‹ Clinique des plaies d'armes a feuChapitre 50 sur 65 · PLAIES DES BOURSES AVEC OU SANS LESION DU TESTICULE OU DU PERINEE · texte numérisé non relu

PLAIES DES BOURSES AVEC OU SANS LESION DU TESTICULE OU DU PERINEE

Le scrotum a-t-il été atteint par une balle morte ? la lésion peut se borner à une simple contusion souvent accompagnée d'ecchymose ; mais si la contusion est forte, le point touché peut se détacher des parties voisines sous forme d'escarre, et laisser voir une plaie tout-à-fait analogue à celle qui serait produite par la potasse caustique pour faire un cautère. Le scrotum peut être traversé en tout sens; quand les ouvertures d'entrée et de sortie sont très rapprochées y on fera bien de les confondre en une seule plaie, surtout si la peau est amincie et désorganisée; mais lorsqu'elles sont distantes l'une de l'autre de plusieurs pouces, ce qui arrive cwand le trajet s'étend vers le périnée, alors il faut se contenter de sonder ce dernier avec le doigt pour extraire les corps étrangers qu'il pourrait receler.

Le cordon testiculaire peut être complètement

divisé, et dans ce cas, l'atrophie du testicule est inévitable, ainsi que je l'ai observé. Cette atrophie, presque constante quand l'organe séminifère a été entamé, survient même quelquefois ^ alors qu'ayant reçu une simple contusion, le scrotum est resté intact; mais ce qui paraît bien plus surprenant, c'est que cette atrophie puisse avoir lieu sous l'empire d'une simple lésion des tissus voisins des organes génitaux , comme M. Larrey en cite des exemples.

Quoi qu'il en soit , j'ai vu souvent le contraire, et la lésion de cette glande n'entraîne pas essentiellement la perte de ses fonctions, comme je

m'en suis convaincu.

Fe OBSERVATION.

Tuméfaction des bourses par suite de coups de feu. — Guérison.

Le 1er juillet 1831 , P..., soldat au bataillon des volontaires parisiens, reçut une balle qui lui traversa la cloison des dartos de haut en bas, après avoir effleuré les téguments de la verge à sa base. Le lendemain, les bourses, fortement ecchymosées, offrent le volume d'un petit melon , dans lequel se perd le pénis mal™é son gonflement.

Prescriptions : saignée générale, diète absolue, compresses trempées dans de l'eau froide végétominérale, et placées sur les parties lésées, bandage contentif.

BLESSURES DE l' ABDOMEN. 415

La tuméfaction ne tarda pas à se dissiper ; la suppuration, d'abord très abondante, finit par disparaître ; et au bout de vingt jours, les cicatrices d'entrée et de sortie du projectile étaient les seules traces que cette lésion eût laissées.

IF OBSERVATION

Lésion des bourses, compliquée de celle d'un testicule. — Guérison.

Chez un soldat de l'ambulance, j'ai observé une perforation des bourses avec déchirement de la substance du testicule qui faisait hernie en arrière, par l'ouverture de sortie du projectile. Malgré le repos absolu, le bandage contentif , les réfrigérants, les saignées générales, etc. , le testicule acquit , en moins de vingt-quatre heures , le volume du poing , et les bourses une tuméfaction énorme. J'employai activement les antiphlogistiques; le gonflement diminua graduellement; et, deux mois après cette blessure , la guérison était complète, avec adhérences des cicatrices aux tissus sous-jacents. Il n'est survenu ni abcès, ni fistule séminale, seulement le testicule ayant subi une grande perte de substance, était inoins gros que dans l'état normal, et semblait un peu atrophié.

IIIe OBSERVATION.

Coup de feu dans la région périnéale. — Lésion du coccix. — FisUde recto- vési cale. — Guérison.

