SIXIÈME LEÇON
Colol'ali
mule
pcuu.
SYMPTOMATOLOGIE DE L’ATHREPSIE (suite)
OU 1101’do lu
Messieurs,
Je vais maintenant vous entretenir de Y habitude, extérieure à laquelle je rattache le faciès et le - cri, qui marquent d’une manière si expressive les étapes de la maladie et les souffrances du malade. Son étude se place naturellement à la suite de celle des éruptions cutanées; car la peau y tient encore une place importante , mais à un autre point de vue, qui est celui de sa coloration, de sa consistance et des autres modifications que les yeux et le toucher y peuvent découvrir. Vous ne .sauriez trop vous familiariser avec ces traits de la physionomie morbide : ils sont propres à l’Athrepsie et en constituent les signes pathognomoniques.
Vous savez que normalement, chez les nouveau-nés, la peau présente une teinte rouge, due à la minceur de l’épiderme et à l’injection du réseau capillaire. Au bout de quelques jours, un septénaire environ, elle devient jaunâtre , et il semble que cette coloration, légèrement ecchymotique, soit la conséquence de la congestion qui l’a précédée. Enfin, elle prend sa teinte définitive. Celle-ci varie suivant les individus, mais
elle est habituellement d’un blanc plus ou moins rosé, sauf aux extrémités, qui restent violacées pendant un certain temps.
Sous l’influence de la maladie, le tégument pâlit d’abord, pour prendre ensuite une coloration livide, qui s’accentue tout particulièrement aux pieds, aux mains, et au pourtour de la bouche. Dans ces points, il est véritablement bleuâtre, et l’on voit cette teinte devenir d’autant plus foncée, qu’on s’approche davantage de la terminaison fatale. Si l’on applique la main à sa surface, on la trouve aride, froide, comme si l’on touchait un corps sans vie.
L’ictère, que l’on voit survenir chez quelques malades, est le fait d’une complication, d’ailleurs rare et indépendante de l’Athrepsie.
A ces changements de coloration, il faut en ajouter d’autres, que subissent dans leur volume et leur consistance, non-seulement la peau, mais encore toutes les parties charnues périphériques. Toujours elles s’amoindrissent, maigrissent; et cet amaigrissement se présente sous des aspects divers, qui dépendent de l’état initial du malade et de la marche de la maladie.
Silos accidents sont intenses, rapides, et si l’enfant qu’ils happent dune manière pour ainsi dire foudroyante est robuste et gras, la face s’altère vite et profondément; mais l’apparence extérieure des autres parties du corps est peu
modifiée, leur consistance est moins ferme, plus pâteuse : voilà tout.
Quand le mal évolue lentement, il peut avoir deux effets très-différents, que je vais vous faire connaître, sans qu’il me soit possible de préciser toutes les circonstances qui déterminent l’un plutôt que l’autre.
Dans un cas, les enfants, quel que soit leur état primit
Colorations
morbides.
Amaigrisse-
ment
Endurcissement atlircpsiquo.
11(? • SYMPTOMATOLOGIE.
.maigrissent d’une manière très-lente ctconlinuc. Peu à peu la graisse est résorbée, les muscles diminuent, la peau s’amincit , et, trop ample pour les parties qu’elle doit envelopper, elle se ride. Puis elle perd son élasticité; on la plisse aisément, comme on le ferai L d’une pâte, et ces plis s’effacent lentement. Tout cela est très-marqué sur le ventre, qui est particulièrement mou et flasque. — Rien ne distingue cette maigreur de celle que l’on voit survenir sous l’influence d’autres causes, si ce n’est, peutêtre, ses traits accentués, et en particulier les amples rides dont se couvrent certaines parties du tégument. D’ailleurs, elle n’atteint en général ce degré que chez les enfants nés chétifs et qui survivent longtemps aux premiers troubles.
