‹ Clinique et thérapeutique obstétricales du praticienChapitre 190 sur 268 · MORT APPARENTE DU NOUVEAU-NÉ · texte numérisé non relu

MORT APPARENTE DU NOUVEAU-NÉ

Lorsqu’à sa naissance l’enfant est complètement inerte, les membres flasques, la tête mobile en tous sens, lorsqu’en un mot la résolution musculaire est complète, mais avec persistance des bruits du cœur, le plus souvent faibles et espacés, quelquefois imperceptibles, on dit qu’il e.st en état de mort apparente.

Cet accident se rencontre surtout lorsque le travail a élé long et difficile, lorsque les membranes se sont rompues prématurément, lorsque l’accouchement a dû être terminé par une intervention, forceps, version, extraction dans la

THÉRAPEUTIQUE OBSTETRICALE

présentation du siège, lorsqu’une complication est survenue au cours du travail, procidence du cordon ou des membres, décollement du placenta, hémorragies, etc.

Au point de vue clinique, le nouveau-né en état de mort apparente peut présenter deu\ aspects bien différents par leur pathogénie, leur pronostic et leur traitement. La coloration de sa surface cutanée est-elle bleuâtre, violacée, presque noirâtre, semblable à celle que présentent les cardiaques en état d’asystolie, on se trouve en présence de Y asphyxie bleue.

Si, au contraire, la peau est blanche, pâle, décolorée, semblable au faciès d’une personne en état de syncope, c’est qu’on a devant soi un cas d'asphyxie blanche , nom impropre devant être remplacé par celui d'état syncopal.

Étudions chacune de ces variétés.

L’asphvxie se présente sous le tableau suivant : coloration violacée plus ou moins foncée répandue sur la totalité du corps, mais plus accentuée à la face cl aux extrémités, cyanose des lèvres, saillie des globes oculaires, résolution musculaire généralisée mais incomplète, réflexes en général conservés (réflexe guttural, réflexe palpébral et réflexe cornéen). Du coté du cœur on peut, soit par la palpation, soit par l’auscultation, percevoir des battements réguliers ou irréguliers, faibles, espacés. Quelquefois, on perçoit par la vue les battements cardiaques sous forme de soulèvement ondulatoire du thorax près du mamelon gauche. La respiration est nulle, mais le plus souvent, soit spontanément, soit sous l’influence du traitement, on voit une inspiration se produire, elle est brusque, prolongée, c’est une sorte de hoquet qui ébranle le corps tout entier. A cette inspiration en succède une autre semblable après un temps plus ou moins long, puis les mouvements respiratoires se rapprochent en devenant plus calmes.

Sous J’influence des mouvements respiratoires qui se ré- . gularisent, les battements du cœur deviennent plus intenses et plus rapides, la teinte violacée des téguments fait place

THÉRAPEUTIQUE OBSTETRICALE

petit à petit à une teinte rosée qui commence à apparaître au niveau de ta poitrine. L’enfant ouvre les yeux, qui sont congestionnés, il pousse quelques gémissements, puis bientôt quelques cris.

Telle est la forme heureuse, celle dans laquelle loui danger de mort paraît écarté après cinq, dix, quinze minutes.

Dans d’autres cas, bien que l’enfant respire, il conserve toujours une certaine teinte violacée des téguments et un peu de résolution musculaire. Une grande surveillance est nécessaire, car l’air ne doit pénétrer qu’ incomplètement dans ses poumons, on se rend compte que les inspirations sont laborieuses. Enfin, l’enfant meurt lorsque les voies respiratoires restent obstruées malgré le traitement employé.

La forme blanche est un état syncopal pouvant se rencontrer dans différentes circonstances, le plus souvent après une extraction manuelle ou instrumentale.

