TOUCHER MANUEL
Le toucher manuel est un procédé d’investigation relativement, peu employé dans la pratique obstétricale, à laquelle il peut rendre cependant de très grands services. Nous avons constaté à maintes reprises que des erreurs de diagnostic et par cela même des interventions non indiquées et souvent dangereuses n’avaient été faites que parce qu’on avait négligé d’avoir recours à cette méthode d’exploration. Ldi grand nombre de traumatismes fœtaux et maternels parfois suivis de morts reconnaissent pour cause une absence de toucher menue! : savoir l’employer en temps voulu, ce sera souvent éviter à la mère et à l'enfant des accidents quelquefois redoutables. Nous croyons donc utile de rappeler ici les différents cas dans lesquels on devra pratiquer le toucher manuel soit pour confirmer un diagnostic hésitant, soit surtout pour rechercher l’obstacle qui empêche un accouchement de se terminer normalement, soit enfin pour découvrir la cause de certaines complications qui peuvent survenir au cours du travail et après l’expulsion du fœtus.
Le toucher manuel est l’introduction de la main dans les organes génitaux internes de la femme dans le but d’explorer le vagin, l’extérieur du muscle utérin, la cavité pelvienne et les organes voisins de l’utérus; il peut aussi être destiné à conduire la main jusque dans l’intérieur de la matrice, et il devient alors le toucher intra-utérin.
l'HÉR \PEUTIQUE OBSTÉTRICALE
Pour l’exécuter, il faut commencer par vider les réservoirs, vessie et rectum, puis faire une toilette savonneuse des organes génitaux internes et une injection vaginale antiseptique. La femme sera ensuite couchée dans la position obstétricale, le siège très rapproché du bord du lit; les jambes seront fléchies sur les cuisses et les cuisses sur le bassin; les membres inférieurs seront écartés; dans certaines circonstances exceptionnelles, le toucher manuel sera pratiqué dans la position génu-pectorale ou de Trendelenburg. Le médecin se savonnera et se brossera avec soin les mains et les avant-bras, il les plongera dans une cuvette remplie d’alcool à 90°, puis dans une solution antiseptique forte; il faudra d’autant plus redoubler de précautions qu’on fera le toucher pendant le travail ou après raccoucliement.
La face dorsale de la main, qui doit pénétrer dans les organes génitaux, sera enduite avec soin de vaseline stérilisée ou de savon pâteux antiseptique.
Se plaçant directement devant la femme, entre les deux cuisses, le médecin saisira le fond de l’utérus avec la main libre pour le maintenir pendant la durée de l’examen, les doigts de la main active seront réunis de façon à réduire le volume de cette dernière et à lui donner la forme d’un cône.
Elle sera introduite avec douceur et poussée très lentement, afin de distendre peu à peu l’orifice vulvaire et d’éviter les traumatismes du périnée et de la vulve. Dès que le plus grand diamètre de la main, correspondant au\ articulations métacarpo-phalangiennes, a dépassé l’anneau vulvaire, l’obstacle le plus important est franchi.
Le toucher manuel est souvent très douloureux et, pour le pratiquer, on est fréquemment obligé d’avoir recours à l’anesthésie générale. Celle-ci a l’avantage de supprimer non seulement la douleur, mais aussi les contractions musculaires, ce qui permet de ne pas se presser et de faire un examen plus complet. L’anesthésie est surtout indiquée chez les femmes nerveuses et chez les primipares; ces
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dernières ont toujours un anneau hyménéal intact, qui demande un certain temps avant d’être forcé ; c’est dans ces cas qu’il faut particulièrement agir avec beaucoup de lenteur et de douceur. L’anesthésie 11e pourra pas être employée, si le toucher manuel doit être fait dans la position génu-pectorale.
Pour rester sur le terrain clinique, nous partagerons ce travail en trois parties et nous indiquerons les avantages qu’on peut tirer du toucher manuel : 1° pendant la grossesse; 2° pendant l’accouchement, et 3° après l’expulsion du placenta.
1° Pendant la grossesse.
Pendant la grossesse, les indications sont beaucoup plus rares qu’au cours du travail: on peut être amené cependant à faire un toucher manuel dans diverses circonstances, soit pour rechercher l’existence d’une grossesse dans un utérus anormalement développé ou déplacé par la présence d’une tumeur de voisinage, soit pour établir le diagnostic de grossesse extra-utérine, soit encore pour trouver le col d’un utérus dévié, le plus souvent rétroversé. On peut être aussi conduit à avoir recours à ce mode d’exploration pour fixer le pronostic de l’accouchement et choisir une ligne de conduite dans certains cas de dystocie probable du bassin ou des parties molles ; on mettra ainsi la femme à l’abri des complications qui auraient beaucoup de chances de survenir au cours du travail. Le rôle du médecin ne consiste pas seulement à constater, il doit aussi prévoir les difficultés qui peuvent se présenter et mettre tout en œuvre pour les éviter ou pour les vaincre. Il ne faut pas oublier que l’accoucheur a deux existences a sauvegarder, celle de la mère et celle de l’enfant, et, en obstétrique, une complication quelconque peut compromettre les deux ou exiger le sacrifice de l’une pour sauver l’autre. L’idéal qu’il devra donc chercher a réaliser sera de mettre la mère et l’enfant dans les meilleures conditions possibles pour que l’accouchement se termine heureusement pour les deux.