DIX-HUITIÈME LEÇON
ÉTIOLOGIE DE L’ATHREPSIE
Messieurs,
Vous connaissez les manifestations cliniques de l’Athrepsie, sa marche, les formes diverses sous lesquelles elle se présente et les lésions qu’elle provoque dans la texture des organes.
Je vais maintenant rechercher sa source, c’est-à-dire, la cause des troubles digestifs qui marquent sa première étape. Ainsi, la question étiologique proprement dite sera résolue ; mais, si l’on peut ainsi dire, au premier degré seulement; il me restera à expliquer la genèse et l’enchaînement des affections diverses qui constituent la maladie.
Les causes de l’Athrepsie sont de deux sortes : les unes, inhérentes à l’individu lui-même, sont simplement prédisposantes; les autres, extrinsèques, qui agissent surtout en troublant la digestion peuvent être considérées comme déterminantes.
ÉTIOLOGIE.
Parmi les premières, l’âge tient une place importante. L’Athrepsie frappe surtout les enfants nés avant terme. Tous les observateurs ont remarqué que les avortons , quelque vivaces qu’ils fussent au moment de la naissance, résistaient mal aux influences morbifiques. M. Bouchaud (1) attribue à cette circonstance une grande part dans la mortalité des nouveau-nés. A la Maternité, dit-il, le nombre des naissances prématurées est considérable, puisqu’en 1863 on en a compté 641 sur un total de 1,961 ; aussi la mortalité est-elle énorme: et sur 332 enfants qui ont succombé cette année, 205 n’étaient pas nés à terme. — Joignez cà cela que ces enfants sont particulièrement exposés à l’œdème; et vous savez que cette affection se complique habituellement d’Athrepsie.
Certains sujets, bien que nés à terme, semblent incomplètement développés , leurs fonctions sont peu actives; la respiration est rare, peu profonde, irrégulière; la circulation se fait mal, l’appétit est presque nul et la digestion plus ou moins troublée. On a désigné cet état sous le nom de faiblesse congénitale , terme assez vague, mais, que l’usage a consacré. J’estime qu’il faut y voir l’indice d’un trouble nutritif intra-utérin. Ces nouveau-nés sont presque fatalement voués à l’Athrepsie. La maladie a débuté dans l’utérus ; et les troubles qui suivent la naissance ne marquent qu’une étape nouvelle dans son évolution.
Quelques malformations, simples ou compliquées, comme le bec de lièvre, la gueule de loup, la division congénitale du voile du palais, gênent et même empêchent la succion; obligent, le plus souvent, à un allaitement artificiel, et prédisposent ainsi à l’Athrepsie.
Enfin, certaines affections, qu’il n’est pas rare de voir se
Causes prédisposantes.
Influence de l’âge.
Miilforniülions de la bouche.
Affections inflammatoires.
Influence du sexe.
Causes déterminantes.
Influence de la saison.
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développer chez le nouveau-né, produisent le même résultat; telles sont la péritonite, F érysipèle, la pneumonie, le coryza. J’insiste particulièrement sur ce dernier, car le peu d’importance qu’on lui donne habituellement aux autres âges, lorsqu’il est simple, pourrait faire douter qu’il puisse, dans les premiers jours de la vie, amener un résultat aussi fâcheux. Mais si l’on songe que durant la succion, la respiration nasale est indispensable; et que le coryza la rend trèsdillicile, sinon tout à fait impossible, on comprendra sans peine, qu’il devienne la source de graves troubles digestifs (1).
Le sexe joue-t-il un rôle étiologique, et doit-on admettre que les fdles sont plus fréquemment atteintes que les garçons; parce que, suivant la remarque de M. Bouchaud, elles naissent plus faibles que ces derniers? Jusqu’ici rien ne m’autorise à dire qu’il en soit ainsi; et j’ajoute, qu’à mon avis, et au point de vue de l’étiologie, il n’y a que des nouveau-nés e t non des fdles et des garçons.
Passons aux causes de la deuxième espèce, et déterminons les circonstances extérieures et ambiantes qui font naître l’ Athrepsie. — Elle peut se développer dans toutes les saisons,
che, et que celle-ci se trouve alors remplie par le mamelon et par le lait qui s’en écoule; de sorte que se trouvant continuellement agité par le besoin de la faim et l’impossibilité de la satisfaire, il tombe bientôt épuisé de fatigue, de douleur et d’inanition, et ne tarde pas à périr, avant même d’être arrivé à un degré de marasme avancé.
