COUP D’ŒIL SUD L’ATHREPSIE
extrémités; et, cette indication donnée par la main, le thermomètre introduit dans le rectum la confirme en marquant 2 et 3 degrés, parfois meme davantage, au-dessous de la normale.
Le cœur, lui aussi, s’affaiblit; ses bruits s’éteignent, scs battements set ralentissent, et, à l’approche de la mort, ses pulsations peuvent s’abaisser à 60 et même à 40.
La circulation n’est pas moins affectée à la périphérie qu’au centre, comme l’indiquent la cyanose des extrémités et la teinte livide de la peau.
Mais ce qu’il y a de plus saisissant, c’est l’habitude extérieure del’athrepsié. La marque imprimée par la maladie sur la face et le corps tout entier est si profonde et si caractéristique, qu’il n’est pas possible de la méconnaître. L’amaigrissement est considérable et présente ici quelque chose de tout spécial, car la destruction porte encore plus sur les liquides que sur les solides. Tout l’organisme souffre d’aridité, et l’on peut dire que les tissus sont à sec. De là un ensemble de symptômes, que la main et l’œil font aisément constater. Les chairs ont une consistance spéciale ; quand on les comprime, on croirait toucher du suif figé ou du bois. Il en résulte une grande rigidité des membres, qui restent dans une immobilité complète, comme il arrive dans le tétanos. Chez d’autres sujets, où les parties molles ont conservé plus de souplesse, la peau forme des plis nombreux. Cela est surtout apparent à la face, où il ne reste plus que le squelette, couvert d’un tégument ridé. Alors l’agrandissement de la bouche, la saillie des maxillaires, l’excavation des orbites, donnent à la physionomie de ces petits moribonds quelque chose de simien. D’autres fois leur face ridée rappelle celle de certains vieillards, la maladie ayant lait en quelques jours l’office d’une longue suite
SYMPTOMATOLOGIE.
Agonie.
d’années. Le crâne lui-même subit de notables modifications; la fontanelle se déprime, et le long des sutures apparaissent des saillies dues au chevauchement des pièces osseuses qui s’y rencontrent. Autour de l’orifice buccal et des yeux, la peau prend une teinte bleuâtre. Les paupières, imparfaitement closes, laissent voir le globe oculaire amoindri, avec la cornée sèche et dépolie et la conjonctive injectée.
Les cris que pousse l’enfant sont moins fréquents que dans la précédente période, mais à l’anxiété qu’ils expriment on peut toujours les reconnaître, et en les appelant cris de détresse je crois les avoir justement qualifiés.
Les centres nerveux qui n’avaient pas encore participé, du moins en apparence, au processus morbide, entrent en scène, et c’est par les symptômes auxquels donne naissance le trouble de leurs fonctions, que semble devoir être caractérisé le stade terminal de l’Athrepsie. La plus habituelle de ces manifestations, car elle manque rarement, est une atrésie très-marquée des pupilles, indice d’un état comateux plus ou moins profond ; elle s’accompagne souvent de strabisme divergent. Quelques malades sont atteints de convulsions ayant ceci de particulier, qu’elles sont peu apparentes, souvent partielles, etque la tonicité y domine. Elles viennent de temps en temps rompre l’engourdissement comateux, et n’existent sans lui que d’une manière tout à fait exceptionnelle.
Quand les choses sont arrivées là, la vie peut cesser d’un moment à l’autre. Le cri va s’affaiblissant et finit par s’éteindre; les bruits et les battements du cœur deviennent imperceptibles; les mouvements respiratoires s’éloignent de plus en plus, et l’on assiste ainsi à l’anéantissement successif des grandes fonctions, avant que la mort soit générale.
Aussi, quand elle survient, il peut arriver qu’on la mécon- Mon. naisse : car, d’une part, les derniers troubles morbides ont atteint si profondément l’organisme, et y ont laissé subsister si peu de vie, que la disparition totale de celle-ci se fait parfois sans secousse; et d’ailleurs, les marques extérieures de la mort font souvent défaut, la peau restant livide, au lieu d’être envahie par une pâleur subite et persistante; et les membres conservant leur roideur ligneuse, au lieu de tomber dans cette flaccidité complète, qui suit le dernier soupir.
