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LÉSIONS DES POUMONS ET DES REINS. — ALTÉRATIONS DÜ SANG

Messieurs,

Parmi les altérations du poumon que l’on peut constater chez le-s athrepsiés, je m’occuperai seulement de celles qui sont sous la dépendance immédiate de la maladie. Laissant donc complètement de côté la pneumonie-lobulaire, la broncho-pneumonie et la pleurésie, je me bornerai à vous faire connaître la stéatose alvéolaire, l’emphysème et le ramollissement consécutif à la thrombose de l’artère pulmonaire.

La première est constante. Le plus souvent elle n’est pas appréciable à l’œil nu ; mais dans quelques cas, où elle est très-accentuée, on distingue à la région postérieure des lobes supérieurs de petites taches blanches ou d’un blanc légèrement jaunâtre, comme laiteuses. — Le microscope (*) est indispensable pour la découvrir et en apprécier le siège et l’étendue. La préparation se fait en détachant, à l’aide de

(*) Voy. planche X.

ciseaux courbes, un petit fragment du parenchyme que l’on place dans de l’eau, entre deux lames de verres sans le comprimer. Malgré cetle précaution, on voit toujours des gouttes huileuses qui s’échappent en très-grand nombre de leur siège primitif et s’accumulent dans l’eau de la préparation. Mais il reste assez de parties intactes pour que l’on puisse étudier la lésion. Elle se présente à des degrés trèsdivers. Tantôt les cellules de l’épithélium alvéolaire contiennent quelques granulations graisseuses seulement ; d’autres fois, celles-ci, par leur abondance, donnent aux cellules l’aspect de véritables corps granuleux qui s’accumulent au centre de l’alvéole. Lorsqu’ils se rompent, la graisse devient libre et se groupe en gouttes souvent très-grosses. Ce sont elles qui s’échappent de tous côtés dès que l’on vient à comprimer la pièce. L’altération est toujours plus marquée à la périphérie qu’au centre, et dans la région postéro-supérieure que sur les autres points.

La quantité de graisse ainsi accumulée dans les poumons est parfois considérable. Nous avons trouvé, M. Dusart et moi, qu’elle pouvait constituer les dix-sept et meme les dix-huit centièmes du poids total de la matière sèche (1).

L’emphysème alvéolaire que l’on distingue malaisément à Emphysème-

!» «I . ,, ,, . ^ alvéolaire.

1 œil nu, mais que 1 usage d une simple loupe rend trèsapparent, accompagne presque toujours la stéatose; il est probable que celle-ci, en déterminant la chute de l’épithélium des alvéoles et en diminuant ainsi la solidité de leurs parois, contribue à son développement ; mais il faut chercher sa principale cause dans la dyspnée athrepsique.

(1 ) Suivant M. N. Guillot, au moment 6 pour 100 seulement. Cette propor- 'le la naissance, il y a 12 pour 100 lion resterait constante aux autres 1 e graisse dans le parenchyme pul- époques de la vie.

monaire, et quelques heures après.

l!.imollissemenl ilu poumon.

Lésions ilos reins.

Je n’ai encore observé le ramollissement du poumon que dans un très-petit nombre de cas. Il est toujours consécutif à une thrombose de l’artère pulmonaire ou de l’un de ses rameaux. Mais bien souvent, cette dernière lésion existe sans que la première s’en suive. Au niveau des points malades le parenchyme est emphysémateux, comme boursouflé, ramolli, d’une couleur sépia, œdémateux, laissant écouler par la pression une sérosité écumeuse (à). Lorsqu’il s’agit d'une véritable gangrène, ce qui est rare, la partie atteinte exhale une odeur caractéristique.

Avant d’aborder l’étude des altérations rénales que l’on rencontre à l’autopsie des athrepsiés, je dois vous faire connaître l’aspect normal des reins chez le nouveau-né.

Leur surface est toujours mamelonnée et d’une manière d’autant plus nette qu’on les examine à une époque plus rapprochée de la naissance. La capsule fibreuse est peu adhérente. Le parenchyme a une teinte rosée ou légèrement violette, et l’on ne trouve pas entre les pyramides et la substance corticale une différence de coloration aussi marquée qu’à un âge plus avancé. Cependant les cônes médullaires sont à la périphérie plus rouges, et, du côté de la papille, plus pâles que la couche corticale (i).

