DE LA COMPRESSION, DE LA COMMOTION ET • DE LA CONTUSION
Il importe de bien s'entendre sur les mots cornpression , commotion, contusion du cerveau.
Ces divers états se trouvant souvent combinés entre eux, leurs traits distinctifs deviennent plus difficiles à saisir ; essayons toutefois de faire voir quelle est leur physionomie spéciale. La cornpression du cerveau, quand elle est considérable, donne lieu à l'hémiplégie , avec pâleur du visage, perte de connaissance, dilatation de la pupille , trouble de l'innervation, avec ralentissement du pouls, respiration stertoreuse, et elle peut être primitive ou consécutive.
Bien que la commotion ne soit, en quelque sorte , que le premier degré de la contusion , une contusion moléculaire, elle présente néanmoins des phénomènes qui lui sont propres. Selon Littre, ses effets tendent plutôt à diminuer qu'à augmenter le volume du cerveau ; elle se traduit, selon son degré d'intensité, par de simples éblouissements , par l'assoupissement bu par la perte de connaissance complète avec décoloration générale, lenteur du pouls, respiration faible, état léthargique/ qui pourrait en imposer et faire croire à la perte du mouvement et de la sensibilité, si bientôt le blessé ne remuait dans son lit,
s'il n'éprouvait de la douleur quand on le pince et s'il ne reprenait peu à peu connaissance. Les phénomènes de réaction , avec hypersthénie du cerveau, vont apparaître, et il faut se hâter de les maîtriser.
La contusion détermine une lésion organique plus profonde et plus durable. Il y a attrition, désorganisation plus ou moins considérable du cerveau. Quand la commotion qui a accompagné la contusion s'est dissipée, les blessés n'éprouvent aucune espèce d'accidents pendant les quatre premiers jours, après lesquels se développe l'encéphalite aiguë. Nous avons dit que ces trois états sont presque toujours combinés entre eux. Et en effet, quand il y a commotion et compression par enfoncement d'une partie du crâne , la perte de connaissance appartient à la commotion , et l'hémiplégie à la compression. Quand il y a commotion et contusion, les effets de la commotion s'éclipsent graduellement et ceux de la contusion augmentent par degrés à partir du quatrième ou cinquième jour.
Ainsi donc, pour nous résumer :
Compression , hémiplégie ;
Commotion. — Premier degré de la contusion avec phénomènes particuliers, tels que diminution de volume du cerveau, stupeur, perte de connaissance diminuant progressivement , pas de paralysie,
Contusion. — Altération organique du cerveau sans accidents primitifs, quand elle n'est pas compliquée de compression ni de commotion. Accidents consécutifs survenant au bout de trois ou quatre jours et allant eu augmentant suivant la marche de l'encéphalite aiguë, ainsi que le démontre le fait qui suit.
IIIe OBSERVATION.
Fracture ciieulaire et comminutive du temporal déterminée par une balle retenue dans cet os, et extraite après trois jours, à l'aide du perforatif de l'auteur. — Rapide disparition des effets de la commotion. — Encéphalite consécutive par suite delà contusion du cerveau. — Pas de redressement des esquilles , qui , plus tard , sont chassées par un travail éliminatoire par le soulèvement expansif du cerveau. — Guérison sous Tempire d'un traitement énergique.
L« 27 mai 1836, dans une sortie faite du camp de Bouffarique contre un groupe d'Arabes ennemis , L. . , du 1 Ie de ligne , reçut une balle à la tempe droite , qui le renversa à terre et lui fit perdre connaissance , par suite d'une forte commotion dont les effets avaient disparu complètement au bout de deux heures.
Transporté le lendemain à l'hôpital du Dey, dans mon service chirurgical, ce militaire me raconte les détails de sa blessure , et me dit n'éprouver absolument qu'un peu de pesanteur de tête et de l'insomnie; son état général n'indique
rien de particulier. La région temporale droite est tuméfiée et tendue; on n'y voit qu'une petite échancrure ne pouvant pas même admettre le bout de la sonde , à tel point qu'il est fort difficile de croire que la balle ait pu pénétrer plus avant.