Je viens de vous présenter une esquisse des symptômes de l’Athrepsie ; mais ce n’est là, comme je vous l’ai dit en commençant, qu’un sommaire où, d’un coup d’œil, vous pourrez saisir leur ensemble. Maintenant il faut entrer dans le détail et les reprendre un à un, étudier leurs variétés, leur marche et les relations qui les unissent entre eux.
D’après l’ordre que j’ai suivi et qu’impose l’observation, je vais commencer par les troubles digestifs; et les déjections alvines vont tout d’abord nous occuper.
Le nouveau-né qui se porte bien a deux, trois ou quatre Ga.-de-.-obe à garde-robes dans les vingt-quatre heures. S’il n’en a qu’une, 1 Uat "U1 maI' tantmieux, pourvu qu’elle soit de bonne qualité. Si l’on vous dit que c’est de la constipation, n’en croyez rien ; et dans le but de prévenir des accidents imaginaires, gardez-vous de troubler cet excellent état de la digestion intestinale.
A l’état de santé, la défécation, et ce sont des détails que vous devez connaître, est souvent annoncée par une légère pâleur, qui ne fait que traverser la face et que remplace bientôt une rougeur turgescente, indice de l’effort à l’aide duquel sont expulsées les matières fécales. Il y a alors comme
SYMPTOMATOLOGIE.
une détente, et tout dans les allures de l’enfant annonce un sentiment de bien-être.
Si l’on examine la couche, on y voit une matière d’un jaune souci, dont l’aspect rappelle celui d’œufs brouillés bien liés. Elle est pâteuse, homogène, souvent sans odeur ou à peine odorante (1), et tend à se mouler. D’après Lehmann, elle contient beaucoup de matières grasses, et une quantité assez considérable de caséine coagulée et non digérée ; l’élément colorant de la bile y est si peu décomposé qu’il présente encore avec l’acide nitrique les colorations caractéristiques; on y trouve aussi les acides biliaires (qui donnent avec le sucre et l’acide sulfurique les réactions connues), et une certaine quantité d’épithélium.
Ces garde-robes constituent le type des évacuations alvines physiologiques, mais il ne faut pas s’attendre à les trouver toujours aussi bonnes. Sans que la santé soit sensiblement troublée, on les voit être plus nombreuses, plus liquides, moins homogènes, renfermer quelques grumeaux blancs ou même de petites stries verdâtres. Quand il en est ainsi, il faut être sur ses gardes; car si l’on ne peut pas dire que le mal existe, on doit redouter son invasion prochaine.
Parfois, le dérangement intestinal se produit avec lenteur; dans d’autres cas, il commence d’une manière brusque et marche rapidement,' imprimant ainsi dès le début à la maladie l’allure qu’elle conservera pendant tout son cours.
(1) Il n’en est ainsi que dans les cas où l’allaitement est naturel. Mais lorsque l’alimentation est composée en totalité ou partiellement de lait de vache et surtout de lait de chèvre, les garde-robes, alors môme qu’elles
se présentent dans les conditions les meilleures, répandent une odeur spéciale rappelant celles de 1 animal qui a fourni le lait et s’attachant au linge avec beaucoup de ténacité.
Le nombre des selles se multiplie très-vite et il devient si Diarrhée, considérable, que l’on peut difficilement le préciser. Leur abondance est très-inégale; tantôt elles couvrent une large surface de la couche, tantôt celle-ci est à peine souillée.
Leur consistance n’est pas moins modifiée que leur fréquence, et la fluidité est un de leurs caractères les plus habituels. Elles contiennent une proportion notable d’un liquide aqueux qui mouille le linge, formant autour de la tache solide une zone d’étendue variable, et qu’il faut se garder d’attribuer à burine, comme on le fait bien souvent.
Celle-ci souille une autre région de la couche et dessine des contours très-irréguliers, tandis que l’empreinte humide de la selle a une forme nettement circulaire.
