PLAIES DARMES A FEU PÉNÉTRANTES DU THORAX SANS LÉSION DES VISCERES
On conçoit qu'une balle retenue entre deux côtes ou dans l'épaisseur du sternum, puisse pénétrer en partie dans la cavité du thorax, sans perforer les viscères qui y sont contenus. Toutefois il est presque impossible, dans le premier cas, que le poumon, dont le volume est exactement en rapport avec la cavité des plèvres, ne soit pas contus, et plus ou inoins profondément ecchy-
mosé; dans le deuxième cas , c'est le médiastin antérieur qui est ouvert. Je suis parvenu quelquefois à retirer des balles fixées dans le sternum sans avoir eu recours au trépan ni ail tire-fond, mais en rognant leur circonférence avec un bistouri, pour les faire ensuite basculer à l'aide d'un poinçon. Les balles arrêtées entre deux côtes s'opposent à leur extraction avec d'autant plus de force, qu'elles sont plus voisines de la colonne vertébrale, où le grillage est très serré.
Il convient, en pareille occurrence, de procéder par des incisions transversales bien ménagées , pour éviter l'artère intercostale et le poumon ; de profiter du moment de l'inspiration, et d'appuyer en même temps sur la côte inférieure, afin d'empêcher qu'elle ne se lève avec les autres pendant l'expiration ; de passer derrière le projectile le bout du doigt ou un élévatoire recourbé, et de le dégager.
Si l'on avait acquis la certitude qu'une balle se fût arrêtée dans la duplicature du médiastin antérieur, il faudrait , pour l'extraire y imiter la conduite de Purmam , qui, l'un des premiers, trépana en pareil cas deux fois le sternum avec succès.
Il peut arriver qu'une balle perfore le thorax de part en part, passe dans la cavité des plèvres, et, chose digne de remarque, qu'elle contourne
lepouraon sans l'entamer; je suis tenté de croire que ce fait est plus fréquent qu'on ne le pense généralement; mais comme il est presque toujours compliqué de crachement de sang qui provient non de la perforation, mais simplement de la contusion du parenchyme pulmonaire, il s'ensuit qu'il est souvent impossible de le diagnostiquer.
J'en ai vu un exemple bien frappant chez un militaire qui avait été atteint à la poitrine d'un double coup de feu, dont l'un avait perforé le cœur, tandis que l'autre avait glissé entre la plèvre costale et la plèvre pulmonaire sans avoir entamé le poumon ; seulement on remarquait une légère ecchymose circulaire à sa circonférence, dans l'étendue du trajet que le plomb avait parcouru.
Guillemeau a fait remarquer que l'appendice xyphoïde pouvait plier ou se fendre devant le projectile pour se relever ou se resserrer après son passage et dérober sa marche; on peut ajouter à cette observation judicieuse que le pronostic des plaies pénétrantes du thorax est moins grave dans ce cas que si le projectile était entré à travers la partie moyenne des côtes dont il aurait refoulé les fragments et les esquilles dans le parenchyme pulmonaire.
3° PLAIES D'ARMES A FEU PENETRANTES DU THORAX, AVEC LÉSION DES VISCERES.
. Lésion du poumon. — Le poumon peut offrir des lésions plus ou moins graves, depuis la simple commotion jusqu'à la contusion avec perforation, déchirure, perte de substance, etc.
Ces plaies sont simples ou compliquées.
Simples , quand elles ne recèlent pas de corps étrangers; compliquées , quand des esquilles, des portions d'armure, de vêtements, de projectiles, etc., séjournent dans le parenchyme pulmonaire.
On verra plus loin que cette classification est importante, et que sur elle reposent des préceptes pratiques du plus haut intérêt.
EFFETS DES PLAIES PENETRANTES DU POUMON SANS FRAC- TURE DE CÔTES. EXAMEN PATHOLOGIQUE DE LA LE- SION PULMONAIRE. QUELLES SONT LES CIRCONSTANCES