Quant à l’autre état, il constitue l’endurcissement athrepsique. On l’observe surtout lorsque le mal prend une allure subaiguë presque aussitôt après la naissance chez des individus d’un embonpoint moyen. La peau, loin de former des plis, se tend, au contraire, et sa surface devient remarquablement unie; elle perd toute souplesse et il est absolument impossible de la séparer des parties sousjacentes, avec lesquelles il semble qu’elle soit intimement unie. Cette modification commence par les membres inférieurs ; la région lombaire est ensuite envahie, puis la partie postérieure du tronc, et finalement le corps entier, la face y comprise. Chaque jour, on voit la tension et la dureté de la peau faire des progrès, et bientôt, en la touchant, on a la sensation que donne un cuir épais. 11 semble que toutes les parties molles soient figées, et que l’on ait sous les yeux un corps de bois ou de marbre; aussi, le premier observateur qui vit un enfant affecté de la sorte imagina naïvement que sa mère avait eu un regard de statue. Le tégument ne se
HABITUDE EXTÉRIEURE, laisse pas déprimer par la pression du doigt, et sa teinte devient légèrement bleuâtre ou livide. Immobilisés par cet état rigide, qui ne peut être vaincu spontanément, les membres restent dans l’extension, et n’étaient certains mouvements du thorax et de la face que l’on observe encore, on pourrait croire que le corps est en rigidité cadavérique. Dugès raconte que, prenant des enfants ainsi affectés, audessous de la tête, il pouvait les maintenir dans une position horizontale, comme s’ils eussent été d’une seule pièce. Souvent il m’est arrivé de faire la même expérience d’une autre manière. En appliquant le bord radial de la main sous le dos du petit malade, je le maintenais comme s’il se fût agi d’une tige inflexible.
Quand la face est envahie, la roideur des lèvres, des parois buccales et des muscles, maintient la bouche fermée, et rend la succion et la déglutition impossibles. Aussi l’on comprend qu’un certain nombre d’observateurs, depuis Lodmann, cité par Denis, jusqu’à nos jours, aient cru avoir affaire à l’affection que l’on a appelée mal de mâchoire ou trismus des nouveau-nés . Mais ce n’est pas le lieu de relever cette erreur : l’occasion de la combattre se présentera plus loin et plus opportunément.
Cet endurcissement des nouveau-nés, où les muscles et le tissus cellulaire et adipeux sont engagés tout autant que la peau, est, sans exception, un résultat de l’Athrepsie. Jamais je ne l’ai vu se développer en dehors d’elle. Il faut que sur ce point vous aviez une conviction nette et ferme. Cela vous préservera de l’erreur où sont tombés, à ce propos, presque tous les auteurs, confondant l’induration que fait l’Athrepsie avec l’Œdème des nouveau-nés.
I oui 'nous éclairer et vous convaincre, je dois entrer dans quelques considérations historiques.
SYMPTOMATOLOGIE.
Nature de rendurcissement.
C’esL un auteur anglais, Undcrwood, chirurgien de l’hôpital des femmes en couches de Londres, qui le premier a décrit l’endurcissement, tel que je viens de vous l’exposer (a) ; mais le cas le plus ancien qui en ait été publié remonte au commencement du xvm' siècle. Il lut inséré par un médecin d’Ulm, Jean-André Uzembezius, dans les Ephémérides des curieux de la nature (b), et copié ensuite par Schuringius (c). Il y esL dit que depuis la tête jusqu’aux pieds l’enfant était semblable à un morceau de viande desséchée à la fumée. Cette observation, pleine d’intérêt, fut citée plus d’une fois, mais elle resta isolée, et le mal auquel elle se rapporte était presque entièrement ignoré, lorsque Denman, professeur d’accouchements à l’hôpital de Middlesex, en fit le sujet de leçons publiques qui servirent de point de. départ aux travaux d’Undervood.
