‹ Clinique et thérapeutique obstétricales du praticienChapitre 242 sur 268 · TAMPONNEMENT · texte numérisé non relu

TAMPONNEMENT

L’expression « tamponnement » employée sans adjectif désigne, en langage obstétrical, le tamponnement vaginal ; il a joui autrefois d’une grande vogue comme traitement des hémorragies utérines de la grossesse, du travail ou de la délivrance, il est aujourd’hui à pen près universellement abandonné, ce qui est peut-être un peu excessif. Le gros grief dirigé contre lui est qu’il est illogique de tamponner le vagin pour arrêter une hémorragie utérine et ce reproche est fondé, quand il s’agit par exemple d’une hémorragie par inertie utérine, *il l’est beaucoup moins à notre avis cpiand il vise l’hémorragie par insertion du placenta sur le segment inférieur ; dans ce cas, en elfet, quand le vagin est correctement tamponné, le tampon applique plus étroitement le segment inférieur sur la présentation, surtout s’il s’agit d’un sommet. On conçoit très bien qu’une grande partie du placenta anormalement inséré puisse être efficacement comprimé à travers la paroi du segment inférieur et des culs-desac vaginaux. De plus, le tampon excite par sa présence les contractions utérines et son rôle est par là encore très utile.

Nous avons insisté dans un précédent article sur l’efficacité de la rupture large des membranes dans ces hémorragies, mais il n’est pas mauvais que le praticien puisse disposer d’un autre moyen susceptible de renforcer le premier en cas d’échec. On objectera peut-être que le meilleur de ces moyens, c’est le ballon, qu’il soit de Champetier ou de Boissard.il suffit d’avoir manié des ballons hors de l’hôpital, dans la pratique de ville ou de campagne, pour savoir à quelles difficultés on se heurte pour avoir sous la main au moment voulu un ballon en bon état qui ne crève pas à la première introduction de liquide. C’est à cause de cela que nous sommes persuadés de l’utilité pratique du tamponnement bien fait.

THÉRAPEUTIQUE OBSTÉTRICALE

V coté du tamponnement obstétrical prend place le tamponnement chirurgical, dans lequel le tampon est appliqué directement sur le point qui saigne. C’est ainsi (pie le tamponnement intra-utérin est d’application courante, il a été employé également dans les déchirures du col et du segment inférieur pour réaliser l hémostase et le pansement occlusif des lésions.

Nous exposerons successivement les indications, puis le manuel opératoire de ces deux variétés de tamponnement.

Indications. — a) Du tamponnement vaginal employé comme hémostatique.

C’est en première ligne l’hémorragie par insertion du placenta sur le segment inférieur, nous ajouterons : dans les cas où la déchirure large des membranes ne suffît pas à enrager V hémorragie.

Puis les plaies saignantes du col et du vagin, lorsqu’il est impossible de réaliser une hémostase directe par ligature et pincement des vaisseaux ou suture des lésions. A côté de cet emploi comme hémostatique, on peut utiliser le tamponnement vaginal comme excitateur des contractions utérines lorsqu’elles sont insuffisantes.

On peut encore s’en servir comme rétropulseur à action progressive et relativement lente dans les cas d’inversion utérine non immédiatement réductible.

b) Du tamponnement utérin.

Ce sont : les hémorragies utérines après l’accouchement ou l’avortement, lorsqu’elles ne cèdent pas aux autres

moyens et notamment à l'évacuation absolue de tout ce que peut contenir la cavité utérine, placenta, membranes ou caillots, ou encore lorsque, l’hémorragie étant arrêtée, on ne peut pas rester un temps suffisant auprès de la malade.

Manuel opératoire. — a) Tamponnement vaginal.

On se servait autrefois de bourdonne ts de charpie reliés en série par un fil, simulant une queue de cerf-volant. Actuellement le coton a remplacé la charpie et rien n’est plus aisé que de conserver dans une boîte soudée, stérilisée

THÉRAPEUTIQUE OBSTETRICALE

à l’autoclave, une quantité suffisante de ces queues de cerfvolant comprenant chacune 6 à 8 tampons de coton du volume d'une grosse noix. Ces pansements existent tout préparés industriellement, en tout cas rien n'est plus facile (|ue d’en faire préparer sur commande et d’en avoir chez soi une petite provision dont la conservation est indéfinie tant que la boîte n’a pas été ouverte. Le nombre des tampons à garder ainsi en réserve doit être assez considérable, Pajot, dans son style si pittoresque, avait coutume de dire qu'il en fallait plein son chapeau haut de forme et il avait la tête volumineuse. Si on tient compte de ce fait que le vagin bien tamponné doit être distendu au maximum, c’està-dire jusqu’au contact des parois du petit bassin, on voit qu’il faut avoir un nombre de tampons suffisants pour remplir l’excavation pelvienne.

