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NÉVRITE GRAVIDIQUE

Par névrite gra\ idique il faut entendre non pas toutes les névrites pouvant survenir dans le cours de la grossesse, mais seulement celles qui reconnaissent pour cause unique la gravidité. Cette définition nous fait donc éliminer les névrites survenant pendant des suites de couches pathologiques el ayant une origine infectieuse, leurallure et leur thérapeutique n’ont du reste rien de spécial.

La névrite gravidique, quelle que soit la forme sous laquelle elle se présente, polynévrite ou mononévrite, est une des nombreuses manifestations deJauto-intoxical ion »» ra\ i-

THERAPEUTIQUE OBSTETRICALE

clique, mais elle eu est mie manifestation rclalixemenl rare. Lorsqu’elle apparaît, elle a été le plus souvent précédée d’autres troubles de même origine : albuminurie, céphalalgie, vomissements plus ou moins graves; elle peut, dans certains cas cependant, être le premier accident qui attire l’attention. Pour expliquer la localisation sur le système nerveux périphérique des toxines fabriquées par la femme enceinte, toxines dont nous avons déjà indiqué l’origine, on a incriminé la prédisposition et le terrain ; dans quelques observations on a retrouvé dans les antécédents personnels ou dans les antécédents héréditaires de la malade une tare nerveuse et, en particulier, l’hystérie, mais dans d’autres celle enquête faite axec soin n’a rien révélé.

Le véritable type clinique est représenté parla polynévrite généralisée , qui est la plus fréquente et la plus importante.

Elle débute d’ordinaire par les membres inférieurs pour gagner ensuite les membres supérieurs ; dans certains cas c’est la marche inverse qui se produit; enfin, on peut voir les quatre membres envahis en même temps.

La paralysie apparaît rarement d'emblée ; elle est le plus souvent précédée de troubles de la sensibilité , fourmille* ments, picotements, sensation de froid, douleurs lancinantes, suivis bientôt d’un véritable engourdissement et d’une faiblesse telle des membres qu'elle peut aller jusqu’à l’impotence.

La période d’état est caractérisée par les troubles paralytiques. La malade est dans l’impossibilité çle se tenir debout et même de soulever ses pieds du lit ; ceux-ci sont en position varus équin , les réflexes tendineux (rotuliens et achiléens) sont très diminués et souvent complètement disparus.

L’ atrophie musculaire, qui succède à cette paraplégie flasque, fait des progrès rapides, ce qui donne aux membres inférieurs | un aspect d’amaigrissement considérable; les muscles les plus touchés sont ceux qui font partie du groupe antéro- I externe de la jambe, elle peut aussi gagner les muscles du | mollet et le quadriceps fémoral.

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Du côté dos membres supérieurs, la paralysie est moins accent née, elle t rappe de préférence les mains et les avantbras et rend tout travail manuel impossible. L’atrophie se localise surtout au y muscles fléchisseurs des doigts et au cubital antérieur, elle peut également atteindre les muscles de l’avant-bras et de la main et même les muscles du bras et les muscles élévateurs du membre supérieur. Dans ce cas ce dernier pend le long du corps et la malade ne peut lui faire exécuter aucun mouvement.

Soumise à l’examen électrique, la contractilité musculaire peut être abolie au courant faradique, mais elle est seulemenl diminuée au courant galvanique. On a rarement observé la réaction de dégénérescence.

Les troubles paralytiques peuvent aussi se localiser sur le facial, sur les nerfs du pharynx, de la langue et même sur le phrénique et le pneumogastrique.

Les troubles de la sensibilité sont très variables. La douleur est souvent spontanée sur le trajet des nerfs grand sciatique, sciatique poplité externe, fémoro-cutané et tibial et quelquefois dans la sphère du nerf crural. Les signes de Lassègue (flexion de la cuisse sur le bassin, la jambe étant en extension) et de Kernig (impossibilité d’obtenir l’extension complète des genoux dans la station assise) sont faci-

lement constatés.

Par la pression on réveille de la douleur sur le trajet des nerfs atteints et, en particulier, au niveau des points où ils deviennent superficiels.