D..., soldat au 3e régiment de ligne, reçut à Staoli une balle qui lui enleva , d'arrière en avant, une partie du coccix, déchira l'anus et laboura la moitié postérieure du périnée, d'où elle fut extraite par une contre-ouverture»

La chute des escarres laissa voir une plaie bien plus considérable qu'on ne l'avait pensé d'abord. On reconnut alors une fistule recto-vésicale à l'issue des gaz et des fèces qui s'échappaient par l'urètre.

Deux indications principales se présentaient ici :

1° Guérir la fistule; 2° prévenir le rétrécissement de l'anus et l'incontinence des matières fécales par suite de la destruction partielle du sphincter. Pour prévenir ces infirmités, je laissai dans la vessie une sonde à demeure, après avoir préalablement coupé un pont de tissu cutané qui séparait les ouvertures du rectum et du col de la vessie, afin de les confondre en une seule.

Une très grosse mèche fut laissée dans le rectum , comme après l'opération ordinaire des fis-

îules recto-vésicales , une portion des brins de charpie qui la composaient furent ramenés vers l'angle antérieur de la plaie afin de la faire cicatriser du fond vers la circonférence.

Le blessé fut soumis au même traitement que s'il eût subi une opération de fistule anale ; quelques saignées générales combattirent efficacement la fièvre traumatique, et deux mois plus tard il fut radicalement guéri.

Bien que nous ayons combattu victorieusement, je le pense, la théorie du débridement préventif des blessures par armes à feu , comme il se pourrait que ce précepte, qui compte encore en sa faveur l'opinion des premiers chirurgiens de notre époque, prévalût dans l'esprit du lecteur, nonobstant notre polémique, nous allons mettre sous ses yeux quelques uns des faits les plus curieux qui se sont offerts à notre observation , et que nous avons traités avec succès par les moyens les plus doux comme les plus simples, sans jamais avoir eu recours au débridement.

OBSERVATION

Coup de feu traversant les deux cuisses à la hauteur des trochanters, — Point de débridement. — Guérison sans accidents.

Le 29 juillet 183 1 , le premier blessé apporté h l'ambulance fut un voltigeur, caporal au 30e ré^ giment de ligne. Il avait eu les deux cuisses traversées par une balle qui, entrée à la hauteur du grand trochanter du côté droit, avait sa sortie dans le lieu diamétralement opposé du membre gauche, de sorte qu'elle avait déterminé quatre ouvertures et deux trajets qui avaient au moins douze pouces d'étendue.

L'examen de cette blessure me fit rencontrer une esquille détachée du grand trochanter dont je fis l'extraction, et je pris soin de me convaincre qu'il ne restait plus de corps étranger.

A cette époque, je doutais déjà delà nécessité de débrider les plaies, et je ne pus me décider à opérer sur les quatre ouvertures de la balle autant d'incisions, qui eussent dû être portées à une grande profondeur pour ne pas être illusoires ; je procédai de suite au pansement.

Un morceau de toile fenestrée enduit de cérat , de la charpie , de larges compresses , un bandage roulé et contentif , appliqué depuis les orteils'jusqu'au pli de l'aine, et fréquemment arrosé d'eau froide, tel fut. l'appareil que j'employai. J'eus soin de donner au membre une position dé-

BLESSURES DES MEMBRES. 4l(.)

clive, pour faciliter le retour du sang et prévenir l'engorgement. Deux saignées du bras furent pratiquées dans les premières quarante -huit heures, et dix jours plus tard, à la levée du premier appareil , on vit que les plaies étaient presque totalement cicatrisées. Il ne restait de cette blessure qu'un peu de difficulté dans la marche, par suite de la rigidité et du raccourcissement survenus dans les fibres muscul airesqui avaient été déchirées , mais cette infirmité disparut en peu de temps.

H* OBSERVATION

Perforation des deux cuisses par um balle qui sVst perdue dans Tune d'elles , et n'a été retirée qu'au bout d'un mois. — Guérison sans débridement.

