‹ Clinique des nouveau-nésChapitre 104 sur 127 · SEIZIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

SEIZIÈME LEÇON

Ramollissement

cadavérique.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE DE L’ATHREPSIE (suite) lésions de l’encépiiale (suite )]

Messieurs,

Avant d’aborder l’histoire du ramollissement que l’Athrepsie fait subir à l’encéphale, je dois vous dire quelques mots de celui qui est une conséquence de la mort.

A tous les âges, la décomposition cadavérique diminue la consistance des tissus. Chez les nouveau-nés, son influence s’exerce d’une manière particulièrement prompte et puis santé; — et, de tous les viscères, l’encéphale est sans contredit le plus tôt atteint.

Le caractère le plus frappant du ramollissement cadavérique est une odeur pénétrante d’hydrogène sulfuré, qui se dégage dès que l’on a ouvert la calotte crânienne. En général, il s’écoule une certaine quantité de liquide, les méninges étant, dans ces cas, œdémateuses. On les détache avec une remarquable facilité de la substance nerveuse, qui est toujours plus molle que normalement, mais

LÉSIONS DE L’ENCÉPHALE, surtout beaucoup plus friable, notamment dans les hémisphères cérébraux. Les différentes parties peuvent conserver leur forme et leurs rapports; mais, d’autres fois, la moindre traction, le plus pelit choc, y déterminent des brisures, et il est impossible d’extraire l’encéphale intact de sa boîte osseuse. Parfois même, on le trouve partiellement, sinon dans sa totalité, transformé en une pulpe d’un gris jaunâtre, comme s’il avait été broyé.

11 est un état de la substance cérébrale du nouveau-né, qui favorise singulièrement sa destruction cadavérique. Il est caractérisé par l’existence, à la surface et dans la profondeur de l’encéphale, de petites taches opaques, d’un gris blanc, qui simulent des moisissures. Les plus apparentes ne dépassent pas la largeur d’une tète d’épingle. Le toucher ne saurait les révéler; mais on constate, soit en soumettant les tranches à l’action d’un filet d’eau, soit en plaçant entre deux lames de verre un fragment de la partie altérée, qu’à leur niveau il y a du ramollissement. L’examen microscopique y décèle souvent des granulations graisseuses, et surtout une quantité considérable de granulations très-ténues et de vibrions bacillaires animés de mouvements rapides. Parfois les taches semblent être exclusivement constituées par ces corpuscules Les petits vaisseaux qui les traversent sont exsangues, leur paroi est aplatie, très-finement granuleuse et par la dilacération se laisse désagréger. Ils semblent être en proie aux mêmes organites que la pulpe nerveuse proprement dite. L’épcndyme ventriculaire est assez résistant. Les parties non maculées ne contiennent pas de vibrions, et au point de vue histologique elles paraissent être normales.

Dans ces cas, les autres viscères sont généralement ramollis, et c’est d’ordinaire pendant les mois les plus chauds de l’année, et quand l’autopsie a été faite tardivement, que

:îl(i ANATOMIE PATHOLOGIQUE,

ces effets de la putréfaction sont le plus apparents; cependant je dois dire que ces conditions ne sont pas indispensables; et que, dans un cas où les macules à vibrions étaient très-abondantes, l’autopsie avait été faite au mois d’avril et seize heures seulement après la mort.

Le ramollissement qui survient dans de pareilles conditions et qui présente les caractères sus-indiqués est consécutif à la mort; cela est incontestable. Mais, pour que l’action cadavérique se manifeste avec cette apparence, il faut qu’elle ait été préparée parla maladie. 11 est vraisemblable qu’elle ne produit des résultats aussi prompts et aussi nets, qu’à cause de la présence des organites inférieurs dont le microscope révèle la présence. — D’où viennent ces corps, comment ont-ils été introduits dans la substance encéphalique? Il est bien probable que c’est par la circulation ; mais je n’ai aucune preuve directe à vous fournir en faveur de cette hypothèse (1).

(I) A l’histoire des macules parasitaires qui se développent dans l’encéphale des athrepsiés, doit être rattachée l’observation suivante, récemment publiée (a).

Je reproduis à peu près intégralement ce fait. Comme l’auteur, je le trouve curieux à divers points de vue; mais il est probable que ses titres à mon intérêt ne sont pas les mêmes que ceux qui ont excité, à un si haut degré, celui de M. Ludwig Letzericb.

