‹ Clinique et thérapeutique obstétricales du praticienChapitre 246 sur 268 · HI · texte numérisé non relu

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accepter à la lettre la formule draconienne de larnier ? «Toutes les fois qu’on se trouve en présence d’une jeune lill(' qui a des phtisiques dans sa famille et qui à une époque antérieure a eu des symptômes de tuberculisation pulmonaire, une hémoptysie par exemple, il faut déconseiller le mariage, surtout si elle est âgée de moins de fit) ans... Si la femme est mariée, il faut déconseiller la grossesse et surtout les grossesses répétées. Si la femme vient d’accoucher, il faut déconseiller l’allaitement. »

Celte règle de conduite extrêmement sévère doit être envisagée différemment suivant les cas-: s’agit-il d’une jeune Hile ou d’une jeune femme considérée comme prédisposée à la tuberculose par ses antécédents héréditaires, il n’y a aucun doute, le mariage pas plus que la maternité ne doivent lui être interdits. L’allaitement lui-même peut être autorisé, surtout si Ton se trouve dans un milieu social permettant à la jeune mère de ne pas avoir d’autres causes de fatigue et de se conformer à des règles hygiéniques bien comprises.

Mais s’il s’agit d’une jeune fille ayant présenté antérieurement des lésions non douteuses de tuberculose pulmonaire guérie, nous ne pouvons plus trancher la question d’une façon aussi catégorique. De nombreux facteurs doivent dans ce cas être passés en revue : le degré des lésions, la forme qu’a présentée l’affection, la rapidité de sa guérison, l’époque à laquelle remonte cette dernière, la situation sociale de l’intéressée, son état de santé actuel. Il est certain que, si les lésions ont été très minimes, si la guérison a été obtenue rapidement et si elle remonte a plusieurs années , si la jeune lille a la facilité de prendre du repos, de vivre à la campagne, de laire de la suralimentation, on peut autoriser le mariage ou la grossesse, mais en ayant la précaution d’exposer à la famille les dangers possibles; en tout cas, il nous paraît prudent de déconseiller l’allaitement d’abord, les grossesses répétées ensuite.

Sommes-nous en présence d’une jeune fille ou d’une femme ayant eu des lésions accusées, dont la gmérison n’a

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été obtenue qu’avec beaucoup de difficultés, quelle que soit l’époque à laquelle elles remontent, quelle que soit sa situation sociale, quelque florissant même que soit son état de santé actuel, il est sage de suivre le conseil de Tarnier et de déconseiller le mariage ou la grossesse.

Dans le même ordre d’idées, il est prudent d’interdire le mariage à tout homme ayant des signes de tuberculose pulmonaire, car il serait un danger non seulement pour sa femme, mais encore pour ses descendants. Nous avons le devoir de toujours penser à l'espèce ; c’est là un des meilleurs moyens de lutter contre la propagation de la tuberculose.

Envisageons maintenant le cas d’une femme tuberculeuse enceinte, quelle devra être la conduite du praticien? Quel que soit le degré des lésions, début ou période terminale de l’affection, nous ne devons jamais discuter la question de l’évacuation utérine, dans l’intérêt de la femme tout au moins. Si nous avons cru nécessaire de faire cette réserve, c’est qu’on peut être amené à provoquer l’accouchement dans les derniers mois de la grossesse à cause des accidents asphyxiques de la mère, qui pourraient retentir sur la vie du produit de conception.

S’il s’agit en effet d’une tuberculose au début, rien ne prouve, comme nous l’avons vu, que la gestation en précipitera la marche ; est-on en présence de lésions plus accusées, inguérissables par conséquent, pourquoi sacrifier un enfant, qui a beaucoup de chances pour naître bien portant, dans le seul espoir de donner un peu de survie à une malade, en supposant même (pie l’évacuation utérine doive être suivie d’une amélioration ? N’a-t-on pas souvent constaté au contraire une marche plus rapide des lésions après l’avortement ou l’accouchement?

