TÉTANOS
Le tétanos s'est montré très rarement parmi les blessés d'Afrique. Une fois pourtant il a sévi d'une manière remarquable. C'était sur les militaires mis hors de combat , à l'époque de la glorieuse expédition du maréchal Clauzel contre le bey de Titery. Quarante hommes des moins grièvement atteints avaient été déposés dans une galerie de rez-de-chaussée, située au nord, et fermée par de simples rideaux en toile. Sous l'empire d'une température froide et humide du mois de décembre , pendant lequel régnait le vent de nord-est, quinze cas variés de tétanos, dont douze ont été suivis de mort, apparurent au bout de trois ou quatre jours. On fit immédiatement transporter les autres blessés dans des chambres bien closes , et le tétanos ne se montra plus.
La répercussion delà sécrétion purulente de la plaie , et la suppression de transpiration cutanée me paraissent ici parfaitement expliquer ces phénomènes. N'est-il point vrai que les conséquences ordinaires d'une suppression de transpiration sont l'apparition d'une pneumonie, d'une pleurésie, d'une gastrite, d'une iléo-colite folliculeuse ouhémorrhagique, etc. , etc. , selon les prédispositions individuelles , ou plutôt organiques? Ehbien, à la suite des coups de feu, le système nerveux céré-
bro-spinal ayant été vivement impressionné par la commotion d'abord, puis par la perception des douleurs, et souvent par les peines morales, il est tout naturel que le centre de ces perceptions, ainsi prédisposé, étant plus impressionnable que tout autre organe, concentre sur lui les effets de la perturbation qui vient de s'opérer, pour traduire ensuite ses souffrances par le trouble de ses fonctions, avec hypersthénie, parle tétanos. Nos propres recherches, celles d'une foule d'autres ; qui ont souvent trouvé des traces d'inflammation dans les centres nerveux et leurs enveloppes avec épanchement de sérosité rougeâtre, surtout quand les accidents avaient persisté pendant plusieurs jours. La continuation de ces lésions pathologiques sur les gros troncs nerveux ne permettent plus guère d'élever de doute sur la nature et le siège de cette affection ; aussi MM. Larrey et Lisfranc méritent-ils un hommage sincère :1e premier, pour avoir préconisé l'application des ventouses scarifiées , et en grand nombre, sur le crâne et le long du rachis; le second pour avoir démontré les avantages incontestables de ces saignées locales , permanentes , faites dans ces régions, en les couvrant denuéesde sangsues. Après les émissions sanguines, l'opium donné à haute dose tient ici le premier rang, et on doit chercher à rétablir la transpiration cutanée
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par les moyens connus. J'ai retiré de bons effets de l'emploi des bains tièdes. Les drastiques sont nuisibles et exposent souvent à des inflammations aiguës du tube digestif. On conçoit que si des accidents -nerveux étaient entretenus par la compression d'un gros tronc nerveux, par une esquille, parla section incomplète ou la ligature d'un nerf, 'etc., il faudrait, de toute nécessité, faire disparaître cette cause. M. Larrey, ayant observé le tétanos par suite du pincement des nerfs dans des cicatrices récentes, fit cesser le spasme et l'irritation en détruisant les adhérences nerveuses et leurs tiraillements sous l'empire du cautère actuel. En Egypte , il a guéri un militaire atteint d'un tétanos chronique par l'amputation du membre blessé. Faudrait-il imiter sa conduite dans ce dernier cas? C'est une question que l'état actuel de la science n'a pas encore résolu.
Les spasmes, les convulsions, les douleurs aiguës et prolongées préludent très souvent à l'invasion du tétanos. Ce dernier se traduit par des contractions permanentes, involontaires et douloureuses , avec exacerbaflon caractérisée par des contractions et des secousses convulsives dont la violence arrache des cris au malade, et par des rémissions avec détente plus ou moins marquée suivie de- sueurs abondantes, principalement à la tête , au col et à la poitrine : la face, pro fondé-
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ment altérée, exprime la souffrance, comme dans la péritonite.
Les principales causes de cette cruelle affection sont les «variations brusques de température froide et humide, l'encombrement, le défaut d'aération, l'influence morale ; l'exaltation des sentiments, les vives émotions de l'âme, etc.
Le tétanos offre deux points.de départ bien différents : quelquefois il procède du siège de la blessure, et* c'est alors que M. Larrey a proposé l'amputation; tandis que, le plus souvent, il débute par quelque autre partie du corps. Il est partiel ou général. Il commence ordinairement par les muscles du pharynx et détermine une dysphagie plus ou moins intense, gagne ensuite les muscles élévateurs de la mâchoire inférieure dont le resserrement détermine le trisnïus. Selon ensuite qu'il a une prédominance marquée sur les muscles de la région antérieure, postérieure ou latérale du tronc, on désigne ces états sous les noms d'emprosthotonos , opisthotonos , pleurosthotonos. A un degré plus avancé, la paroi antérieure de l'abdomen se durcit, les muscles abdominaux et le diaphragme sont envahis, et l'asphyxie se produit bientôt. Dans un cas qui sera rapporté plus loin , le tétanos était général : le tronc et les membres complètement roidis ne formaient qu'une seule pièce et le blessé pouvait
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être soulevé par les pieds ou par la tête comme une planche : l'intelligence resta saine jusqu'au dernier moment, avec une telle exaltation de sensibilité, que le moindre bruit redoublait les secousses tétaniques. ,
La marche du tétanos est ordinairement rapide et quelquefois mortelle en peu d'heures; elle ne le devient le plus souvent qu'après un , deux ou trois jours. J'ai observé un cas de tétanos chronique qui a duré six semaines et s'est terminé par la mort. Cette terminaison est très fréquente , et le traitement de cette maladie n'offre encore que doute et incertitude. Le traitement local consiste à faire disparaître la cause. Ainsi ce sera une esquille dont la pointe porte sur des tissus nerveux 3 ce sera un nerf incomplètement divisé dont il faudra achever Ja section, etc. Le traitement général est plus ou moins empirique; si le tétanos est entretenu par des vers intestinaux, on donnera des vermifuges, des sudorifiques s'il y a suppression de transpiration , l'opium à haute dose si le sujet est irritable, et on le saignera abondamment s'il est pléthorique. On vante principalement les saignées générales et locales, les ventouses, les bains, les douches d'eau froide, lès frictions mer curielles, l'électricité, les vésicatoires pour rappeler la suppuration, les moxas, la cautérisation de la plaie, l'opium, le musc, l'acétate d'ammoniaque, etc., eteî