« Le mois passé, dit cet observateur, j’ai eu l’occasion d’observer dans ma propre famille un cas d’encéphalite diphthéritique, qui offre un

grand intérêt scientifique à plus d’un point de vue.

» Le 24juin,j’euslebonbearde voir ma femme mettre au monde un gros garçon, parfaitement constitué, qui apprit à téter avec une rapidité surprenante. Au bout de dix jours, la mère s’aperçut qu’il ne voulait plus boire comme avant, ce qui fut attribué à un léger trouble de la digestion, car il avait un peu de diarrhée.

Je dois faire remarquer que, depuis le jour de sa naissance, j’avais reçu la visite de cinq personnes atteintes de diphthérie, dont deux enfants.

Deux jours après le début des acci-

( a ) Encéphalite diphlhèrilique, par le docteur Ludwig Letzericb, in Virchow .< Arcliiv., 65' vol., p. 119, 1875.

Sur le ramollissement pathologique on trouve peu de renseignements dans les auteurs.

Ramollissement

alhrcpsiqtie.

dents, l’enfant ne voulait plus teter et se mettait à crier chaque fois qu’on lui faisait avaler du lait avec une cuiller. En examinant la bouche et la gorge, on constatait une rougeur intense du palais commençant au milieu de la voûte pour se prolonger en arrière; du gonflement et de la rougeur des amygdales et des dépôts diphthéritiques de la dimension de 2 groschen et demi au moins, situés des deux côtés sur les arcs palatins ainsi que sur les parties latérales du voile du palais; quelques dépôts moins considérables se trouvaient sur le côté droit et à l’extrémité de la luette. La région profonde du pharynx ainsi que l’épiglotte étaient d’un rouge intense, mais sans exsudât diphthéritique. Comme il n’y avait pas de fièvre ni de rétention d’urine, symptômes qui auraient indiqué une diphthérite générale, je me bornai au traitement local par l’acide salicylique. Sous l’inlluence de ce traitement, les exsudais perdirent très-rapidement de leur étendue et de leur épaisseur, mais se reproduisirent cependant, ce dont mon ami et confrère, le docteur Stephan, put se convaincre à plusieurs reprises; ces nouveaux exsudats présentèrent, il est vrai, une petite étendue et une consistance mollasse, la muqueuse n’en fut complètement débarrassée qu’au bout de dix-huit jours. En même temps disparut aussi peu à peu la rougeur intense de la muqueuse des parties profondes de la bouche et de la gorge.

» Malgré l’alimentation la plus re-

constituante et l’usage du madère, l’enfant continua toujours à dépérir.

Les garde-robes non plus que la sécrétion urinaire ne présentèrent rien d’anormal jusqu’à la fin. Dès le début de son affection locale, l’enfant resta dans un état de tranquillité et d’indifférence qui persista après sa disparition. Pendant le sommeil les paupières restaient entr’ouvertes, le cri était un gémissementà tonalité claire, tantôt retentissant, tantôt sourd. Les forces continuèrent à baisser. Ce n’était plus qu’avec peine et en le secouant. énergiquement, qu’on arrivait à tirer l’enfant de sa somnolence et à lui faire exécuter de faibles mouvements de succion. L’affaiblissement augmenta et le pauvre petit mourut dans un état d’atrophie très-prononcé, ainsi qu’une lumière qui s’éteint peu à peu, à la fin de la sixième semaine et une quinzaine de jours environ après la guérison de la diphthérie locale.

» Les symptômes cérébraux ci-dessus décrits : somnolence, persistance de l’ouverture des paupières pendant le sommeil, cri spécial, firent naître en moi la pensée que l’issue fatale avait pu être amenée par un arrêt de développement congénital du cerveau, qui s’était accusé peu à peu, indépendamment de la diphthérie en apparence purement locale.

» Mon ami et confrère Stephan eut la bonté de faire l’ouverture du crâne en ma présence, cinq heures après la mort de l’enfant. Quand les parties molles furent détachées du crâne, nous fûmes frappés aussitôt de l’im-

istoriijue.

Billard parait être le premier qui s’en soit occupé, et il 1 a tait avec sa sagacité habituelle ; mais les exemples qu’il

bibition el de Thyperhéinie considérable des deux os pariétaux, surtout au niveau de leur région postérieure.