Pour qu’un tamponnement au coton hydrophile soit efficace, il faut l’imperméabiliser au moins partiellement, sans cela il se laisse traverser par le sang avec la plus grande facilité. On peut le faire par un procédé très simple, facile à mettre en œuvre partout et qui assure en même temps lastérilisationducoton,si celle-ci n’apasétéfaiteantérieurement. Il suffit de porter de la vaseline, de l’huile ou de la graisse à l’ébullition dans une vulgaire poêle à frire. Les cotons qu’on jette dans ce bain sont à la fois graissés et stérilisés, il n'y a plus qu’à les laisser refroidir suffisamment.

L'application du tamponnement est simple, on peut le faire, en cas d’urgence et faute d’instruments, avec une simple pince à pansement guidée par les doigts de l’autre main ; mais il faut, toutes les fois qu’on le peut, se servir de valves qui permettront d’appliquer les tampons beaucoup plus méthodiquement.

A moins d’extrême urgence l’application doit être précédée d’une toilette et d’une injection minutieuses.

On tamponne d’abord les culs-de-sac vaginaux et l’orifice externe du col avec du coton hydrophile non imbibé de graisse pour faciliter la formation de caillots, puis, quand

THÉRAPEUTIQUE OBSTETRICALE

le fond du vagin est ainsi garni, on se sert des tampons graissés pour parfaire le tamponnement qui doit, nous ne saurions trop le répéter, distendre le vagin au maximum. Il suffit de chercher toujours à introduire de nouveaux tampons entre la paroi vaginale et ceux qui sont déjà placés et de procéder de la profondeur vers la vulve.

Le tamponnement ainsi fait est douloureux et pénible à garder, il peut exposer à l’infection quand l’asepsie a été insuffisante. On ne peut guère le laisser en place plus de vingt-quatre heures.

Ces inconvénients incontestables ont donné beau jeu à ses adversaires : il n’en subsiste pas moins que, malgré ses nombreux défauts, il peut rendre de très grands services lorsqu’on l'emploie à propos.

Nous serons très brefs sur la pratique du tamponnement utérin pour lequel on se sert non plus de coton mais de gaze en lanières de plusieurs mètres de long et de 2 à 5 centimètres de large, ourlée ou bordée pour qu’elle ne s’effiloche pas. On peut employer de la gaze stérilisée simple ou de la gaze à l’iodoforme ou au peroxyde de zinc. Ces mèches de gaze se trouvent toutes préparées dans le commerce, il faut rejeter celles qui seraient simplement empaquetées dans du carton et employer exclusivement celles qui sont renfermées dans des boîtes de verre ou de métal.

En principe, il faut toujours tamponner l’utérus sous le contrôle de la vue et par conséquent avec un spéculum ou des valves. En cas d’urgence après l’accouchement, on peut à la rigueur tamponner sous le contrôle des doigts.

Le principe est toujours le même, tamponner de la profondeur vers l'orifice utérin. Il est indispensable, quand on fait le tamponnement de visu, de fixer la lèvre antérieure du col avec une pince de Museux, et la meilleure pince pour porter la gaze est une pince légèrement courbe sur le plat, longueet rigoureusement lisse sur les deux faces internes des mors; cette pince a des anneaux comme une pince à pansement, il est inutile qu’elle porte une crémaillère de serrage.

T HERAPEUTIQUE O H ST ET R I G A L I î

On a imaginé des instruments spéciaux pour le tamponnement de la cavité utérine dans le but de faciliter cette petite opération et d’éviter la souillure de la gaze au contact des parois vaginales. Si on les possède, ils rendront service, mais ils ne sont nullement indispensables. Rien n’est plus facile en tamponnant, avec une valve ou un spéculum (pie d’empêcher le contact de la gaze et des parois vaginales.

Page 1