‹ Clinique des plaies d'armes a feuChapitre 60 sur 65 · RÉSECTION DE LA TÊTE DE L'HUMÉRUS · texte numérisé non relu

RÉSECTION DE LA TÊTE DE L'HUMÉRUS

Il fallut extraire péniblement une foule de pièces d'os détachés contre lesquels j'ébréchai plusieurs bistouris , ce qui rendit l'opération longue et laborieuse. La tête de l'humérus était fixée fortement en arrière par des tissus durs et fibro-cartilagineux que je distendis en opérant quelques mouvements articulaires. Cette manœuvre me facilita le dégagement de la tète de l'os que je sciai immédiatement au-dessus du col chirurgical , une planchette flexible ayant été mise préalablement derrière cet os pour protéger les parties molles.

En poursuivant l'examen des parties lésées , je trouvai une fracture avec carie de l'apophyse épineuse du scapulum, et je prolongeai ma première incision de six pouces en arrière , à partir de l'a-cromion , immédiatement au-dessous du bord inférieur de l'épine dont je séparai les fibres du muscle deltoïde, tandi#que, d'un deuxième coup de bistouri, je coupai sur la lèvre supérieure de cette épine les attaches du trapèze.

Ainsi se trouvèrent parfaitement détachées des parties molles, les apophyses épineuse et acromiale.Une portion des muscles sus et sous-épineux ayant subi la dégénérescence lardacée?je l'enlevai soigneusement ; puis avec la scie j'emportai en entier les apophyses j usque dans leurs racines, de manière à confondre les fosses sus et sous-épineuses.

A la faveur de cette incision, qui n'avait pas moins de onze à douze pouces -, je portai une petite scie sur la cavité glénoïde de l'omoplate que je fis basculer > et dont j'enlevai toute la partie cariée.

Trois ligatures furent placées pendant l'opération sur trois artérioles , autant pour ménager la force sanguine que pour ne pas être exposé à une hémorrhagie consécutive; aussi le blessé perdit-il une à deux onces de sang au plus. La longueur des souffrances me faisant redouter l'épuisement de l'innervation qu'annonçaient de fréquentes syncopes , je lui fis prendre une potion légèrement éthérée avant que de procéder au pansement.

J'affrontai très exactement les lèvres de la plaie, à l'aide de sept ou huit points de suture qui en traversaient toute l'épaisseur. Un seul hiatus destiné à l'écoulement d^s humidités fut laissé dans le point le plus déclive.

Le huitième jour , je levai le premier appareil, bien qu'il ne fût pas traversé par la suppuration, mais pour satisfaire au vif désir du malade qui se plaignait de l'odeur qu'il répandait.

La cicatrice était parfaite et entière. La plaie avait à peine suppuré; quatre jours plus tard, le deuxième pansement laissa voir une cicatrice tellement solide que les points de suture furent en-

levés , et que le nitrate d'argent devint nécessaire pour réprimer les bourgeons charnus qui surgissaient sur le point d'entrée et de sortie du projectile.

La diarrhée diminua graduellement; douze jours après l'opération , la guérison était complète.

Cette opération consécutive faite dans des circonstances tout-à-fait défavorables, dépose en faveur de la résection de la tête de l'humérus et d'une portion dû scapulum ; il est probable que si le malade avait subi l'amputation dans l'article, il aurait succombé sous l'empire d'une abondante suppuration et d'une funeste influence morale causée par la perte de son membre. Le procédé que j'ai suivi pourrait, je crois, être conservé avec avantage à cause de sa simplicité, qui «permet à la fois de découvrir les apophyses et le corps même du scapulum.

Les sutures, généralement très peu employées, présentent dans les cas analogues à celui-ci des avantages très grands et incontestables, entre autres celui de prévenir les abondantes suppurations en concourant de la manière la plus efficace à la cicatrisation des plaies par première intention,

J'ai eu souvent l'occasion de faire l'amputation du bras , et la méthode circulaire en deux temps m'a toujours paru la plus avantageuse.

i>64 BLESSURES PAR ARMES A FEU.

Premier temps. — Division circulaire de toutes les parties molles jusqu'à l'os, en commençant non au-dessus du passage du projectile, mais quatre pouces au-dessous de ce dernier.

Deuxième temps. ■ — Formation d'un cône charnu long de quatre pouces au moins, et incision de ce cône à sa base , le couteau étant in^ cliné en haut pour creuser le plus possible, et tomber sur le fragment supérieur qu'il faut réséquer.

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