Get état était causé par une hyperhémie des os; ce que nous pûmes constater en examinant la calotte crânienne à la lumière transmise. Les vaisseaux des méninges, ainsi que les troncs vasculaires, étaient distendus par un sang liquide et de couleur sombre : état qui contrastait de la façon la plus vive avec la vacuité remarquable du système vasculaire des autres parties du corps. La coloration de la surface du cerveau était très-pâle; à la coupe on voyait partout un sablé sanguin ; dans ces points, le sang avait aussi une couleur sombre et était fluide. Cette congestion énorme se retrouvait à la base du cerveau.

» Ce qui attira avant tout notre attention, ce fut la pâleur remarquable de la substance grise du cerveau, surtout dans les parties antérieure et moyenne de l’hémisphère droit. Suides coupes, cette substance semblait manquer totalement ; ce n’est que par un examen attentif qu’on pouvait constater une limite très-confuse entre les deux substances.

» Le ventricule latéral droit était beaucoup plus petit que le gauche, ce qui paraissait dû à Timbibition et au défaut de cohésion de la substance cérébrale de l’hémisphère, sur des coupes transversales intéressant le cerveau tout entier. L’organe présentait à cause de cela une disposition asymétrique : à droite la masse cérébrale était plus considérable, le

ventricule était très-petit ; à gauche les proportions normales étaient conservées. Je pris pour l’examen microscopique, dans les côtés frontal et pariétal droits, un fragment du cerveau.

» Les noyaux gris du cerveau étaient normaux.

» Le cervelet paraissait petit. Suides coupes transversales, les deux substances n’étaient pas distinctes.

Dans les folioles de l’arbre de vie, on voyait des granulations arrondies formant à la surface des coupes des élevures miliaires. Un fragment du cervelet fut également pris pour l’examen microscopique. Les autres parties du cervelet et la moelle allongée étaient à l’état normal.

» Les altérations microscopiques des centres nerveux paraissaient confirmer ma supposition d’un trouble dç développement de ces centres, circonstance bien faite pour adoucir un peu notre douleur de la perle précoce de l’enfant.

» I . Cerveau. Des coupes aussi fines que possible de la substance grise de l’écorce, prises vers la partie moyenne de l’hémisphère droit, furent dissociées avec des aiguilles et examinées dans l’eau albumineuse. Déjà, en dissociant ces parties, je pus constater une mollesse remarquable et une diminution de la cohésion du tissu, que je n’avais jamais observée auparavant, même sur des cerveaux d’enfants. Sous le microscope la névroglie apparaissait comme un détritus finement granuleux, au milieu

N LÉSIONS DE L’ENCÉPHALE, cite sont loin d’être probants. Ainsi, cet auteur rapporte (a) un cas de ramollissement non inflammatoire, et il se

duquel se rencontraient de nombreuses cellules de la névroglie. Avec ces cellules se trouvaient une quantité colossale de bactéries animées de vifs mouvements, des globes plasmiques et des colonies de micrococcos en partie devenus libres, en partie accolés aux particules cérébrales.

Je n’ai jamais encore vu une telle quantité de formes variées du champignon diphlhéritique réunies sur un si petit espace. La préparation ressemblait à la lettre à une émulsion épaisse de champignons. Dans les cellules ganglionnaires, dont le protoplasma était brillant, se trouvaient des groupes ou des grumeaux de bactéries et des globes protoplasmiques, qui se pressaient autour des noyaux là où ces derniers existaient encore. Dans un très-grand nombre de cellules, la présence de ces organismes transformait presque complètement le protoplasma en une masse vitreuse, transparente, dépourvue de noyaux. Tandis qu’il n’est pas diflij cile d’isoler, au moins en partie, les i cellules ganglionnaires en dissolvant des fragments de substance grise normale à l'état frais, et de poursuivre leurs prolongements isolés sur une assez grande longueur, cela n’était pas possible sur la substance grise de ce cerveau. Le processus de destruction moléculaire ne se limitait pas seulement au tissu fondamental i (névroglie), mais s’étendait aussi aux organes élémentaires des centres .cellules nerveuses et leurs prolon-

gements) : ces éléments, en eflel , étaient incapables de résister même à la plus légère traction des aiguilles.

» Je fis durcir un petit fragment du cerveau pris du même côté que les préparations fraîches.

» Par quelle voie ces organismes avaient-ils pénétré dans l’encéphale?