(1) Le rein du nouveau-né est relativement beaucoup plus volumineux que celui de l’adulte, comme le prouve le poids de ce viscère comparé à celui du corps : chez le

premier, la proportion

chez le second, de — — .

est de — ;

(ai Voy. à ce sujet une observation que j’ai communiquée à la Société de biologie (Mém. et Compt. rend., 1873, p. 175 et Gai. méd., 1873, p. 284), intitulée : Iroube* digestif », muguet, mort. — Stéatose viscérale, coagulations dans les arteres pulmo-

naires; ramollissement du poumon.

Les lésions athrepsiques du rein sont au nombre de trois. On les trouve réunies, combinées deux a deux, ou isolées. Ce sont la stéatose tubulaire, la thrombose veineuse et l’infarctus uratique. A la seconde se rattache l’hémorrhagie des capsules surrénales.

La stéatose est de toutes la plus fréquente. Avec une certaine habitude, on parvient à la reconnaître à l’œil nu et même, dans quelques cas, en touchant le rein et en le comprimant avec les doigts ; mais il ne faut jamais se borner à un examen aussi superficiel, et il est indispensable de contrôler a l’aide du microscope les résultats fournis par la dissection. Lorsqu’on a extrait le viscère de la cavité abdominale eL qu’il n’est plus enveloppé que par sa capsule fibreuse, on constate, par une légère pression, qu’il est rénitent, comme si le parenchyme était en excès pour l’enveloppe qui le circonscrit. Après l’ablation tou jours très-facile de la capsule, on voit, à la périphérie, une infinité de petits cercles grisâtres, séparés les uns des autres par des zones d’un rose plus ou moins violacé. Des coupes montrent que la substance corticale a une épaisseur plus considérable que de coutume , qu’elle fait bourrelet autour des pyramides, comme si elle était exubérante, qu’elle est friable et que, par sa teinte grisâtre ou jaune cuir neuf, elle tranche, tout autant que par son relief, sur les pyramides colorées en rouge. Dans

I quelques cas, la base de celles-ci est légèrement grisâtre, ce qui est du à la présence d’un certain nombre de stries véritablement grises, plus opaques que le tissu du voisinage, et qui pénètrent dans la zone périphérique. Ces diverses nuances varient d’ailleurs suivant l’état d’injection du rein, qui est d’ordinaire assez considérable.

Stdatose dis rein.

L’examen microscopique ( I) montre que les glomérules de Malpighi ne présentent jamais d’autre lésion qu’un état congestif parfois assez prononcé. 11 n’en est pas de meme des tubes contournés (*) qui tranchent, par leur opacité et leur teinte grisâtre, sur le reste de la préparation. Cela tient à la présence dans leur intérieur de granulations graisseuses ou de véritables gouttes d’huile, qui parfois les remplissent au point de les déformer et de masquer leurs éléments épithéliaux. Alors on note une augmentation manifeste de leur volume, et si la coupe est assez heureusement faite pour que l’on ait sous les yeux un cylindre d’une certaine longueur, on voit qu’il n’a pas le même calibre en tous ses points, et que non-seulement il a subi une dilatation d’ensemble, mais que certains segments circonscrits ont un diamètre qui dépasse celui des autres, d’où une apparence variqueuse des plus nettes.

La distribution des tubes gras dans la substance corticale est assez difficile à préciser. Parfois il m’a semblé qu’ils étaient également stéatosés dans toutes les couchés ; ailleurs, que la graisse abondait surtout à la périphérie, ou bien au contraire, dans la région la plus voisine des pyramides. Comme je vous l’ai dit, ce sont les gros tubes contournés qui pré- i sentent ces altérations; dans ceux d’un petit calibre, le rêvé- ; tement épithélial apparaît toujours avec une netteté parfaite.

Dans les pyramides, où la lésion est un peu moins fré- j quente, elle prend un autre aspect. Les tubes à direction parallèle n’y sont pas déformés. La graisse s’y présente en

(I) Il doit être pratiqué sur des tranches fraîches, faites les unes perpendiculairement, les autres parallèlement à la surface, dans chacune

des deux substances. Il ne faut employer d’autres réactifs que l’eau ou l’acide acétique ; la glycérine doit être complètement écartée.

(‘j Yoy. Planches IX et X.

