La mort a lieu à 4 b. du matin
L’autopsie n’a pas pu être faite.
— Les téguments de cet enfant présentaient, comme on le voit, une tendance très-marquée à l’ulcération.
Et il est très-probable que c’est sous cette influence que se sont développées les plaques ptérygoïdiennesi
dans TAthrepsie, irrégulièrement disposées dans la syphilis, seront, dans l’immense majorité des cas, sinon dans tous, des éléments infaillibles de diagnostic et vous mettront ainsi à l’abri de cruels mécomptes.
La peau, dans l’Athrepsie, ne reste pas indemne. Les lésions que l’on y observe, doivent être rapprochées des ulcérations buccales, qu’elles accompagnent très-fréquem- ,i ment.
Elles sont de trois sortes, et peuvent se montrer isolément ou associées. Ce sont : l’érythème, les ulcérations malléolaires et le pemphigus. Les deux premières, très-fréquentes, appartiennent en propre à la maladie et ne se manifestent jamais en dehors d’elle. La troisième, au contraire, est rare et constitue une complication sans importance, sur laquelle je passerai rapidement.
Commençons par Y érythème. Il est incomplètement décrit dans les traités consacrés aux maladies de l’enfance et dans les ouvrages de dermatologie. Par sa fréquence, par le rôle exceptionnel que des auteurs recommandables lui ont attribué, par la gêne douloureuse que souvent il engendre , enfin par les erreurs de diagnostic dont il peut être la cause, il mérite toute votre attention.
Bien qu’il soit d’ordinaire facile à reconnaître, son aspect est parfois si différent du type habituel, qu’il est indispensable de suivre son développement et ses différentes transformations.
Au début, il est constitue par de petites taches rouges, isolées, à peine larges de un à deux millimètres, ou groupées, de manière à former des plaques d’étendue variable, î à contours irréguliers, toujours un peu saillantes, mais a des degies divers* Très- rapidement on y voit appa-
Àflections cutanées.
Érythème
Forme vésictilousc.
SYMPTOMATOLOGIE.
'JUO
mitre une ou plusieurs petites vésicules, contenant un liquide louche. Chez quelques enfants, la poussée est tellement aiguë, que le tégument sous-jacent à l’éruption, se gonfle et fait une saillie qui pourrait faire croire à l’existence d’un érysipèle.
L’érythème des nouveau-nés est donc au début, toujours vésiculeux (!) et présente une certaine analogie avec la miliaire; mais cet état n’est pas durable et souvent il a disparu quand on est appelé à voir les malades. Les vésicules éclatent ou se dessèchent très-rapidement; et, à leur niveau, se fait une desquamation épidermique, en forme de collerette, rappelant celle que produisent les sudamina.
Chez les enfants peu malades et promptement soignés, les choses s’arrêtent, les surfaces dénudées deviennent moins rouges ; et, par la reproduction de leur épiderme, reprennent assez vite leur aspect normal. Quand la maladie continue sa marche, les lésions s’étendent en surface et en
profondeur. — Tandis qu’à la périphérie, apparaissent de nouvelles plaques vésiculeuses, les anciennes s’agrandissent, prennent une teinte rouge intense, et par leur réunion, forment de larges surfaces, au niveau desquelles le tégument, très-luisant, paraît aminci et couvert d’un vernis. Chez beaucoup de sujets, par la chute ou l’usure continue de l’élément épithélial, il se forme de légères érosions trèssuperficielles, à fond rosé ou cerise, à contour peu marqué.
(1) Quant à l’éruption, disent est de nature vésiculeuse. Nous som-
Trousseau et M. Delpech (a), sa na- mes certains au moins, que dans
ture a été le sujet de discussions nom- plusieurs observations il en était
breuses. Est-elle composée de vési- ainsi ; dans d’autres, il était diflicile
culcs ou de papules? nous pensons, d’affirmer quelle ne fût pas consli-
avec lvételair et Arneman, qu’elle tuée par des papules.
(a) Trousseau et Delpech, Du muguet chez les enfants à la mamelle (Jotirn. fie mêd 1845).
Elles sont le siège d’un suintement qui tache le linge en gris ou en jaune rosé, et 1 empèse de même que tous les liquides albumino-fibrineux ; elles saignent facilement et sont trèsdouloureuses, comme en témoignent les cris incessants des enfants, lorsqu’on touche les parties malades et qu on change les couches.