La réponse à cette question est donnée depuis longtemps par l’expérimentation : par la voie des lymphatiques et principalement par le système circulatoire sanguin qui le transporte là comme dans d’autres organes. J’ai très-souvent, en dissociant diverses parti es de l’hémisphère droit, trouvé des capillaires complètement isolés qui paraissaient vides sur une étendue assez considérable, et qui contenaient, outre quelques bactéries isolées, des micrococcos qui avaient traversé la paroi et avaient continué à se développer au dehors. Dans ces capillaires, j’ai trouvé souvent des globules rouges, qui avaient encore conservé leur structure, mais avaient perdu leur coloration. On voyait des globules rouges, altérés de la même façon, çà et là, tout autour et tout près du capillaire (hémorrhagies capillaires sans coloration rouge). Ce fait indique (fait que j’ai d’ailleurs eu l’occasion de constater auparavant déjà dans d’autres organes, les reins, le foie et les veines du cœur), ce fait indique à coup sur une altération dans la constitution chimique des substances albumineuses, des sub-

(a) Luc. cit., p. 625,

ANATOMIE PATHOLOGIQUE, rond compte de la couleur lie de vin de la substance cérébrale que l’on y trouve, par son mélange à une certaine

stances organiques, altération déterminée par les organismes inférieurs, principalement quand ils apparaissent en masse. Ces hémorrhagies ne se découvrent qu’au microscope.

» Sur le cervelet, outre les lésions précédentes, des coupes montrèrent que la matière couleur rouille et la couche superficielle de la substance grise manquaient, et que la substance blanche avait été le siège d’une trèsabondante prolifération des cellules de la névroglie, se présentant sous l’aspect d’ilots du volume d'un grain de millet (à l’œil nu). Les préparations rappelaient les coupes pratiquées à travers un gliome encéphalique. Les cellules ganglionnaires adjacentes à la limite supérieure de ces nids de cellules n’étaient pas autant altérées par les organismes inférieurs que celles situées dans la substance grise proprement dite, et surtout pas autant que celles des parties moyennes et antérieures de l’écorce de l’hémisphère cérébral droit. J’obtins, en effet, par la dissociation assez souvent des cellules presque complètement isolées, dans lesquelles cependant se trouvaient constamment des bactéries et des globes protoplasmiques, quoique leur protoplasma n’eût pas subi d’altérations essentielles. Les prolongements n’avaient pas cette apparence hyaline normale du protoplasma, mais étaient en dégénérescence granuleuse et farcis de bactéries.

» La substance blanche du cervelet

paraissait normale; çà et là seulement je trouvai dispersés entre les fibres blanches, quelques bactéries cl globes protoplasmiques. Dans la substance blanche de l’hémisphère cérébral droit, ces organismes étaient en plus grand nombre et formaient des îlots plus compactes; les tractus de fibres nerveuses, par suite d’une exsudation granuleuse assez importante, présentaient une structure indistincte.

9 Dans les noyaux gris du cerveau et du cervelet du côté droit, se trouvaient également des organismes inférieurs, mais en très-petite quantité.

9 Réflexions. Si les champignons diphthéri tiques étaient plus nombreux dans la substance grise que dans la blanche, cela tient à la disposition des vaisseaux dans les deux substances. Dans la grise, les vaisseaux sont beaucoup moins droits, et présentent beaucoup d’anastomoses, et on sait que les champignons diphthéritiques se rassemblent dans les angles des vaisseaux et pénètrent de là dans le tissu.

9 La diminution de volume du cervelet et l’augmentation de volume de l’hémisphère droit reconnaissent la même cause. La plus grande partie de la substance grise et la totalité de la matière couleur rouille du cervelet étant détruites par les champignons, l’organe devait nécessairement diminuer de volume. Dans l’hémisphère cérébral droit, au contraire, se trouvait un exsudât granuleux trèsconsidérable dans les deux substances.

LÉSIONS DE I/ENCÉPIIALE.

quantité de sang épanché dans les ventricules. Cette explication n’est pas contestable, mais ce qui l’est, davantage, c’est l’origine pathologique de la lésion. Le cerveau, en effet, réduit à l’état de bouillie, répandait une odeur sulfureuse, ce qui prouve certainement, comme vous venez de le voir, que la putréfaction était avancée, et que l’action cadavérique avait notablement contribué au ramollissement.