Du côté de la sensibilité cutanée il y a tantôt abolition complète de la sensibilité au tact, à la douleur et a la température, tantôt simple diminution, tantôt perversion des diiférents modes de la sensibilité, tantôt enfin on constate de l’hyperesthésie. Ces troubles peuvent exister dans tout un membre ou seulement dans un segment de membre, ils sont parfois limités à des zones plus ou moins étendues.

Dans certains cas on voit également se produire des troubles psychiques : disparition de la mémoire des faits ré-

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cents, affaiblissement de Fintelligence, irritabilité du caractère, indifférence, tristesse et même délire, hallucinations, manie, crises de folie nocturne. Ces différents troubles ne sont pas une conséquence directe de la polynévrite, mais une preuve que les toxines, qui ord déterminé des lésions des nerfs périphériques, ont exercé une action semblable sur les centres nerveux. Aussi n’est-il pas rare de voir apparaître en même temps d’autres manifestations de F autointoxication gravidique: albuminurie, ictère, vomissements graves, ptyalisme, etc.

L’état général ne dépend pas seulement de la polynévrite, mais encore des troubles toxiques qui l’accompagnent. La température est d’ordinaire normale, mais le pouls est plus rapide. Les urines, même quand elles ne renferment pas d’albumine, sont moins abondantes ; si l’on prend la précaution de recueillir toutes celles qui sont éliminées dans les 24 heures, on constate que leur quantité est inférieure à un litre, qu’elles sont acides et que le chlorure de sodium et l'urée sont très diminués.

Considérées seules les polynévrites gravidiques ne prennent un caractère grave que si elles envahissent des nerfs importants de l’économie. La névrite des nerfs du pharynx peut déterminer des difficultés dans la déglutition, on pourra toujours y remédier par le gavage ; tandis que la vie est mise en danger si le phrénique et le pneumogastrique sont atteints. Il en résulte des troubles respiratoires et circulatoires, trop bien connus pour que nous les décrivions.

À côté de la polynévrite généralisée qui, comme nous l’avons dit, représente le véritable type clinique de la névrite gravidique, on peut rencontrer des polynévrites localisées et même des mononévrites.

Les polynévrites localisées sont constituées par la localisation de la névrite soit uniquement sur les membres nférieurs, soit seulement sur les membres supérieurs : leurs symptômes sont ceux que nous avons décrits précédemment.

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TUERA RÈÜTlQUÉ OBSTÉTRICALE

Les mononévriles gravidiques sont j )1 1 is fréquentes qu on ne peut le supposer, mais elles passent souvent inaperçues, à moins qu elles ne se manifestent sous forme de névrite sensorielle.

La névrite optique est une complication bien connue de la grossesse ; comme elle coïncide souvent avec l’albuminurie, on avait invoqué cet le dernière comme cause déterminante. De même qu’on peut voir des crises éclamptiques survenir sans avoir été précédées d’albuminurie, de même on peut rencontrer des névrites optiques sans qu’il existe la moindre trace d’albumine dans les urines. L’examen ophtalmoscopique ne constate souvent aucune des lésions caractéristiques de l’albuminurie. L’amblyopie, qui résulte de cette névrite, peut aller jusqu’à l’amaurose complète, tantôt celleci s’installe peu à peu, tantôt, au contraire, elle se manifeste rapidement. Après l’accouchement ces troubles oculaires peuvent disparaître complètement ou seulement en partie, quelquefois la cécité est permanente. Il n’est pas rare de voir des troubles visuels apparaître à une première grossesse et s’accentuer aux grossesses suivantes pour aboutir à la perte complète de la vue par atrophie optique.

Quoique plus rares que les troubles oculaires, les troubles de l’ouïe ont également été notés pendant la grossesse. lisse manifestent d’abord par des bourdonnements, puis par une certaine dureté d’oreille ; la surdité complète uni ou bi-latérale peut, à son tour, apparaître. Après l’accouchement cette infirmité disparaît complètement ou s’améliore, mais il n’est pas rare de lavoir se manifester de nom eau lors d’une autre grossesse et laisser dans la suite des traces plus accentuées.

Les troubles de l'odorat et du goût ont également été signalés, mais ils passent fort souvent inaperçus.

