MUGUET 1)E LA GLOTTE
d’épaisses et de nombreuses plaques, et que je ne l’y ai jamais 1
vu, hormis sur la glotte (1).
Dans onze cas de muguetglottique dont j’ai fait l’examen (a),
(1) Parmi les nombreux faits de mug uet glottique que j’ai observés, je donne le suivant comme un type de cette lésion.
Obs. XXXIII. — Athrepsie, coma, muguet phargngo-œsophagien et glottique, pneumonie.
Edouard P., né le 22 novembre 1870, est apporté le 30 à l’infirmerie, dans un état de coma profond. — Coloration jaune verdâtre de la peau, avec des ecchymoses sur le front, les sourcils, la région moyenne du nez, au pourtour de la bouche et sur le menton. Les yeux sont fermés, les sclérotiques jaunes et les pupilles très-contractées. La cavité buccale est couverte d’une couche de muguet qui a un millimètre et demi d’épaisseur.
Pouls J 04.
Respiration, de 16 à 20.
On perçoit des bouffées de râles crépitants â grosses bulles dans le poumon droit en arrière.
La mort a lieu le 1er décembre, à minuit.
L’AUTOI'SIE est faite le 2.
U y a du sang épanché sous la peau, au niveau des régions ecchymosées. — Les sinus crâniens sont remplis par un sang noir et poisseux.
L’arachnoïde présente quelques pelites taches opaques de stéatose.
Le canal artériel non encore obli-
téré contient un petit caillot de date récente.
La muqueuse pharyngée, trèsrouge, est couverte de muguet. On en voit sur la face antérieure de l’épiglotte, sur ses bords et sur les replis arylhéno-épiglottiques. Les mamelons les plus rapprochés de la muqueuse laryngée s’avancent même un peu sur elle. — La glotte est à peu près oblitérée par une épaisse couche d’une matière blanc-jaunâtre qui couvre les cordes vocales sur toute leur longueur. Elle a plus de 2 millimètres de haut en bas, et un millimètre environ d’épaisseur. Elle esl molle à sa surface et se laisse détacher assez facilement., — Sur les cordes vocales supérieures, â leurs extrémités, là où elles confinent aux inférieures, existent quelques petits mamelons grisâtres. Ils ont à peine un millimètre de diamètre. Sur tout le reste de la muqueuse laryngée, aussi bien au-dessus qu’au-dessous de la glotte , on ne trouve aucune trace de celte lésion.
Toutes les concrétions contiennent, dans des proportions variables, les éléments du muguet. Ceux-ci sont beaucoup plus abondants au niveau delà couche glottique, tandis que’ dans les mamelons des cordes vocales supérieures, c’est l’épilhéfiumqui domine.
Les poumons présentent à leur région postérieure, plusieurs noyaux d’hépatisation.
[a) Yov. mon mémoire sur le Muguet gastrique, etc. Hoc. cil., p. 503).
I;i végétation affectait sept fois les deux cordes vocales inférieures, et quatre fois celle du côté gauche seulement. Il s’v présente sous la forme d’un ou de plusieurs petits amas, 1 quelquefois arrondis, le plus souvent allongés suivant le grand axe de l’orifice (*).
Chez un malade, chaque corde vocale portait plusieurs bourgeons, rapprochés les uns des autres, de manière à former une surface mamelonnée, dépassant à peine la glotte en haut, mais s’étendant vers le bas. Chaque plaque avait à sa partie moyenne une hauteur de 0"',002 environ. Du reste, c’est l’amas le plus volumineux de la mucédinée qu’il m’ait été donné de rencontrer dans le larynx.
Le champignon adhère moins à cette muqueuse qu’à celle de l’estomac. Mais il y est pour le moins aussi solidement fixé qu’à celle du pharynx et de la lace antérieure de l’épiglotte.
Il ne cède jamais à l’action, même prolongée, d’un filet d’eau. On parvient toujours à le détacher par le raclage sans J déchirer, du moins en apparence, les tissus sous-jacents. Tout autour de lui, la muqueuse est injectée ; dans aucun cas, elle 1 ne m’a paru érodée.
