d’application du récurrent à sa périphérie ; que suivant Craigie et d’autres autorités, le canal se ferme primitivement dans le lieu de son embouchure aortique; et que le récurrent, qui agit pour l’inspiration et le cri, est l’un des premiers nerfs qui entrent en action après la naissance. Or, dit-il, à chaque inspiration, le larynx s’élève, entraînant avec lui le nerf; si bien que son anse péri-aortique, devient chaque fois plus serrée et, par la pression qu’elle exerce, peut amener l’oblitération du canal.

Suivant Longet (a) , le canal se trouve oblitéré dès le troisième jour après la naissance, par un caillot qui se transforme ultérieurement en un cordon fibreux. Cette oblitération, qui marche de l’aorte vers l’artère pulmonaire, est due à l’angle que le canal artériel forme avec l’aorte, par l’effet de l’abaissement du cœur et de l’élévation de la crosse aortique; et à l’élongation qui résulte de ce déplacement.

Billard (b) avait remarqué que les parois du canal, deviennent peu à peu plus épaisses; et qu’elles subissent une sorte d’hypertrophie concentrique, qui, sans modifier en apparence la grosseur du vaisseau, en diminue cependant le calibre. — « Lorsque le canal artériel a subi l’hypertrophie et l’oblitération dont je parle, dit cet auteur, je ne puis mieux donner l’idée de la disposition qu’il présente, qu’en le comparant à un tuyau de pipe dont la cassure est fort épaisse,

(a) Longet, Traité de physiologie, 3° édit., t. III, p. 998.

(b) Loc. cit., p. 582.

PAHROT.

ANATOMIE

Modifications anatomiques du canal artériel après la naissance.

et ne présente à son centre qu’un pertuis d’un médiocre calibre. »

D’après M. Brière, dont les recherches sont consignées dans l’article déjà cité de M. Bernutz, l’oblitération du canal artériel est due à une couche fibrineuse d’un blanc jaunâtre qui se dépose à la surface de la membrane interne. Cette fausse membrane, tantôt uniforme, tantôt épaisse, inégale, projetterait dans l’intérieur du vaisseau des lamelles pseudomembraneuses, allant à la rencontre les unes des autres, adhérant entre elles et amenant l’oblitération, partielle d’abord, puis générale.

L’intervention du microscope était nécessaire pour mettre fin à ces explications erronées et contradictoires. Mais avant d’exposer les progrès qui ont été réalisés grâce à son emploi, je dois vous dire ce que l’on voit à l’œil nu et à l’aide de la dissection, pendant les différentes phases du travail d’oblitération.

Au moment de la naissance, le canal, long de 12 à 13 millimètres et dont la lumière a de 5 à 6 millimètres de diamètre, est un peu plus épais que l’aorte et l’artère pulmonaire.

Aussitôt après, ses parois se vascularisent légèrement, prennent peu à peu une épaisseur plus grande, deviennent plus élastique et plus consistantes. En même temps, son calibre diminue, et sa lumière rétrécie par un produit membraniforme, parfois comblée par un caillot, devient bientôt imperméable au sang.

Sa surface interne inégale, comme rugueuse, souvent colorée par le sang, mais ordinairement d’une teinte blanc sale, est constituée par un tissu tout à la fois élastique et friable que l’on peut détacher avec une pince, sous forme de lam-

beaux, et dans quelques cas, en un bloc massif, formé de lamelles concentriques, que certains observateurs ont prises pour une fausse membrane ou pour les couches stratifiées d’un caillot ancien.

Au bout d’un certain temps, la rougeur, ainsi que l’élasticité et la friabilité, disparait; le canal diminue de calibre, et finalement, il ne reste plus à sa place, qu’un cordon ligamenteux, sur la coupe duquel on retrouve assez fréquemment les traces d’un trajet central. Au niveau des points où il communique avec l’aorte et l’artère pulmonaire, existent des cicatrices déprimées, qui chez certains sujets, laissent voir à leur centre un petit orifice par où l’on peut introduire une fine soie de sanglier.

C’est aux histologistes allemands, que l’on doit la connaissance des modifications que subit le tissu du canal artériel pendant qu’il s’oblitère; et Langer est le premier qui leur ait consacré un travail étendu (a). Il y mentionne la différence, jusqu al°rs méconnue, qui existe normalement entre la structure du canal et celle des deux gros troncs auxquels il aboutit.