Ce <pii frappe, c’est la décoloration de la peau et des muqueuses, dont la pâleur extrême rappelle celle de la cire vierge. L’inertie est complète, les bras, les jambes, la tête sont flasques, les yeux sont fermés. Les réflexes sont absents. Le cordon est privé de battements; quant au cœur, tantôt il bat très lentement au point que les pulsations ne sont pas perceptibles et que l’on croit plutôt à la mort réelle ; tantôt, au contraire, il bat irrégulièrement ou faiblement.

L’apnée est complète au début; si l’enfant doit vivre, les inspirations brusques, saccadées s’établissent comme dans la forme décrite ci-dessus, puis la respiration devient normale en même temps que l’enfant ouvre les yeux, contracte ses muscles et commence à crier.

Dans d’autres cas, les battements du cœur, très affaiblis, s’accélèrent sous l’influence du moyen thérapeutique employé pour se ralentir dès qu’on le cesse; les mouvements respiratoires subissent les mêmes alternatives. Il y a presque toujours dans ces cas-là des hémorragies méningées ou cérébrales ayant déterminé des lésions incompatibles avec l'existence et impossible à diagnostiquer.

THÉRAPEUTIQUE obstétricale

Malgré 1rs efforts prolongés du praticien, les battements du coMir peuvent devenir de plus en plus faibles pour s’éteindre subitement.

Enlln, il y a des formes qu’on pourrait appeler mixtes : ce sont c(dles où les caractères ne sont pas suffisamment tranchés pour pouvoir recevoir l’étiquette d’asphyxie ou d’état s\ncopal; ce sont celles également qui, présentant d’abord les apparences d’uue forme blanche, revêtent rapidement la forme bleue ou réciproquement.

Traitement. — Cet exposé clinique va nous permettre maintenant de fixer la conduite à tenir dans les différents cas.

Dans la pratique nous sommes le plus souvent aux prises a\ec l’asphyxie. Le nouveau-né ne respire pas, parce que ses voies respiratoires sont obstruées par des mucosités, il est donc nécessaire de l’en débarrasser rapidement avant même d'avoir sectionné le cordon. Tant que celui-là est animé de battements, l’hématose fœtale continue à se faire au niveau du placenta maternel, il est donc naturel de la respecter et d’en profiter puisque l’hématose respiratoire n’existe pas encore. D’autre part, on permet ainsi à l’enfant de recevoir tout le sang qui lui appartient et qui esl contenu dans le placenta ; on ne devra donc sectionner le cordon qui après la disparition des battements.

Nous parviendrons facilement à enlever les mucosités, si elles sont localisées au pharynx buccal; la tête de l’enfant sera placée en position déclive pour éviter ou combattre la syncope et pour en permettre l’écoulement plus facile. Le petit doigt ou l’index, entouré d’un linge fin afin d’éviter les traumatismes de l’ongle et introduit à plusieurs reprises au fond de la bouche, les amènera alors plus facilement au dehors. Si l’écouvillonnage de la bouche est facile, il n’en esl pas de même de celui du pharynx où le doigt pénètre plus difficilement; aussi peut-on s’adresser pour cela à un tube aspirateur quelconque, une sonde de trousse ou, de préférence, an tube de Kibemont qui doit toujours être à portée

<>ir> THÉRAPEUTIQUE OBSTÉTRICALE

de la main ail cours d'un accouchement après avoir été aseptisé par F ébullition ou le flambage. L’instrument sera introduit dans le pharynx, manœuvre très simple, l’extrémité libre sera recouverte d’un linge fin et on fera à ce niveau des aspirations avec la bouche pour absorber les mucosités; le tube sera retiré et débarrassé de son contenu en soufflant dans son intérieur, on le réintroduira de nouveau en faisant parcourir à son bec toutes les parois du pharynx, on ne devra s’arrêter que lorsque l’aspiration ne ramènera plus rien. Cette manœuvre a un autre avantage, le contact du doigt ou de L instrument avec la muqueuse du voile du palais, de la base de la langue et surtout du pharynx est souvent le point de départ d’un réflexe, qui se termine par une inspiration suivie d’une expiration. A ce mouvement respiratoire saccadé en succèdent un second, puis un troisième, et peu de temps après l’enfant pousse son premier cri.

