TRAITEMENT DE L'ÉRYSIPELE PAR LE FEU
En parcourant quelques mémoires publiés dans ces derniers temps sur la cautérisation en général et sur les maladies qui en réclament l'emploi, j'ai remarqué avec surprise que l'érysipèle n'était pas classé parmi ces dernières.
Témoin des heureux effets du cautère actuel employé par les Arabes (1) contre la maladie que je signale ; je n'ai pas eu peur d'y recourir dans certains cas.
L'horreur du feu, les préjugés et la crainte de passer pour inhumain, semblent des obstacles qui s'opposeront toujours peut-être à ce que
(1) L'en)ploi du feu pour combattre l'érysipèle, la faiblesse ou l'hydropisie des articulations est tellement vulgaire en Afrique , que jamais je n'oublierai le spectacle intéressant que m'offrit une bonne vieille mauresque assise devant un réchaud au foyer duquel elle faisait rougir la lame d'un couteau qu'elle s'appliquait sur le genou avec beaucoup de calme et d impassibilité.
cette médication soit mise à profit dans la pratique civile. Ces considérations m'ont arrêté, et d'abord je n'ai eu recours au feu que dans des cas extrêmes, alors que tous les moyens conseillés avaient échoué. Mais aujourd'hui que je me suis convaincu que la peur est pire que le mal, je suis devenu moins timide , et j'ai la conviction d'avoir guéri par le feu des érysipèles qui auraient entraîné infailliblement la mort si je m'étais obstiné à rejeter cette ancre de salut.
J'ai souvent eu recours pour combattre cette affection aux divers traitements tour à tour préconisés, tels que les saignées capillaires, soit locales, soit à quelque distance du cercle érysipélateux , au nitrate d'argent en solution , aux vésicatoires , aux frictions mercurielles , à la compression, et si souvent ces moyens m'ont réussi, surtout en les combinant entre eux selon les indications, quelquefois aussi ils ont complètement échoué, et le feu est devenu, dans ces circonstances extrêmes, l'arme thérapeutique la plus puissante.
Les premières observations qui suivent sont moins compliquées que la dernière, et je les mentionne pour prouver que cette médication ne doit pas seulement être réservée pour des cas purement exceptionnels. Mon intention d'ailleurs n'est pas de préconiser le feu au détriment des autres agents
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thérapeutiques; je désire seulement le tirer de l'oubli où il paraît tombé , et lui faire reprendre parmi ces derniers le rang qu'il doit occuper. Une foule de faits viendraient à l'appui de mon opinion; je me contenterai de citer les suivants.
Ire OBSERVATION.
Coup de feu de l'articulation péronéo-tibiaïe supérieure traitée par les émissions sanguines abondantes. — Vaste érysipèle guéri par le feu.
Le 11 octobre 1833, L..., soldat au 59e régiment , âgé de 20 ans et de bonne constitution , né dans la Basse-Bretagne , reçut une balle qui lui brisa l'extrémité supérieure du péroné droit avec déchirure des liens articulaires. On retira à l'aide d'une incision quelques petites esquilles, on fit pratiquer deux saignées du bras en quarantehuit heures , la plaie fut pansée simplement , et huit jours plus tard, quand je \is ce militaire à Alger, où il avait été évacué, l'articulation tibiofémorale étant chaude, douloureuse, tuméfiée, je la fis couvrir de sangsues pendant trois jours consécutifs afin d'obtenir un écoulement permanent. Sous l'empire de cette médication et d'une diète absolue, la fièvre tomba, l'irritation gastrique se dissipa, la tuméfaction circulaire diminua considérablement , et tout faisait présager une heureuse issue quand ce militaire tomba
dans un découragement absolu; son moral était anéanti, la nostalgie tenait enchaîné le jeu de ses organes ; son faciès triste et abattu ne semblait se ranimer qu'à l'idée de revoir bientôt le clocher du village.
Ce n'était pas le cas de recourir de nouveau aux émissions sanguines, il fallait une médication active pour combattre Férysipèle qui avait envahi tout le membre, et ranimer les sources de l'innervation. Ces motifs me décidèrent en faveur du feu, dont j'ai vu les Arabes retirer des succès inouïs, et, à leur exemple, je promenai légèrement et avec rapidité sur toute la surface érysipélateuse de la peau, deux gros cautères incandescents. A l'aide de ce moyen , bien plus effrayant que douloureux, l'on vit instantanément le tissu cutané changer de couleur et devenir blanc par la cautérisation des capillaires sanguins et par la rétropulsion du sang , phénomènes auxquels succéda , peu de temps après, une réaction accompagnée de sueurs abondantes. L'extrémité pelvienne fut masquée pendant quelques jours par des compresses imbibées d'eau végéto-minérale froide; l'érysipèle ne reparut plus, le membre diminua sensiblement de volume > les plaies du projectile se couvrirent de bourgeons, et deux mois plus tard, la guérison était opérée.