Puis viennent les recherches de Henle (b) et celles de Luschka (c). Plus récemment, le docteur F. Walkhoff (Y/), uhhsant ces travaux, et s’appuyant sur le résultat de ses investigations personnelles, a donné sur la structure du canal artériel et sur son oblitération, des renseigne-

K IZrJ0™1, df, la S°ciété de médeci ne de Vienne, 1857.

( ) enle, Manuel de l anatomie des systèmes, vol. III.

(c) Luschka, Anatomie de l’homme, vol. I.

Jili » ™'“-

ANATOMIE

Structure du eau artériel.

ments plus complets que ceux que l’on possédait jusqu’à

lui.

Il en étudie d’abord la structure, avant le début du processus oblitérant, et fait remarquer qu’elle n’est pas la même, au niveau de la partie moyenne et des deux points d’embouchure.

Sur des coupes transversales et longitudinales de la première

de ces deux régions, on voit, même à un faible grossissement,

connue dans tous les vaisseaux, trois tuniques. L’épaisseur

de l’interne est relativement considérable, puisqu’elle peut

atteindre 0,02 millimètre. A sa surface, existent des cellules

allongées à noyau ovale. Au-dessous, est une couche claire de

tissu conjonctif délié, à mailles, traversé de fibres élastiques

fines, contenant des noyaux ovales dirigés suivant l’axe

longitudinal du canal, et quelques éléments fusiformes courts. Puis vient un réseau constitué de même, mais plus épais. La tunique interne de l’aorte et celle de l’artère pulmonaire y envoient des fibres élastiques longitudinalement dirigées et formant un fin réseau, dont les mailles contiennent de nombreux noyaux ovales, appartenant sans doute au tissu conjonctif jeune. Sur sa limite externe, on voit une tramée de tissu conjonctif épais et de faisceaux de fibres élastiques, venant des deux gros vaisseaux. Ce qui caractérise donc la tunique interne du canal artériel, c’est sa laxité plus grande et l’arrêt de développement de son tissu élastique.

Dans la tunique moyenne, dont l’épaisseur varie de 0,3 à 0,5 millimètre, on ne trouve ni plaques de fibres élastiques, ni cellules musculaires lisses, comme il en existe dans l’aorte. On y voit un réseau élastique délicat, venant des artères et dans les mailles duquel sont des éléments celluleux, fusiformes, à noyau ovale, souvent muni d’un

nucléole; reliés entre eux, et en groupes assez compacts, par une fine substance intermédiaire; se dirigeant les uns en long, les autres en large. — Aux extrémités du canal, les faisceaux transversaux l’emportent de beaucoup sur les autres. — Par la structure de cette couche, on explique les particularités que présente l’aspect du canal ; et de plus, l’omest conduit à penser qu’elle ne peut être permanente et que par les changements qu’elle subit, elle doit, pour une part considérable, contribuer à l’oblitération.

La tunique adventice, qui al ,6 millimètre environ d’épaisseur, est constituée surtout par du tissu conjonctif, disposé en faisceaux, reliés entre eux par des fibrilles. On y voit aussi des noyaux ovales qui, au voisinage de la tunique moyenne, sont beaucoup plus nombreux que dans les autres points. Sur des coupes longitudinales, pratiquées au niveau de l’embouchure du canal dans l’aorte, on voit que celle-ci lui envoie un faisceau blanchâtre et brillant de fibres aplaties, qui se perdent en partie dans la tunique adventice et dont le reste prend part à la formation du fin réseau élastique de la tunique moyenne.

Cette structure peut être constatée, dans ses traits essentiels, dès le cinquième mois de la vie. fœtale; toutefois, les tissus sont moins développés, notamment dans les couches longitudinales.

Comme on le voit, c’est surtout par sa tunique moyenne, que le canal artériel, diffère des deux gros troncs vasculaires qu’il met en communication.

