ONZIÈME LEÇON
Prostatite chronique, abcès chroniques.
Messieurs,
Nous avons ierminé l’étude de la prostatite aigue, il nous faut actuellement étudier ta prostatite .chronique qu’il est imporlant CIO bien connaître, en raison des liens étroits qui l’unissent à la première et aux abcès aigus de cet organe. C’est eîTectivement assez souvent chez des sujets atteints de prostatite chronique que l’on voit se développer rapidement, à la suite d’un excès ou de tout autre cause, une inflammation aiguë de la prostate.
En quoi consiste donc cette prostatite chronique? C’est ce que je vais essayer devons décrire. Mais, Messieurs, il fautavant tout vous prévenir que le diagnostic n'est plus ici aussi facile que pour la prostatite aiguë, car l’alfection ne donnant lieu qu'à fort peu de signes, et surtout de signes douloureux, passe fréquemment inaperçue. Je vous dirai même que si vous interrogez les malades sur les signes de leur affection, le plus ordinairement ils vous renseigneront fort mal, aussi faut-il bien connaître ces signes et prendre l’habitude de les analyser avec soin. Trois grands symptômes caractérisent cette affection. Deux d’entre eux peuvent vous êlre fournis par le malade : ce sont l’existence d’une « goutte militaire» et de certains phénomènes qui accompagnent la miction. Enfin, le médecin explorant l’urèthre, pourra confirmer son diagnostic par une troisième variété de symptômes. Nous allons donc examiner successivement ces trois points.
En quoi consiste cet écoulement que l’on désigne ordinairement sous le nom de goutte militaire? c’est d’habitude un
liquide blanchâtre, mais à peine puriforme et filant, avec ce caractère particulier que si on le recueille, on y découvre de petits grains blanchâtres. Si enfin on l’examine au microscope, on yaperçoitune grande quantité de petites cellules arrondies et plus petites que des globules de pus, mais ce qui surtout achève de caractériser la nature de ce liquide, c’est la présence de petits cylindres vermiformes, qui résultent de l’agglomération de petites cellules par un mucus assez épais. Ces petits filaments qui sont quelquefois assez résistants sont en général microscopiques, mais peuvent dans certains cas acquérir une longueur de 1 millimètre et même davantage. La présence de ces filaments dan.s le liquide est pathognomonique de l’alTection prostatique; ils ont la forme et sortent à certains moments des tubes glandulaires de cet organe.
C’est ce liquide que certains jeunes gen.i, atteints antérieuremo-nt de blennorrhagie, rendent en plus ou moins grande abondance et que. pendant longtemps, on a pris pour du liquide spermatique en raison de l’odeur spéciale, qu’il répand. On croyait à l’existence d’une spermatorrhée, alors qu’il ne s’agissait que d’une prostatite chronique; il n’y a du reste pas le moindre spermatozoïde dans le liquide dont nous parlons. La quantité de liquide que l'on peut rendre dans la prostatite chronique est quelquefois assez abondante et équivaut à une demi-éjaculation.
Ce liquide peut être expulsé dans deux circonstances. Tantôt I ce sont les premières gouttes d’urine qui entraînent avec elles I un bouchon muqueux, blanchâtre, filant; tantôt c’est lorsque le I malade donne le dernier « coup de piston » et qu’il exprime en , quelque sorte sa prostate comprimée par les muscles du périnée ;
! il s’écoule alors quelques gouttes de ce même liquide. La défécation, surtout quand elle nécessite des efforts, produit souvent le meme résultat. C’est alors que le malade épouvanté vient nous trouver croyant être atteint de spermatorrhée.
A côté de cela il existe certains phénomènes subjectifs. Le malade ressent une très légèie douleur au début de la miction. Il arrive aussi qu’il .séjourne dans la partie prostatique de l’iirèthre quelques gouttes d’urine qui se mélangent avec le liquide prostatique. Or, lorsque le malade croit que la miction est totalement terminée, il rend quelques instants après, et le plus ordiment dans sa chemise, quelques gouttes de ce mélange d’urine
et do liquide prostatique. Ce sont là, vous le voyez, des signes fort délicats à saisir.
A côté de ces phénomènes perçus par le malade, il est une série désignés que le chirurgien doit rechercher.
Tout d’abord Pexploration de rurcthre avec une bougie à boule doit être pratiquée. On introduit d’emblée une boule assez volumineuse, si toutefois il n’y a point do rétrécissement. Aussitôt qu’on arrive au niveau de la portion membraneuse, chez beaucoup d’individus, surtout chez ceux qui sont irritables et nerveux, on rencontre une légère résistance due à la contracture du sphincter de cette région. Jusque là il n’y a aucune douleur notable; mais à peine a-t-on passé ce léger obstacle, qu’aussitôt la douleur devient vive, cuisante et le malade accuse une violente envie d’uriner. Si vous allez plus loin, la douleur disparaît, car vous avez pénétré dans la vessie. En retirant l’olive les mêmes phénomènes se reproduisent, mais en sens inverse. C’est donc le frottement de l’olive sur la région malade qui provoque cette douleur vive.
