CONSTIPATION
La constipation, dont la fréquence dans le sexe féminin est bien connue, est très souvent augmentée par la grossesse. Elle peut être le point de départ de troubles généraux et de complications locales, aussi doit-elle toujours être recherchée à toutes les époques de la gestation.
Nous sommes persuadés qu’un grand nombre de troubles gastriques, qui accompagnent le début de la grossesse et qui sont considérés comme des signes dits sympathiques, sont en grande partie sous la dépendance delà constipation. Ses conséquences sont multiples, elle provoque la résorption des toxines intestinales qui, transportées par la circulation dans tout l’organisme, agissent spécialement sur le système nerveux et déterminent l'état nauséeux, les vomissements, les dégoûts, l’inappétence, si fréquemment observés dans les premiers mois et même pendant toute la durée de la grossesse.
D’autre part, la stase des matières fécales dans le gros intestin augmente le nombre et la virulence des microorganismes el particulièrement du col i-baci Ile, bote normal de l’intestin dans lequel il vit à l’état de saprophyte. Aussi a-t-on vu de véritables septicémies survenir au cours de la puerpéralité, tantôt pendant la grossesse, tantôt après l’accouchement; le coli-bacille virulent peut en effet franchir les parois de l’intestin et pénétrer dans les vaisseaux sanguins et quelquefois même dans les vaisseaux lymphatiques, S'ils restent dans la circulation, ils donneront naissance h une
septicémie généralisée ; viennent-ils au contraire à se fixer sur un organe, ils déterminent des affections locales. Ce s°nt habituellement sur 1rs organes de l’abdomen, modifiés
THÉRAPEUTIQUE ORSTETRICALE
par la gravidité, qu’ils se greffent, et plus spécialement au niveau des voies urinaires et du foie, que la grossesse transforme en lieu de moindre résistance. Aussi est-il permis de croire que certains troubles considérés comme gravidiques sont dus en réalité à des agents microbiens ou à leurs toxines venues de l’intestin.
La constipation se rencontre surtout chez la femme de la classe aisée. Elle s’installe avec d’autant plus de facilité et devient d’autant plus opiniâtre que le préjugé de croire aux dangers des laxatifs et des lavements pendant la grossesse est fort répandu.
Cette dernière prédispose à la constipation par le manque d’exercice auquel beaucoup de femmes se croient obligées de se soumettre, par la compression que l’utérus gravide retenu dans le petit bassin d’abord, la tête fœtale ensuite exerçant sur le rectum, enfin souvent aussi par le peu de nourriture absorbé; dans ce cas, la constipation est à la fois cause et effet. Le plus souvent la grossesse ne fait qu’exagérer la constipation, dans certains cas cependant c’est elle qui lui donne naissance.
A part quelques rares exceptions, elle peut donc être considérée comme constante; un certain nombre de femmes croient en effet avoir un fonctionnement intestinal régulier, alors qu’en réalité il n’y a chez elles qu’une expulsion du trop-plein, elles vont à la garde-robe par regorgement. C’est ce qui explique ces diarrhées trompeuses fréquentes chez les constipées, il ne s’agit pas toujours de débâcles, qui peuvent certainement exister, mais d’irritation de la muqueuse intestinale accompagnée souvent de sécrétions glandulaires et même de desquamation. L’entérite muco-membraneuse est précisément dépistée lorsqu’on se donne la peine de la rechercher; elle peut être produite, réveillée ou aggravée par la grossesse.
Les troubles généraux provoqués par la constipation sont nombreux. Nous citerons parmi les plus fréquents les vomissements, l’anorexie, la céphalalgie, certaines dernia-
THÉRAPEUTIQUE OBSTETRICALE 225
toses, l'albuminurie, la pyélonéphrite, Liclere. Quant aux troubles locaux, ce sont les hémorroïdes, les hémorragies utérines et l’avortement qui en sont la conséquence fréquente.
Traitement. — Aussi doit-on attirer l’attention de toute femme enceinte sur les dangers de la constipation et lui indiquer quelques laxatifs dont elle devra faire usage, il ne faudra pas seulement les lui ordonner en cas de nonfonctionnement de l'intestin, mais encore lui conseiller d’y avoir recours une fois par semaine, lorsque les évacuations sont normales en apparence. C’est le seul moyen de déterminer un ramonage complet de tout le tube intestinal et d’éviter les évacuations par regorgement.
Malgré le discrédit qu’on a voulu jeter ces temps derniers sur les laxatifs, l’abus de ceux-ci nous paraît présenter moins de dangers que « l’abus » de la constipation chez la femme gravide.
Les laxatifs sont trop nombreux pour que nous puissions meme citer les principaux; il faut surtout s’adressera ceux que la femme peut prendre sans difficultés et sans dégoût. S’agit-il d’une femme ayant des vomissements qui se produisent habituellement le matin, le médicament sera pris le soir au repas ou avant de se coucher; ce seront des pilules :
Calomel 0,03 centigr.