Dans quelques cas très-exceptionnels, ce né sont plus de simples érosions de la peau que l’on constate, mais de véritables ulcérations, profondes de un demi à un millimètre, à b’ords nettement découpés, à fond rouge et saignant, trèsrarement grisâtre. Mais seule, l’Athrepsie ne peut produire une pareille lésion, et je crois pouvoir affirmer que les sujets sur lesquels on l’observe sont en proie à la syphilis héréditaire.
Quelque temps avant la mort, on voit toutes les parties atteintes de la sorte, se dessécher, se racornir pour ainsi dire, et, parfois, prendre une consistance parcheminée. Au contraire, si l’état général s’améliore, les érosions disparaissent d’une manière rapide; l’épiderme qui se reproduit avec une grande facilité, reste pendant quelque temps luisant et plus mince qu’à l’état normal; mais à la longue, sa coloration violacée finit elle-même par disparaître, et la peau naguère malade, ne saurait être distinguée de celle qui n’a pas été envahie. Jamais je n’ai vu la fausse membrane, signalée par M. Bouchut {a), à la surface des ulcérations; fausse membrane qui, produite par la réunion d’exsudats plastiques autour de l’orifice des vaisseaux absorbants, s’organiserait pour former le derme et serait l’agent principal de la cicatrisation; je n’hésite pas à dire, que son existence et son organisation sont imaginaires.
Cette description se rapporte au plus grand nombre des cas; cependant, chez quelques sujets, l’ éruption présente
(a) Loc. cit., p. 783.
Variétés.
SYMPTOMATOLOGIE.
Régions envahies par l’érythème.
Caractères particuliers dus au siège.
des particularités, qui en modifient assez notablement l’apparence. Parmi ces variétés, dont je n’ai pu encore déterminer la cause, l’une des plus fréquentes rappelle l’herpès. Chaque plaque érythémateuse est plus saillante que de coutume. Les vésicules y sont plus larges, plus confluentes, et contiennent un liquide souvent puriforme. Si consécutivement il se 'produit des ulcérations, elles sont plus profondes et se cicatrisent plus lentement. — D’autres fois, la saillie et la rougeur sont très-peu apparentes ; et tout se réduit au soulèvement de l’épiderme, qui est blanc, opaque, et qui semble épaissi, comme s’il avait macéré sous un cataplasme ou dans de l’eau chaude. Les vésicules sont étendues, plates, ressemblent à de larges sudamina et déterminent une desquamation épidermique très-étendue.
Le siège de l’érythème des nouveau-nés a quelque chose de tout spécial, et constitue l’un des éléments les plus utiles de son diagnostic. Il se développe sur les bourses, les grandes lèvres, le périnée, les fesses, sur la région postérieure des cuisses et des jambes et dans les plisgénito-cruraux. Parfois, il envahit les membres inférieurs, dans une plus grande étendue, et se montre sur les genoux, les pieds et meme à la face interne des cuisses et des jambes. Beaucoup plus rarement il s’étend au tronc; pourtant, il n’est pas d’année, où je n’observe un certain nombre de fois cette localisation. Je l’ai même vu atteindre la face. Lorsqu’il s’y montre, on doit admettre qu’il y est arrivé par propagation, comme on voit les éruptions prurigineuses se développer à une grande distance de l’épine qui les provoque.
Dans ces diverses régions, l’érythème se présente avec quelques différences d’aspect qui, réunies à celles précédemment signalées, complètent le tableau des variétés de cette manifestation cutanée de l’Athrepsie. Sur la face, sur la
région antérieure du tronc et des membres; en un mot, sur tous les points à l’abri de l’humidité des couches et du contact des excréments, il conserve son apparence originelle.
Les vésicules sont en général fort nettes, isolées, et leur dessiccation lente, donne naissance à une chute de l’épiderme très-apparente. Au contraire, quand les parties sont habituellement mouillées et souillées, la desquamation se fait sur une grande étendue et la rougeur est parfois si vive, que l’on croirait avoir affaire à une surface saignante. Au niveau du scrotum et des grandes lèvres, l’érythème détermine souvent une tuméfaction œdémateuse, qui acquiert, chez quelques enfants, des proportions considérables. Quant aux ulcérations, elles ne se développent que sur les régions ano-périnéale et fessière.
La guérison débute toujours par la périphérie, c’est-à-dire par les points envahis en dernier lieu et où la lésion est le moins profonde.
