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ANÉMIE PERNICIEUSE PROGRESSIVE

L’anémie pernicieuse est heureusement une complication très rare de la grossesse, en France tout au moins, car son pronostic est grave. Caractérisée anatomiquement par une déglobulisation du sang, le nombre des globules par millimètre cube pouvant descendre au-dessous d’un million, sa pathogénie est fort mal connue, c'est ce qui explique les nombreux traitements préconisés et les mauvais résultats obtenus.

Plus fréquente chez les multipares, elle semble débuter au cours de la grossesse, mais ce peut n'être qu’une apparence et elle persiste en s’aggravant après l’expulsion du produit de conception, expulsion souvent prématurée. Cette marche progressive, que la fin de la gestation n’interrompt pas, semble prouver que cette affection est indépendante de la grossesse, et qu’il n’y a entre elles aucune relation de

THÉRAPEUTIQUE OBSTETRICALE

cause à effet, mais une pure coïncidence. Il est cependant permis de supposer que l’état de gravidité, par les modifications sanguines et par les perturbations organiques qu’il détermine, en hâte l’apparition chez une prédisposée et en précipite la marche. Cette façon de voir paraît d’autant plus rationnelle que cette maladie est souvent accompagnée de certaines manifestations de l’auto-intoxication gravidique, vomissements opiniâtres, albuminurie, etc.

Ce qui frappe chez une malade enceinte atteinte d’anémie pernicieuse, c’est, d'une part, son aspect, teinte cireuse des téguments, décoloration des muqueuses, bouffissure du visage,et d’autre part un degré d’asthénie extrême. On constate également des souffles anémiques, des poussées fébriles, des éblouissements, des tendances fréquentes à la syncope, des œdèmes et parfois même des hémorragies.

Thérapeutique. — Dès que le diagnostic aura été posé, et ce diagnostic ne peut être affirmatif qu’après un examen complet du sang, numération des globules rouges et blancs, étude des différentes variétés de globules, dosage de l’hémoglobine, etc., il faut instituer le traitement suivant :

La malade sera soumise au repos absolu au lit dans une chambre chaude, claire et bien aérée ; on lui fera chaque jour respirer 40 à 50 litres d’oxygène et on pratiquera sur tout le corps des frictions alcoolisées.

On lui donnera toutes les heures une tasse de lait froid ou chaud, bouilli ou non, et chaque matin le jus de deux ou trois oranges ou de deux ou trois citrons auquel on ajoutera une cuillerée à potage de sucre.

On a recours aux lavements nutritifs en cas de vomissements et même en dehors de ceux-ci pour augmenter la ration alimentaire.

L’intestin sera évacué tous les jours au moyen de grands lavements, et on fera prendre tous les deux jours 0,20 centigrammes de calomel.

Tous les deux jours on injectera dans le tissu cellulaire

sous-cutané de la fesse et de la partie externe de la cuisse 1 centimètre cube de la solution:

Cacodylate de soude 0,50 centigrammes

Eau bouillie 10 grammes

et les jours intermédiaires on fera une injection sous-cutanée de 250 grammes de sérum physiologique.

Si l’on n’obtient aucune amélioration constatée par la numération des globules, le dosage de l’hémoglobine, l’état du pouls, (battant constamment au-dessus de 100), il faut mettre en œuvre le traitement obstétrical, c’est-à-dire provoquer l’avortement ou l’accouchement prématuré, tout en continuant ensuite la thérapeutique indiquée précédemment.

Si au contraire l’état s’améliore, le régime lacté sera remplacé par le régime lacto-végétarien, puis par un régime blanc.

Nous ne saurions trop insister pour terminer sur le pronostic grave de cette affection que la provocation de l’accouchement est loin d’améliorer dans la majorité des cas.

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