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PLAIES COMPLIQUÉES DU POUMON

Nous avons annoncé que la complication des perforations du poumon reconnaissait pour cause principale la présence de corps étrangers laissés dans le tissu pulmonaire; voyons ce que ces complications présentent de remarquable sous le point de vue pratique : il est de toute évidence que les plaies pénétrantes du thorax réclament des soins différents selon qu'elles sont simples ou compliquées, ou, en d'autres termes, selon qu'il y. a ou non fracture du squelette, suivant que des esquilles ou d'autres corps étrangers , tels que des portions de vêtements, d armures, de projectiles, etc., sont ou non restés engagés dans le parenchyme pulmonaire.

URGENCE DEXTRAIKE LES ESQUILLES QUE LE PROJECTILE A ENTRAINEES DANS LE TISSU PULMONAIRE. ACCI- DENTS DÉVELOPPÉS PAR LA PRESENCE DE CES CORPS ÉTRANGERS. — LEUR CHUTE DANS LANGLE COSTO- DIAPHRAGMATIQUE OU UN KYSTE COMPOSE DE PSEUDO- MEMBRANES LES RETIENT FIXÉS.

Quand la plaie est simple, rien n'est pins naturel que de la fermer immédiatement pour em*

pêcher l'entrée de l'air et s'opposer à l'issue du sang épanché; il faut s'abstenir de toute recherche d'exploration et de pure curiosité pour s'assurer si le poumon a été ou non lésé. Mais quand une balle a fracturé une côte en éclats, lorsqu'elle a entraîné des pièces d'os., de vêtements , etc., et les a déposées dans le tissu pulmonaire, on ne doit plus tenir la même conduite; il faut, à l'aidé d incisions convenables , extraire les esquilles, et aller même les chercher dans le poumon , le plus loin possible. Dans un cas où ce viscère était retenu contre la plèvre costale par de fortes adhérences, j'ai pu plonger dans son lobe inférieur toute la longueur de mon doigt, pour aller saisir, à l'aide de pinces à anneaux, une forte esquille , des morceaux de drap , et la balle elle-même Le blessé a parfaitement guéri.

Il faut toujours avoir bien soin de redresser les fragments des côtes que le projectile a forgetés, et quand ils sont très aigus, on fera parfois fort bien de les réséquer, surtout si, par leur tendance à se porter en dedans, ils pouvaient déchirer le parenchyme pulmonaire.

Si les corps étrangers entrés dans ce tissu n'en sont pas extraits ou n'ont pu en être retirés , ils entretiennent une série d'accidents qui souvent ne sont arrêtés que par une consomption mortelle.

BLESSURES DU THOAX. 24î>

La suppuration provoquée par un travail éliminatoire se développe avec abondance, s'accumule dans la cavité des plèvres , ou bien s'écoule au dehors en partie sinon en totalité, selon que le poumon a contracté ou non des adhérences, et selon les dispositions et l'arrangement de ces liens ligamenteux au pourtour de la perforation des parois du thorax; si la cicatrice a eu le temps de se faire, elle se déchire et s'ouvre pour donner écoulement au pus; il s'établit dès lors une véritable fistule, jusqu'à ce que le corps étranger soit complètement éliminé. Quand il n'existe pas d'adhérences, le pus fuse le long des plèvres et descend sur le diaphragme , où il s'accumule ; les esquilles, la bourre, les projectiles, etc., tombent sur ce plancher mobile et s'arrêtent dans l'angle costo-diaphragmatique, en arrière, près de la colonne vertébrale. C'est là qu'il faut aller chercher ces corps étrangers en ouvrant le onzième espace intercostal; c'est toujours par cette voie que je les ai extraits. On les rencontre libres au milieu d'un foyer purulent quand ils sont arrivés depuis peu de jours, et fixés par des kystes quand ils ont définitivement pris droit de domicile. Ces faits, peu connus encore, sont de la plus haute importance, et je les ai vérifiés trop souvent pour craindre que le temps me donne jamais un démenti.

