IV. — Conseils a donner a la femme enceinte
Chaque fois que la grossesse probable ou certaine aura été diagnostiquée, vous devrez, surtout s’il s’agit d’une primipare, lui donner quelques conseils dans le but de permettre à la gestation d’évoluer aussi normalement que possible.
1. Si votre cliente était toujours bien réglée, il lui sera facile de rétablir sur un calendrier les différentes dates correspondant à ses règles absentes ; recommandez-lui donc pendant cette période d’éviter toute cause capable d’exagérer la tendance congestive de l’appareil génital : voyages, bains, coït, etc. lndiquez-lui la façon dont elle prendra des injections, si elle est habituée à en faire usage et si vous jugez nécessaire qu’elle y ait recours. Nombre de femmes se font avorter inconsciemment, parce qu’elles ne prennent aucune précaution dans cet acte, qui paraît fort simple ; le bock est placé à un niveau trop élevé, la canule est de petit calibre, et elle n’est perforée qu’à son extrémité terminale ; souvent elle est introduite trop profondément, elle peut aller se mettre en contact avec le col et être introduite par hasard dans son orifice ; le liquide pénétrant dans la cavité utérine peut alors y décoller l’œuf. La canule que vous conseillerez sera en verre, de gros calibre, et perforée de trous latéraux sans trou médian, elle sera enfoncée de 5 centimètres environ dans la cavité vaginale, le bock à injection ne sera pas à plus de 40 centimètres au-dessus de la cuvette ; de cette façon la pression sera minime et ne pourra pas provoquer de traumatisme sur le col. Chez certaines femmes, qui ont un utérus très irritable, chez celles en particulier qui auront déjà fait plusieurs fausses couches dont on n’aura
THÉRAPEUTIQUE OBSTETRICALE
pas pu découvrir Ja cause véritable, il y aura avantage, surtout s’il ii’v a aucun écoulement vaginal pathologique, à supprimer les injections, qu’on pourra ne faire reprendre que pendant le neuvième mois.
II. Mettez votre cliente en garde contre la constipation, si fréquente chez la femme et surtout chez la femme enceinte, apprenez-lui que la plupart des troubles survenant pendant la grossesse ont pour point de départ un mauvais fonctionnement de l’intestin. Dressez une liste de laxatifs auxquels elle doit recourir et qu’elle emploiera alternativement pour éviter F accoutumance : eaux purgatives, poudres laxatives, magnésie calcinée, cachets de cascara sagrada de *25 centigrammes, huile de ricin à petites doses, pilules, tablettes, etc. Les lavements peuvent être également prescrits, à la condition d employer la canule en caoutchouc souple de Nélalon ; ils seront simples ou huileux, ils ne devront jamais renfermer de glycérine, qui peut pro\oquer de la redite el même des contractions utérines.
III. Exigez un examen d’urine, qui sera fait, soit par le pharmacien, soit par vous-même, tous les quinze jours du début à la lin du septième mois, et tous les huit jours pendant les deux derniers mois. Il est bien entendu qu'il faudrait les répéter plus souvent et même journellement, si une des analyses révélait de l'albumine ou si l’on voyait survenir quelque manifestation de l’auto-intoxication gravidique, ou encore si la femme en avait présenté à une grossesse antérieure.
Quant au sucre qu’on peut rencontrer dans les urines, il ne faut y attacher de l’importance que s’il existe d’autres signes caractéristiques du diabète, polyurie, polydypsie, etc., car la glycosurie physiologique n’est pas rare pendant la
grossesse.
Attirez également l’attention de votre cliente sur la quanti té d’urines émises ; celle-ci est d’environ un litre et quart à un litre et demi (1.250 à 1.500 grammes) dans les vingtquatre heures. Si elle constate une diminution dans l’émis-
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sion journalière, conseillez-lui de les mesurer ; dans le cas où cette quantité serait égale ou inférieure à un litre, il faudrait la soumettre à un régime diurétique : lait, eau d’Évian lactosée (30 grammes de lactose pour un litre d’eau).
IV. Suivant l’état social de votre cliente, recommandezlui de prendre un exercice journalier et de ne pas trop abuser de la chaise-longue sans motif, ou au contraire de ne pas se fatiguer et même de cesser tout travail pénible pendant les deux derniers mois.
Certaines professions devront être abandonnées dès le début de la grossesse, si l’on veut éviter son interruption ; cette précaution s’applique aux femmes exposées à une intoxication chronique et particulièrement à celles qui travaillent dans les manufactures de tabac, dans le plomb, le sulfure de carbone, le phosphore, le mercure, etc.
V. Enfin conseillez toujours le port d’une ceinture à partir du sixième mois chez les primipares, plus tôt chez les multipares à parois abdominales relâchées. Cette ceinture de grossesse doit soutenir et non comprimer ; elle lutte contre l’antéversion naturelle, (pii peut prendre des proportions pinson moins considérables suivant la qualité des tissus ; elle évite cette distension de la paroi, (pii se manifeste après l’ accouchement par de l’évent ration avec ses conséquences» ptoses de tous les organes ; elle favorise l’accommodation et empêche les mauvaises présentations ; enfin elle soulage beaucoup les femmes, (pii ne peuvent plus s’en passer dès qu’elles y sont habituées.
VI. Dès la fin du huitième mois, remettez à votre cliente la liste des objets et des produits pharmaceutiques nécessaires pour raccouchement (voir ce mot).