LÉSIONS DES REINS, une line poussière, ou en gouttes peu volumineuses qui jamais n’atteignent les proportions de celles que l’on voit dans les tubuli contorti. Il est rare que cette région du rein contienne de la graisse sans qu’il en existe dans la couche corticale, tandis que celle-ci est assez souvent stéatosée à un haut degré, alors que la première ne l’est que faiblement.

S’il est facile de constater la présence de la graisse dans les tubules du rein, on éprouve quelque embarras k déterminer le siège précis qu’elle y occupe. De prime abord et quand la lésion est très-avancée, il semble qu’elle n’ait d’autre limite que l’enveloppe du tube et qu’elle ait pris la place des cellules épithéliales que l’on ne peut plus distinguer; mais un examen plus attentif fait voir que les choses ne sont pas ainsi. En effet, quand sur le même sujet, ou sur des sujets différents, on étudie l’altération à tous ses degrés et qu’on la suit dans son développement, on voit que les premières granulations graisseuses apparaissent dans les cellules épithéliales autour •du noyau, auquel elles forment une atmosphère bientôt capable de le masquer. Puis, en devenant plus grosses et plus nombreuses, elles remplissent les cellules et les distendent ■en les déformant, si bien qu’on pourrait les croire détruites ot remplacées par de la matière grasse. En un mot, on voit se produire là ce qui depuis longtemps a été observé pour les cellules hépatiques dans le foie gras. Ces observa-

i lions peuvent être faites sur les tubes eux-mêmes, mais on ■en saisit encore mieux le détail quand, par la dilacération, on a isolé un certain nombre de cellules qui sont mobiles ■dans le liquide de la préparation et que l’on peut ainsi étudier sous tous leurs aspects.

Quand l’épithélium est très-gras, son volume peut être doublé et même triplé; et l’on comprend que non-seulement le tubule soit obstrué, mais encore que parle fait d’une pres-

sion excentrique, sa paroi soit distendue et son diamètre augmenté.

Cette lésion des tubules rend parfaitement compte des particularités révélées par l’inspection à l’œil nu du rein, el que je vous ai signalées en commençant : je veux parler des petits cercles de la surface, de la coloration et de la saillie en bourrelet de la couche corticale. En effet, la graisse donne au parenchyme une teinte grisâtre et une certaine opacité, * elle augmente le volume de la couche corticale, et partant r elle fait saillie en bourrelet sur les tranches.

Thrombose des La thrombose des veines rénales (*) n’est pas mentionnée

veines rénales. -î-. f t\

clans les ouvrages consacres aux maladies de 1 enlance. Rayer, qui en rapporte deux observations, dont l’une avec figure, la considère comme due à une phlébite.

Dans les deux tiers des cas à peu près elle est bilatérale, mais il est rare que les deux organes soient atteints au même degré. Le rein a subi une augmentation de volume en général très-notable; il est dur et comme élastique, ses bosselures normales sont beaucoup plus saillantes ; la capsule fibreuse est tendue et, dans quelques cas, il semble que, par le fait de sa distension, elle soit sur le point de se rompre.

Le poids du viscère est augmenté, comme on le constate aisément quand l’un des deux reins est seul atteint. ^ oici quelques chiffres :

Rein sain Rein malade

Droit

10 gr. 20

Gauche

13 gr. 50

Gauche

to

bS

Droit

Droit

Gauche

Droit

Gauche

Certains points de sa périphérie ont une coloration lie de

(*) Voy. PI. III, fig. F.

lésions des reins.

via foncée. Ces taches deviennent beaucoup plus évidentes après l’ablation de la capsule, et l’on voit alors que tantôt ('lies sont circonscrites, n’ayant que 10 ou 15 millimètres de diamètre, et que, d’autres fois, elles couvrent unegiande étendue, sans avoir partout la meme intensité de coloration.

Des coupes pratiquées dans différentes directions, mais surtout parallèlement au grand axe, sont indispensables pour déceler les particularités les plus intéressantes. On voit ainsi que certaines pyramides, dont le volume est considérablement augmenté, ont une teinte lie de vin, quelquefois presque noire (1), non umlorme. G est à la base et au voisinage de la couche corticale qu’elle est le plus loncée. De ces parties, elle va décroissant jusqu’à la papille, qui d ordinaire n’est que légèrement violacée.