La marche et, par cela même, le pronostic de la névrite considérée isolément dépendent beaucoup du traitement de la cause et surtout de la rigueur et de la rapidité avec laquelle ce traitement est institué. Sous son influence les différentes manifestations disparaissent peu à peu ; si, au con-

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traire, la névrite est livrée à elle-même ou si le traitement est mal ou [tardivement appliqué, les symptômes peuvent persister jusqu’au moment de l’accouchement et disparaître ensuite plus ou moins vite au bout de quelques semaines ou de quelques mois. Les troubles de la sensibilité guérissent les premiers, puis les membres supérieurs, ordinairement moins touchés, recouvrent leurs fonctions. Du côté des membres inférieurs la guérison peut être fort longue, elle est en raison directe de l’intensité des lésions et en particulier de l’atrophie musculaire ; il faut parfois un traitement de plusieurs mois de massage et d’électricité avant de constater une légère amélioration ; dès que celle-ci se produit, les progrès sont d’ordinaire rapides.

Comme nous l’avons déjà dit, les névrites gravidiques ne sont souvent qu’une manifestation de l’ auto-intoxication de la grossesse perdue au milieu d’autres, aussi dans ces cas est-il difficile d’attribuer à chacune la part qui lui revient dans le mauvais état général constaté chez la malade. Le pronostic dépend du nombre et de l’importance des autres appareils touchés ; il intéresse à la fois la mère el le fœtus, celui-ci peut être, en effet, expulsé prématurément vivant ou mort, il peut être sacrifié par l’interruption voulue de la grossesse dans le but de sauver l’existence de la mère.

Certaines localisations de la névrite gravidique présentent une gravité plus grande ; la névrite du pneumogastrique et du phrénique entraîne parfois une issue fatale el celle du nerf optique est capable de déterminer de la cécité.

Traitement. — Comme pour toutes les manifestations de l’auto-intoxicalion gravidique, c’est cette dernière qu’il faut combattre dès qu’elle apparaît sous une forme quelconque, on évitera ainsi l’éclosion des accidents d’origine névritique ; 011 les arrêtera, au contraire, dans leur évolution, s’ils sont à leur début.

Nous laisserons de côté le traitement prophylactique que nous avons étudié longuement dans des articles précédents (voir Vuto-intoxication).

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Dans le cas où les I roubles névri tiques existent seuls soit à leur période initiale, soit eu pleine période d élai, il laut :

1° Soumettre la malade au régime lacté absolu ou au régime liydro-ladé ;

2° Assurer le bon fonctionnement de l'intestin par de grands lavages quotidiens à l’eau bouillie salée (une cuillerée à cale de sel pour un litre un quart d’eau qu’on fera bouillir pendant vingt minutes), par des purgatifs, calomel, 0,25 centigrammes deux fois par semaine ou 0,10 centigrammes tous les deux jours, eau-de-vie allemande, 15 a 20 grammes. En cas d’intolérance gastrique, on peut avoir recours au lavement purgatif.

3° Faire fonctionner la peau par des bains tièdes et des frictions sèches ou à l’alcool camphré ;

4° Remonter l'état général , si c’est nécessaire, par des injections sous-cutanées de sérum de Hayem ou d’eau de mer isotonique, de cacodylate de soude ou d’arrhénal ;

5° Faire des examens fréquents d'urine au point de vue de la quantité émise dans les 24 heures et de la recherche de l’albumine. Quant à la névrite, elle sera combattue par les moyens ordinaires, massage et électricité.

On peut, dans certains cas, être conduit à recourir à un traitement obstétrical, qui sera l’interruption de la grossesse par les procédés habituels. Ces cas sont heureusement rares, quand la névrite est seule en cause. Les indications sont la localisation sur les nerfs phrénique ou pneumogastrique et les lésions du nerf optique, lorsque le traitement médical n’en arrête pas la marche progressive.

L’interruption de la grossesse peut aussi être exigée par la coexistence d’autres manifestations de l'auto-intoxication : vomissements graves, ictère, insuffisance urinaire, etc., mais dans ces circonstances la névrite gravidique lient d’ordinaire une très petite place dans le tableau symptomatique qui domine la situation.

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