Les matières peuvent rester longtemps jaunes, ou bien coloration de
garde-robes.
devenir rapidement vertes. Souvent ces deux teintes se mélangent dans des proportions diverses. Quand la dernière est très-accentuée, on croirait avoir sous les yeux des herbes cuites, hachées. Elle présente une grande analogie avec celle de l’élément colorant de la bile; aussi, depuis longtemps, a-t-on appelé ces garde-robes bilieuses , mais les auteurs sont loin d’être d’accord sur leur constitution et partant sur la justesse de ce terme. Les uns ne veulent pas que la bile soit ici en cause. De leur nombre sont Frankl et Golding-Bird, cités par M. Robin (a). Le premier pense qu’il s’agit du produit d’une sécrétion muqueuse, analogue a celui qui, dans certaines blennorrhagies, dans quelques inflammations vaginales et dans le coryza, teint le linge en vert. Le second n’a trouvé que des traces de matière bilieuse dans les excrétions vertes des enfants, et il pense que leur teinte est due au principe colorant du sang,
(a) Cli. Robin, Traité des humeurs, p. 808.
Fétidité des garde-robes.
M SYMPTOMATOLOGIE,
qui a transsudé des capillaires de la veine porte dans les conduits excréteurs, et que les gaz ou les sécrétions intestinales ont fait tourner au vert. — L’opinion de M. Yogel doit être rapprochée des deux précédentes. Après avoir fait remarquer que jusqu’ici l’on n’a pas pu démontrer que dans ces garde-robes les éléments de la bile fussent plus abondants que dans celles qui sont jaunes ou brunes, il suppose que l’augmentation de la sécrétion intestinale suffit à transformer la biliphéine en biliverdine. — Rien n’est moins démontré, comme on le voit, que ces opinions, et jusqu’à ce que de nouvelles études aient éclairé ce point intéressant, nous croyons devoir, à l’exemple de Lehmann et de M. Robin, considérer les excréments verts des nouveau-nés, comme dus à un afflux considérable de bile dans l’intestin.
Les déjections de quelques malades sont blanchâtres ou grises, et semblent constituées par du lait non digéré qui aurait subi un commencement de putréfaction. Elles ont une fétidité remarquable, et il est difficile de trouver un terme de comparaison auquel on puisse rapporter l’odeur qu’elles répandent. Non-seulement celle-ci imprègne les pièces du maillot et de la literie, mais elle infecte l’atmosphère voisine et s’attache aux vêtements de] ceux qui donnent leurs soins aux enfants. R m’est arrivé plus d’une fois, en abordant un berceau d’où s’échappaient ces émanations, de porter un pronostic fâcheux, dont l’événement ne tardait pas à démontrer la justesse. Les selles bilieuses ont une odeur tout autre; la sensation qu’elles provoquent est celle de quelque chose d’acide, de nauséeux et non de putréfié.
Dans la dernière période de la maladie, quelques jours avant la mort, alors que l’élément liquide de l’organisme est réduit à son minimum, il n’est pas exceptionnel de voir les aarde-robes devenir rares et môme cesser complètement. Ce
qui parait plus surprenant encore, c’est que parfois elles reprennent, comme je l’ai dit, une coloration et une consistance presque normales; en sorte que si 1 on ne jugeait que pai là de la situation de l’enfant, on pourrait croire qu elle est meilleure, précisément dans le temps que la fin est proche.
Normalement, la défécation se fait sans bruit. Elle est au contraire bruyante, quand il existe de la diarrhée, ce qui s’explique aisément par la constitution des matières. A l’état de santé, en effet, elles sont onctueuses, homogènes, et sortent d’une manière continue et régulière; tandis que chez les malades, formées de parties solides, de liquides et de gaz, elles s’échappent bruyamment et par saccades, sous l’influence d’efforts moins réguliers, plus considérables, et douloureux.
L’agitation de l’enfant, sa face grippée, ses cris, les contorsions désordonnées de son corps, qu’avec une force surprenante il jette deçà delà, connue s’il voulait échapper au mal qui l'étreint, tout annonce qu’il souffre beaucoup; et connue ces manifestations de souffrance ont lieu surtout avant les garde-robes, et cessent, du moins momentanément, aussitôt après, on doit considérer la douleur comme ayant pour siège l’intestin. Dans les dernières heures, tous ces phénomènes s’apaisent, et les matières s’échappent du rectum, comme d’un tube inerte. C’est que dans l’anéantissement où se trouve le malade, il ne peut plus souffrir, ou du moins il est incapable de manifester sa souffrance.