Nous adressons le même reproche à une autre observation, rapportée sous le titre de gastro-entérite et encéphaiomyélite (a). L’enfant, âgé de trois jours, avait eu de l’œdème. L’encéphale répandait une odeur d’hydrogène sulfuré, et l’on voyait, à la partie postérieure de l’hémisphère droit, un épanchement sanguinolent avec ramollissement jaunâtre et pulpeux de la substance cérébrale. Billard pense que la diminution de consistance accompagne souvent l’hémorrhagie cérébrale ; que, d’autres fois, elle peut la précéder

oc La cause de la mort a été une paralysie diphthéritique graduelle du cerveau. t>

— Ce récit prouve combien l’auteur est peu familiarisé avec la clinique infantile. Sans le suivre dans les détails où il lui a plu d’entrer, je inc contenterai de faire les remarques suivantes :

1° Ayant eu sous les yeux un cas . d’Alhrepsie très-caractérisé, comme

! le prouvent la diarrhée, le refus de prendre le sein, les cris tout particuliers, l’affaiblissement progressif ‘ et l’état comateux terminal, le pra- 1 licien allemand a cru avoir affaire à f une diphthérie locale, prenant pour les produits membraniformes de cette

maladie des plaques ptérygoïdiennes et du muguet.

2° Ayant trouvé dans l’encéphale des amas de bactéries et de micrococcos, il a déclaré que c’était un champignon diphthéritique, transporté de la bouche au milieu de la substance nerveuse par les lymphatiques et les vaisseaux sanguins.

Comme on le voit, M. Letzerich a commis deux erreurs: l’une clinique, l’autre d’anatomie pathologique: S’il eût mieux connu le muguet, il ne l’eût pas pris pour de la diphthérie ; et surtout il n’eût pas imaginé ce transport extraordinaire des contages dipht hérit iq ues dans l’encéphale.

(a) Loc. oit., p. 644.

PARIIOT.

A NATOM I E PATHOLOGIQUE .

et même la provoquer. « Elle est, dit-il, partielle ou générale, et, dans ce dernier cas, on ne trouve plus dans le crâne qu’une bouillie floconneuse, noirâtre, mélangée àdes caillots de sang. Elle existe plus fréquemment sur les parties latérales des hémisphères, et peut se développer durant la vie intra-utérine. » Çes remarques de l’auteur nous font supposer qu’il a vu de vrais ramollissements; mais ce dont nous ne saurions douter, c’est qu’il ne discernait pas ce qui était véritablement pathologique des produits de la putréfaction.

Valleix ne s’occupe de cette altération que d’une manière incidente. Il constate l’embarras où l’on est quand on cherche à séparer l’état normal de celui qu’engendre la maladie ; il fait observer que, chez les sujets atteints d’œdème, le cerveau est extrêmement mou; mais il s’empresse d’ajouter, songeant sans doute à l’origine cadavérique de cet état, que l’on trouve la même chose dans tous les autres viscères.

En 1852, M. Duparcque a publié (a) un mémoire sur le ramollissement blanc aigu essentiel du cerveau chez les enfants; mais la plupart des observations ne sont pas suivies de nécropsie ; et dans celles où elle est rapportée, les détails anatomiques sont très-incomplets; aussi, l’impression que m’a laissée la lecture de ce travail est que je n’en pouvais tirer aucun profit. Cependant l’auteur fait observer avec raison qu’il faut tenir un grand compte d’une cause dont on ne s’est pas suffisamment occupé jusqu’ici, à savoir la décomposition ou désorganisation cadavérique . — 11 dit que, dans les cas où la perte de consistance reconnaît cette ori* ginc, elle atteint toute la masse encéphalique ou une étendue plus ou moins considérable des parties déclives de 1 organe, dans la position occupée par le cadavre ; qu’elle n’existait

(a) Duparcque (Al'clt. gcn. düMécl., 4“ série, t. XXMlIjp. 151);

pas durant la vie, mais que certaines conditions devaient déterminer son apparition rapide après la mort.

MM. Rilliet et Barthez, M. Vogel, ne parlent que d’enfants plus âgés que ceux auxquels nous avons, à dessein, limité notre étude; aussi ne signalent-ils que les ramollissements secondaires qui accompagnent l’hydrocéphalie aiguë ou chronique, l’inflammation de la pie-mère, les granulations ou les tubercules cérébraux et les autres produits accidentels, les foyers hémorrhagiques, etc.

