‹ Clinique des nouveau-nésChapitre 29 sur 127 · FACIES · texte numérisé non relu

FACIES

trc, 11e peuvent être écartées sans effort, et si l’on vient à les séparer, elles reviennent au contact, comme mues par un ressort. — Ajoutez à cela F expression douloureuse du visage, et vous aurez tous les traits du faciès athrepsique.

C’est la souffrance de l’organisme entier qui vient se refléter ainsi sur le visage ; c’est le besoin le plus impérieux, la faim de tous les tissus, cette faim qui parfois anime ces yeux ternes et les rend farouches ; qui agite ces traits immobiles ; qui entr’ouvre cette bouche serrée ; qui agite ces membres ; qui crispe ces poings, et les porte aux lèvres, comme pour en tirer quelque chose; qui jette enfin le corps tout entier dans la torture où l’on se représente Ugolin.

Cette agitation douloureuse est rarement permanente; elle se montre sous forme d’accès, plus courts et plus rares à mesure que le mal progresse. Ils sont suivis de périodes de calme, puis enfin d’une immobilité complète, car les forces s’épuisent peu à peu et finissent par s’anéantir. Rien ne prouve mieux l’état de prostration où elles sont, que l’impuissance de l’enfant à garder le sein et à s’y nourrir. Sa bouche avide s’ouvre largement, cherche le mamelon, le saisit, s’y attache comme au secours suprême, et l’on croirait qu’il y va rester; mais cet effort l’a mis à bout, et de cette puissance instinctive dont la nature l’avait doué pour la succion, il ne reste plus qu’un douloureux simulacre.

Je vous ai signalé le cri comme un des modes de l’ex- Locii clioz|<*

. . nouveau-nés.

pression morbide de l’athrepsie; c’est de lui que je vais maintenant vous entretenir.

En naissant, l’enfant pousse un cri, manifestation ôcla- Uinte de sa vie nouvelle, acte par lequel il en prend possession.

I)u milieu où il était à l’abri des chocs et des besoins, il est jeté brusquement dans le monde extérieur, où l’air et toutes

SYMPTOMATOLOGIE.

choses l’impressionnent péniblement et le troublent. Il souffre et marque sa peine en criant (i).

Le premier cri du nouveau-né est donc un témoignage de souffrance, mais d’une souffrance passagère. Désormais, tant qu’il n’aura pas la parole et le geste, c’est par le cri qu’il indiquera et ses besoins, et sa douleur; car durant cette période de la vie l’être humain ne jouit pas de moyens plus expressifs que les autres animaux, n’ayant encore à son service, ni les pleurs, ni la parole, ni le jeu de la physionomie (2) . Pour le nouveau-né de l’homme, comme pour celui des autres espèces, il n’y a d’autre langage que le cri. C’est par lui, et seulement par lui, qu’il dit : j’ai faim, j’ai soif, j’ai froid, je souffre, et qu’il fait appel à l’assistance de sa mère, de sa nourrice, de ceux qui l’entourent. Plus tard, cela change : par une transformation qu’amène l’âge, le cri devient chez les animaux une modalité sexuelle. Chez l’homme, il est remplacé par la parole et le geste, et n’intervient comme moyen d’expression qu’exceplionnellemcnt : par exemple,

(I) Non miruin ergo est, dit Van Swieten (a), vagitum et ploratumin ipso vitœ principio adesse, licet sanissimus cœleroquin fuerit infans.

Subita ilia, et adeo insolita mutatio, /letui causam dat.

(fl) L’absence de larmes chez le nouveau-né est un fait assez intéressant à noter, si l’on songe avec quelle facilité pleurent les autres enfants. Il a frappé la plupart des observateurs. Voici ce qu’eu dit Billard (b) : « Les enfants très-jeunes ne versent jamais de larmes pendant

qu'ils crient, ou du moins n’en répandent que très-rarement La

glande lacrymale est à cet âge parfaitement développée : elle reçoit des artères et des nerfs et offre en apparence toutes les conditions anatomiques des autres glandes. Cependant elle ne produit pas de larmes pendant les cris et l’agitation que provoquent l’insomnie, le malaise et la douleur. C’est là un exemple remarquable de rinfluencc du système nerveux sur les fonctions de certains organes du corps humain. »

(a) Van Swieten, Commentant! in II. Doerhaave Apltoiismos de cognoacendis et eufandis morbis, t. IV, p. 57t.

(b) Loc. cil., p. 50.

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