M. B..., lieutenant au 1er régiment de chasseurs d'Afrique, reçut à bout portant, le 7 octobre 1835, une balle qui après avoir traversé la cuisse droite dans son tiers supérieur ainsi que le corps du cheval qu'il montait, vint se perdre dans la cuisse du côté opposé. Le cheval tomba roide mort, et cet officier, malgré une si grave blessure, conserva assez de force physique et morale pour lutter corps à corps avec des Arabes dont il était entouré et que mit en fuite l'arrivée soudaine du colonel Lamoricière. Il fut pansé simplement sans débridément, et au bout d'un mois la cuisse qui avait été complètement traversée était guérie : l'autre

présentant un trajet fistuleux fut sondée : je reconnus la présence du plomb, et j'en fis l'extraction par une contre-ouverture pratiquée à plus de deux pouces de profondeur. Une claudication prononcée a survécu à cette blessure , mais je ne doute pas que cette infirmité ne disparaisse avec le temps.

IIIe ET IVe OBSERVATIONS.

Longs trajets creusés par des balles dans les régions fessières; pas de débridement- — Guérison sans accidents.

Le 1er juillet 1831, un soldat du 15e régiment eut toute l'épaisseur de la fesse droite traversée par une balle qui avait suivi la courbure de la fosse iliaque externe dans une étendue de neuf pouces. L'examen de ce canal, à l'aide d'une sonde de femme, me fit reconnaître un morceau de buffleterie que je retirai avec des pinces. On lit un pansement simple , qu'on arrosa d'eau froide plusieurs jours sans discontinuer. La diète, deux saignées du bras, un repos absolu, furent prescrits ; bientôt des bourgeons charnus surgirent du fond des plaies et devinrent la base de cicatrices adhérentes qui étaient complètes un mois plus tard.

Chez un autre militaire, une balle entrée au niveau du grand trochanter à droite, était sortie à la hauteur du grand trochanter gauche; ce trajet, long d'environ seize pouces, était inter-

rompu à sa. partie moyenne, vers la pointe du coccix, où il était sorti et rentré immédiatement. Il y avait par conséquent quatre ouvertures, deux d'entrée , deux- de sortie. Pas de débridement; pansement simple, eau froide, saignée générale; repos, diète; guérison en vingt-six jours.

Ve ET VIe OBSERVATIONS.

Longs trajets parcourus par une balle dans la partie la plus étevée de la cuisse. — Pas de débridement. — Guérison sans accidents.

Le 19 juin 1830, à Staoli, un voltigeur du 37e régiment de ligne, détaché en tirailleur, fut atteint par une balle qui le frappa au milieu de la fesse du côté droit. Entré à la hauteur du col du fémur, le plomb avait cheminé le long de la branche ascendante de l'ischion , et je le trouvai au milieu de la portion libre de la verge, placé sous la peau , d'où je les retirai par une incision. En explorant ce long trajet, je rencontrai un morceau de drap qui fut chassé au- dehors avec une grosse sonde de gomme élastique. La balle n'était point déformée , et paraissait n'avoir pas heurté contre les parties dures.

Le même jour, un grenadier du 14e régiment de ligne m'offrit absolument la même blessure , si ce n'est que le projectile, entré au niveau de la symphyse pubienne, présentait sa sorfie au coté externe du grand trochanter.

Ces deux militaires furent soumis au traitement que nous avons indiqué. Pansement simple sans débridement, et arrosé d'eau froide; diète, repos, saignée du bras ; et au bout de vingt jours leur guérison était radicale.

VIP OBSERVATION.

Passage d'une balle à travers l'épaisseur des muscles gastro-enémiens. — liémorrhagie consécutive arrêtée par la compression. — Pas de débridement. — Guérison.

J'ai vu maintes fois la masse des muscles gastro-enémiens traversée en tous sens par des balles , et guérir sans débridement. Je rapporterai le fait suivant, parce qu'il est survenu une hémorrhagie consécutive qui ajoute à son intérêt.