La substance corticale, dans son ensemble, a une coloration qui varie du gris au jaune feuille morte. Au niveau des pyramides fortement teintées, elle est sillonnée par des stries violettes qui, en se multipliant, produisent les taches souscapsulaires.

En outre, on voit de tous côtés et faisant saillie sur les coupes, des veinules remplies par des coagulations grises, jaune cuir, rosées ou noires. Il est difficile de déterminer jusqu’où elles s’étendent dans les ramifications veineuses; mais dans le plus grand nombre des cas, elles ne semblent pas dépasser les branches visibles à l’œil nu. Du côté de la périphérie et faisant suite à ces concrétions anciennes, on

(1) Chez un malade, quoiqu’il y i ht des coagulations dans les principales veines des deux reins, ceux-ci n’avaient pas subi une augmentation de volume considérable, et leur parenchyme n’était pas congestionné;

PARItOT.

c’est que la lésion n’était pas généralisée, et qu’elle n’existait encore que dans les gros troncs, dont la cavité n’était pas complètement interceptée.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE, trouve des filaments très-déliés, plus récents et que l’on peut amener par la traction, car ils ne remplissent pas complètement la lumière des vaisseaux et sont doués d’une certaine résistance. Dans les grosses branches et dans la veine rénale elle-même, le thrombus est gris, gri's rosé, avec des plaques noires ou violacées plus ou moins larges.

En aucun cas je n’ai constaté le moindre indice d’adhérence entre le thrombus et la paroi veineuse, qui conserve son épaisseur et sa souplesse normales, et dont la face interne est aussi lisse et luisante que dans les régions saines.

La veine émulgente est obstruée par le t hrombus dans une étendue variable. Lorsqu’elle l’est dans toute sa longueur, il est rare que la veine cave elle-même ne soit pas envahie ; presque toujours alors la lésion rénale est double (i).

L’examen histologique des reins (*) fait voir que, dans la moitié des cas, les tubes des deux substances sont stéatosés à un faible degré. La lésion est égale des deux côtés, même lorsque la thrombose n’est pas bilatérale; cependant, dans un cas où celle-ci, portant sur le rein gauche seulement, avait déterminé une augmentation considérable de son -volume, les tubes de Bellini ne contenaient pas de graisse, tandis qu’il y en avait de nombreuses granulations dans ceux du rein droit, où la circulation s’accomplissait normalement.

Sur des préparations fraîches, on voit que la teinte violacée des pyramides est due à une stase sanguine dans les vaisseaux qui cheminent parallèlement aux tubes droits. Ils sont en effet remplis d’hématies qui déterminent un accroissement notable de leur volume.

L’examen de coupes faites sur des pièces durcies permet

(1) Dans un cas, la veine cave in- qui envoyait «les ramifications dans férieure était obstruée par un caillot les iliaques et les veines hépatiques. (**)

(**) Planche IX.

LÉSIONS DES REINS, de constater des détails qui échappent complètement lorsqu’on se contente d’étudier le parenchyme encore Irais. Ce qui frappe le plus, ce sont des taches d’apparence apoplectique (1) formées par une masse de globules rouges devenus polyédriques par pression réciproque et formant une sorte de pavé assez uniforme. Entre eux, on aperçoit de distance en distance des travées anguleuses, irrégulières, qui se colorent fortement en rouge par le carmin et dans lesquelles on peut reconnaître, à la présence de quelques éléments épithéliaux déformés, des tubes urinifères aplatis, dissociés par le sang, mais ne contenant jamais de globules rouges. — En plusieurs points, le sang extravasé a subi une altération notable. Il s’est transformé en gros cristaux jaunâtres, assez inégaux, affectant la forme d’aiguilles divergentes ou de plaques jaune brunâtre au milieu desquelles on peut reconnaître des débris d’hématies.

Cette apoplexie interstitielle n’est jamais uniformément répandue dans toute l’épaisseur de la pyramide, le tissu du rein étant trop résistant pour se laisser ainsi détruire. Elle est disposée en foyers d’étendue variable, placés en général' dans la substance médullaire, sur la limite de la corticale,, qu’ils n’envahissent pas, et toujours en rapport avec des veinules oblitérées. M. Iiutinel insiste justement sur cette relation qu’il a constatée entre la thrombose des veines d’un

(petit calibre et l’hémorrhagie interstitielle. Celle-ci n’existe jamais indépendamment de la première; mais la réciproque n’est pas vraie.

