CRI
dans la surprise que causent la joie ou la douleur. G est un
reste de notre brutalité native.
Chez le nouveau-né bien portant le cri, suçant sa cause, varie d’intensité et de durée. Il peut éclater brusquement ou se reproduire par intermittences; mais, dans tous les cas, il y a quelque chose qui ne change pas: c’est son timbre. Il garde sa qualité et son type. Une oreille exercée et attentive pourra discerner des nuances dans ce son, et en tirer des indications pratiques ; mais cela est trop personnel et trop variable pour être enseigné ou appris, et il n’y a aucune utilité à vous en entretenir davantage.
Dans la première période de l’athrepsie, le cri, parfois soudain et brusque, frappe surtout par son acuité, sa violence et sa ténacité (1). Certains enfants, en proie à une agitation
(1) On trouve dans les auteurs un certain nombre de renseignements sur le cri, mais ils s’en occupent peu au point de vue qui est le nôtre. Voici, d’ailleurs, quelques citations qui permettent de juger où en est sur ce point l’observation.
Burdach la) dit : « L’enfant à la mamelle est un être obtus que rien ne réjouit. 11 n’y a que des impressions désagréables qui puissent l’éveiller. Pendant les premières semaines il n’éprouve que des besoins matériels, nourriture, chaleur, repos... Il témoigne une violence sans bornes dans tous ses désirs. Le retour de la soif, les moindres attouchements le mettent hors de lui, lui arrachent des cris aussi perçants que s’il était en danger, s — Bil-
lard a traité la matière assez longuement (b), et le côté physiologique semble l’avoir surtout préoccupé ; puis il s’est attaché à faire ressortir les modifications que subit le cri dans les affections des organes respiratoires ; le seul passage de sa longue dissertation, qui puisse être rapporté à notre sujet, est le suivant: «La douleur est souvent la cause des cris des nouveau-nés. Le cri de la douleur est remarquable par sa force, sa fréquence, son opiniâtreté ; par l’expression particulière de la physionomie, expression que l’on peut difficilement décrire , mais que l’on saisit assez bien ; par l’état général de l'enfant, par la pâleur, le dépérissement, le dégoût et le refus du sein. . . —
Modification du cri dans l’atltrcpsie.
(a) Lnc. cil., t. IV, p. 4.12.
{!>) Lnc. cil., p. 4-7.
Cri de détresse.
1 31 SYMPTOMATOLOGIE,
continuelle, ne cessent de crier, et l’on ne peut comprendre qu’ils résistent un temps aussi long à une fatigue aussi grande. Après une durée variable, le ton du cri baisse ; il perd de son intensité et prend un caractère plaintif qui est d’un mauvais augure. Enfin, lorsqu 'arrive la phase dernière, on peut dire qu’il se transforme complètement. Il devient alors si saisissant, qu’après l’avoir entendu une fois, on le reconnaîtra toujours. Le décrire est à peu près impossible : c’est une plainte monotone, prolongée, déchirante; c’est le plus triste et le plus désolé des sons humains, exprimant l’état de désespoir où se trouve l’être qui le pousse. C’est le dernier appel de l’organisme en perdition. C’est le cri de détresse, comme je l’ai qualifié. L’on ne peut douter, qu’il ne soit l’expression d’une cruelle torture, à voir l’altération des traits qui l’accom-
Valleix dit, en parlant des cris que poussent les enfants atteints de muguet (a) : « Excepté la raucité produite par la présence de la pseudomembrane sur la langue, l’épiglotte, le voile du palais et ses piliers, le cri n’offre rien de remarquable dans cette maladie.
» Après avoir été fort et violent dans la période d’agitation, il se déprime comme tous les autres symptômes ; ce qui a également lieu dans d’autres maladies, la pneumonie par exemple. » — Plus loin ( b ), à propos de l’œdème des nouveau-nés, le même auteur dit : « que l’altération de la voix, consistant dans l’acuité du cri, se remarque chez les enfants qui présentent le phénomène morbide appelé endurcissement du tissu adi-
peux et qui n’ont pas la glotte œdématiée. ï — Dansla deuxième partie de sa thèse, consacrée à la mort par inanition, M. Douchaud dit (c) : « Les cris deviennent ordinairement, à la période d’excitation, tellement intenses et fréquents, qu’ils ne cessent ni jour ni nuit, et qu’il est impossible de les calmer, même avec le lait, si le lait est vomi ; et s’ils se calment un instant, c’est pour recommencer bientôt. — Ils ont quelque chose de caractéristique, et on les reconnaît très-bien, quand déjà on a entendu de pareilles lamentations. C’est une expiration forte et prolongée, accompagnée d’un accent de désespoir qui fait mal à entendre. Plus tard, ce sont de petits cris plaintifs et faibles. »
(a) Loc. cil., p. 400.
(b) Loc. cil., p. 628,
(c) Loc. cit., p. 106