Le 3 juillet 1831, un caporal du 20e régiment de ligne eut le mollet traversé par une balle qui avait rasé, la face postérieure des deux os de la jambe droite, vers son tiers supérieur. Les artères péronière et tibiale postérieures, placées entre les deux plans musculaires superficiel et profond, protégées par le tibia et le péroné , n'ayant pu être lésées, je me contentai de faire un pansement simple, sans débrider les plaies. Le huitième jour, il survint un hémorrhagie assez inquiétante, et entretenue probablement par l'une des artères jumelles; mais je m'étais convaincu qu'il n'était resté dans le trajet de la plaie, ni corps étranger,

ni : esquilles , dont le contact sur un vaisseau aurait pu en déterminer l'érosion , comme je l'ai observé plusieurs fois, et je me contentai de renforcer par quelques jets de bandes le bandage contentif , de faire continuer les ablutions d'eau froide , d'insister sur le repos absolu et sur les antiphlogistiques.

Si Fhémorrhagie s'était montrée opiniâtre, il aurait fallu lier l'artère crurale, mais elle ne reparut plus; et au bout de trente jours, ce militaire retourna à sa compagnie.

VIK* OBSERVATION

Trajet de cinq pouces d'étendue» parcouru par une balle dans le muscle deltoïde. — Guérison sans accidents et sans débrideinent.

Le 1 er j uillet 1831, un Arabe de la compagnie des Zoaves reçut au-dessous de l'articulation scapulohumérale une balle qui avait traversé toute l'épaisseur du muscle deltoïde, de manière à faire craindre une fracture du col de l'humérus; mais il n'en était rien : les parties molles avaient seules été intéressées dans une étendue de cinq pouces.

Pas de déhridement, — Appareil simple;, bandage roulé et contentifétendu depuis les doigts jusqu'au-dessus de l'épaule, arrosé fréquemment d'eau froide; position déclive, repos absolu, alimentation très légère, boissons rafraîchissantes; saignée générale avant le développement entier de

la réaction inflammatoire, et réitérée selon les indications ; pas d'accidents ; guérison dix-huit jours plus tard; mais pendant quelques mois encore les mouvements d'élévation de l'extrémité thoracique furent douloureux et presque impossibles.

IXe ET Xe OBSERVATIONS.

Canal de douze pouces d'étendue dans les régions du bras et de Tavantbras, déterminé par un coup de feu. — Pas de débridement ni d'accidents. — Guérison rapide.

Le 17 juillet 1831, au moment où il couchait son ennemi en joue, un sergent du 67e de ligne fut atteint par une balle qui, entrée dans la masse des muscles fléchisseurs de l'avant-bras gauche , à quatre travers de doigt du poignet , était restée sous la peau vers le milieu de la face interne de l'humérus où j'en fis l'extraction après avoir incisé les téguments. Le canal que le projectile s'est creusé a environ douze pouces de longueur , et offre tous les caractères d'une plaie contuse au dernier degré. Quelques tendons déchirés font issue à travers la plaie d'entrée , mais l'articulation huméro-cubitale paraît n'avoir point été intéressée. De l'air introduit dans le trajet déterminait par la pression une crépitation qui conduisit jusqu'au point où la balle s'était arrêtée ; même pansement, même traitement que plus haut,

même guérison en dix-huit jours et sans accidents.

Dans la dernière expédition de Médéah, en 1*8.36, un soldat eut Favant-bras et le bras labourés par une balle qui, ayant atteint le membre thoracique au moment où il était fléchi , avait déterminé quatre plaies. Ce militaire fut traité comme l'autre sans débridement, et guérit avec la même rapidité.

Nous pourrions multiplier les faits à l'infini, faire voir toutes les régions du corps sillonnées par des projectiles avec déchirure de tendons, de celui d'Achille, par exemple ; mais ces redites seraient sans intérêt, et nous terminerons ici ce chapitre.

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