MUGUET DE LA GLOTTE
B. — Une jeune fille atteinte de fièvre typhoïde et qui avait du muguet dans la bouche et l’arrière-gorge, toussant, ayant la voix altérée, expectora une matière visqueuse, acide, striée de sang et présentant de petits grumeaux opaques d’une consistance molle. Examinées avec soin au microscope, ces masses acides se montrèrent, pour ainsi dire uniquement formées de spores et de thallus cYoïdium.
J’avoue ne pouvoir accorder à ces deux cas la. valeur démonstrative que leur attribue M. Gubler. Je remarquerai d’abord que, les sujets n’ayant pas succombé, on n’a pu voir le cryptogame appliqué sur la muqueuse laryngo-trachéale ; si donc la matière rejetée a été rapportée à ce siège, ce n’est qu’en vertu d’une hypothèse. Voyons si celle-ci est suffisamment justifiée.
Je commence par le deuxième cas. N’est-il pas plus naturel d’admettre que la malade, dont la bouche et l’arrière-gorge étaient couvertes de muguet, en toussant et en expectorant, en a détaché quelques parcelles, qui auront été rejetées an dehors, en même temps que les matières muco-purulentes, venant de la trachée et du larynx?
Quant à la première malade, elle a rendu une fausse membrane qui, à n’en pas douter, s’était développée dans le larynx, puisque l’aphonie qui existait avant son rejet, a cessé en partie immédiatement après. Mais cette pseudo-membrane était-elle entièrement constituée par du muguet, comme semble le croire M. Gubler? C’est ce que je trouve fort douteux, et cela, pour les raisons suivantes : la première, c’est qu’elle avait une certaine élasticité ; ce qui la rapproche plutôt des productions eroupales que des végétations de l’oïdium. Les amas de cette mucédinée, en effet, sont toujours friables, bien loin qu’ils soient élastiques et
ù ce point de vue, ressemblent plulôt à une matière J caséeuse, qu’à un produit épithélial ou fibrineux. En second lieu, il est dillicile d’admettre qu’une masse ] de muguet aussi compacte, ait germé dans le larynx sans ' que la cavité bucco - pharyngienne en ait été couverte.
Je propose deux explications de ce fait : ou bien il y a eu végétation de la mucédinée sur une membrane diphthéroïde préformée, et c’est, là ce qui me semble le plus probable ; ou bien le produit, qui primitivement avait pris naissance sur les cordes vocales inférieures, s’était étendu aux parties voisines, suivant un mode que je vais expliquer tout à l’heure.
Parlerai-je d’une troisième observation citée par le même auteur? En faisant l’autopsie d’un homme qui succomba aux progrès de la maladie de Bright, il vit « à la surface interne de la trachée, rouge et injectée, de petites concrétions blanchâtres et même peu adhérentes qui, examinées au microscope, présentaient les filaments caractéristiques de V oïdium albicans. •» — Dans ce cas, l’aspect fragmenté du muguet, son défaut absolu d’adhérence, prouvent suffisamment que, soit dans les derniers instants de la vie, soit après la mort, comme j je l’ai fréquemment observé sur les enfants, il avait été trans- j porté de l’arrière-gorge ou de la cavité buccale dans la trachée ; car il est dit; dans l’observation, que ces régions | en étaient couvertes.
M. Gubler me trouvera peut-être bien sévère à l’égard des I faits qu’il a présentés dans le but de prouver que l’oïdium peut croître sur la muqueuse qui tapisse les voies aériennes. Mais il s’expliquera mon scepticisme à leur endroit, quand il saura que mainte et mainte fois, j’ai cherché le muguet dans j ces mêmes régions, chez des enfants qui en portaient ailleurs l