Extrait de belladone 0,02 —
des comprimés ; des cachets :
Poudre de cascara sagrada 0,25 —
des tisanes :
Écorce de bourdaine 3 grammes
qu’on fera bouillir pendant cinq minutes, cette décoction ^cra prise sucrée avant de se coucher»
mjDAUX»
in
THERAPEUTIQUE OBSTETRICALE
! )es poudres :
Poudre laxative du Codex 150 grammes
une cuillère à café dans un demi-verre d’eau qu’on boira le soir,
Si l’usage des laxatifs doit être répété, il faudra insister sur la nécessité d’en avoir plusieurs à sa disposition et de changer souvent pour éviter l'accoutumance et pour ne pas être obligé d’augmenter les doses.
Enfin dans un grand nombre de cas il faut en même temps que les laxatifs prescrire des lavements ou des suppositoires afin de stimuler les garde-robes. Ceux-ci seront pris ou places le lendemain du jour où le laxatif aura été absorbé et toujours à la même heure, pour habituer l'intestin à fonctionner régulièrement. Pour les lavements, il faudra avoir la précaution de conseiller le bock et la canule longue en caoutchouc souple, car les canules rigides peuvent déterminer des traumatismes, lorsque l’utérus rétroversé comprime le rectum.
De la constipation pendant les suites de couches. — Jusqu’ici nous n’avons envisagé la constipation qu’au cours de la grossesse ; après l’accouchement, elle est encore plus fréquente et plus grave à cause des accidents qu’elle peut déterminer.
Sa fréquence tient non seulement aux causes déjà énumérées, mais encore au repos, auquel sont soumises les nouvelles accouchées, et aux traumatismes subis par l’intestin pendant le travail. Il n’est pas rare après un accouchement laborieux de constater un ballonnement plus ou moins considérable du ventre dû à une véritable parésie intestinale ; dans ce cas, il existe presque toujours une constipation opiniâtre contre laquelle il faut lutter.
Sa gravité tient aux accidents stercorémiques qui peuvent éclater pendant le post-partum et faire croire à des phénomènes infectieux de source génitale, erreur de diagnostic entraînant avec «elle une erreur de thérapeutique, toujours
THÉRAPEUTIQUE OBSTÉTRICALE
inutile et souvent dangereuse. Mais ce ne sont pas là les seules conséquences de la constipation, celle-ci peut être le point de départ d’une véritable infection utérine; les infections puerpérales à coli-bacilles ont été en effet nette* ment différenciées par les méthodes de laboratoire.
Aussi pour toutes ces raisons, le fonctionnement de l’intestin doit-il préoccuper le praticien pendant la première semaine. Dès le lendemain de l'accouchement, il faut prescrire un laxatif, soit un cachet de Ogr. 25 de cascara sagrada, soit une cuillerée à café de poudre laxative ou de magnésie, etc., qui sera pris le soir et dont l’action sera aidée le jour suivant par l’administration d’un grand lavement. Notre conduite est habituellement la suivante: donner chaque matin un lavement ; si le résultat obtenu est insuffisant, prescrire un laxatif le même soir.
Pour éviter l’irritation de la muqueuse intestinale, nous conseillons de préparer ainsi le lavement : faire bouillir pendant vingt minutes dans un litre et demi d’eau une poignée de racines de guimauve, filtrer, laisser refroidir et ajouter deux à trois cuillerées à potage d’huile d’olives.
Ce lavement sera donné tiède et lentement avec un bock (mais pas celui qui sert aux injections) et une longue canule en caoutchouc souple, la femme étant couchée sur le côté droit.
La glycérine doit être évitée à cause des contractions intestinales qu’elle provoque ; nous l’avons vue dans deux cas déterminer de véritables crises de rectite avec hémor-
ragie.
Nous n’admettons aucune contre-indication au fonctionnement précoce de l’intestin. 11 est un usage encore fort répandu qui consiste à constiper les femmes chez lesquelles on a pratiqué une suture périnéale ; cette méthode est dangereuse non seulement pour l’état général, par suite des accidents qui peuvent survenir, mais encore pour les résultats opératoires.
En provoquant chaque jour des selles liquides grâce à
l’usage des laxatifs et des lavements, le périnée ne courra pas les risques auquel il est exposé lorsqu’on fait fonctionner l’intestin après cinq à six jours de constipation. 11 n’est pas rare à ce moment de le voir éclater sous l’influence de la distension que provoque l’énorme bol fécal expulsé. L’infection de la plaie qu’on redoute ne se produira pas, si l’on prend la précaution après chaque évacuation de l’irriguer soigneusement avec un liquide antiseptique et de la recouvrir ensuite d’une poudre isolante, nniodol, dermatol, salol. C’est la méthode que nous avons suivie dans plusieurs cas de déchirure du périnée, accompagnée de déchirures de la cloison rectale, elle a toujours été couronnée de succès.