Toute thérapeutique obstétricale étant ainsi mise de côté, il ne nous reste que les secours de la thérapeutique médicale. Nous devrons en effet prescrire à toute femme tuberculeuse enceinte le traitement classique en l’exagérant

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meme. On conseillera en première ligne la cure de repos sur la chaise longue pendant plusieurs heures dans la journée, de préférence après les repas, en plaçant la malade près d’une fenêtre ouverte et en la couvrant de couvertures pendant la saison froide, et la cure d’air à la campagne, si c’est possible. Pour stimuler l’appétit on ordonnera une promenade quotidienne, le matin pendant l’été, aux heures où la température est le plus élevée an printemps et à l'automne.

Pour obtenir la suralimentation, on augmentera l'abondance des aliments au petit déjeuner et au goûter en insistant de préférence sur les œufs, les corps gras, les purées de légumes, les pâtes alimentaires, le fromage et le sucre. 11 ne faut pas oublier en effet qu’à côté de P affection médicale il y a la grossesse qui nécessite certaines précautions alimenl aires ; les aliments riches en toxines devront être défendus pour ne pas donner aux organes de défense, particulièrement au foie et aux reins, un surcroît de travail.

On ordonnera avant les deux principaux repas un des cachets suivants :

Phosphate tribasique de chaux 0,40 centigr,

Carbonate de chaux 0,20

après et avant le petit déjeuner une cuillerée à potage d’huile de foie de morue, mais à la condition qu’il n’y ait ni dégoût ni intolérance.

On pourra aussi pratiquer tous les mois une série de dix injections hypodermiques de cacodylate de soude :

Cacodylate de soude 0,50 centigr.

Eau distillée 10 grammes

Un centimètre cube tous les jours ou tous les deux jours.

Enfin on mettra en œuvre la révulsion locale, application de teinlure d’iode, badigeonnage de gaïacol, pointes de feu, chaque fois qu’elle sera jugée nécessaire.

Est-on en présence de lésions pulmonaires avancées, deuxième ou troisième période, il faudra surtout soutenir

RI JD AUX.

l’organisme en employant les moyens indiqués précédemment ou en les remplaçant par des lavements nutritifs, s’il existe des troubles gastriques ou de l’inappétence:

Jaunes d’œuf n° 2

Peptone 30 grammes.

Chlorure de sodium 1 —

Phosphate de soude 2 —

Lait 250 —

ou

Viande hachée 150 grammes

Pancréas de bœuf ou de porc 50 —

Eau chaude 100 —

En un mot, tous les efforts devront tendre à soutenir les forces de la malade pour permettre à la grossesse d’évoluer jusqu’à terme ou jusqu’à une époque le plus rapprochée possible du terme. C’est à ce moment-là seulement qu’on serait eu droit de provoquer l’accouchement, si l’état de la mère mettait les jours du fœtus en danger.

Pendant le travail, qu’il se soit déclaré spontanément ou qu’il ait été provoqué, il sera prudent de ne pas laisser la parturiente faire des efforts qui pourraient déterminer des hémoptysies ou des crises de suffocation, aussi est-il indiqué de terminer artificiellement l'accouchement, en recourant au besoin à l’anesthésie chloroformique, dès que les conditions pour intervenir sont favorables.

En cas de difficultés obstétricales dans un bassin coxalgique la symphyséotomie est contre-indiquée ; il en est de même dans un bassin atteint de sacro-coxalgie ancienne ou récente ; l’opération césarienne peut au contraire être pratiquée et donner d’excellents résultats.

Les suites de couches ne réclamant aucun traitement obstétrical particulier, la thérapeutique médicale sera continuée, elle variera suivant les périodes de la maladie.

Quant à l’allaitement, il sera formellement interdit, quel (pie soit le degré des lésions : sont-elles minimes, c'est l’intérêt de la mère; sont-elles accusées, l’intérêt de la mère et l’intérêt de l’enfant le commandent. Dans ce

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dernier cas meme il faut exiger, exigence qui peut paraître contraire aux lois humaines, l’éloignement de l’enfant. Celui-ci devra être mis en nourrice au sein à la campagne, car nous avons le devoir de modifier le terrain, tout en mettant le nouveau-né à l’abri de la contagion. C’est ce but qu’a cherché à atteindre le professeur Grancheren créant l’œuvre admirable qui porte son nom.

Si nous n’avons pas parlé des tuberculoses locales, c’est que la grossesse ne modifie en rien le traitement que réclament les lésions.

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