L.... , artilleur au 10e régiment, fut atteint sans
TRAITEMENT DE l'ÉRYSIPELE PAR LE FEU. 441
cause connue d'un érysipèle qui apparut vers le tiers inférieur de la jambe gauche.
On appliqua d'abord des émollients ; puis , comme le mal s'étendait avec oedème considérable , et comme d'ailleurs il n'y avait ni fièvre , ni réaction sympathique , le chirurgien du corps fit une compression méthodique sur tout le membre. Quarante-huit heures plus tard, le mal avait gagné le pli de l'aine avec tuméfaction œdémateuse très considérable, mais sans fièvre bien prononcée.
J'eus recours, comme plus haut, à la cautérisation, et j'en obtins les mêmes résultats. Dix jours plus tard, la desquamation de Fépiderme et la résolution du membre étant terminées, ce militaire retourna à son corps.
IVe OBSERVATION.
Érysipèle phîegmoneux et gangreneux survenu pendant le traitement d'une inflammation gastro-intestinale, attaqué sans succès par les saignées générales et locales , les frictions avec le cérat mercuriel et les vésicatoires. — Complications très graves arrêtées par la cautérisation de l'érysipèîe avec le feu.
E....? marin, embarqué à bord du bateau à vapeur le Crocodile , fut pris d'une irritation gastro-intestinale et dirigé immédiatement sur l'hôpital Caratine d'Alger, où il fut admis dans le service des fiévreux. Attaqués vigoureusement
par lesantiphlogistiques, les phénomènes inflammatoires s'amendèrent bientôt; mais une rougeur se développa dans le haut de la cuisse droite avec chaleur et douleur. C'était un érysipèle qu'on espéra arrêter par une application de vingt-cinq sangsues. Le mal s'étendit , et on fit des frictions mercurielles qui n'en arrêtèrent pas les progrès ; un large vésicatoire volant n'amena pas de plus heureux résultats, et on revint aux sangsues r mais sans plus de succès.
Quelques jours plus tard, ce militaire fut évacué sur la division des blessés, et voici les phénomènes qu'il me présenta : Érysipèle envahissant tout le membre pelvien droit , toute la moitié antérieure et latérale de l'abdomen, et toute la face postérieure du tronc, jusqu'à la tête; le pli de l'aine et ses environs sont d'un rouge lie de vin ; le tissu cutané est gangrené çà et là; plus loin, l'inflammation est moins avancée, l'érysipèle cesse d'être gangreneux, et offre l'état phlegmoneux; la peau est chaude et sèche, le pouls vif et déprimé, la langue rouge et croûteuse, les dents sont fuligineuses; il y a soif vive et délire.
La mort était instante , et de l'aveu de plusieurs médecins, rien ne semblait pouvoir la prévenir.
Je fis chauffer à blanc quatre gros cautères que
je portai de la tête aux pieds du malade. Cette médication énergique fixa le mal au pli de Faine où était la gangrène, tandis qu'il disparut sur tous les autres po-ints. Une réaction eut lieu spontanément, et fut suivie d'une sueur abondante. Je fis une saignée générale , afin de la modérer, et dès le jour même, le pouls se développa, la langue s'humecta , et le délire disparut.
La peau de l'aine gangrenée laissa à découvert une grande surface avec décollement considérable. Je fis deux contre-ouvertures, à dix-huit pouces de distance , dans les points les plus déclives; des sétons conduisirent le pus au-dehors et développèrent un mode d'irritation salutaire.
Au bout de deux mois , ce militaire fut parfaitement guéri, les pïaies s'étant fermées par le rapprochement des bords de la peau, et par la formation d'un tissu cutané de nouvelle formation , tissu modulaire de Delpech.