Le ventre est rarement ballonné et douloureux; à la fin même, il est aplati, déprimé, pâteux, comme vidé.
Ap rès la diarrhée, il est naturel que je vous parle du vomissement. Il n’est pas constant, puisque chez quelques
Coliques
Troubles gas triques.
Régurgitations
laiteuses.
Hoquet.
Dangers do la pénétration du chyme dans les voies aériennes pendant le sommeil.
66 SYMPTOMATOLOGIE.
malades il peut faire complètement défaut ; mais son étude, comme vous allez le voir, présente cependant un grand intérêt.
Les enfants qui se portent le mieux ont souvent des régurgitations laiteuses. Cela arrive surtout lorsqu’ils sont vigoureux, voraces et quand les seins de leur nourrice se remplissent aisément. Quelques instants après qu’ils ont fini de teter, on voit un flot de lait liquide, inodore, s’échapper de leur bouche, comme d’un trop-plein et sans qu’il en résulte aucun malaise (1).
A coté de ce phénomène, véritablement physiologique, je dois vous en signaler un autre, le hoquet, qui est presque aussi fréquent et en général beaucoup plus tenace, car il n’est pas exceptionel de le voir durer à diverses reprises, dans la journée, pendantvingt, trenteminutes, et même une heure entière. Il ne gêne en rien l’enfant, dont la face reste épanouie, et ce n’est pas sans raison que le vulgaire y voit l’indice d’un estomac satisfait et digérant sans peine un copieux repas. Il cesse toujours quand le mal vient, et ne reparaît qu’avec la santé.
Bien près de la régurgitation dont je viens de vous parler, et cependant déjà dans le domaine morbide, se place un accident qu’il faut se garder de confondre avec elle; c’est le rejet du lait, qu’une digestion incomplète a rendu grumeleux et acide. Je n’ose pas dire que ce soit un vomissement, dans l’acception pathologique du mot, car cela peut arriver en dehors de toute autre manifestation maladive, sans grand effort, ni secousse; mais il faut y voir tout au moins la preuve d’une mauvaise digestion et d’une intolérance gas-
(1) M. Vogel explique ce phéno- toniac des nouveau-nés, de sorte que mène par l’absence presque coin- les mouvements péristaltiques pousplète du grand cul-de-sac dans l’es- sent son contenu vers le cardia.
TROUBLES DIGESTIFS, trique momentanée. L’allaitement artificiel est la cause la plus habituelle de ce trouble, que l’on provoque par une •secousse, un mouvement intempestif ; ou bien encoie, pai une position vicieuse donnée aussitôt après le repas. Il ne fait •courir aucun danger à l’enfant que 1 on tient sur les bias, debout ou légèrement incliné; mais il n’en est pas de même, lorsqu’il le surprend horizontalement couché. Dans ce cas,
il peut le tuer; je l’ai observé
(1) Voici deux observations où ce danger est mis en évidence d’une manière convaincante :
<0bs. I. — Mort rapide. Présence de
chyme dans les bronches ; ramollissement chimique dupoumon (a).
Un enfant de deux mois, né d’une mère syphilitique, était en surveillance à la crèche de l’hospice , où on l’élevait au biberon. Il fut trouvé mort dans son berceau, sans •que rien eût fait prévoir cette fin subite on du moins très-rapide.
L’autopsie pratiquée 12 heures après la mort, permit de constater ■ce qui suit :
Les méninges sont infiltrées d’une petite quantité de sérosité dans les parties déclives ; à la périphérie des ventricules latéraux, existent quelques noyaux opaques de stéatose. — Le cœur est ferme et conique. Les oreillettes contiennent des caillots, volumineux à droite.