Dans le doute, je me décidai immédiatement à pratiquer une saignée de l'artère temporale en plongeant mon bistouri sur la blessure, et je rencontrai à plus d'un pouce de profondeur une balle qui était entrée comme à la filière dans l'os de la tempe, et laissait au-dehors une portion saillante en forme de tête de clou. Je fixai celle-ci avec le doigt et j'y implantai le pas de vis de mon perforatif , à l'aide duquel je parvins à l'extraire non sails efforts. On vit alors au fond de la plaie ia déchirure de la dure-mère et une plaie contuse du cerveau, dont quelques débris s'échappèrent au dehors sous forme de bouillie inorganique.
L'artère temporale fournit une saignée abondante que j'arrêtai par une compression directe, à l'aide de morceaux d'agaric placés entre les lèvres béantes de la plaie , qu'il eût été impossible de réunir, même en recourant à la suture.
Cette plaie fut pansée à plat, suppura ; dés bourgeons charnus, développés sur la surface du cerveau, en remplirent le fond, chassèrent au dehors une foule de parcelles osseuses, et la guérison fut complète après six semaines.
L'encéphalite, développée sous l'influence de la plaie contuse du cerveau, fut conjurée par les saignées générales employées coup sur coup, six en deux jours; par les sangsues permanentes aux apophyses mastoïdes, trois cent cinquante; par les révulsifs sur le tube digestif et par les moyens diététiques.
Cette manière d'envisager les plaies du crâne avec fracture en a fait modifier le traitement; on attaque l'encéphalite par les antiphlogistiques dont les saignées générales répétées coup sur .coup et locales, permanentes à l'aide de sangsues, ou par les ventouses scarifiées à la nuque et entre les épaules , forment la base. Au lieu de tenir les lèvres de la plaie écartées avec delà charpie pour les faire suppurer , il faut simplement panser à plat les plaies contuses du crâne , qu'il y ait ou non fracture ou perte de substance , et recouvrir l'appareil, pendant plusieurs jours sans dis?continuer , avec des compresses trempées dans de l'eau froide. Il importe de recourir à ce moyen, s'il est possible, avant le développement de l'encéphalite; s'il y a des esquilles détachées, on doit en retirer le plus possible, et ne laisser que celles qui adhèrent très fortement aux parties voisines; celles-ci se consolident et se trouvent englobées dans le cal, ou bien elles se détachent plus tard, et forment des esquilles secondaires dont Fenlè^
vement est facile. Il ne faut pas oublier que les commotions du cerveau ne développent assez souvent l'encéphalite aiguë qu'au bout d'un temps plus ou moins long.JEn effet, les conséquences primitives, telles que perte de connaissance, se dissipent promptement , mais la réaction inflammatoire ne manque pas d'arriver du 3e au 8e jour. Qui n'a vu des malades se lever , se promener , croyant toucher à une parfaite guérison après six à huit jours de repos , être tout-à-coup en proie à ces réactions perfides qui d'ordinaire développent des encéphalites des plus graves? Malheur à qui n'a su profiter de ce calme apparent pour conjurer l'orage! La terminaison la plus funeste sera presque toujours le prix de cette fausse sécurité.
Je n'ai pas encore fait usage, dans le traitement des plaies de tête, de l'émétique, dont Desault prétend avoir obtenu les plus grands succès» Delpech et M. Lallemand de Montpellier l'emploient à hautes doses dans une foule de lésions traumatiques, à l'imitation de 1 école italienne contro-stimuliste , qui l'a appliqué au traitement des phlegmasies internes. S'il est bien vrai qu'il soit le plus puissant de tous les antiphlogistiques , qu'il abaisse la température de la peau , en diminuant considérablement Je nombre des pulsations, en modérant l'hématose, en ralentissant toutes les fonctions organiques, on conçoit
tout le parti qu'on pourra tirer des effets d'un tel agent thérapeutique, de même qu'il pourrait être extrêmement nuisible s'il provoquait des vomissements, ce qui doit être fort à craindre.