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PLAIES NON PÉNÉTRANTES

Les lésions comprises sous ce titre sont avec ou sans perforation du crâne.

1° Plaies non pénétrantes. — Le voisinage de l'encéphale, la facile transmission à cet organe des phénomènes inflammatoires par voie de continuité ou de sympathie, les effets de la commotion plus ou moins forte qui toujours accompagne les coups portés sur le crâne : le grand nombre de vaisseaux et de nerfs qui rampent sous le cuir chevelu , la structure aponévrotique de ce dernier , la disposition convexe et concave de l'enveloppe osseuse du cerveau, présentent autant de considérations spéciales aux lésions qui nous occupent, et relatives à l'encéphalite, à la douleur, à la commotion, à l'hémorragie, àl'érysipèle et à la déviation des projectiles. Alors même que les plaies de tète paraissent limitées au derme chevelu, elles n'en doivent pas moins fixer toute l'attention du chirurgien, qui, après avoir rempli

les premières indications relatives à la blessure , doit insister sur les saignées générales et locales , les dérivatifs sur le tube digestif et sur les extrémités inférieures ; les ablutions d'eau froide sur la tête; le régime et les boissons délayantes pour prévenir les accidents primitifs de la congestion, auxquels les blessés succombent assez souvent. Que Faction du projectile soit oblique à la surface du crâne , ou même perpendiculaire à celleci, pourvu que , dans ce dernier cas, il ait agi à la fin de sa course; il n'en résulte, assez souvent, qu'une simple contusion qui donne lieu à une tumeur sanguine dure, circonscrite, située entre les téguments et l'aponévrose épicrâniennei. Ces tumeurs , de la nature de celles appelées bosses , à la suite des chutes si fréquentes dans l'enfance, sont arrêtées, dans leur développement, par une compression faite de bonne heure et par l'eau froide. Bien que peu graves par elles-mêmes , ces lésions n'en exigent pas moins une attention scrupuleuse, et l'emploi de la saignée souvent réitéré pour paralyser les effets de la commotion cérébrale, et prévenir ou enrayer l'encéphalite traumatique consécutive. Quand elle sont volumineuses, on peut, à l'aide du bistouri, donner issue au liquide-, si la résorption ne se fait pas , ou s'il s'était établi un foyer purulent» Toutefois, il faut le plus souvent ne pas se hâter

d'ouvrir ces collections , on n'a rien à redouter de la temporisation.

TUMEURS SOUS-APONEVROTIQUES.

On ne saurait donner le même précepte à l'égard des liquides épanchés sous l'aponévrose épicrânienne , entre celle-ci et la surface externe du crâne. Il faut leur ouvrir une issue le plus tôt possible , sinon ih finiraient bientôt par décoller entièrement le péricrâne , par baigner de pus toute la calotte osseuse , et par amener des accidents mortels, comme j'en ai vu des exemples. Tandis que les tumeurs sus-aponévrotiques, développées au milieu d'un tissu cellulaire très serré , sont circonscrites et proéminentes ; celles qui nous occupent, au contraire, situées sous l'aponévrose, ne peuvent s'élever au dehors, se développent par leur circonférence, en détruisant les faibles liens du péricrâne, et se répandent en nappe. Souvent il survient un érysipèle phlegmoneux qui débute vers le cinquième ou sixième jour , s'annonçant par des frissons avec fièvre, chaleur à la peau, céphalalgie, assoupissement et délire.

On reconnaît les épanchements purulents sous-aponévrotiques à l'empâtement du cuir chevelu , qui- conserve l'impression du doigt ; à une fluctuation sourde , au volume de la tête

qui est chaude. A une époque plus avancée, il survient des horripilations y et des .accidents cérébraux. Tout retard peut être fatal, il faut plonger le plus tôt possible le bistouri dans le point le plus déclive , et donner une ou plusieurs issues au liquide épanché, sous peine de voir se former sur divers points du derme des abcès donnant issue à des lambeaux grisâtres provenant des débris du tissu cellulaire épicrânien et de la mortification de l'aponévrose occipito-frontale. Des déhudations considérables, des exfoliations et des accidents mortels peuvent encore* naître de ce retard.

Après avoir vidé le foyer purulent, je me suis 'toujours opposé aux progrès du mal, et j'ai même favorisé très efficacement le recollement des parties, à l'aide d'une compression circulairement établie sur le crâne y au moyen de bandelettes agglutinatives imbriquées les unes sur les autres,* et ramenées de la nuque sur les parties latérales de la tête pour "venir se croiser sur le front. On obtient ainsi une calotte contentive qui empêche les fusées purulentes , favorise le recollement des tissus qu'elle tient en contact , et qui , en s'opposant à l'évaporation de la transpiration, entretient les parties dans un véritable bain de vapeur. Les cataplasmes sont lourds, incommodes, favorisent la dilatation

des vaisseaux, appellent un nouvel afflux de sang et entretiennent la stase des liquides.