(1) Quand l’orifice externe des narines est bouché par les mucosités, dit Billard (a), l’agitation, les cris et la physionomie de l’enfant expriment sa douleur et la gêne excessive qu’il éprouve. Si, dans ce moment, on lui donne le sein, son état d’anxiété et de suffocation redouble ; il abandonne aussitôt le mamelon, parce qu’il ne peut exercer la succion, puisqu’il ne respire plus que par la bou-
( a ) Loc. cit., p. 48.
ÉTIOLOGIE. 379
mais il est incontestable qu’elle est particulièrement fréquente, pendant les mois les plus chauds, tels que ceux de juin, de juillet et d’août ; et qu’elle y acquiert fréquemment une gravité tout à fait exceptionnelle. Souvent, j’ai vu des enfants sains, et d’autres, déjà malades, mais dont rien ne pouvait faire prévoir la mort, être pour ainsi dire foudroyés par une journée orageuse. Ces faits sont communs à l’hospice des Enfants-Assistés, où l’on qualifie de tournés les nouveau-nés frappés de la sorte.
Il est une autre influence qui, parfois, sévit avec une intensité désastreuse. C’est cet agent de nature inconnue, qui se développe dans les maternités et les crèches ; même lorsque les salles de ces établissements sont vastes et aérées. Aujourd’hui, personne ne conteste l’action nosocomiale et ses fâcheux effets ; mais on ignore en quoi elle consiste. — M. Hervieux (1) incline à croire qu’il s’agit d’un virus spécial, d’un agent particulier, résultant des miasmes humains, d’un poison comparable à celui du typhus et aux émanations telluriques qui font les fièvres d’accès; et il déclare qu’il n’est presque aucune affection des nouveau-nés, qui ne puisse
(1) A la septicémie nosocomiale, M. Hervieux (a) rapporte un grand nombre de maladies :
Les phlegmasies à tendances ulcéreuses; — l’érythème ulcéreux et sürtout celui qui se développe au niveau des malléoles; — l’onyxis; — les abcès multiples; — l’ophthalmie purulente et pseudo-membraneuse ;
— le coryza couenneux ; — le muguet ;
— le sclérème ; — le purpura ; — l’entérite cholériforme; — certaines entérites à forme cachectique, s’accom-
pagnant de tous les symptômes de la décrépitude infantile : émaciation progressive, saillie des pommettes, excavation des yeux et des joues, plis séniles au front et à la face, dépressions sous-claviculaires et intercostales, ventre en carène, système osseux du bassin et des membres se dessinant sous la peau, pâleur, aspect terne et ridé de la surface tégumentaire ; — l’ictère ; — la cyanose ; — le typhus des nouveau-nés.
Influence nosocomiale.
(a) Hervieux, De la septicémie nosocomiale infantile et du typhus des nouveau-nés m Archives de tocologie, 1874, p. 194.
ÉTIOLOGIE.
et ne doive figurer parmi les expressions nosologiques de la septicémie nosocomiale .
C’est à mon avis, donner à cette influence un rôle étiologique beaucoup plus considérable qu’elle ne le mérite ; comment admettre en effet, pour ne citer qu’un exemple, qu’elle puisse engendrer tout à la fois, le muguet et l’œdème? Le muguet, affection locale et toujours secondaire, due au développement de germes bien connus et d’origine végétale; qui exige, il est vrai, un terrain préparé, un organisme malade, mais qui n’épargne aucun âge, et se montre loin des centres nosocomiaux? — L’œdème, affection générale qui atteint un tissu à l’abri des contages; qui ne frappe que les nouveau-nés immédiatement après la naissance, et d’emblée, sans l’intermédiaire d’accidents préparatoires ; qui sévit habituellement dans les maternités et les hospices; mais parfois, en dehors d’eux?
