‹ Clinique des nouveau-nésChapitre 13 sur 127 · RESPIRATION · texte numérisé non relu

RESPIRATION

plus tard il le sera à marcher. Il semble que l’instrument dont il se sert soit mal réglé.

L’habitude joue un rôle considérable dans le jeu respira- Rhythme de ia

" . . respiration.

toire, comme dans toutes les autres fonctions; et il ne faudrait pas croire avec M. Bouchut, que si le nouveau-né respire d’une manière incomplète, c’est parce que son poumon est plus dense et moins perméable à l’air, car le bruit respiratoire est fort, ample, souple, puéril, comme on dit habituellement. A la cause invoquée par M. Bouchut on doit en substituer une autre: il faut accuser les mouvements thoraciques qui sont irréguliers, saccadés, inégaux de force, comme l’on peut s’en convaincre soit par la vue, soit à l’aide de l’auscultation.

La fréquence de la respiration est plus grande qu’aux autres âges. N’ayant trouvé sur ce point que très-peu de Fréquence, renseignements, j’ai compté les mouvements respiratoires sur 34 nouveau-nés, dont 22 dormaient, et 12 étaient éveillés. Les chiffres que j’ai obtenus sont très-variables.

Dans la première série, le minimum du nombre des respirations, par minute, est de 36 et le maximum de 82; dans la seconde, 32 et 80 représentent ces deux termes extrêmes.

La distance qui les sépare dans les deux cas est, comme on le voit, considérable. En moyenne, le nombre des mouvements respiratoires est pendant le sommeil de 51,54; et à l’état de veille, de 51,16. Le nouveau-né respire donc un peu plus rapidement lorsqu’il dort que lorsqu’il est éveillé. Je crois pouvoir expliquer cette différence en disant que pendant le sommeil, certaines fonctions ne sont troublées par aucune circonstance extérieure; tandis qu’à l’état de veille, elles peuvent être modifiées ; l’enfant est en quelque sorte surpris par tout ce qui se passe autour de lui ; or chacune de ces impressions tend à ralentir momentanément sa respiration et même a la suspendre.

PHYSIOLOGIE

Les organes digestifs, eux aussi, entrent en jeu après la naissance; mais d’une manière moins prompte que ceux de la respiration. La présence du méconium dans l’intestin Méconium. du fœtus est la preuve incontestable qu’ils ne sont pas restés complètement inactifs pendant le sommeil intrautérin.

L’expulsion de la matière, ainsi dénommée de [xvixav (pavot), à cause de l’analogie qu’elle présente avec le suc concret de cette plante, commence en général immédiatement après la naissance et est habituellement terminée trois jours après.

Elle a l’aspect d’une pâte molle, homogène, brune ou verdâtre, quelquefois presque noire, visqueuse, tenace, adhérant aux doigts et aux linges. D’ordinaire inodore et insipide, le méconium a quelquefois une saveur fade et une odeur terreuse désagréable (a) .

Il est constitué par du mucus qui tient en suspension des granulations moléculaires grisâtres, quelques granulations graisseuses de 0mm,001 à0rani,006 de diamètre; des cellules épithéliales diverses, provenant de l’estomac et des intestins, isolées ou groupées en nombre variable; formant parfois de véritables gaines, qui se sont détachées des villosités. Quelques-unes sont prismatiques et proviennent des voies biliaires ; plus granuleuses que celles qui tapissent la muqueuse intestinale,à bords moins nets, elles sont teintées en jaune verdâtre par la matière colorante de la bile. Il y a en outre, d’une façon à peu près constante, des cristaux de cholestérine, généralement de petites dimensions.

Mais ce qui caractérise essentiellement le méconium, c’est la présence, en quantité prédominante, de la matière colorante

(a) Bordeu, Analyse méd. du sang, 1775.