Dans tous ces cas, la substance corticale est très-conges-

CD Je dois les détails qui suivent à très-soignée dont les résultats sont M. Iiutinel, interne de mon service, consignés dans un mémoire encore <(ui a fait de la thrombose veineuse inédit, chez les nouveau-nés une étude

Hémorrhagies des capsules surrénales.

lioimée, les artères sont saines et la stéatose de l’épithélium tubulaire très-avancée.

L’hémorrhagie des capsules surrénales est intimement liée, comme je vous l’ai dit, à celle des reins; en elïèt, dans les quatre cas que j’ai recueillis, trois lois il existait une thrombose veineuse, cause très-probable de la congestion rénale et de l’hémorrhagie capsulaire.

Les seules indications bibliographiques que j’ai pu recueillir sur l’hémorrhagie des capsules surrénales chezlenouveau-né se trouvent dans l’atlas de Rayer (1), dans l’ouvrage de Valleix (°2), et dansun mémoire dcM. Raphaël Matteï (3).

(1) Planche LV, fig. 1 et 2 (a).

Capsules surrénales d’un enfant nouveau-né. Les capsules, transformées en des espèces de poches, formaient tumeur dans les régions lombaires ; elles étaient tapissées intérieurement par de la fibrine, d’une couleur rouge plus ou moins foncée, et elles contenaient de la sérosité sanguinolente.

Planche LV1, lig. 2. Rein et capsule surrénale d’un nouveau-né. Le rein, dévié de sa situation naturelle et situé à peu près transversalement, n’offrait pas de lobules bien distincts. La capsule qui le surmontait avait une très-grande dimension. Elle était transformée en une véritable poche dont les parois contenaient plusieurs dépôts sanguins brunâtres. Celle poche était remplie par du sang coagulé et par de la sérosité sanguinolente.

(2) Dans une observation intitulée :

Apoplexie méningée, l’état des capsules surrénales est décrit comme suit (b) : « La gauche, qui pourrait admettre un œuf de poule dans son intérieur, contient une matière liquide, couleur lie de vin, au milieu de laquelle se trouve une grande quantité de caillots fibrineux, mous... Dans la droite est un caillot de sang noir, d’un demi-pouce c.ube,semblableàcelui que l’on trouve dans les veines. »

(3) L’auteur rapporte dans ce mémoire ( c ) une observation d’apoplexie capsulaire observée chez un fœtus à terme mort-né, bien développé et ne présentant rien d’anormal dans son aspect extérieur. Chacune des capsules pesait 18 grammes, on voyait des ecchymoses au-dessous de la membrane d’enveloppe. 11 n’y avait pas de foyer unique ; c’était une apoplexie interstitielle.

(a) Rayer, Trailé des maladies des reins. Paris, 1839-41.

(b) Loc. cit., p. 561.

(c) Mattéi, Recherches sur l'anatomie normale et pathologique des capsules surrénales, et considérations sur l'apoplexie de ces organes et la maladie d Addison. ( Sperimentale , de Florence, et Gazette hebd., 1864, p. 588.)

Les capsules acquièrent parfois un volume considérable ; dans un cas, celle du rein droit avait 85 millimètres de haut, et à sa base 87 millimètres d’avant en arrière. Leur consistance est celle du céphalématome. A leur coloration d’un violet foncé ou même noire, on devine aisément qu’elles sont remplies par du sang. La quantité de ce liquide peut être assez grande pour déterminer une rupture et un épanchement dans le voisinage; c’est ce qui était arrivé chez un malade à l’autopsie duquel on trouva, du côté gauche, des ecchymoses sous le péritoine, sur la face antérieure de l’estomac, autour du cardia, sur le diaphragme, dans l’atmosphère celluleuse du pancréas et dans celle du rein. La capsule avait contracté des adhérences avec les parties voisines, et on voyait l’orifice par lequel le sang s’était échappé.

Quand la lésion est peu ancienne, comme dans les cas que j’ai eus sous les yeux, le sang contenu dans l’intérieur de la capsule est pris en une masse peu solide, complètement noire, et il ne semble avoir subi aucune modification importante.