Il est un érythème que je qualifie de papuleux. Je ne vous Éijgme raen ai pas encore parlé, bien qu’il soit assez commun, parce qu’il est exceptionnel chez les nouveau-nés, tandis qu’on l’observe surtout après trois mois et jusqu’à un an. Je n’ai pas l’intention d’entrer dans le détail de sa description; encore moins de rechercher ses causes et sa nature, ce qui exigerait des développements trop étendus ; mais il m’a semblé que je ne pouvais passer sous silence une éruption cutanée aussi fréquente chez les enfants du premier âge, occupant le même siège que l’érythème de l’Athrepsie, et pouvant, dans quelques cas, être confondue avec lui.
Elle est constituée par des papules généralement un peu aplaties, dont la largeur varie depuis celle d’une petite tête d’épingle jusqu’à celle d’une lentille, d’un rose brunâtre ou violacé, plus rouges et plus lisses à leur contour,
Diagnostic de l’érythème.
tO'i SYMPTOMATOLOGIE.
où l’épiderme esl luisant et semble très-aminci. Entre elles, la peau est saine ou parsemée de taches d’un brun plus ou moins foncé, dont quelques-unes, encore un peu saillantes, semblent être le dernier vestige de papules en voie de décroissance.
On les trouve au pourtour de l’anus, sur les fesses, à la région supérieure et postérieure des cuisses, sur le scrotum et les grandes lèvres. Leur nombre est très- variable. Quelquefois l’on n’en compte que quatre ou cinq, mais il est des cas où elles sont beaucoup plus nombreuses, sans être jamais confluentes. Elles ne s’accompagnent pas d’adénite inguinale, et il est tout à fait exceptionnel que l’on observe en même temps une ou plusieurs des variétés de l’érythème vésiculeux.
Quand les malades guérissent, les papules s’affaissent avec une lenteur remarquable. Longtemps après qu’elles ont disparu, on trouve une tache brune à la place qu’elles occupaient.
Jamais je n’ai rencontré cet érythème chez des enfants de belle apparence; presque tous, ils avaient quelque marque cachectique. Dans les cas de mort, j’ai habituellement constaté soit une tuberculisation viscérale, soit les lésions osseuses qui caractérisent le rachitis.
A l’aide de ce qui vient d’être dit, vous distinguerez facilement l’érythème des nouveau-nés. Réservant ce nom à l’affection vésiculeuseque je vous ai fait connaître, vous vous garderez bien de l’attribuer aux rougeurs passagères que l’on rencontre sur les fesses ou bien au pourtour de l’anus, qui résultent d’une pression ou d’un frottement habituels; mais au niveau desquelles on ne voit jamais ni vésicules, ni desquamation.
Au début, l’érythème est en général facile à reconnaître ;
cependant on peut le confondre avec deux autres ci options, à savoir la variole et la roséole. Elles sont, il est vrai, l’une et l’autre, infiniment moins fréquentes que lui, chez les nouveau-nés ; aussi, pour ce qui est de la première surtout, semble-t-il que la confusion soit impossible. Mais il suffit qu’elle ait été commise une fois, et cela m’est arrivé, pour que je doive vous prémunir contre elle. Ce n’est que dans les deux ou trois premiers jours, que les pustules de la variole naissante, simuleront l’érythème, généralisé. Si l’on se trouve, sans renseignements précis, en face d’un enfant, couvert de petites papules rouges, on sera naturellement porté, à cause de la rareté de la variole et de la fréquence de l’érythème, à admettre l’existence de ce dernier, quand en réalité, il s’agit de pustules varioliques au début. Il n’y a qu’un moyen de sortir d’embarras, c’est de prendre la température. Tandis que dans l’érythème, elle est égale ou inférieure à la moyenne physiologique, dans la variole accentuée, elle s’élève au-dessus, et d’une manière très-sensible, à moins que l’on ait affaire à un enfant déjà notablement athrepsié ; auquel cas, ce moyen de diagnostic restant lui-même en défaut, l’on ne pourra sortir d’embarras qu’au moment où les pustules commenceront à s’ombiliquer.
La roséole est constituée par des taches pâles, sans la moindre saillie, en général plus confluentes à la face et sur le tronc, qu’aux membres inférieurs ; et il suffira d’un peu d’attention pour la reconnaître.
Vous ayant dit quelle origine j’attribuais à l’érythème profondément ulcéré, je ne tenterai pas de le différencier d’avec les ulcérations syphilitiques des fesses et de la partie voisine des cuisses et du scrotum.