Dans le plus grand nombre des cas, dans les vieilles prostatites chroniques, on ramène avec l’explorateur un peu de liquide légèrement jaunâtre. De plus, si après avoir pressé sur la prostate par le toucher rectal, on produit une pression analogue sur le canal de l’urèthre depuis la racine des bourses jusqu’au méat, on peut amener une gouttelette de ce liquide prostatique jusqu’à l’entrée du canal.
Avec tous ces signes, si vous voulez bien examiner voire malade, je crois. Messieurs, que dans la majorité des cas vous pourrez établir assez sûrement le diagnostic de cette affection.
Mais, si nous poussions plus loin eette étude, nous verrions que tout malade atteint d’irritation chronique de la région profonde de l’urèthre, est menacé, au moindre excès, d’une poussée de prostatite aiguë ou d’un abcès de la prostate ; ce sont en effet ces malades atteints de prostatite chronique qui peuvent d’un moment à l’autre avoir une poussée aiguë secondaire: telle que nous l’avons étudiée dans les leçons précédentes.
Je termine. Messieurs, par le traitement de cette affection qui est le plus en usage aujourd’hui. Ce traitement, perfectionné par M. le professeur Guyon, m’a donné jusqu’ici un certain nombre de résultats excellents ; c’est la cautérisation légère du point malade. Lallemand employait le nitrate d’argent en nature.
mais cette cautérisation est souvent fort douloureuse et quelquefois trop énergique, M. Guyon instille quelques gouttes d’une solution de nitrate d’argent au centième ou au cinquantième. Si vous avez suivi les phases de l’exploration de l’urèthre telle que je vous l’ai décrite, vous saisirez facilement le procédé opératoire. M, Guyon se sert d’une tige creuse, terminée par une petite boule également creuse et perforée. A cette bougie il adapte une seringue dePravaz qui contient la solution caustique, ce qui lui permet d’instiller le nombre de gouttes nécessaire. On visse alors la*^ seringue sur l’extrémité de la bougie, on amorce, c’est-à-dire que l’on fait arriver le liquide à fleur de l’orifice de l’olive, puis on introduit une bougie. Aussitôt que le malade accuse une douleur un peu vive, on s’arrête car l’olive a atteint le point malade. On instille alors avec la seringue do Pravaz, deux, quatre, huit gouttes, etc. J’emploie, suivant les cas, une solution au cent cinquantième, au centième rarement, au cinquantième. Il est souvent préférable de ne pratiquer l’instillation que lorsqu’on provoque de la douleur localisée en retirant la boule préalablement introduite dans la vessie.
Celte cautérisation détermine en général peu de douleur, c’est plutôt une sensation de chaleur qu’éprouve le malade. Au bout de quatre à cinq jours, il rend une petite membrane blanchâtre entraînée par le mucus. On peut renouveler à plusieurs reprises cette cautérisation. C’est en somme un moyen délicat et souvent efficace; mais. Messieurs, il faut savoir que chaque fois que chez un sujet atteint do prostatique chronique, vous provoquez une irritation quelconque, vous vous exposez à provoquer le développement d’une orchite, car l’infiammation de la région prostati.(ue peut se propager aux canaux déférents; cependant en agissant graduellement et avec prudence, vous éviterez le plus souvent cet accident. Je vous ait dit que, chez les individus atteints de prostatite chronique, c’était à la suite d’un excès, d’une irritation de l’urèthre que se développaient des abcès aigus mais quelquefois aussi on voit^naîlre des abcès chroniques. Ces derniers cependant sont le plus souvent consécutifs aux tubercules de la prostate. En vous parlant de la tubercule génitourinaire, j’ai suffisamment insisté sur ce peint pour n’avoir pas à y revenir. Ces abcès peuvent, en formant dé vastes cavernes, provoquer des désordres considérables, et. Messieurs, autant les abcès aigus ont tendance à fuser latéralement, autant les abcès
chroniques ont tendance à s’ouvrir dans Turèthre ou dans le rectum.
Cette différence dans la marche des abcès lient peut-être à ce fait que l’abcès aigu est presque toujours périprostatique, au même titre que l’adéno-phlegmon suppuré qui se trouve dans l’atmosphère celluleuse qui entoure le ganglion, tandis que l’abcès chronique se développe dans l’épaisseur même de la glande, et au lieu de fuser cherche une issue rapide au dehors de l’enveloppe fibreuse de la prostate.