Ceci dit, voici, toujours d’après M. Walkhoff, par quels changements dans l’état des parois se produit l’oblitération. Dès la fin du deuxième jour après la naissance, l’épaisseur de la tunique moyenne s’est accrue. Ses cellules fusiformes sont le siège d’une active division nucléaire, surtout

ANATOMIE

ri U.

au voisinage de la tunique interne; si bien que la ligne qui la structure du sépare de celle-ci est beaucoup plus foncée. En môme temps,

cordon iibroux . ... . . .11

qui^ remplace vers le milieu du canal, et pari ois plus près de la pulmonaire, la tunique interne subit un travail semblable; les noyaux de son épithélium et de sa couche conjonctive superficielle se multiplient rapidement, et leur accumulation en triple rangée donne à la surface interne du canal, un aspect velouté. Au cinquième jour, le travail d’oblitération fait de nouveaux progrès dans les deux tuniques; les noyaux des traînées cellulaires longitudinales de la moyenne, sont si abondants, qu’ils compriment la couche transversale et par places, repoussent devant eux la tunique interne, qui présente de ce fait des plis longitudinaux, où l’on voit de fines concrétions fibrineuses, mêlées aux amas nucléaires superficiels, et remplissant bientôt la cavité du canal. Ces saillies contribuent beaucoup à son rétrécissement, et diminuent parfois sa lumière de plus de moitié. En même temps, les noyaux des mailles du réseau conjonctif interne sont devenus très-abondants, et par suite d’un phénomène analogue, la couche transparente s’est obscurcie et ne peut être distinguée des tissus voisins.

Les deux points où le canal s’abouche dans les artères, prennent peu de part aux néoformations dont la partie

moyenne est le siège; aussi à leur niveau, sa lumière conserve une forme conique, ce qui a permis à Langer de comparer le canal à un sablier.

Au vingtième jour, l’oblitération est complète.

Plus tard, les noyaux de la tunique interne et les cellules fusiformes de la moyenne, se transforment en tissu conjonctif, puis en tissu élastique, qui par sa rétraction, réduit les parties de moitié, comme ou peut le constater à partir de la dixième semaine. Plus tard, il n’est pas rare de trouver

deux substances étrangères dans le ligament qui remplace le canal : de l’hématoïdine et des dépôts de carbonate de chaux.

J’ai contrôlé, par des recherches personnelles, les détails consignés dans cette description, et je me crois autorisé à vous en garantir l’exactitude.

Dans des cas d’ailleurs rares, le canal artériel notablement renflé à la partie moyenne et devenu fusiforme, contient un caillot.

Billard a improprement qualifié cet état d’anévrysme du canal artériel (1). Il s’agit simplement d’une thrombose. Il est probable que le sang, ayant continué à traverser le canal après la naissance, a déterminé la dilatation de sa partie moyenne, moins résistante et moins élastique; de telle sorte qu’au moment de la formation du thrombus par le dépôt de la fibrine, sur les saillies de la tunique interne, celui-ci s’est trouvé plus volumineux au centre qu’aux extrémités. Il est d’abord rougeâtre et peu consistant; puis, peu à peu, il subit les transformations habituelles des caillots. Plus tard, on

(1) Thore, malgré le titre de son mémoire (a), s’élève contre la dénomination d’anévrysme et propose de la remplacer par celle de dilatation, déjà employée par Parise. Il a constamment observé que le point dilaté était plus rapproché de l’aorte que de l’artère pulmonaire ; et remarquant avec M. Gendrin, que les artères pulmonaires naissent primitivement de l’aorte par l’intermédiaire du canal artériel, il se demande s il n est pas permis de supposer

qu’à une certaine époque de la vie intra-utérine, le canal artériel a une capacité bien plus grande que celle qu’il doit avoir plus tard, quand le tronc de l’artère pulmonaire est formé, et s’il n’est pas surtout dilaté à son insertion à l’aorte. Dans cette hypothèse, il s’agirait, comme on le voit, de la persistance d’un état qui existe d’une manière transitoire dans les premiers temps de la vie fœtale.

— Cette explication est inadmissible.

Thrombose du canal arte'riel.

, vin!10™’ St l’anévnJsme du canal artériel ( Arch . gènér. de mêd., 4° série, t. XXIII, p. 30).

ANATOMIE

trouve à sa place, une sorte de réseau , formé par des faisceaux de tissu conjonctif, entre lesquels existent, soit une matière granulo-graisseuse , qui finit elle-même par disparaître, soit des concrétions calcaires.

La présence du thrombus n’empêche pas l’oblitération ; elle en retarde seulement la marche.

Page 1