Mais je dois m’arrêter aux papules qui occupent les
SYMPTOMATOLOGIE.
mêmes régions. Il est fort difficile de les distinguer de celles qu’engendre la syphilis. Toutefois, vous tirerez de la comparaison suivante quelques renseignements pour le diagnostic. L’éruption spécifique est en général plus saillante que l’autre et sa teinte est cuivrée. Sa prédilection pour l’anus et la région voisine est beaucoup plus marquée. Lors* qu’on s’éloigne de ces parties, la dégradation de sa confluence et de la saillie qu’elle fait est plus nette. Souvent ses plaques sont suintantes, ulcérées à leur centre ou couvertes d’une croûte brunâtre. Dans leur voisinage et sur d’autres régions, la face par exemple, on trouve de simples taches parfaitement arrondies, et caractéristiques de la syphilis hériditaire. Enfin, chez les malades qui en sont atteints, les commissures labiales portent fréquemment des plaques muqueuses, et le limbe buccal de profondes fissures. Mais je vous le répète, ces différences, qui dans certains cas, sont assez tranchées pour lever tous les doutes, restent dans d’autres tout à fait insuffisantes ; et vous ne pourrez vous prononcer, qu’après avoir observé la marche du mal. D’ordinaire, les saillies érythémateuses s’effacent en conservant leur aspect, tandis que celles de la syphilis finissent quelquefois par s’ulcérer; et dans les cas où elles s’affaissent, on trouve presque toujours à leur place, une légère dépression cupuliforme.
Il ne me semble pas possible de confondre l’érythème des nouveau-nés avec l’érysipèle ; car si dans la première affection, quelques places particulièrement irritées rougissent et se tuméfient au point de faire songer à la seconde, des raisons bien autrement importantes, doivent préserver d’une pareille confusion. En effet, l’érysipèle chez le nouveau-né ayant presque toujours pour point de départ des pustules vaccinales ou l’ombilic, ne se montre pas dans les mêmes ré-
gions que 1* érythème 5 cl lorsqu il atteint ces dcinicies, on en retrouve toujours des traces sur les points primitivement envahis. De plus, la tuméfaction érysipélateuse est continue et nettement circonscrite par une ligne au niveau de laquelle la peau passe brusquement de sa couleur normale au rouge et au rose; tandis que les plaques d’érythème, isolées, forment autant d’ilots qui sont séparés par des intervalles où le tégument est sain. Il est pourtant une circonstance où l’erreur est facile à commettre : c’est lorsque l’érythème détermine la tuméfaction œdémateuse des bourses ou des grandes lèvres ; car l’aspect de ces parties présente alors une grande ressemblance avec celui que leur donne l’érysipèle ; mais dans cette dernière affection, le toucher révèle une dureté que n’engendre jamais la première.
On a émis sur l’étiologie de l’érythème des nouveau-nés, causes et pa-
^ . , thogénic tle
deux opinions en apparence très-eloignees 1 une de 1 autre, l'orythème. D’une part on a dit : l’érythème est une affection purement locale, due à l’irritation de la peau par les matières fécales et les urines. D’un autre côté, on a pensé, suivant l’idée de Yalleix, que les déjections de l’intestin et delà vessie, ne sont pour rien dans le développement de l’éruption, dont la véritable cause est le muguet. La première explication est insuffisante et la seconde est tout à fait inadmissible. Vous allez en juger.
Les garde-robes et les urines contribuent, pour une part considérable, au développement de l’érythème; cela est incontestable, puisque c’est dans les régions souillées par elles qu’il débute, qu’il reste limité dans le plus grand nombre des cas, et qu’il est le plus intense, quand il s’étend au loin. Mais il faut que les garde-robes soient diarrhéiques et irritantes. En effet, celles de l’etat de santé ne le provoquent jamais, tandis que les selles vertes le font apparaître fré-
SYMPTOMATOLOGIE.
quemment. Ce point acquis, je dis que cette cause principale, qui suffit à faire apparaître l’éruption, ne peut expliquer sa ténacité, non plus que son extension à une grande étendue du tégument, les érosions, etc. Pour s’en rendre compte, il 1 faut faire intervenir l’affaiblissement où tombe rapidement le malade par la persistance des troubles digestifs. Cet état cachectique est le second élément qui favorise l’évolution de l’érythème, et j’y insiste, parce que jusqu’ici on ne l’a pas suffisamment mis en relief.
D’autres causes peuvent augmenter l’irritation de la peau, mais elles sont d’ordre tout à fait secondaire. Je vous citerai, par exemple, le froid, l’humidité, les linges trop rudes. L’érythème est certainement plus fréquent l’hiver que l’été, et chez les enfants emmaillottés dans des couches grossières et humides, que chez ceux dont le linge est fin et toujours sec.