Sur des coupes du larynx, faites perpendiculairement à l’axe glottique (**), au siège de l’altération, on constate ce qui suit. Une masse saillante et étrangère aux tissus de l’organe, adhère à la muqueuse en un point et sur les. autres elle en est séparée. Au niveau de l’adhésion, le !■; derme est manifestement altéré. Sur les autres points, il y a une diminution notable de l’épaisseur du corps muqueux. Le produit anormal n’est pas homogène ; on y distingue une j' quantité considérable de ces granulations dont je vous ai déjà parlé et qui forment une sorte de gangue, au milieu de
(*) Planche I, fig. C.
(”) Planche VI, lig. I et Ü.
MUGUET DE LA GLOTTE, laquelle sont, plongés les éléments du muguet et des fragments épithéliaux. Les tubes et les spores sont surtout abondants à la surface. Au centre et près de la muqueuse, ce sont les lamelles épithéliales qui dominent. Il est manifeste qu’elles ont été séparées de la couche dont elles faisaient partie, par la végétation des spores qui les isolen t les unes des autres. —
Au point de contact, la couche épithéliale est épaissie, par la multiplication de ses noyaux. De plus elle contient quelques spores et est traversée perpendiculairement à sa surface par des tubes qui en arrivant dans le derme, jusqu’à une certaine profondeur, ont déterminé autour d’eux une irritation des cellules plasmatiques dont les noyaux se sont multipliés. La prolifération est surtout abondante au voisinage du corps muqueux.
Il est bien remarquable que, dans toute l’étendue des ri'|linsd|'ie ,<*«
1 1 ' muguet glol-
voies respiratoires, les cordes vocales inférieures soient la "M"c seule région où se développe le muguet. C’est, après l’épiglotte, la plus mobile et la seule où, a priori , l’on pourrait croire qu’il ne dût pas se greffier. Quelle est donc la cause qui permet à l’oïdium de végéter sur sa muqueuse? Je n’en vois pas d’autre que celle signalée depuis longtemps par
!M. Lélut, à savoir : la présence, sur cette membrane, d’un
épithélium pavimenteux, tandis que, dans tout le reste de ■ . 1 leur étendue, les voies aériennes sont tapissées par un épi-
I théliurn cylindrique muni de cils vibratiles. Ceux-ci, par
j leur mouvement continu, empêchent-ils les spores de se
fixer et de germer ? Cela est assez probable et je vous pro-
1 pose d’adopter cette explication.
Dès que la mucédinée s’est fixée sur les coydes vocales et
; y a germé, on comprend que de proche en proche, et grâce
à la solidité qu’elle y a acquise, elle puisse empiéter sur la
muqueuse du voisinage, malgré son revêtement d’épithé-
^ A NATO .M I Ii PATHOLOGIQUE,
limn à cils vibrai, iles. Ainsi, dans l’obs. XXXIII, il existait de petits mamelons végétaux sur les cordes supérieures près de chaque commissure. — Et dans le premier fait de M. Gubler, on peut expliquer, par cette propagation, le développement d’une concrétion assez étendue.
Mais, en tout cas, c’est sur la glotte qu’est le point de départ de la végétation. Elle n’envahit les autres parties qu’après la destruction de la couche superficielle de leur épithélium.
Mu-uct puimo- On n’avait jamais parlé de muguet pulmonaire avant l’observation que j’ai fait connaître dans mon travail sur le muguet.
L’enfant avait succombé à l’athrepsie. Sa bouche était remplie par le parasite, et l’on en trouva une couche épaisse dans l’œsophage. Les poumons étaient assez souples et crépitants; un seul point d’induration existait dans le sommet droit; c’était une masse de la grosseur d’un petit noyau de cerise, de couleur jaunâtre et faisant une très-légère saillie sous la plèvre non altérée. A la surface, les coupes avaient une teinte d’un jaune-gris et un aspect tout à fait différent de celui que présentent aux diverses époques de leur évolution la pneumonie et le tubercule. L’examen microscopique des fragments détachés de ce noyau, montra qu’ils étaient constitués par quelques débris de tissu pulmonaire, mais surtout par des amas de tubes et de spores. Les premiers, remarquables par leur longueur et leurs ramifications, appartenaient, comme les spores, à V oïdium albicans.
Les reins et le cœur étaient atteints de stéatose.
Il ne me semble pas douteux que le muguet se soit développé dans finfundibulum pulmonaire où ou 1 a trouvé. —