Pour moi, tout en admettant l’influence nocosomiale, je répugne à la faire consister en un virus spécial ; j’y vois, simplement, la résultante de conditions pathogéniques communes, se développant aisément et d’une manière presque fatale, partout où l’assistance publique recueille les nouveau-nés; et agissant avec d’autant plus de puissance, que leur nombre est plus considérable. Et parmi ces causes secondaires, je place le développement imparfait et la faiblesse des nouveaunés, le froid, une atmosphère chargée de germes végétaux de toute sorte, des soins insuffisants et surtout un mauvais régime alimentaire.
Conditions dans Après cette digression sur l’action nosocomiale, poursui-
laitement ma- vons l’étude des causes extrinsèques. Parmi celles qui atteiêtïee préjudi- gnent directement le tube digestif, il en est un certain nombre qui viennent de la mère.
L’absence absolue de lait chez celle-ci n’a pas de grands
ETIOLOGIE. 381
inconvénients pour le nouveau-né, parce qu’alors on n’hésite pas à lui donner immédiatement une autre nourrice. Mais quand la sécrétion lactée n’est qu’insuffisante; — par l’obstination qu’en dépit de cette fâcheuse condition, beaucoup de femmes mettent à nourrir, — la santé de l’enfant peut-être compromise. Elle peut l’être encore par certaines affections de la mère. Les unes locales, sans modifier l’abondance du état du manielait, non plus que sa qualité, empêchent pourtant l’alimentation d’être suffisante : tel est un mamelon trop court, qui ne peut être pris qu’avec effort; telles sont des crevasses, qui rendent intolérable le contact de la bouche de Tentant et la pression qu’elle exerce ; ou bien encore, une forme trop arrondie et une turgescence exagérée du sein, qui le transforment en une masse rigide, malaisée à saisir, ne cédant pas aux tractions des lèvres, et retenant en quelque sorte l’aliment qu’elle contient.
Les affections fébriles de la mère, lorsqu’elles sont de Diminution de
1 la sécrétion
courte durée, n’ont souvent qu’un retentissement peu sen- lactdesible sur la santé de l’enfant. Il n'en est pas de même lorsqu’elles se prolongent; et, bien qu’il ne soit pas rare de voir la sécrétion lactée se rétablir après leur guérison, tant qu’elles durent, le lait diminue de quantité et perd souvent ses propriétés nutritives.
Vous parlerai-je de ces cas, où, dans un but criminel, l’on privation a vu des mères très-aptes à nourrir leur enfant, lui refuser le ’ do da ' sein, et provoquer ainsi, par une privation calculée, tous les effets de l’Athrepsie? Cet infanticide par inanition est rare, et Ton s’imagine malaisément une mère assez cruelle, pour résister aux cris de détresse et à la pantomime désolée de son enfant qui meurt de faim ; mais si le hasard vous met en présence d’un de ces actes coupables, il faut que vous puissiez le reconnaître ; et que vos recherches ne s’égarent pas
ÉTIOLOGIE.
Do la nourrice mercenaire.
Ingestion trop • copieuse du lait.
au loin, quand la cause du mal est à votre portée. Pour découvrir la vérité, que vos yeux ne quittent pas la femme soupçonnée. Faites en sorte qu’ellenese débarrasse pas deson lait à votre insu, et qu’après avoir donné le sein au nourrisson, elle ne puisse le lui faire abandonner, avant qu’il y ait pris ce qui est nécessaire à son alimentation.
Si de la mère, nous passons à la nourrice ; nous trouvons là une source étiologique déplorablement féconde. L’on sait aujourd’hui quel chiffre effrayant représente la mortalité, parmi les nouveau-nés que des nourrices mercenaires élèvent loin de la surveillance des parents. Eh bien ! l’on peut affirmer, que presque tous ces enfants, faute de soins et d’une alimentation appropriée, succombent à l’Athrepsie.
Le vice des ingesta est en effet la plus fréquente et la plus puissante des causes. Nous venons de voir qu’un grand nombre de celles précédejnment indiquées n’agissent qu’en la mettant enjeu ; j’ajoute que, dans la plupart des cas, elle est primitive.
L’aliment, devient nuisible par sa quantité et sa qualité. Le premier mode d’action peut être accusé, cela est incontestable, mais moins fréquemment qu’on ne semble le croire. Et d’abord, il est rare qu’un nouveau-né qui tette, ait à souffrir d’une alimentation trop copieuse. S’il est avide et que le lait lui arrive en abondance, il peut bien se faire qu’il en prenne trop ; mais il le rend presque aussitôt, à l’état liquide, et avant que son estomac ne l’ait digéré. Cette régurgitation, qui suit le repas est, vous le savez, bien plutôt l’indice de l’état de santé qu’un acte morbide.