Pour ce qui est des relations de l’érythème avec le muguet, elles ne sont autres que celles de deux affections appartenant à un même processus morbide; car l’on voit tous les jours des nouveau-nés atteints de la première, sans avoir l’autre. Sur ce point donc, Valleix a commis une erreur de pathologie, due à ce que ses observations cliniques étaient
insuffisantes.
Bien que par les suintements séreux et sanguinolent dont il est habituellement le siège, et par l’irritation douloureuse qu’il cause aux enfants, l’érythème soit fâcheux, 1 on doit reconnaître que c’est une affection légère. Il se déclare en effet dès le début, à une époque où le mal est encore sans gravité. Il ne touche même que de loin à l’Athrepsie, car il se développe surtout à la période d’invasion.
C’est un des premiers symptômes qui vous seront signalés, parce qu’il ne peut échapper aux regards des mères. ou des
nourrices et qu’il les effraye. Vous devrez en tenir compte, tout en vous gardant de lui accorder une tiop gi aride impor tance. Il n’est pas rare, en effet, de voir des enfants qui, après quelques jours de diarrhée, et sans avoir notablement pâti, présentent un érythème étendu, rouge, turgescent, douloureux. Mais cette éruption disparaît aussi vite qu’elle s’est montrée, dès que lellux intestinal vient à cesser.
En résumé, l’érythème est une affection secondaire venant, au point de vue chronologique, après la diarrhée qui le provoque, disparaissant quand elle cesse, et ne prenant une physionomie grave, que par la persistance des accidents austro-intestinaux et l’abaissement de la nutrition.
Dans le cours de l’Athrepsie, il se produit assez fréquemment des ulcérations cutanées , aux talons, sur les malléoles internes, au-dessus de ces saillies osseuses, ou bien encore sur les parties latérales des pieds.
Quand on peut suivre leur évolution, on voit qu’elles débutent par une rougeur qui, d’abord très-limitée, ne tarde pas à s’élargir, en même temps qu’elle s’accompagne d’une destruction de l’épiderme, et puis du derme, dans toute son épaisseur. Elles sont de forme circulaire et d’étendue variable; les plus larges occupent les talons, dont elles peuvent couvrir toute la surface, atteignant ainsi les dimensions d’une pièce d’un franc. Leurs bords sont aplatis, leur fond est rosé, parfois finement mamelonné. Dans une zone de largeur variable, la peau qui les entoure est d’un rouge foncé. Elles sont le siège d’un suintement séro-sanguinolent, excepté dans la dernière période de la maladie, où l’on voit leur surface se sécher, devenir brunâtre et comme croûtcuse, en même temps que leurs bords et la peau voisine s’affaissent, et prennent un aspect corné.
Ulcérations des malléoles et des talons.
HU SYMPTOMATOLOGIE.
Pntttonîos Chez (luelrILies malades, elles succèdent à de véritables cutanées. eschares ; mais dans le plus grand nombre des cas,
voici comment elles se produisent. Dans le maillot, les jambes de l’enfant sont exactement appliquées l’une contre l’autre; de telle sorte que chaque malléole interne comprime l’autre, ou ce qui est plus habituel, la région située au-dessus ou au-dessous de l’autre. La pression prolongée qui en résulte, et parfois aussi des frottements, déterminent, d’abord de l’irritation, puis des altérations successives, dont la perte de substance est le terme.
Ces actions mécaniques, sont indispensables au développement des ulcérations, mais elles ne suffisent pas à les expliquer ; car là plupart des nouveau-nés se trouvent dans les conditions précédemment indiquées, c’est-à-dire emmaillottés, et pourtant leurs jambes ne s’ulcèrent pas. La pression comme le frottement, n’agissent que sur les individus, préalablement débilités et amaigris par des troubles digestifs. Jamais en effet, quoi qu’en dise M. Seux, on ne voit les ulcérations des talons et des malléoles, chez des sujets qui ne sont pas malades. Quand la vitalité des téguments n’a pas été abaissée par une nutrition imparfaite, et que les parties osseuses sont recouvertes par la couche adipeuse normale à cet âge, on ne voit pas, même avec un emmaillottement défectueux, la peau se détruire au niveau des points comprimés. — J’ajoute qu’aux actions mécaniques sus-indiquées, vient se joindre le contact irritant de linges souvent très-grossiers, imprégnés par les urines et par des matières fécales de mauvaise nature.