Selon que les corps étrangers s'échappent du parenchyme pulmonaire à des époques plus ou moins éloignées , ils peuvent produire une ou plusieurs collections purulentes circonscrites- En effet, chez un grenadier du 2e léger, blessé d'un coup de feu au thorax, pendant l'expédition de Médéah, en 1836, et qui mourut trois mois plus tard dans mon service, à l'hôpital du Dey à Alg^r, voici ce que j'ai trouvé à l'autopsie :

Fracture de la partie moyenne de la quatrième vraie côte; derrière cet arceau osseux, foyer de pus, susceptible d'admettre le poing, et circonscrit par de fausses membranes , épaisses d'un demipouce, développé entre le parenchyme pulmo> naire et les côtes; ce foyer communiquait en dedans avec le trajet que la balle s'était ouvert dans le poumon ; ce trajet était rempli de pus, était tapissé d'une membrane d'apparence muqueuse , et contenait deux petites esquilles , dont l'une faisait saillie dans la collection purulente dont nous avons parlé, et au fond de laquelle je retrouvai deux pièces d'os fixées par des adhérences.

Au-dessous de cette collection circonscrite en siégeait une autre beaucoup plus considérable^ qui occupait la base de la poitrine et refoulait à la fois le diaphragme et le poumon.

Cet épanchement de matières purulentes avait environ quatre pouces de diamètre en tout sens, était entouré de pseudo-membranes très épaisses, pointillées en rouge; pseudo-membranesqui, après avoir subi une véritable organisation , étaient devenues, comme tous les tissus vivants, susceptibles de phlegmasie. Ce kyste contenait plus d'un litre de sérosité purulente , au milieu de laquelle flottaient des débris de fausses membranes. On aurait pu lui donner issue sans arriver dans la cavité des plèvres. Dans l'angle costodiaphragmatique siégeaient la balle et deux longues esquilles qui étaient tombées probablement peu de temps après l'accident , et que des kystes isolateurs retenaient en place.

HERNIE DU POTJMON.

La hernie de l'organe pulmonaire est une des complications des plaies pénétrantes de poitrine qui se présentent le plus rarement.

Quelque portion de l'organe pulmonaire vientelle à s'échapper entre les lèvres d'une perforation du thorax, elle s'étrangle aisément. Exposée au contact de l'air, elle se sèche bien vite, se flétrit et devient livide. Ces caractères ont souvent fait croire faussement à la gangrène , et il est arrivé qu'on a excisé des parties herniées qui, réduites dans la

poitrine, auraient recouvré leurs fonctions. Quand le tissu pulmonaire, sorti du thorax, est violemment contus , déchiré , ou gangrené , il faut le retrancher par l'excision seule ou unie à la cautérisation, comme Fabrice de Hilden l'a fait avec succès.

lle OBSERVATION.

Hernie du poumon avec fracture de quatre côtes. — Extraction d'un éclat d'obus et de nombreuses esquilles. — Réduction de la hernie. — Mort après six jours, pendant un transport pénible.

Chez un canonnier français, blessé en 1831, à la ferme-modèle, près Alger, par un éclat d'obus qui? après avoir brisé dans le tiers postérieur les 7, 8, 9 et 10es côtes, était resté fixé dans le parenchyme du poumon, j'ai pu observer une hernie de ce viscère, de la grosseur du poing. Cette hernie, contuse et déchirée, offrait, à son centre, le morceau d'obus qui était anguleux, et dont le plus grand diamètre n'avait pas moins de quatre pouces. J'en fis l'extraction , et la hernie fut réduite sans peine à travers la large solution de continuité du thorax. J'introduisis la main en entier dans la cavité des plèvres pour en retirer plus de trente esquilles de toutes grandeurs, et pour redresser les fragments des cotes; je rafraîchis les lèvres des plaies des parties molles; je fis effort sur les

téguments voisins, et, à l'aide de la suture emplumée, je fermai si exactement cette large ouverture du thorax , que le sang ne trouva pas même d'issue à l'extérieur.

Cet artilleur ayant perdu une grande quantité de sang , resta pendant près d'une heure en syncope ; enfin il se réveilla , la réaction survint douce, graduée, et fit cesser, après 60 heures, les crachats sanguinolents. Il était dans un état satisfaisant, quand il périt le sixième jour pendant son transport aux hôpitaux d'Alger. Il est probable que les secousses auront développé une hémorrhagie mortelle.

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