D’après cet observateur, Y endurcissement 'du tissu cellulaire se montre rarement aussitôt après la naissance, mais en général dans les dix jours qui la suivent. Il atteint principalement les enfants des familles pauvres, qui se trouvent à la dernière période d’une maladie intestinale obstinée, dans laquelle les matières excrétées ont la consistance de la cire ou de l’argile. Le premier jour, la peau, par sa teinte et sa consistance, ressemble à de la cire molle ; — le deuxième, les chairs sont dures et résistantes, sans œdème; la peau offre les mêmes caractères que celle d’une personne qui serait morte pendant une très-forte gelée ; — le troisième, le tissu cellulaire a acquis une telle dureté que la peau ne peut
(g) l'nde.rwoud, De l'endurcissement (lu tissu cellulaire, in Traité des maladies des enfayils, p. ü-28. (Tracl. par Eusèbc de Salle, sur la 7* édition anglaise. Paris, 182‘î )
(b) Uzembezius, Parlas octimestris viras, frigidus et rigidus. (Ephémérides
îles cur. <(e. ia Décembre 1718, chap. ix, obs. 80, p- •>- * .
(c) Schuringius, De fælu frigulo et rigulo. ( Embryologie , sect. 3, cliap. i, (, ,
HAlilTUDE EXTÉRIEURE.
plus glisser sur les muscles subjacents; — le quatrième, rendurcissement gagne souvent la totalité du corps, mais la peau offre une rigidité particulière a la face et aux extrémités ; — le cinquième, l’enfant est toujours froid ; le sixième, il fait entendre une espèce de gémissement particulier, qui est souvent très-faible; s il crie, ce n est jamais comme les autres individus de son âge; — le septième, quel que soit le temps pendant lequel l’individu doive encore survivre, il semble toujours sur le point de mourir.
Underwood ajoute, d’après sa propre pratique, que la rigidité du tissu cellulaire s’étend parfois si profondément, que la gaine des muscles et même leurs fibres sont affectées. Cependant les muscles de la mâchoire inférieure sont les seuls qui deviennent complètement immobiles; et s’il survient des convulsions, elles ne s’étendent pas aux extrémités. Après la mort, jamais il n’a rencontré dans les mailles du tissu cellulaire aucune sorte de liquide. La cause prochaine de la maladie est un spasme de la peau ; sa cause éloignée est un air malsain.
Si l’on excepte quelques points de détail , notamment l’état spasmodique de la peau pour expliquer sa rigidité, cette description est d’une merveilleuse exactitude, et je la substituerais volontiers au tableau que je vous ai présenté et que j’ai fait au lit des malades, sans connaître celui qu’avait tracé le médecin de Londres, près d’un siècle avant moi. Tout y est, jusqu’à la cause éloignée de l’affection, puisqu’il est dit expressément qu’elle attaquait ceux qui se trouvaient à la dernière période d’une maladie intestinale obstinée.
Pendant qu’en Angleterre l’on observait avec tant de sagacité l’ endurcissement du tissu cellulaire des nouveau-nés
arrivés à la dernière période de l’A Lhrepsie, que faisait-on en
France?
Endurcissement et œ.
ilonic.
J“20 SYMPTOMATOLOGIE.
Un médecin de Paris, Andry, voyait très-fréquemment, à 1 hospice des Enfants-Trouvés, une maladie qui était fort commune, mais dont on ne s’était pas occupé jusque-là, parce qu’on la croyait incurable. Comme vous allez le voir, c’était l’Œdème des nouveau-nés. — Andry, dès qu’il connut les recherches d’Underwood, crut qu’elles se rapportaient à l’affection non encore décrite de son infirmerie. 11 se mit donc à l’étudier et lui attribua le nom adopté à Londres (a). Voici, d’après lui, ses caractères principaux : les extrémités et surtout les jambes sont très-augmentées de volume, et leur tissu cellulaire est le siège d’une infiltration très-prononcée. La plante des pieds et la région pubienne sont particulièrement tuméfiées, rouges et dures. Les parties affectées sont très-froides ; dans un cas, pourtant, elles avaient une chaleur extraordinaire. La suppuration s’y forme très-rarement, mais plus souvent la mortification s’en empare. Un mauvais régime de la mère et de l’enfant, ou bien l’exposition de ce dernier à un froid très-vif immédiatement après sa naissance, sont les causes du mal. A l’autopsie, on a toujours rencontré un épanchement séreux dans le tissu cellulaire. La matière épanchée était d’un jaune foncé, liquide, coagulable par l’action du feu; la graisse présentait une densité remarquable... Le foie était d’un volume extraordinaire.... et les poumons gorgés de sang.