Si ce curage buccal et pharyngien n’a pas produit le résu Hat attendu et qu’on soit certain qu’il n'existe plus aucun obstacle dans les voies respiratoires supérieures, il faut avoir recours à d’autres moyens, (pie nous allons passer en revue en donnant à chacun le développement (pii lui convient ; leur but doit être: 1° de déterminer le réflexe respiratoire et 2°, si celui-ci ne peut être produit, de chercher une obstruction plus profonde et de la faire disparaître.

Employons d’abord les moyens les plus simples, qui sont en même temps les plus doux, ceux qui consistent à se servir du réflexe cutané pour provoquer des mouvements respiratoires. Ap rès avoir débarrassé rapidement les téguments de l’enfant enduits de matière sébacée, on lui met la tête en bas en le tenant par les pieds et on frictionne sa région dorsale avec la main sèche ou après avoir fait verser sur cette partie du corps une petite quantité d’alcool, d'eau de Cologne, de cognac, de vinaigre, d’éther, etc. ; ou bien on fait couler lentement et d’un peu haut sur le thorax de l’enfant un jet d’eau froide ou d’alcool.

Les accoucheurs du milieu du siècle dernier, l\ Dubois.

\ elpeau, pulvérisaient avec la bouche sur le visage et la poitrine de l’enfant du vin, du cognac ou un liquide quelconque.

On peut encore avoir recours, après avoir coupé le cordon dont les battements ont cessé, a la balnéation, soit chaude (37° à 38°), soit sinapisée, soit froide, soit encore aux bains alternativement froids et chauds. Sorti de l’eau froide, l’enfant est plongé dans un bain chaud, manœuvre que l’on répète plusieurs fois en terminant toujours par le bain chaud. Tandis que l’enfant est dans son bain, la tête maintenue hors de l’eau, on frictionne énergiquement avec la main restée libre les régions dorsale et thoracique.

La flagellation, l’enveloppement dans un linge sec très chaud suffisent quelquefois à provoquer le premier mouvement respiratoire, surtout dans les cas bénins où l'enfant naît seulement étonné.

L’excitation des muqueuses peut également conduire au même but : chatouillement du fond de la gorge avec les doigts ou les barbes d’une plume donl on peut également se servir pour exciter la pituitaire.

C’est à celte classe de moyens qu’il faut rattacher les (raclions rythmées de la langue, méthode préconisée par le docteur Laborde qui l’a décrite dans les termes suivants :

u Après avoir étendu le corps sur le dos en laissanl la tête basse, débarrassé rapidement la gorge des mucosités qui peuvent l’obstruer, l’opérateur, saisissant rapidement le corps de la langue entre le pouce et l’index avec un mouchoir ou un linge quelconque, et même au besoin avec les doigts nus, exerce sur elle quinze fois par minute de fortes tractions rythmées suivies de relâchement. Il est indispensable qu’il se rende bien compte que ses tractions agissent sur la racine même de la langue et non pas seulement sur la pointe. » (Ribemont-Dessaignes et Lepage.)

Pour remédier à la difficulté de l’introduction de deux doigts dans une petite bouche de nouveau-né, le docteur Laborde a fait construire une pince spéciale à pression douce ; on peut, à son défaut, employer une pince à forci-

THÉRAPEUTIQUE OBSTETRICALE

pressure ou une pince ordinaire engainée de caoutchouc. Il faut éviter l’usage de la pince à langue usitée en anesthésie et de la pince de Museux, qui déchirent les tissus si friables de la langue des enfants.