L’infarctus uratique du rein (a) apparaît dans toute sa netteté sur la coupe que l’on pratique habituellement pour laire l’examen de cet organe (*). Aux pyramides correspondent des aigrettes jaune d’or ou souci, qui des papilles vont s’épanouissant vers la périphérie. Elles sont formées par des rayons d’inégale longueur, qui ont la direction des tubes de Bellini et se ramifient comme eux. Entre ces rayons, on distingue un certain nombre de lignes rougeâtres d’autant plus larges et nombreuses qu’on examine un point plus

(a) Voyez ma Noie sur l'infarctus uralique îles reins chez les nouveau-nés lue à la Soc. méd. des hop. (24- nov. 1871, in Union Mèil., 1872, p. 762) n Nov. PI. 111, fig. E.

Infarctus uratique.

Examen

microscopique.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE, rapproché de la substance corticale. La lésion se présente à des degrés très-divers. Tandis que chez certains sujets on distingue a peine quelques stries jaunâtres, disséminées irrégulièrement dans le cône médullaire, chez d’autres celui-ci est complètement jaune, du moins dans la région du sommet.

Si l’on presse les papilles entre deux doigts, on en voit sourdre une matière que l’on a ingénieusement comparée à du pollen délayé dans de l’eau, et qui est constituée par des granulations très-ténues. Il n’est pas rare de la trouver accumulée en assez grande quantité dans les calices, le bassinet, le bas-fond de la vessie et le canal de l’urèthre. C’est elle aussi que je vous ai signalée à l’extrémité du prépuce, et que l’on trouve quelquefois sur les couches.

Des coupes pratiquées sur des reins altérés de la sorte et durcis par l’alcool permettent de constater les particularités suivantes. A un faible grossissement (*), on voit que la plupart des tubes de Bellini contiennent des masses inégalement distribuées qui, à la lumière transmise, sont opaques ■et d’un brun noir. Elles ont l’apparence de cylindres irréguliers qui semblent fracturés sur un grand nombre de points •et dont les tronçons sont tellement disposés, que leurs axes représentent une ligne brisée. Tantôt la cavité des tubes est à peine remplie, tantôt elle a subi en maint endroit une véritable dilatation variqueuse, et l’on n’y peut plus distinguer le revêtement épithélial (**).

Les rapports de ces corps avec les tubes deviennent plus évidents quand ceux-ci sont isolés par dilacération ou quand on examine une goutte du liquide que l’on fait sourdre des orifices de la papille. On voit alors très-nettement que la

(*) Voy. PI. VIII, fig. I.

(**) Voy. PI. VIII, fig. 0 et 7.

matière opaque n’envahit jamais l'intérieur clés cellules. Ceux de ces organites qui flottent en grand nombre dans le liquide de la préparation n’en retiennent aucune parcelle, même à leur périphérie (*). Il est surprenant que M. Virchow ait avancé qu’ils en étaient entourés (1).

Étudiée isolément, à l’aide d’un objectif de puissance moyenne, elle se présente en masses allongées, cylindroïdes, à contours irréguliers et bosselés, semblables à des stalactites, et constituées par 1 -agglomération d’un grand nombre de sphérules d’inégale grosseur, parfaitement régulières, réunies entre elles par simple juxtaposition.

Ces sphérules sont opaques, d’une teinte sépia, comme striées. De leur centre partent une infinité de rayons foncés qui atteignent la surface, très-rarement hérissée de petites pointes. Lorsqu’on les écrase entre deux lames de verre, elles se résolvent en une myriade de granulations amorphes et opaques (**) .

Quelle est la nature de ces concrétions? Sur ce point, les auteurs sont loin d’être d’accord. M. Virchow dit qu’elles sont formées par de l’urate d’ammoniaque, et il semble leùr attribuer cette constitution surtout d’après leur forme, car on aucun point de son travail il n’est fait mention d’analyse

(1) Il est vrai que, de l’avis de cet auteur, il est assez difficile d’expliquer rigoureusement les rapports qui existent entre les cellules épithéliales et les infarctus; mais ce qui, pour lui, rend très-vraisemblable l’hypothèse que ces cellules favorisent la cristallisation de l’acide

urique, c’est qu’elles sont les corps solides les plus voisins qui puissent servir de points de cristallisation.