Lorsqu'une balle tombe obliquement sur la tête, elle peut décrire des trajets plus ou moins étendus en glissant entre lés parties molles et les parties osseuses. J'ai extrait par une contre-ouverture , dans la région temporale gauche , une balle qui était entrée à droite par le point diamétralement opposé ; les plaies ont été pansées simplement et sans débridement ; l'irrigation d'eau froide a été. continuée pendant plusieurs jours concurremment avec des saignées générales , pour prévenir les accidenté cérébraux, et la guérison s'est opérée avec rapidité. Dans un cas cité par Percy, entré à la hauteur de l'oreille droite le projectile s'arrêta près le milieu de l'oreille gauche, après avoir longé la suture lambdoïde sur laquelle il avait abandonné plusieurs parcelles, de plomb aiguës et tranchantes, que le chirurgien fut obligé d'extraire par une véritable péricopé.

Ire OBSERVATION (1).

Lésions du derme chevelu. — Quinze à vingt coups de yatagan. — Ablation du pavillon des oreilles et d'une portion du nez. — Guérison.

D..., soldat au*15e régiment, engagé en tirailleur, tombe au pouvoir des Kabayls; véritables

(r) Les faits de ce genre ne sont pas très rares en Afrique ; celui-ci

cannibales, ils se pressent autour de leur victime en poussant d'affreux hurlements, et afin d'en prolonger le supplice , ils se gardent de le frapper d'un coup mortel; c'est à qui le mutilera. La présence des Français apparus soudain, arrête les barbares dans leurs horribles- bacchanales , et D... est transporté à l'ambulance. Il est couvert de sang et dans un état de syncope dont il ne tarde point à sortir; son réveil s'annonce par des cris d'horreur, il croit voir les Kabayls, et, l'imagination encore troublée, il méconnaît un instant la voix des siens; cette reconnaissance offre la scène la plus toucharfte. Quinze coups de yatagan, portés depuis la partie supérieure et postérieure du col jusqu'au sommet de la tête , laissent voir autant de solutions de continuité des parties molles, transversales, d'une profondeur et d'une étendue variables. Plusieurs d'entre elles ont dénudé les parties dures et les ont même entamées, mais non complètement. Le pavillon des oreilles est séparé en entier du conduit auditif ;■ cette opération n'ayant pu se faire sans que plusieurs coups de yatagan ne fussent portés sur les côtés de la tête, quelques uns, tombés au-delà des limites

résume assez bien toutes les complications que peuvent offrir les plaies de tête non pénétrantes ; c'est pourquoi je lui ai donné la préférence sur d'autres observations provenant de coups de feu; mais qui, prises isolément, offraient moins d'intérêt.

supérieures des fosses temporales, ont entamé la lame externe et latérale des pariétaux et ont détaché de grands lambeaux tégumentaires qui se rabattent sur les côtés de la face.

Les poignets , par suite de tentatives pour les séparer du bras, sont le siège d'incisions transversales peu graves ; le reste du corps offre également de nombreux témoignages de la férocité de notre ennemi , mais heureusement assez légers. Ajoutons qu'une grande portion du nez , tombant sur la bouche, laisse voir le tableau hideux des fosses nasales démasquées. Les globes oculaires ont été respectés. Tout le cuir chevelu étant rasé et les plains purgées des caillots sanguins qu'elles contenaient, je détachai les lames externes des pariétaux contenus dans les lambeaux précités où elles n'étaient retenues que par de faibles adhérences. La ligature des gros tubes artériels divisés arrêta l'hémorragie que la cession.de la syncope, les émotions vives et l'ablation des caillots venaient de rappeler; puis après avoir fait, selon le précepte de Petit, une incision d'un demi pouce à la base des lambeaux, pour donner un écoulement à la suppuration par le lieu le plus déclive, je les remis, dans leur position naturelle en les maintenant à l'aide de quelques points de suture et.de bandelettes agglutinatives qui formaient une véritable calotte. Ce bandage

modère la turgescence des parties qu'il place ainsi dans un bain de vapeur local et continuel , en s'opposant à l'exaltation de la transpiration. Il suspend et arrête les hémorragies des petits vaisseaux comprimés entre lui et le crâne. Quelques plumasseaux de charpie, des compresses carrées tenues en place par le bandage de Gailien, complétèrent l'appareil , qui fut arrosé avec de l'eau fraîche pendant six jours , époque à laquelle les phénomènes de l'inflammation combattue d'ailleurs par deux saignées du bras et la diète absolue, paraissent ne plus exister. L'appareil fut maintenu quinze jours sans être levé. À cette époque, la suppuration qui depuis plusieurs jours s'était écoulée abondamment le long du col, est en partie tarie et forme une croûte desséchée à la surface du derme chevelu. Le fil des sutures est tombé , et les parties offrent partout des cicatrices solides. Les plaies du nez, maintenues par quelques points de suture, tandis que des bouts de sonde introduits dans les narines y entretenaient le passage de l'air, sont cicatrisées ainsi que toutes les autres blessures. Vingt jours après ce cruel événement, D... est totalement guéri, mais son moral a été si violemment ébranlé, qu'il conserve un peu d'idiotisme.

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