Le rapprochement de la description d’Underwood et de celle d’Andry démontre de la manière la plus incontestable que ces deux auteurs ont observé des affections, non-seulement différentes, mais, si l’on peut ainsi dire, opposées. — A Londres, le caractère essentiel du mal est la résistance et la dureté des parties molles périphériques, qui deviennent
(a) Andry, Mémoire sur l'endurcissement. (Mémoires de la Société roijale de médecine de 1781 à 1785, p. 207.)
de plus en plus rigides et dures, et dans lesquelles l’autopsie ne révèle la présence d’aucune sorte de liquide. — À Paris, les membres, surtout à leurs extrémités, sont rouges et tuméfiés, considérablement augmentés de volume, infiltrés, capables de suppurer et même de se mortifier; et à l’autopsie on trouve les mailles du tissu cellulaire remplies d’une sérosité que la chaleur coagule.
Cela n’est pas douteux; le clinicien anglais a vu et décrit l’endurcissement vrai des parties charnues, tel que je vous l’ai présenté ; — tandis que le médecin français a eu sous les yeux l’infiltration séreuse du tissu cellulaire périphérique, connue sous le nom d 'œdème des nouveau-nés .
Et pourtant les deux auteurs crurent avoir observé le même mal : car Undervood qui, à la lecture de la description d’Andry, fut nécessairement frappé par les traits qui la séparaient si profondément de la sienne, les mit sur le compte non d’une erreur clinique, mais de la différence des climats et des milieux.
Telle fut l’origine de la confusion que je vous ai signalée; et j’espère vous en avoir fait saisir toute l’importance. Elle remonte à la fin du siècle dernier, n’a pas cessé depuis, et vous la trouvez dans la plupart des ouvrages de notre époque. Les preuves abondent ; en voici quelques-unes.
Chambon [a) et Capuron (b), à l’exemple d’Andry, qu'ils suivent complètement, décrivent l 'œdème sous le nom dé endurcissement du tissu cellulaire. Ce dernier auteur, convaincu, comme je vous l’ai dit, qu’il a affaire à l’affection décrite par Undenvood, reproche à l’auteur anglais
cl avoir adopté une étiologie peu rationnelle, parce qu’elle ne s’adapte pas aux faits observés en France, où le froid
Confusion ent.ro l'endurcissement et l’œdème.
(a) Chambon, ,Traité (les maladies des enfants , an VII.
(b) Capuron, Traité des maladies des enfants.
SYMPTOMATOLOGIE.
et la faiblesse congénitale sont les principales causes du mal.
Denis (!) semble avoir entrevu la faute de ses devanciers, puisqu’il subdivise X, endurcissement du tissu cellulaire en séreux ou œdémateux , et en adipeux ou concret ; mais, cette distinction établie, il ne s’y arrête pas. Il trouve que les deux variétés présentent la plus grande analogie, au point de vue des symptômes, de la marche et des terminaisons; ne différant que par la couleur de la peau, la consistance des chairs et le mode d’altération du tissu cellulaire qui, dans l’une, est infiltré de sérosité, et dans l’autre, chargé de graisse. Est-il besoin de vous faire remarquer qu’en tout cela il n’y a que confusion, et que Denis ignorait également la genèse du mal et sa cause?
Billard, lui aussi, admet deux variétés d’endurcissement. 11 consacre presque tout son chapitre à la première qui est l’œdème. La seconde est l’endurcissement proprement dit, dont il fait un phénomène cadavérique ou de l’agonie. Il n’en dit que quelques mots (2); mais ils suffisent à nous
(1) Denis (a) donne de cette forme la description suivante : « Les parties du corps endurcies ne sont ni élastiques ni empâtées; elles ont acquis par l’effet de la maladie la fermeté du suif. La peau, d’un blanc jaunâtre, offre l’aspect de la cire ; elle ne peut glisser sur les muscles sous-jacents, et l’on sent au dessous, de place en place, des masses trèsconsistantes.