Les poumons, d’un gris pâle, très- •crépitants, sont le siège d’un emphysème alvéolaire généralisé. A part cet état, et à ne les considérer qu’extérieurement, on les croirait
(a) Obs. publiée dans les Bulletins de < Paris 1809, p. 207.)
quelquefois (1).
sains; et il en est ainsi pour les lobes supérieurs ; mais les inférieurs sont ramollis dans une grande étendue de leur région déclive. Le parenchyme, d’un gris brunâtre, se laisse déchirer par la moindre traction, et présente des marbrures presque noires, dues à la présence dans les veines d’un sang à moitié coagulé. Sur quelques points, il est réduit en bouillie et exhale une odeur aigre, très-pénétrante, qui rappelle celle des matières contenues dans l’estomac. Les petites bronches du voisinage laissent sourdre, par la pression, une substance crémeuse, d’un gris jaune, dans laquelle on trouve un grand nombre de cellules à cils vibratiles, des gouttes huileuses et beaucoup de vibrions, animés de mouvements très-rapides. Les mêmes corps existent dans les grosses bronches ; mais la trachée et le larynx ne sont obstrués sur aucun point.
L’estomac, au moment où on l’enlève, se déchire largement au niveau de sa grosse tubérosité, et laisse échapper une masse caséeuse, nageant dans un liquide crémeux ; il
la Société médicale des hôpitaux de 1868.
G8 SYMPTOMATOLOGIE.
Mais il est temps d’arriver au vomissement pathologique proprement dit, à celui qui constitue l’un des symptômes les
répand une odeur butyreuse et, dans une grande étendue, il a subi le ramollissement gélatiniforme. — Les autres viscères abdominaux sont intacts.
Obs. IL — Pénétration de chyme dans les voies aériennes. Asphyxie ; mort rapide. Ramollissement chimique du poumon (a).
Une petite fille de 11 mois, atteinte de syphilis , bien portante d’ailleurs , était soumise depuis quelque temps à des frictions de pommade mercurielle. — Le 26 février, rien de particulier ne s’était manifesté dans son état; à 7 h.
du soir on la coucha, en même temps que les autres enfants, après lui avoir fait prendre du lait. A 8 b.
elle allait encore bien. A 10 h. elle vomit du lait caillé, mêlé à une matière jaune et l’on s’aperçut qu’elle respirait difficilement. La dyspnée lit des progrès rapides et la mort eut lieu à 1 h. du matin.
L’autopsie est faite 10 h. après la mort. — L’encéphale, le cœur, l’intestin et les reins sont à l’état normal.
Les poumons présentent des altérations surtout à la partie postérieure des lobes inférieurs, où l’on voit, çà et là, un emphysème périlobulaire et sous-pleural, et une coloration brunâtre, pénétrant à des profondeurs diverses le parenchyme ; celui-ci est extrêmement friable, aqueux, d’une odeur tout à la fois
acide et butyreuse. A ce niveau, la moindre pression en fait dégager des gaz. — Dans la trachée etles bronches, on trouve une matière crémeuse avec quelques grumeaux jaunâtres, constituée par des cellules d’épithélium à cils vibratiles, des gouttes huileuses en quantité considérable, et de nombreuses granulations. Les mêmes éléments existent au milieu du parenchyme ramolli.
L’estomac contient une grande quantité de lait coagulé ; la grosse tubérosité a subi l’altération gélatiniforme. — Le foie est moyennement gras. — La rate et les os présentent les altérations habituelles de la syphilis héréditaire.
— Quelle a été chez ces deux enfants la cause de la mort? Les seules lésions qui, à ce point de vue, méritent de nous arrêter, sont celles de l’estomac et des poumons. Les premières sont cadavériques et doivent être mises hors de cause ; il en est tout autrement des a'utres. Voici l’interprétation que l’on en peut donner, et comment, à mon avis, l’on doit se rendre compte de la mort : Pendant le sommeil, une régurgitation s’est produite, qui a rempli de bouillie gastrique la région sus-œsophagienne du tube digestif. Les actes respiratoires, surpris et troublés par l’irruption subite et la présence de cette matière irritante à l’entrée du larynx, se sont accomplis d’une manière désordonnée; l’épiglotte ne
(a) Obs. publiée dans les Comptes rendus de la Société de biologie (1873, P. 118).
plus habituels de l’Athrepsie à ses différentes périodes. Il ne se produit que chez les malades qui ont déjà de la diarrhée ,
protégeant plus les voies respiratoires, un flot de chyme, dans un mouvement d’inspiration, s’y est introduit, et par l’obstruction de petites bronches, a déterminé la mort. Quant au ramollissement pulmonaire et aux autres lésions qui l’accompagnent, il faut y voir le résultat de la digestion du parenchyme par la bouillie gastrique; phénomène analogue à la transformation gélaliniforme de l’estomac.