M. Bouchut (a) dit que le ramollissement cérébral est rare chez les nouveau-nés et dans la première enfance, et il rapporte, probablement à titre de lait exceptionnel, d’après M. Bouchaud ( b ), l’observation d’un enfant de vingt-quatre jours, qui succomba après avoir présenté de la diarrhée, du pemphigus, des convulsions généralisées, de la contracture du côté droit du corps et de l’albuminurie. L’autopsie fit découvrir de petits abcès des reins avec congestion périphérique. A l’ouverture du crâne, il s’échappa une grande quantité de sérosité limpide, et dans l’hémisphère gauche existaient deux foyers de ramollissement; l’un, situé en avant et en dehors du corps strié, au-dessus de la scissure de Sylvius, et du volume d’une petite noix, était constitué par une substance fluide, d’un gris rosé, contenue dans une cavité à parois irrégulières et ramollies; l’autre occupait, au-dessous de la scissure de Sylvius, un point du lobe sphénoïdal, il se révélait à l’extérieur par une coloration foncée des circonvolutions et par une fluctuation très-manifeste; le contenu était le même que dans le premier. Les artères cérébrales moyennes du côté gauche renfermaient plusieurs petits caillots, dont quelques-uns, grisâtres, fibrineux, solides, disten-

ta) Bouchut, Traité pratique des maladies des nouveau-nés) etc. Paris 1867 p. 236. (b) Bouchaud ( Gazette des hôpitaux ), 1864, p. 269.

Ramollissement blanc à foyers multiples.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE, daient les parois artérielles d’ailleurs saines. On en conclut qu’il s’agissait d’embolies, dont on ne pouvait découvrir l’origine, et que les foyers des reins, comme ceux du cerveau, reconnaissaient pour cause l’obstruction des branches vasculaires par ces caillots migrateurs.

Les faits analogues à celui-là sont excessivement rares. Comme il diffère essentiellement de ceux que j’ai observés; comme il rappelle, au contraire, ce qui se passe chez l’adulte et le vieillard, j’ai cru devoir le citer, désirant marquer l’exception qu’il constitue.

Le ramollissement athrepsique peut se présenter sous deux aspects différents qui exigent des descriptions distinctes (a).

Je commence par la variété la plus fréquente, la plus nette, par celle dont aucun auteur, du moins à ma connaissance, n’aencore parlé (1). Je la désigne par la dénomination de ramollissement blanc à foyers multiples.

Il est intimement lié à la stéatose cérébrale. Comme je vous l’ai déjà dit en parlant de cette dernière, il se montre d’emblée sur les enfants nés avant terme ou très-jeunes, dont

(1) Je dois faire une exception pour M. Virchow. Voici, d’après M. Hayem (b), comment il s’exprime en parlant de l’état de la substance cérébrale atteinte de cette lésion, qu’il considère comme de l’encéphalite, et que je crois avoir démontré être de la stéatose : « Lorsqu’il existe une altération de consistance, c’est du ramollissement que l’on observe;

mais il est rare de trouver l’hémisphère réduit en bouillie. Les petits foyers blancs jaunâtres ont un cachet spécial ; le ramollissement, au contraire, simule à s’y méprendre une altération cadavérique; s’il y a eu une forte hyperhémie, la bouillie ramollie est d’un rouge tacheté ou rougeâtre (c). *

(a) Voyez mon Mémoire sur le ramollissement de l'encéphale chez le tiouveau-ne (Arch. de phys. norm. et patli., 1873, t. V, p. 59).

(b) Loc. cil., p. 78.

(c) Virchow, Loc. cit.

LESIONS DE L’ENCÉPHALE. 325

le cerveau est normalement très-mou; tandis que, chez les sujets plus âgés, il apparaît secondairement au centre des noyaux de stéatose.

Comme ces noyaux, les foyers de ramollissement sont multiples et existent d’une manière à peu près exclusive à la périphérie des ventricules latéraux, surtout en arrière. En pareil cas, la cavité ventriculaire n’est jamais atteinte, étant protégée sans doute par l’épendyme. Il est exceptionnel que le ramollissement occupe d’autres régions que celles précédemment indiquées. Cependant je l’ai vu (obs. XLVIII) siéger sur plusieurs points des circonvolu-

Obs. XLVIII. — Avorton, atkrepsie. — Stéatose encéphalique avec ramollissement. Pneumonie.

Amélie Br., née le 7 août 1873, entre dans la salle le 11. Elle a toutes les apparences d’une enfant non à terme ; sa teinte est jaune abricot.

Elle rend encore du méconium.

Poids, 1320a1'.

Pouls, 96.

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