Si ces moyens n’ont pas donné de résultat immédiat, c’est-à-dire si Y enfant ne fait aucun mouvement respiratoire , ou si la respiration , quoique établie, est pénible , gênée, bruyante , ce qu’on reconnaît au gargouillement déterminé par le passage de l’air à l’inspiration comme à l’expiration, il est nécessaire de ne pas insister pour avoir recours aux procédés qui, à notre avis, sont les meilleurs. Ce sont ceux dont le but est: 1° de désobstruer les voies aériennes situées au-dessous du pharynx et 2°, lorsque celles-ci sont libres, et seulement alors, de faire pénétrer artificiellement l’air dans la cavité thoracique .

En Allemagne, le procédé de Schultze est classique, aussi cro\ons-nous nécessaire de le décrire complètement tout en ne le conseillant pas. L’auteur l’expose en ces termes : « L’accoucheur (debout, le haut du corps légèrement penché en avant, les jambes modérément écartées, les bras étendus vers le bas) tient l’enfant suspendu à ses index passés d’arrière en avant sous les creux axillaire et recourbés en crochet, les pouces reposant doucement sur le sommet de la face antérieure du thorax fœtal, les trois derniers doigts de chaque main appliqués dans une direction oblique en bas et en dedans sur la face postérieure du thorax. La tête de l’enfant, qui tend à tomber inerte, trouve un point (l’appui en arrière sur les bords cubitaux (tournés l’un vers l’autre) et sur une partie de la face palmaire des mains. Ceci est la position d’inspiration dans laquelle l’enfant ne doit pas être maintenu pour le moment.

<( Sans perdre un instant, l’accoucheur lance l’enfant en avant et en haut ; quand les bras de l’accoucheur sont un peu plus élevés que la direction horizontale, il arrête leur mouvement si doucement que l’extrémité inférieure du corps fœtal n est pas projetée violemment en avant, mais

!al

Ifï

ni

THÉRAPEUTIQUE OBSTÉTRICALE

cul 1)11 1 ce lentement dans celle direction, c’est-à-dire vers r accoucheur par une flexion de la colonne vertébrale, et comprime fortement le ventre par le poids de l’extrémité pelvienne. Tout le poids de l’enfant repose dans cette position sur les pouces de l’accoucheur placés à la face antérieure du thorax. — Dans ce balancement vers en haut, il faut particulièrement prendre garde que la flexion de la colonne vertébrale n’ait pas lieu dans les segments thoraciques, mais bien dans le segment lombaire ; que le soulèvement des bras jusqu’à l’horizontale ait lieu par un mouvement brusque et vigoureux des bras dans l’articulation scapulo-humérale, pour que l’élévation des bras se fasse de plus en plus lentement. »

La manœuvre doit débuter par le mouvement d’expiration forcée afin d’exprimer les liquides aspirés qui sortent par la bouche et les narines, mais on est loin d’obtenir toujours ce résultat, si les mucosités sont adhérentes aux parois de l’arbre aérien.

ltzad (de Lodz) emploie un procédé moins brutal, quoique basé sur le même principe, moins fatigant pour le médecin et pouvant être exécuté même dans une chambre

s exigue.

Le médecin asseoit l’enfant sur ses genoux, de façon à appuyer contre sa poitrine le dos du nouveau-né dont il embrasse le thorax avec les mains en appliquant le pouce sur l’omoplate et les quatre autres doigts sur l'abdomen. Il fléchit ensuite rapidement le tronc de l’enfant jusqu’à ce que la tête pende en avant et il comprime en même temps le ventre et la partie inférieure de la poitrine.

On provoque ainsi une expiration énergique et l’écoulement des mucosités accumulées dans les poumons. Pour faciliter cet écoulement, on laisse le corps de l’enfant pendant cinq à dix secondes dans l’attitude qui vient d’être décrite, puis on le redresse lentement. Pendant ce mouvement on cesse de comprimer le tronc, on rejette en arrière la tête du nom eau-né en s’aidant des pouces avec lesquels

THÉRAPEUTIQUE OBSTETRICALE

Page 1