Eu égard à l’action du suc gastrique sur le tissu pulmonaire, je crois devoir relater ici un troisième fait, qui mérite d’ètre rapproché des deux précédents.
Obs. III. — Digestion post mortem du poumon, consécutive au ramollissement chimique de V estomac et du diaphragme.
A l’autopsie d’une petite lîlle âgée de deux ans, et qui avait succombé rapidement au croup, on trouva l’estomac détruit, dans presque toute l’étendue de la grosse tubérosité et la rate noirâtre, sans aucune trace de péritonite. Le diaphragme présentait à gauche une perforation de la largeur d’une pièce d un franc, par laquelle avait pénétré dans la cavité correspondante de la plèvre, une partie du liquide gastrique. La base du poumon était trèsramollie.
Ici pas de doute : après la mort, l’estomac qui contenait du bouillon mêlé à du suc gastrique , a été digéré ; ce travail chimique
s’est étendu au diaphragme puis au poumon. La destruction des tissus, partant de la muqueuse stomacale, a atteint, par une marche excentrique et continue, les organes voisins ; et ce n’est que de proche en proche et dans sa région la plus voisine de l’estomac, que le poumon a été atteint. Au contraire, dans les deux premiers cas, le ramollissement, n’a pas dépassé la paroi gastrique, et c’est par unlong détour, que le chyme est allé digérer le poumon, non à la périphérie, mais dans ses parties centrales.
Si Ton m’objecte que chez les deux premiers malades, les matières trouvées dans les voies respiratoires n’y ont été introduites qu’après la mort, et par conséquent n’ont pas été la cause de celle-ci, je répondrai qu’en effet l’on trouve, à l’autopsie d’un certain nombre de nouveau-nés qui succombent tout autrement que ces deux enfants, de la bouillie gastrique dans le larynx, la trachée et les grosses bronches; mais trèsrarement dans ces cas elle atteint les dernières divisions de ces canaux, et jamais Ton ne constate de vastes foyers de ramollissement pulmonaire, comme ceux qui sont signalés dans les Obs. I et II. Chez ces sujets, la pénétration dans les voies aériennes des matières contenues dans l’estomac se fait au moment même de la mort, sous l’influence des dernières secousses respiratoires, et elles sont projetées aussi bien dans les fosses nasales que dans la bouche.
— On comprend, sans qu’il soit
SYMPTOMATOLOGIE.
el détermine l’expulsion de coagulations laiteuses, d’une odeur très-pénétrante qui, en dehors de l’inspection, suffitàle révéler. La bile s’y mêlant parfois en proportions variables, les colore en jaune. Dans les derniers jours, on peut voir les matières changer complètement d’aspect; elles sont constituées par des mucosités noirâtres, qui rappellent ce que rejettent les individus atteints d’ulcère gastrique.
Au début, les vomissements n’ont lieu qu’un certain temps après le repas et à des intervalles assez éloignés ; mais à mesure que le mal fait des progrès, on les voit se multiplier et suivre de près l’ingestion du lait. Lorsque l’estomac est devenu tout à fait intolérant, il se débarrasse aussitôt de tout ce que l’on y fait arriver. — En dernier lieu, c’est par une sorte de sputation, que sont repoussés les liquides introduits dans la bouche, car ils n’atteignent même pas l’œso-
nécessaire d’y insister, l’intérêt médico-légal qui s’attache à ces faits de mort rapide.