D’ailleurs, ajoute-t-il, ne voit-on pas les cellules épithéliales de la vessie s’incruster de la même façon d’urates et de phosphates (a).

(a) Virchow, Verhandlungen der Gesellschaft fur Geberlskunde, in Berlin 18-17 — et 6 esammellte abhamdlangen , I, 833. ’ ’

(*) Voy. PI. VIII, fig. 5.

(**) Voy, PI. VIII, fig. 2, 3, -1.

Nature des concrétions.

chimique. M. Milue Edwards (a) est de l’avis de M. Virchow. M. Ch. West (b) ne se prononce pas catégoriquement; il considère ces conglomérats, dont il ne paraît pas avoir fait une étude personnelle, comme formés, tantôt par de l’acide urique, tantôt par de l’urate d’ammoniaque. En 1864, M. Perret, en présentant à la Société anatomique ( c ) les reins d’un nouveau-né de trois jours, où l’on voyait des concrétions urinaires, annonçait qu’elles étaient formées par de l’urate de soude. Il s’en était convaincu en les traitant par l’acide sulfurique, ce qui avait déterminé presque immédiatement la formation de cristaux d’acide urique, le sulfate de soude s’étant dissout dans le liquide de la préparation.

Ce qui a pu faire penser qu’il s’agissait d’un sel ammoniacal, c’est la forme de la cristallisation ; mais les sphérules ne sont pas propres à l’urate d’ammoniaque, et Beale (d) dit que dans l’urine des enfants on rencontre très-souvent l’urate de soude à l’état de petits globules sphériques qui ressemblent beaucoup aux cristaux de carbonate de chaux que donne l’urine de cheval. — D’ailleurs, est-il permis d’admettre que l’on ait affaire à de l’urate d’ammoniaque quand on songe aux conditions nécessaires à la formation de ce sel ! 11 n’apparaît dans l’urine, dit M. Lehmann (e), que lorsque celle-ci éprouve la fermentation alcaline; aussi ne se formet-il, en général, qu’en dehors de l’organisme. L’urine fraîche n’en contient que dans les cas de catarrhe chronique et notamment de paralysie de la vessie.

(a) Milne Kdwards, Leçons sur la plujs. et l'anal, comp. maux, t. VII, )). 4-7 0 , Paris, 1862.

(b) Ch. West, Lectures on the diseases of infanaj and

de l’homme el des anichildhood. London, 185'.).

(c) Bulletins de la Soc. anal, de Paris, 1864-

(d) Beale, Ue l’urine..., trad. franç.., Paris, 1872, i>. 372.

(e) Lehmann, Précis de chimie physiologique, trad. franç., Paris, 18oo

Or l’urine clés nouveau-nés est acide. Voici sur ce point ce q ne dit M. Virchow lui-même : c( Dans tous les cas et partout, aussi bien dans la vessie que dans les bassinets, 1 urine a une réaction acide, et cela tient à un excès des acides urique et hippurique ». Cette acidité de l’urine des athrepsiés,

M. Alb. Robin et moi nous l’avons constatée sans aucune exception. — La condition essentielle à la formation de l’urate d’ammoniaque faisant défaut, l’on ne peut admettre que la poussière uratique soit constituée par ce sel.

Je considère ces infarctus comme essentiellement patho- Palliogcnic do

• infarctus lira

logiques et comme une conséquence habituelle del Athrepsie. tique».

Leur origine morbide a été soutenue parM. Vernois (a) qui les a mentionnés le premier, et par Schlossberger (b) ; mais cette manière de voir n’est pas celle qui a réuni le plus de suffrages, et l’on pense généralement en Allemagne, avec MM. Virchow et Vogel (c), qu’il s’agit d’un produit physiologique. La légitime autorité du professeur de Berlin nous engage à donner ici un résumé de son travail.

Après avoir discuté les faits rapportés par Schlossberger et les avoir interprétés tout autrement que leur auteur, dont il ne partage pas la manière de voir, il aborde l’examen des observations qui lui sont propres et qu’il trouve suffisamment démonstratives, bien que leur nombre soit restreint.

Une première fois, 17 nouveau-nés ont été examinés; 10 ne présentaient pas d’infarctus uriques. Des 7 autres, 6 seulement furent étudiés dans de bonnes conditions et 5 présentèrent la lésion. Quatre d’entre eux avaient de trois à neuf jours, et le cinquième, vingt jours.

