‹ Clinique des plaies d'armes a feuChapitre 13 sur 65 · DE CE GENRE DE LÉSIONS. — A QUELLE ÉPOQUE · texte numérisé non relu

DE CE GENRE DE LÉSIONS. — A QUELLE ÉPOQUE

La plupart des chirurgiens se font un grand scrupule d'opérer le débridement préventif des plaies d'armes à feu ; nous nous en sommes abstenu en Afrique depuis six années, et les résultats satisfaisants que nous avons eus permettent de faire un précepte rigoureux du contraire. Jamais nous n'employons le bistouri que pour extraire une balle par une contre-ouverture, faciliter l'issue des esquilles ou de tout autre corps étranger, opérer une résection osseuse , appliquer une ligature sur une artère, et, à une époque plus éloignée, pour donner une issue à l'écoulement du pus. Hunter prouve que l'on a exagéré les avantages de la méthode de débrider les plaies; Botal depuis long-temps en a indiqué les inconvénients , et moi, je n'hésite pas à la condamner de toutes mes forces comme barbare et souvent nuisible. C'est encore là un de ces préceptes que la routine a

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rendus sacrés et dont il est temps de renverser le culte. Nous nous sommes convaincu que si , l'accident n'étant pas de nature à nécessiter l'amputation immédiate, on a pris soin de ne laisser dans le trajet de la blessure aucun corps étranger, l'inflammation sera aisément modérée sous l'empire des saignées générales, de la diète, des topiques froids et même glacés continués, pendant plusieurs jours de suite, du repos absolu, de la position et d'un bandage simple, contentif et bien appliqué sur toute l'étendue des membres, afin de s'opposer au gonflement trop considérable des parties offensées. Les saignées locales et les cataplasmes chauds dont on retire de si précieux résultats dans les maladies inflammatoires doivent être rigoureusement proscrits du traitement des plaies qui nous occupent; l'inexpérience seule peu t engager à les employer dès le début, selon la pratique journalière d'une foule de praticiens même en réputation. En effet, si les sangsues peuvent devenir plus tard avantageuses pour combattre l'inflammation locale qu'on n'aura pu ou su prévenir à laide des moyens généraux dont j'ai fait mention, il est aussi hors de doute qu'elles seraient nuisibles si on y avait recours primitivement; on fait malheureusement usage de ce dernier moyen d'une manière abusive, sans s'aper-

cevoir que ces animaux attirent le sang dans la partie, et que la chaleur qui est nécessaire pour favoriser l'hémorragie ne peut que hâter le développement de l'inflammation au lieu de la prévenir.

Vainement voudrait-on combattre notre opinion en objectant que les sangsues n'ont pas été employées en assez grand nombre. Je les ai ap^ pliquées par nuées pendant plusieurs jours con^ sécutifs, et, certes, je n'ai pas eu à me louer de ce traitement.

Je ne saurais trop le répéter : dans toute plaie d'armes à feu, il faut savoir profiter de la stupeur qui l'accompagne pour prévenir, par les moyens que je viens d'indiquer, l'excès de réaction qui doit suivre, et alors seulement on aura recours, s'il y a urgence, aux déplétions sanguines locales. Quant au pansement des plaies, il doit être le plus doux possible : linge fenestré enduit de cérat , charpie , compresses , bande roulée. Cet appareil doit être arrosé d'eau froide, sans discontinuer, pendant plusieurs jours de suite.

Il est facile de se convaincre que le traitement que nous employons diffère essentiellement de celui usité de nos jours encore parla plupart des chirurgiens qui continuent à traiter les coups de feu par de grandes dilatations dont ils tiennent quel-

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quefois les lèvres écartées à l'aide de plumasseaux de charpie couverts d'onguents suppuratifs. Il en est même qui se font un scrupule d'avoir recours aux spiritueux et aux vulnéraires , tels que l'eaude-vie camphrée, les digestifs, et une foule d'autres remèdes dits suppurants.

Nous avons remarqué que les saignées générales sont presque toujours faites trop tard. Sans attendre que la fièvre traumatique se soit développée, il faut y recourir dès que les phénomènes de la stupeur ou de la commotion commencent à se dissiper, afin d'enrayer l'inflammation. C'est ainsi qu'un observateur judicieux saura utiliser l'instant de calme qui précède l'inflammation traumatique plus lente dans son début que celle des plaies contuses ordinaires, au lieu de s'en laisser imposer et de rester dans une fausse sécu> rite. Nous avons vu plus d'une fois la tuméfaction s'accroître sous l'influence du débridement préventif, et augmenter encore , bien que les membres eussent été tailladés par de nombreuses et longues incisions : toutefois, ne croyant pas devoir rapporter à ce dernier toute la part des accidents auxquels il ne remédiait pas, nous devons dire que très souvent alors les membres auraient du être amputés, et qu'il serait peut-être aussi injuste d'attribuer toutes les suites fâcheuses de

ces lésions au débridement , qu'à son défaut. On conçoit les avantages qu'on retrouvera pour l'amputation consécutive, quand les téguments seront restés dans leur intégrité, au lieu d'avoir subi, au préalable , de grandes et profondes solutions de continuité.

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