‹ Clinique des plaies d'armes a feuChapitre 19 sur 65 · POURRITURE D'HÔPITAL · texte numérisé non relu

POURRITURE D'HÔPITAL

Très rare jusqu'à ce jour dans les hôpitaux militaires d'Alger, la pourriture d'hôpital1 s'est toutefois montrée dans l'un d'eux , d'une manière si désolante, qu'elle a causé la mort de tous ceux qui y ont subi de grandes opérations. On accusa l'hospice Caratine d'insalubrité, et il fut un instant question de l'évacuer. J'y pris la direction du service chirurgical; une foule de maladies graves y furent traitées, et pendant plus de dix-huit mois je n'ai pas observé un seul cas de pourriture d'hôpital. Sans rechercher la cause de ce changement , nous signalerons comme devant favoriser l'apparition et le développement de cette affection, la constitution atmosphérique, les impressions morales tristes, Une organisation appauvrie, l'encombrement, les miasmes, les émanations putrides de substances animales, le voisinage de foyers infects, etc.; les pansements non méthodiques, trop excitants par l'emploi des onguents, ou bien atoniques par l'abus des émollients , et par-dessus tout , les réactions sympathiques du tube digestif. Disons-le franchement, la pourriture d'hôpital est souvent le produit de l'erreur et de soins mal entendus. C'est une affection acquise qui devient d'autant plus rare, que Fart atteint à un plus haut degré de perfection-

nement. Elle est à la pathologie externe ce que les fièvres ataxiques et adynamiques créées par la fatale doctrine incendiaire de Brownsont à la pathologie interne. Ces dernières affections ont disparu complètement des hôpitaux où les médecins sont dans la voie du progrès et de la vérité. Pour arrêter le mal dans sa marche rapide et effrayante, il faut une médication prompte et énergique, on conseille les lotions chlorurées; mais seules, elles seront le plus souvent insuffisantes ; la poudre de quinquina, l'acide citrique , les tranches de citron, le styrax camphré, le nitrate acide de mercure; tous ces moyens#sont bons, selon le degré et l'étendue de l'affection; mais le plus puissant et le plus infaillible de tous, est sans contredit le cautère actuel; encore comptera-t-on beaucoup de revers si l'on ne porte son attention sur l'état des viscères.

INFLUENCE SYMPATHIQUE* DES GRANDES PLAIES SUR LES PRINCIPAUX VTCÈRES ET VICE VERSA.

Il faut observer avec le soin le plus scrupuleux l'influence sympathique qu'exercent sur les viscères toutes les lésions externes; influence, telle que sous son empire les phlegmasies viscérales consécutives que l'on n'a point su ou pu prévenir, déplacent à leur profit le siège de

l'inflammation indispensable à la guérison de ces lésions, pour réagir ensuite Sur ces dernières d'une manière fâcheuse. La fièvre s'allume, les phénomènes d'ataxie et de résorption purulente apparaissent. La pourriture d'hôpital, quelquefois le tétanos, une diarrhée colliquative, puis la mort ne tardent pas à se succéder, tandis que du côté de la plaie chaque jour apportait de sinistres changements : tuméfaction des parties, rougeur, vive sensibilité, disposition à saigner; suppression de siîppuration , pus vicié, infect, gluant, teinte grisâtre et sécheresse de la plaie; boursouflement avec destruction des cicatrices récentes, collapsus délitescent, gangrène. La niort reconnaît donc ici , pour cause prochaine , une phlegmasie viscérale consécutive, et pour cause éloignée, des lésions extérieures ; aussi , les ivrognes dont les. viscères sont toujours dans un état de surexcitation , et qui souvent même sont porteurs de phlegmasies chroniques, offrent-ils des chances défavorables à Ta guérison des plaies externes. Il est donc vrai de dire que nul ne peut être réellement chirurgien-, si aux notions de sa spécialité, il ne joint une connaissance approfondie de la pathologie interne, aujourd'hui surtout que cette science éclairée par le flambeau de la doctrine physiologique tend chaque jour à devenir plus positive.

J'abandonne maintenant ces considérations préliminaires , pour en faire l'application aux faits les plus remarquables qui se sont offerts à mon observation.

Page 1