» Quand le sujet est au troisième degré d’endurcissement, on croirait qu’il a subi les effets de la congélation ;
les membres percutés font entendre parfois alors le son que rend le bois. Le froid est très-vif, les mouvements difficiles ; le trismus et les autres phénomènes nerveux sont moins fréquents que dans la variété œdémateuse ; la respiration, la circulation et la digestion y sont aussi moins entravées. Tous ces phénomènes sont attribués à l’accumulation de la graisse cellulaire dans les vésicules et à l’augmentation de sa densité. »
(2) Voici d’ailleurs le passage de Billard (h) : « L’endurcissement du
(a) Loc. cit., p. 1T5. Endurcissement du tissu cellulaire. On trouve dans ce chapitre important une synonymie, une bibliographie et tm historique très-soignés.
(I>) Loc. cit., p. 179.
démontrer que cet auteur, comme ses devanciers, confondait deux lésions bien distinctes. N’avance-t-il pas, en effet, que l’endurcissement peut se présenter avec ou sans une infiltration générale du tissu cellulaire souscutané?
Pans son chapitre de l’Œdème des nouveau-nés, Yalleix (a) parle de Y endurcissement adipeux qui, suivant lui, diffère absolument de l’œdème; mais, avec Billard, il le considère comme cadavérique. Si, dit-il, on ne le cherche que sur le vivant, on peut admettre qu’il est rare; mais si l’on examine les enfants qui ont passé la nuit sur la pierre de l’amphithéâtre, surtout pendant les froids vifs de l’hiver, on en trouvera bientôt un grand nombre qui présenteront tous les caractères assignés à ce genre d’induration.
Plus près de nous, la confusion s’aggrave. Les observateurs précédemment cités ne l’avaient commise qu’entre deux affections : l’œdème et l’endurcissement vrai ; et voici que dans un ouvrage récent, celui de M. Bouchut, elle s’étend à la sclérodermie. L’importance du livre que je vous signale m’oblige à vous dire comment la question y est traitée, et bien que je ne veuille pas empiéter sur l’histoire de l’œdème je vais analyser brièvement l’article qui est consa-
tissu adipeux se présente avec ou sans infiltration du lissu cellulaire sous-cutané; les joues, les fesses, les mollets, le dos en sont le siège le plus habituel ; on l’observe avec ou sans trouble de la circulation et de la respiration. C’est ordinairement à 1 agonie des enfants qu’il survient ; je l’ai vu se développer après la mort, sur le cadavre d’enfants rapidement moissonnés. Si l’on dissèque alors le
tissu adi'peux, on le trouve ferme, dur comme du suif, et véritablement figé ; il offre en un mot la consistance de la graisse des animaux immolés dans nos boucheries. On conçoit que le tissu adipeux peut bien, dans certaines circonstances, se figer de la sorte, même pendant la vie, si, par une cause quelconque, la chaleur animale vient à l’abandonner. »
(a) Loc, cit., p 601.
12A SYMPTOMATOLOGIE.
créa cette affection, sous le titre de sclérème (I )ou endurcissement de Ici peau des nouveau-nés (a).
Pour M. Bouchut, le sclérème est constitué par le refroidissement et la dureté de la peau, accompagnés d’un abaissement de la température profonde. Il en existe deux variétés : le simple et Y œdémateux ; mais il est inutile de les décrire à part, et les médecins qui l’ont fait ont eu tort, l’œdème n’étant en quelque sorte qu’une conséquence de l’endurcissement qui est la lésion première et essentielle. Il n’est pas possible de le confondre avec l’endurcissement adipeux, maladie essentiellement agonique; enfin, tout en étant exclusif aux nouveau-nés, il peut être rencontré chez les enfants plus âgés et même chez les adultes.
Ainsi, pour M. Bouchut, le sclérème existe par lui-même, et il ne dépend pas plus de l’œdème, qu’une maladie du cœur n’est constituée par l’anasarque qu’elle peut engendrer. Après cette déclaration, on s’attend à trouver surtout la
(1) La dénomination de Sclérème imaginée par Chaussier, pour désigner l’œdème des nouveau-nés, et très-usitée depuis dans le même sens, a notablement contribué à la confusion que je m’efforce de faire cesser. Je ne puis donner une meilleure idée de l’abus que l’on fait de ce terme, qu’en vous citant un travail récent de M. Clementowsky (b).