Les choses peuvent se passer autrement et d’une manière beaucoup moins satisfaisante, lorsque la nourriture se tait à l’aide du biberon. Fréquemment, en effet, surtout dans les salles où les nouveau-nés sont rassemblés en grand nombre et
ÉTIOLOGIE.
restent couchés dans leur berceau, par manque d’un personnel suffisant, les repas sont rares et trop copieux. L’estomac dans lequel le lait arrive sans effort, est vite rempli et s’habitue à cette distension ; mais c’est là une tolérance morbide, quia pour résultat une élaboration gastrique imparfaite ; d’où des diarrhées fréquentes, et plus tard des vomissements.
Il est rare que les troubles digestifs soient provoqués par une alimentation insuffisante, je veux dire une quantité moindre que ne l’exigent les besoins de l’enfant; et contrairement à une opinion très-répandue, j’estime que c’est par la mauvaise qualité de l’aliment, que le nouveau-né est atteint et devient malade, dans la plupart des cas où l’on accuse l’inanition. C’est parce qu’au lait de la femme, on substitue du lait de vache ou même une autre matière encore moins appropriée aux organes digestifs du nouveau-né.
Si donc il y a des cas, et je me garde bien de les nier, où le mal doit être attribué à l’insuffisance alimentaire; leur nombre est beaucoup moins considérable qu’on n’est porté à l’admettre. Aussi, le terme d 'inanition est-il mal choisi pour exprimer l’état des malades qui nous occupent. Ce n’est pas, je le répète, la quantité qui fait habituellement défaut, mais la qualité.
Examinons donc comment cette qualité peut être dépravée et devenir le point de départ des troubles digestifs. Je vous ai déjà parlé de quelques circonstances, qui en agissant sur le lait maternel, le rendent indigeste pour l’enfant. Élargissons le cercle, et considérons d’une manière plus générale la source du lait, qu’il s’agisse de la mère ou d’une femme étrangère. La pratique vous prouvera que tel lait ne peut pas convenir à tel nourrisson ; et cela, en dépit des apparences les plus favorables. Il est abondant; et la vue, l’examen microscopique, l’analyse chimique autorisent -à le
Insuffisance alimentaire.
Do la qualité du lait.
Dangers de l’allaitement artificiel.
Alimentation
prématurée.
384 ÉTIOLOGIE,
déclarer de bonne qualité. Cependant, l’enfant qui le prend, a une diarrhée habituelle et dépérit. Changez la nourrice; et il arrive bien souvent que les garde-robes s’améliorent rapidement et que la nutrition s’accomplisse d’une manière normale, bien que le lait actuel ne semble pas différer du premier. Le réactif individuel est ici indispensable, et nulle règle 11e peut être posée.
Mais le lait, qui le plus habituellement détermine les troubles de la digestion, ce n’est pas celui que le nouveau-né Lire du sein ; c’est le lait de vache qu’on lui donne à l’aide d’un biberon. Ce mode d’alimentation devient surtout fâcheux, lorsque le liquide est altéré, soit par des mélanges, soit par la durée trop longue du temps qui s’est écoulé depuis la traite. Et j’ajoute que ses fâcheux effets se font sentir d’une manière beaucoup plus rapide et accentuée, à la ville qu’à la campagne. — Je pourrais m’étendre beaucoup ici, sur cette importante question de l’allaitement artificiel, mais | je préfère réserver les détails qu’elle comporte, pour le moment où elle se représentera à propos de la thérapeutique.
11 semble, lorsqu’on parle de nouveau-nés, qu’il soit superflu de s’occuper de l’action malfaisante des aliments autres que le lait; ceux-ci devant être proscrits de leur régime. Malheureusement cette infraction à la loi la plus naturelle de l’hygiène est beaucoup plus commune qu’on ne l’imagine et c’est à elle qu’il faut rapporter, dans un grand nombre de cas, les premiers accidents de l’Athrepsie (1).