Ainsi, comme le muguet et l’érythème, les érosions malléolaires sont un des produits de l’Athrcpsie ; et bien que moins fréquentes, elles se montrent à peu près dans les mêmes conditions que les deux premiers, mais à une période
plus avancée. Elles peuvent guérir, ce qu’il m’a été donné d’observer même à l’hôpital ; toutefois, leur existence est toujours l’indice d’un mal ancien et par conséquent tenace.
Lorsqu’elles guérissent, c’est par le bourgeonnement du fond de la plaie, et pendant un temps assez long, on voit une dépression à la place qu’elles occupaient.
Leur siège est si spécial et marque si sûrement leur origine, que je ne crois pas devoir m’arrêter à vous en présenter le diagnostic différentiel .
La dernière manifestation cutanée dont j’aie à vous parler est le pemphigus, qui, je vous le répète, ne doit entrer dans l’histoire de l’Athrepsie, qu’à titre de complication rare. Il m’est arrivé souvent de passer plusieurs mois de suite, sans en rencontrer un seul cas; par contre, je l’ai vu sur un certain nombre de malades, couchés en même temps dans les salles. Bien qu’il puisse affecter les diverses régions de la peau, il en est quelques-unes où on le rencontre plus habituellement; ce sont : le cou, les aisselles et les aines ; toutes places, comme vous le voyez, où le tégument est mince et délicat. Les causes irritantes ne semblent avoir aucune influence sur sa localisation. C’est par petites poussées qu’il se montre, et parfois bulle à bulle. L’on ne saisit pas toujours l’éruption sous sa forme typique ; il est même assez rare que l’on voie de véri tables collections séreuses sousépidermiques. D’ordinaire, il y a comme un avortement de l’éruption, et ce que l’on trouve, c’est une surface d’étendue variable, circulaire, couverte d’un épiderme plissé, et séparé des couches sous-jacentes, qui s’exfolie par larges lamelles, ou forme une croûte brunâtre.
Le pemphigus des nouveau-nés, lorsqu’il se développe chez un athrepsié, a une marche lente et une atonie tout à
Pemphigus
SYMPTOMATOLOGIE
Diagnostic du peraphigus.
Retard de la cicatrisation ombilicale.
Il 2
lait spéciales à ces cas. On ne saurait admettre que l’Athrepsie suffise à le provoquer, comme l’érythème et les ulcérations malléolaires. Lorsqu’il apparaît dans son cours, c’est en vertu d’une prédisposition individuelle ou peut-être d’une influence épidémique (a). Elle n’intervient que pour lui donner cette physionomie terne qui lui a valu la qualification de cachectique.
Comment distinguerez- vous ce pemphigus de celui que provoque, au même âge, la syphilis héréditaire? — Ce dernier a un siège et une apparence tellement caractéristiques, que l’on ne peut le méconnaître. C’est sur les régions plantaire et palmaire qu’il se montre d’abord et qu’il est le mieux développé et le plus confluent, quand il s’étend au tégument voisin. Il consiste bien plutôt en de grosses pustules hémisphériques, qu’en de véritables bulles. Ces pustules, remplies par un liquide verdâtre et puriforme, restent ainsi durant plusieurs jours, à cause de l’épaisseur et de la résistance de l’épiderme des parties où elles se développent. Finalement, elles se transforment en croûtes jaunâtres ou brunes, ou en ulcérations, qui sont le siège d’un suintement sanieux. Les différences sont donc considérables et vous permettront de vous prononcer toujours sans hésitation.
Pour clore cette revue des accidents cutanés, je dois encore vous dire que, chez les athrepsiés, l’élimination du cordon se fait parfois avec une lenteur tout à fait inusitée (elle n’est pas toujours accomplie le sixième et même le septième jour); et que la plaie qui en résulte, au lieu de se cicatriser, reste
(a) Voy. à ce sujet, Pemphigus aigu endémique dos nouveau-nés , in Rapport de laCnmni. des maladies régnantes, par E. Résilier, Union méd., 1871, p. 745 (séance du 23 ocl 1874 de la Soc. méd. des hùp.)
suintante et s’ulcère; — que r exfoliation épidermique est retardée; — enfin, que s’il existe des pustules vaccinales, elles s’élargissent, suppurent et donnent naissance à des croûtes volumineuses, noirâtres, au-dessous desquelles le derme est profondément ulcéré. C’est donc encore par la lenteur, l’affaiblissement et l’atonie de ces actes physiologiques ou morbides, que se manifeste l’influence athrepsique.
l’AUÜOT.