MÉCONIUM. 33

verte cle la bile, décrite sous le nom de biliverdine ou biliphœine. Elle y est à l’état solide ou demi-solide, sous la forme de petits grains isolés, ou agglutinés les uns aux autres par le mucus. Ces grains sont globuleux, le plus souvent ovoïdes ou polyédriques à angles arrondis, d’une belle teinte verte et d’un diamètre moyen de 0,010 à 0,020mm., qui peut atteindre jusqu’à 0,040mm. L’acide nitrique les rend violacés.

Chez les enfants qui ont déjà pris le sein, on trouve dans le méconium un assez grand nombre de cellules pavimenteuses dépourvues de noyau , ayant une grande ressemblance avec celles delà muqueuse du pharynx et de l’estomac ; ce qui doit faire supposer, avec M. Robin (a), qu’elles ont été détachées de ces organes par les premiers mouvements de déglutition. Fœrster (b) pense qu’elles proviennent du liquide amniotique que le fœtus aurait avalé pendant la vie intrautérine. Cette hypothèse est en contradiction avec la nature des épithéliums trouvés dans le méconium le jour de la naissance j

Bouillon-Lagrange (c) y a signalé la présence de petits poils, que M. Robin considère comme accidentelle.

D’après Lehmann , il est faiblement acide, rarement neutre. R renferme 700 parties d’eau pour 1000. Lassaigne (d) y a trouvé du chlorure de sodium, du carbonate de soude et du phosphate de chaux ; J. Davy, un peu de phosphate de magnésie et des traces de carbonate de magnésie ; F. Simon, de la résine biliaire, des matières extractives, du vert biliaire, du picromel et une substance caséeuse. R y a encore de la cholestérine, de la margarine et de l’oléine. Le méconium

(a) Ch. Robin i. Diction. encyclopéd. des sc. méd., 2» série, t. V, art. Méconium.

(b) rcerster, Wiener medicinische Vochenschr ., 1858.

(c) Bouillon-Lagrange. Examen du méconium des enfants et de celui des anneaux

(Ann. de chimie, t. LXXX1V, 1813). y

(d) Lassaigne, Annales de physique et de chimie, 2' séricAt. XVIII. Paris, 1821.

PHYSIOLOGIE

n’a pas l’amertume de la bile, parce qu’il ne contient pas le principe amer que celte humeur doit aux glycocholates et aux taurocholates.

On le trouve à peu près tel qu’il vient d’être dit, dans les intestins du fœtus à partir du cinquième mois de la fécondation. Avant la fin du troisième, le contenu intestinal, que l'on désigne sous le nom de premier méconium , est grisâtre et entièrement composé de mucus et d’épithélium prismatique. La bile le colore en jaune dans les mois qui suivent, puis en vert; et il se transforme insensiblement en méconium proprement dit.

Origine du me- Quelle est son origine? Probablement il résulte d’abord d’une desquamation épithéliale et d’une sécrétion de la muqueuse digestive. Ces produits accumulés dans l’intestin y appellent, par action réflexe, la bile qui se mélange à eux et en empêche la putréfaction. Cette hypothèse, développée par M. Robin (a), paraît la plus plausible.

Ainsi, pendant la vie intra-utérine, le loie commence à fonctionner et le méconium s’accumule dans l’intestin et y séjourne (1).

Si, comme le seront plus tard les matières fécales, il n’est pas expulsé au fur et à mesure de sa formation et s’il ne se môle pas au liquide amniotique, c’est que cela nécessiterait de la part du fœtus un effort : phénomène que l'on ne peut concevoir sans le concours de la respiration.

(1) La raison qu’en donne Am- nourry de sang bénin et louable, et broise Paré est bien simple : « I/en- non de sang menstruel, \ilain etcorfant, dit-il (b), ne jette autre excré- rompu, comme aucuns ont pensé et ment au ventre de sa mère, fors escrit. » la sueur et l’urine, parce qu’il est

(a) Article cité, p. 564,

(b) A. Paré, De lu génération, liv. XXLY, ch. xn.

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