(1) Dans son étude sur la morta- rive à la suite de maladies engenlité des enfants du premier âge, à drées par un système vicieux d’ali- Araiens (1874), M. le docteur Faucon mentation, c’est-à-dire par l’allaitearrive à conclure que, dans les deux ment artificiel et 1 usage prématuré
tiers des cas au moins, la mort ar- des bouillies et des soupes.
ÉTIOLOGIE.
J’en aurais fini avec l’étiologie, si je n avais a vous pai lei de celle du mal de mâchoire.
Vous savez que je considère cette affection comme liée, dans le plus grand nombre des cas, au processus athrepsique. Les raisons sur lesquelles j’ai basé celte manière de voir ont été jusqu’ici tirées de la clinique; celles qui sont fournies par l’étiologie ne sont pas moins probantes.
On a émis des opinions très-diverses sur les causes du tétanos des nouveau-nés. On a indiqué le traumatisme ; on y a vu la conséquence d’une phlébite de la veine ombilicale ou d’un travail inflammatoire de mauvaise nature, se développant au niveau de l’ombilic, après la section du cordon.
Mais une semblable explication ne peut être admise. D’une
Ipart, en effet, on voit succomber au trismus un grand nombre d’enfants, chez lesquels la cicatrisation du cordon s’est
! accomplie normalement; et, d’un autre côté, il résulte-des recherches du docteur Milder, de Prague {a), que sur quarante-six cas mortels d’inflammation des veines ombilicales, on n’a observé des convulsions que cinq fois (1).
Le trismus est très-fréquent aux Antilles et dans les parties les plus chaudes des États-Unis, où il décime les négrillons; or, comme dans ces régions, à des journées excessivement chaudes succèdent des nuits très-froides, on a pensé
Ique cette transition arrêtait brusquement les fonctions de la peau, et provoquait ainsi des accidents tétaniques.
(I) Dans un travail récent (b), qui veut qu’un état morbide des vais- VI. Stadfeld affirme que son expérience seaux ombilicaux soit la cause du
s’oppose à ce qu’il accepte l’opinion trismus neo-natorum.
(a) Prager Vierteljahrschrift, v. II, 181-8; el Schmidt’ s Jahrb., n° 7, p. 64, 1848. (b) A. Stadfeld, Contribution à l'élude du trismus des nouveau-nés, avec statistique des cas observés dans l'espace de vingt ans (1853-1872) à la maison d'accouchement de Copenhague, in Archives detocologie, 1874, p. 356.
PARI10Ï. C)r.
Étiologie du trismus.
Causes invoquées par le auteurs.
ÉTIOLOGIE.
Celle étiologie, qui est la plus ancienne, est aussi celle qui a réuni le plus de suffrages.
Mais aujourd’hui il est parfaitement démontré que le mal sévit sous les latitudes les plus différentes ; et que s’il est endémique aux Indes occidentales et à Minorque, il l’est aussi à l’extrême nord, dans la petite île de Westmannô et à Kiida en Islande, où sur cent enfants il en meurt soixante-quatre du tétanos, entre le cinquième et le douzième jour après la naissance (a).
II se montre aussi dans toutes les saisons ; et si le professeur Stadfeld a fait voir qu’à Copenhague il est plus fréquent en août-septembre que durant les autres mois de l’année, je puis vous affirmer que c’est pendant le siège de Paris, c’està-dire d’octobre à février, que j’en ai observé le plus grand nombre de cas, et que je l’ai vu régner d’une manière presque épidémique à l’hospice des Enfants- Assistés. L’on sait que cet hiver de 1870-71 fut très-rigoureux.
Justement frappé des résultats opposés fournis par l’enquête que je viens de vous faire connaître, M. Ch. West (b) fait remarquer que la saleté et le défaut de ventilation sonl à peu près les seules conditions communes aux cabanes des nègres du Sud de l’ Union et à celles des habitants du Nord de l’Europe et des régions arctiques. Il croit fermement à l’influence de ce vice hygiénique; et à l’appui de sa manière de voir, il raconte qu’à la Maternité de Dublin, soixante ans avant l’époque où il écrit (1859), un sixième des enfants mourait dans la quinzaine qui suivait la naissance; et le trismus était la cause de ces morts dix-neuf fois sur vingt. Le docteur J. Clark ayant adopté un procédé à l’aide duquel la ventila-
(a) Voir dans la Revue médico-chirurgicale anglaise et étrangère (avril 1850), l’analyse d’un travail du docteur Sclileisner, sur l’état sanitaire de l’Islande.