— L’auteur distingue trois variétés de Sclérème : L’ érysipélateuse, l’œdémateuse et l’adipeuse. Or ce sont là trois affections essentiellement différentes , non- seulement d’origine ,
mais encore d’aspect. La première, en effet, se rapporte à l’inllltration sous-cutanée de sérosité, qui accompagne si fréquemment l’érysipèle des nouveau-nés, surtout dans certaines régions, telles que le scrotum ; la seconde n’est autre que l’œdème des nouveau-nés ; et la troisième est applicable tout aussi bien à l’endurcissement cadavérique qu’à celui de l’athrepsie. — On comprend malaisément que trois états pathologiques si différents aient été rangés sous la dénomination commune de Sclércmes.
(a) Loc. cit., p. 829.
(b) Clementowskv, Sur le sclérème des nouveau-nés (CEslerr Jahrb. fur Pcediatr. I. liund 1873, 1, p. 1, -i, 8).
description du phénomène primordial, l’endurcissement ; mais il n’en est rien, et l’article entier est consacré a l’œdème. — Ce n’est pas tout; l’auteur, Lien qu’il ne se soit pas expliqué sur cet endurcissement, exclusif, suivant lui, aux nouveau-nés, admet qu’on le rencontre parfois chez les adultes, où il constitue la maladie locale appelée sclérodermie.
Vous le voyez : l’on chercherait en vain un type morbide, auquel puisse être rapportée la description dont je viens de vous citer les traits principaux.
Plus récemment encore, dans une leçon faite à la Faculté de médecine (a), M. le professeur Ch. Robin dit en parlant du sclérème des nouveau-nés : « Chez les enfants d’une faible constitution et particulièrement lorsqu’ils sont nés avant ternie, on observe parfois un endurcissement du tissu lamineux, tantôt limité aux mains et aux pieds, qui sont gonflés, froids et violacés, tantôt étendu à tout le corps : d’où le nom de sclérème ip'/Xr\pbq, dur). Le tissu lamineux est devenu dur, résistant, souvent plus épais. L’examen microscopique fait reconnaître entre les fibres lamineuses une substance amorphe finement granuleuse, demi-solide; le tissu cellulaire a acquis la consistance du carton-pâte. La circulation a dù éprouver des modifications importantes, car les capillaires sont revenus sur eux-mêmes et le tissu est exsangue. »
Qu’a voulu décrire M. Robin? est-ce l’œdème? on pourrait le croire, d’après l’emploi qu’il fait du terme sclérème, sous lequel on le désigne généralement aujourd’hui; mais surtout d après ce qu’il dit de son développement chez les avortons, et de la tuméfaction, avec teinte violacée des extrémités. D un autre côté, la dureté et la résistance du tissu lamineux,
(<i) L'iicole de médecin1! , 1871, p. (’><).
126 SYMPTOMATOLOGIE,
qui l’ont fait comparer par l’auteur à du carton-pâte, peuvent faire croire que c’est à l’endurcissement qu’il a songé. — Ici donc encore, même confusion.
Je me résume et je vous dis : dans les derniers jours de l’Athrepsie, les parties molles périphériques s’amoindrissent, se sèchent et durcissent ; la peau se tend et prend une teinte livide; le corps entier devient rigide, immobile et semble momifié. Cet état caractéristique ne se rencontre que dans l’Athrepsie, et désormais je le désignerai sous le nom d’endurcissement athrepsique des nouveau-nés . Deux auteurs seulement, du moins à ma connaissance, l’ont, avant moi, rapporté à sa véritable cause et en ont donné une bonne description. Ce sont les deux premiers qui l’ont étudié : Denman et Underwood. Depuis, il a été méconnu ou confondu avec l’œdème des nouveau-nés, aussi bien par ceux qui l'ont décrit peu de temps après eux, que par les auteurs actuels. Et si l’on me demande comment il se fait que depuis près d’un siècle l’on confonde les nouveau-nés momifiés par l’Athrepsie, avec ces avortons que l’anasarque rend turgides , et auxquels il semble donner une exubérance de chairs, voici ce que je répondrai : — En 1770, un travail est fait à Londres sur l’endurcissement du tissu cellulaire des nouveau-nés ; il est lu à Paris, par un observateur, qui ayant sous les yeux l’œdème, y voit l'affection décrite par l’auteur anglais, et le fait connaître sous la dénomination employée par ce dernier. La confusion d’Andry reçoit bientôt une consécration académique et est partagée désormais par tous ceux qui écrivent sur ce sujet (a).
