‹ Clinique des nouveau-nésChapitre 18 sur 127 · APERÇU GÉNÉRAL. — TROUBLES DIGESTIFS · texte numérisé non relu

APERÇU GÉNÉRAL. — TROUBLES DIGESTIFS

Messieurs,

Cette étude ayant pour objet le nouveau-né malade, j’ai cru devoir commencer par vous dire ce qu’est le nouveauné bien portant, comment il procède du fœtus, ce qui l’en distingue, et par quelle série de changements il devient apte à la vie indépendante.

Le fœtus se confond, pour ainsi dire, avec l’organisme maternel. Étranger au monde extérieur, absorbé par le travail végétatif, résumant toutes ses tendances en son développement, et les réalisant par la nutrition la plus active et la plus plastique que l’on puisse imaginer, il vit plongé dans le sommeil utérin, comme en une sorte de léthargie. — La naissance le tire de là brusquement ; et, dans l’ordre physiologique, on peut difficilement trouver un choc plus violent, une métamorphose plus instantanée et plus considérable; — c’est un saut , dit Burdach.

Et pourtant, si l’on n’envisage cet instant de la vie qu’au point de vue de la nutrition, qui chez le nouveau-né prime tout, on peut dire que, bien qu’il change la modalité des at-

La nutrition chez le fœtus et le nouveau né.

5* SYMPTOMATOLOGIE,

taches maternelles, il ne touche pas à leur nature. L’enfant, en effet, ne quitte pas l’organisme où il a évolué ; il se transporte seulement de la profondeur à la périphérie. Il abandonne la matrice, et se sépare du placenta, mais c’est pour aller à la peau, prendre le mamelon; c’est pour appliquer ses lèvres au sein, qui va lui fournir le premier et le plus parfait des aliments.

Il existe pourtant entre le fœtus et le nouveau-né une différence essentielle au point de vue de la nutrition : c’est, chez le second, T intervention d’un nouvel acte, — la digestion. Tandis, en effet, que le fœtus, inondé par le sang de la veine ombilicale, n’a plus qu’à se l’approprier, le nouveau-né doit préparer ce sang réparateur ; or, il ne le peut faire qu’en suçant le lait et en le digérant.

Après la naissance, l’enfant a donc besoin de la mamelle dans laquelle il trouve ce qu’avant de naître il tirait du placenta ; et l’en arracher, c’est rompre le plus intime des liens.

Ainsi se trouvent démontrées tout à la fois l’utilité de l’allaitement naturel, et l’importance du rôle que joue le travail digestif dans le cycle des fonctions du nouveau-né.

Ces considérations physiologiques étaient nécessaires pour vous faire comprendre les dangers auxquels on expose l’enfant qui vient de naître, lorsqu’ en le séparant du sein on le prive de l’aliment que la nature y a préparé à son usage et que nul autre ne peut égaler. — Plus tard, vous verrez que cette infraction aux règles fondamentales de l’hygiène est la source habituelle des troubles digestifs du nouveau-né, qui marquent toujours la première étape du mal redoutable que j'appelle I’atiirepsie.

Cette maladie, qui désormais nous occupera d une ma-

Page 1