(li) Cli. West, Lectures on tlie diseuses of infancg and cliildliood; Londres, 1859.
ÉTIOLOGIE.
lion de l’hôpital s’opérait d’une manière efficace, la mortalité 11e fut plus que de un sur dix-neuf un tiers. Pendant le professoratdu docteur Collin, de 1826 à 1833, elle fut seulement de un sur cinquante-huit et demi ; et, dans un neuvième des cas, elle était consécutive au tétanos.
Avec M. Stadfeld, M. West pense que le trismus ne dépend point des conditions moins favorables de l’état puerpéral ; mais son explication n’est pas plus acceptable que celle-ci. Il dit que très-probablement il existe un contagium spécifique pour le trismus. Or son important mémoire ne contient aucune preuve à l’appui.
Le trismus, à mon sens, n’a pas d’autre source que celle d’où vient l’Athrepsie.
Me basant sur ce qui précède, je crois devoir rejeter complètement l’influence étiologique du traumatisme et n’accorder qu’un rôle très-secondaire au refroidissement. La véritable cause est ailleurs. Elle est : en Europe, dans les hôpitaux, les maternités et les maisons affiliées (1), où le mal est endémique; en Amérique, dans les habitations mal aérées, enfumées et partant très-insalubres, où les négrillons vivent confinés, dépourvus desoins et d’une alimentation suffisante; toutes circonstances que nous avons vues favoriser la développement de l’Athrepsie. Et à l’appui de cette interprétation je vous rappelle que les premiers accidents qui frappent les nouveau-nés atteints par le mal de mâchoire, au milieu des
(I) Dans ces maisons, qui sont des succursales de la maternité, disséminées dans la ville, où l’administration dispose d’un ou deux lits, le danger du trismus pour les enfants qui y naissent est, d’après M. Stad-
feld (a), beaucoup plus grand que pour ceux de la maison-mère. — 11 est bien probable que les enfants sont plus mal soignés dans ces établissements parce qu’ils y sont bien moins surveillés.
Le trismus a les mèmes causes que l’Athrepsie.
(a) Loc. cit., p. 338.
ÉTIOLOGIE.
conditions étiologiques sus-indiquées, sont des troubles intestinaux. Ici, de même que dans le processus athrepsique, ils ouvrent la marche. Tous les auteurs en effet les ont signalés, comme aussi la cachexie qu’ils entraînent après eux. En parlant de la période prodromique, M. Matusynski dit que l’on y constate toujours un dérangement des voies digestives; et il note particulièrement les vomissements et les déjections de matières verdâtres. Dans toutes les relations il ne s’agit que d’enfants pâles, chétifs, amaigris, à la peau flasque et ridée. Ils se jettent avec une sorte d’avidité sur le sein qu’on leur présente, disent les observateurs,' mais ils le quittent aussitôt en poussant des cris aigus. — Or, pour que le sein, lorsqu’il est rempli de lait, soit abandonné de la sorte, il faut que l’enfant soit sérieusement atteint, et que la puissance du mal l’emporte sur son instinct. J’ai maintes fois constaté ce fait, et je le considère comme un des indices les plus certains d’un dérangement profond de la digestion.
Ainsi, la participation des premières voies au processus pathologique qualifié de trismus n’a pas échappé à ceux qui l’ont étudié; et s’ils n’y ont pas suffisamment insisté, c’est que dans cette affection à marche rapide les symptômes du début, dans, l’immense majorité des cas, ne fixent que faiblement l’attention du clinicien, tout entier aux accidents plus rares et plus dangereux qui en marquent la fin.
L’étude des causes, aussi bien que celle des symptômes, me conduit donc à rejeter la doctrine classique, qui fait du trismus des nouveau-nés une variété de tétanos. Je le rattache à l’Athrepsie, et je l’identifie aux troubles névropathiques, que souvent l’on observe à la dernière période de cette maladie.