(a) Vernois, Éludes physiologiques el chimiques pour servir à l'histoire des bruits des artères. Thèse de Paris, n° 478, 1887, p. 136

(b) Schlossberger, Archiv fur physiolog. Ileilkunde, 1812, I, llel't 3.

(c) Vogel, Loc. cit., p. 111.

:i6“2 ANATOMIE PATHOLOGIQUE.

Comme Schlossberger avaif trouvé l’infarctus rénal dans les mômes limites d’âge, M. Virchow dit: tous les enfants morts du troisième au vingtième jour présentent des infarctus. Il faut donc admettre : ou bien que toutes les maladies du nouveau-né sont capables de provoquer leur développement, ou bien que c’est là un état physiologique durant cette période de la vie. La première interprétation est inadmissible, car comment expliquer que dans le premier âge les différentes affections ne produisent les infarctus qu’entre le deuxième et le dix-neuvième jour? il faut certainement chercher l’explication de ce fait, non dans un état morbide, mais dans l’état général de l’organisme de l’enfant.

Dans une seconde série de cas dont le nombre n’est pas indiqué, l’auteur en signale quatre qui sont en désaccord avec ce ( ju’il estime être la règle. En effet, d’une part, un dépôt considérable d’urates fut constaté dans les canalicules urinifères d'un petit syphilitique mort le vingt-neuvième jour, et d’un autre côté, ce dépôt manquait chez trois enfants morts le dixième, le treizième et le sixième jour; mais ce sont là des exceptions incapables de modifier la manière de voir de M. Virchow ; et il voit dans l’infarctus urique des reins un fait particulier de la révolution qui se produit chez les nouveau-nés (1).

(1) Je n’ai pas déterminé rigoureusement l’âge passé lequel on ne constate plus l’infarctus uratique des reins; mais je puis affirmer que j’ai rencontré très -fréquemment cette lésion après le dix-neuvième jour.

Ainsi je l’ai notée chez deux sujets d’un mois, chez un autre de trentequatre jours, chez un quatrième qui en avait trente-neuf.

Dans l’observation suivante, où il s’agit d’un enfant de cinq mois, il y avait tout à la fois une poussière

jaune dans les tubules et du sable dans les calices :

Obs. LL — Ophthalmie. — Amaigrissement. — Pneumonie lobulaire double, foie gras, infarctus uratique des tubules, sable dans les bassinets.

Vincent Paul, né le 1er janvier 1874, passe le 23 mai, du service de chirurgie, où il était entré pour une ophthalmie et une double hernie insruniale, dans celui de médecine. A la première visite on constate un

lésions des reins.

C’est le résultat de l’émancipation de reniant appelé a jouir d’une existence propre, c’est un produit de la decomposition subie par les tissus et des changements chimiques <lu plasma. L’excrétion d’urate d’ammoniaque se fait, dit-il,

amaigrissement considérable , des râles muqueux disséminés dans les ■deux poumons en arrière, et a la îliase du droit, quelques râles trèsbas et du souffle avec retentissement •du cri. Les yeux sont secs, le ventre ■est plat.

Pouls, 96.

La mort a lieu le 24, à deux heures du matin.

L’autopsie est faite le 25.

Poids, 3710.

Petites taches ecchymotiques sous la plèvre viscérale et la pariétale du •côté gauche. Noyaux circonscrits de pneumonie lobulaire à la région superficielle et déclive des deux lobes inférieurs.

Le foie, de couleur jaune marron, est très-gras.

Les pyramides supérieures des ■deux reins présentent des aigrettes jaunes ducs à un infarctus uratique.

Les calices contiennent une grande quantité de sable et même de graviers rouges.

La poussière jaune communiquai une teinte des plus tranchées aux pyramides, et s’était accumulée dans la vessie chez une petite fille de cinq mois qui succomba à une variole.

Voici ce fait :

Obs. LU. — Variole , perle considérable de poids. — Splénomégalie, sléalose interstitielle diffuse du cerveau , accumulation d’urate de

soude dans les tabules du rein et le bas-fond de la vessie.

Jeanne G i 1 1 , née le 28 juin 1868, non vaccinée , entre a 1 infirmerie avec une éruption variolique le 27 novembre. Les pustules sont peu confluentes.

Poids, 4126.

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