Pour expliquer la faute que je reproche aux cliniciens, je dois vous signaler une circonstance qui a probablement COH-
ia.) Un mémoire d’Auvity, auquel les recherches d’Andry avaient servi de base, fut couronné par la Société royale de médecine ( Mémoires de 1785 a. 1788, p. 8.L.
tribué à la leur faire commettre. — Dans quelques cas exceptionnels, on trouve en même temps, mais non dans le même point, l’œdème et l’endurcissement athrepsique (1). D’ordinaire les choses se passent de la manière suivante : — Un nouveau-né, atteint d’œdème en général modéré et partiel, s’il vient à subir la fâcheuse influence de l’Alhrepsie, ce qui est fréquent, ne tarde pas à maigrir, et l’on voit se résorber graduellement la sérosité épanchée. — Pendant qu’il en reste encore sur certains points, tels que les membres supérieurs, l’endurcissefnent apparaît dans ses points d’élection, c’est-à-dire à la partie postérieure des jambes, des cuisses et du tronc. C’est là un résultat bien inattendu. Yous savez, en effet, que l’œdème a de la prédilection pour les parties déclives, et qu’à ce titre il est surtout marqué aux membres inférieurs et aux lombes. Or, chez les malades dont je vous parle, c’est de ces régions qu’on le voit d’abord disparaître. Et cela s’explique parce que rendurcissement qui, sous l’influence de l’Athrepsie, prime ici l’œdème, s’empare de ces parties qu’il affectionne et en expulse la sérosité, avec laquelle il ne peut coexister. — On ne peut donner une meilleure preuve de l’incompatibilité des deux affections. L’une remplace l’autre, car jamais elles ne peuvent se montrer dans le même lieu (2).
Antagonisme entre l’endurcissement atlirepsii|uc et l'oedème.
(I) M. Bouchant! dit eu parlant des
effets de l’inanition (a) n : Parfois la
peau sc rétracte cl prend de la fermeté ; alors existe du sclérùme avec sécheresse, consistance des tissus,
raideur des membres, comme une
raideur cadavérique anticipée ; et
point d’infiltration sous-cutanée, ce
qui distingue cet état, de l’œdème
avec lequel, pourtant, il peut coexister, C’est là un phénomène des derniers jours. »
(2) L’observation suivante est Un exemple bien saisissant de la différence et de l’incompatibilité qui existent entre l’induration alhrepsique et l’œdème des nouveau-nés, puisqu’elle nous les montre l’un
(a) Lnc. cil., p. 182,
SYMPTOMATOLOGIE.
De Y attitude, je n’ai que peu de choses à vous dire. Vous savez déjà quelle influence exerce sur elle l’endurcisse-
et l’autre chez le même sujet, mais aux deux extrémités de la maladie.
Obs. V. — Anasarque; athrepsie ; résorption de Ici sérosité; induration alhrepsique. — Pneumonie.
Florence D.,néc le 27 octobre 1875, est reçue à l’infirmerie le 30. La peau est rouge sur les différentes parties du corps, excepté aux extrémités, où elle est violacée. 11 y a de Ftedème, surtout marqué à la région sousombilicale de l’abdomen et aux grandes lèvres. L’enfant rend du méconium et son cri est affaibli.
Poids, 2003.
Pouls, 100.
T. I ax-
( rect.
1er novembre. — La coloration de la peau et l’œdème diminuent ; cependant celui-ci est encore trèsmarqué sur la cuisse droite.
Poids, 1962.