ÉTIOLOGIE. 389
Est-ce à dire que chez le nouveau-né le tétanos, tel qu on le rencontre aux autres âges, ne puisse exister ? Je ne le pense pas; mais j’estime qu’il est infiniment plus rare que celui qui vient de nous occuper. 11 en est séparé par des différences nombreuses, que met bien en relief un fait dû à M. Ribemont (1). Dans cette observation, la cause, les symptômes,
(1) Voici le résumé de celte observation ( a ) :
Le 10 juillet 1875, sont admis dans le service de M. Dumontpallier, à l’hôpital Saint-Antoine, une femme dyspeptique, avec son enfant âgé de dix jours, qu’elle allaite, et qui est atteint d'une ophthalmie purulente légère. En dehors de cette affection, le nourrisson a les apparences de la santé. — Le 13 juillet il a de la raideur du cou et tette très-difficilement, bien qu’il saisisse le mamelon avec avidité. Son faciès grimaçant indique une vive souffrance ; les lèvres sont tirées en dehors et en haut; le front est ridé ; les rebords alvéolaires séparés par un espace de 7 à 8 millim., et le maxillaire inférieur est immobilisé dans cette position par la contracture des masséters. La dysphagie est absolue et rend toute espèce d’alimentation impossible. La tête rejetée en arrière ne peut être fléchie ; et, dans quelque altitude que l’on mette l’enfant, il reste rigide comme une barre de fer.
La cicatrice ombilicale est parfaite, mais à la partie postéro-externe du cinquième orteil du pied gauche, existe une croûte longue de 15 millimètres et large de 5 à 6. On la panse avec de la pommade bella-
donée et l’on administre 1 gr. de chloral en potion.
15. — Amélioration notable, les mouvements de flexion de la tète sont assez faciles et le trismus est moins accentué.
13. — Aux accidents des premiers jours, s’en ajoutent de nouveaux.
Les membres inférieurs sont contractés. Les cuisses un peu fléchies sur l’abdomen sont dans une demiabduction ; les jambes à moitié fléchies sur les cuisses, sont croisées au niveau de leur partie inférieure.
L’alimentation étant impossible, il se produit un amaigrissement rapide.
La peau est flasque et ridée.
Les tentatives faites pour redresser les membres restent infructueuses, déterminent une grande souffrance et de petites convulsions toniques dans les supérieurs.
16. — Les bras tétanisés sont collés au corps. Les avant-bras sont fléchis à angle droit sur les bras, et les poignets sur les avant-bras. Les pouces courbés vers la paume de la main sont recouverts par les trois derniers doigts. L’index est également fléchi. 11 y a du pleurostholonos, avec concavité droite. De temps en temps, on peut provoquer quelques mouvements limités de flexion et
(a) Ribemont, Tétanos chez un nouveau-né, in Archives de tocologie, 1875, p. 699.
Tétanos vrai.
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et. la marche, s’écartent tellement de ceux du mal de mâchoire, que sans y insister davantage il me suffira de vous faire remarquer que l’Athrepsie constatée ici, au lieu d’être la cause des accidents convulsifs, en a été très-manifestement la conséquence.
d’extension des jambes, mais cela amène de petites convulsions cloniques plus marquées aux membres supérieurs.
19. — Quelques mouvements spontanés, mais peu étendus des membres inférieurs.
20. — La contraction s’est généralisée. On peut enlever l’enfant par un point quelconque du corps, sans modifier la position de ses diverses parties.
La mort a lieu le 21, dans un état d’amaigrissement extrême. Pendant tout le cours de la maladie, il n’y a eu aucune modification notable, soit du pouls, soit de la température, et la respiration s’accomplissait librement.
L’autopsie est faite trente-trois heures après la mort, avec le concours de M. le docteur Parrot.
Le poumon droit est atélectasié dans une étendue assez notable.
Ses lobes moyen et inférieur sont enveloppés par un exsudât pleuré- j tique assez mince. Dans son sommet i existe un noyau apoplectique. 11 y en a deux semblables à la base du pou- | mon gauche.
Il y a un peu de sérosité sanguinolente dans le péricarde. Les cavités auriculaires sont gorgées de sang.
Le tube digestif est sain, le foie | congestionné.
Il y a de l’infarctus urique des tubes rénaux.
Quelques points de stéatose dans les lobes sphénoïdaux. — La substance grise de la moelle aune coloration hortensia.
La région dorso-lombaire du rachis présente à droite une concavité très-prononcée.