Ultérieurement âmes observations, M. A. Foville (a), médecin directeur de l’asile de Quatre-Mares, a publié sur ce sujet une élude où l’on trouve un fait qu’il a observé et d’autres appartenant à des auteurs divers. Dans tous ces cas il s’agit d’adultes. — M. Foville s’efforce, dans son travail, de préciser le mécanisme suivant lequel a lieul’obstructiondes bronches, et il arrive à cette conclusion : que si quelquefois l’inspiration, comme le pense Mérat, entraîne dans la trachée-artère une portion des matières du vomissement contenues dans la bouche, il en est d’autres où, dans
le temps que le chyme est chassé de l’estomac, trouvant les orifices postérieurs de là bouche et des fosses nasales hermétiquement fermés par la contraction spasmodique des muscles qui servent à la déglutition, tandis que l’ouverture des voies aériennes est libre, il est refoulé dans ces dernières avec tant de force et en si grande quantité, qu’il détermine une suppression subite et absolue de la respiration et par suite une mort instantanée. Je suis convaincu que l’explication de M. Foville s’adapte très-bien aux cas pour lesquels il la propose. Mais, comme il le reconnaît lui-même, un certain nombre lui échappent ; tel est le nôtre.
(a) A. Foville. Étude clinique et physiologique sur la mort instantanée, causée par le passage des matières alimentaires en voie de digestion de l estomac dans les voies aériennes (Arch. gén. de méd., 18G'J, t. II, p. 5).
pliage. Pendant l’agonie le vomissement s’accomplit sans effort apparent et comme par un mouvement antipéristaltique. On voit les matières sortir de la bouche et des narines , et quelquefois même exclusivement de ces dernières. Il peut arriver alors qu’elles pénètrent dans les voies respiratoires, l’épiglotte ne faisant plus son office, par suite de l’insensibilité et de l’inertie générale (I).
Il faut bien se garder de confondre ce qui se passe en pareil cas avec les accidents que provoque la régurgitation du sommeil, précédemment étudiée. Au moment du vomissement ultime, l’introduction dans le larynx et les bronches, des matières venant de l’estomac, est un phénomène purement agonique, qui n’exerce aucune influence sur la terminaison fatale ; les gros rameaux bronchiques sont seuls envahis, et le parenchyme pulmonaire n’est pas digéré, comme dans les observations précitées.
Quelques mots, pour terminer, sur la faim et la soif qui, chez le nouveau-né, comme d’ailleurs chez tous les enfants du premier âge, se confondent en un seul besoin.
Au début du mal, l’appétit paraît exagéré; et peut-être l’est-il réellement, par la nécessité de réparer des pertes rapides et considérables. Sous cette influence, l’enfant demande constamment à teter, mais cet appétit est de mauvais aloi et le sein ne calme pas son agitation. Bientôt, il le prend avec moins d’ardeur; et vite lassé, non satisfaiL, il ne s’abandonne plus, après la tetéc, à ce demi-sommeil où naguère on le voyait de temps en temps mouvoir doucement ses lèvres, comme si, dans un rêve instinctif, il pressait encore le mamelon. Loin de la, ce contact semble augmenter l’inquiétude
Appétit.
(1) \oy. a ce sujet les réflexions qui suivent l’obs. III, à la page 69.
SYMPTOMATOLOGIE.
et la souffrance qu’il éprouve. — A la fin, quand ses forces sont épuisées, et que la muqueuse buccale, desséchée, a perdu sa souplesse et sa sensibilité, il n’accepte le sein qu’avec peine et l’abandonne presque aussitôt. Il n’a plus la puissance ni peut-être le besoin d’en tirer le lait; et cependant on dirait qu’il a faim, à voir les mouvements de sa tête et de sa bouche, qui semble constamment chercher. Mais ce n’est là qu’une agitation inconsciente qui rappelle la carphologie; car si, croyant à la réalité de son appel, on vient, pour y répondre, à introduire dans sa bouche quelque liquide, il le rejette ou, pour mieux dire, ne peut le retenir.
N’est-il pas très-remarquable que chez les nouveau-nés frappés d’Athrepsie on voie toujours s’éteindre si prématurément la faim et la soif qui souvent, au contraire, résistent avec une ténacité surprenante aux autres âges de la vie?