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DOUZIÈME LEÇON

L’hypertrophie de la prostate.

Messieurs,

Avant d’étudier avec vous l’hypertrophie de la prostate avec ses variétés et ses conséquences cliniques, il est utile de vous rappeler en quelques mots quelle est la disposition de cet organe.

La prostate a une forme irrégulièrement pyramidale, la pointe regardant en avant et embrassant l’urèthre, la base entourant le col de la vessie, et les canaux éjaculateurs. Elle semble constituée par deux parties soudées sur la ligne médiane, aussi sa face postérieure, celle qui correspond au rectum, est creusée d’un sillon facile à sentir avec le doigt, par le toucher rectal.

L’urèthre traverse la glande suivant son grand axe, en passant entre les deux lobes, mais en laissant en avant une quantité de tissu très minime, tandis que, en arrière, le tissu de la prostate est très épais. Vous pouvez déjà comprendre combien l’augmentation de volume des lobes de la prostate peut modifier la forme et la direction du canal qui est emprisonné entre eux, c’est ce que vous verrez dans le cours de cette leçon.

Mais ces détails ne sont pas suffisants; il existe, en effet, vers la base de la prostate, entre les deux canaux éjaculateurs, immédiatement au-dessous du col de la vessie, une petite partie glandulaire, qui a été signalée par Home et qui est connue sous le nom de lobe moyen. Très petit et rudimentaire dans le jeune âge, ce lobe peut acquérir un volume considérable, au moins égal à celui des autres parties de la glande. Son développement exagéré produit une déformation de la l'égion telle que la partie

postérieure du col vésical et de la partie voisine do la paroi de la vessie est repoussée en haut.

L’hypertrophie de la prostate consiste dans l’augmentation de volume do cet organe qui peut porter sur toute la glande ou sur lino partie limitée de cet organe. On a ainsi aiïaire, soit à une hypertrophie totale, soit à une hypertrophie partielle.

L’hypertrophietolaleest la plus rare; en tous cas, les déformations qu’elle produit du côté de l'urêtlire se comprennent plus facilement lorsqu’on connaît la façon dont se comporte l’hypertrophie d’un ou de plusieurs des lobes.

Lorsque la lésion s’empare des lobes latéraux, ceux-ci se développent surtout en se portant en avant et en haut. Ils ont donc pour effet d’augmenter dans le même sens le canal de l’urèthro qu’ils limitent. Ce canal subit donc les modifications suivantes : au lieu d’être presque circulaire, sa lumière a la forme d’une fente antéro-postérieure, sa lorgueur au lieu d’être 2 centimètres à 2 centim. 1/2 atteint jusqu’à 4 centimètres et plus ; enfin, l’orifice supérieur ou vésical se trouve transporté 'sur un plan supérieur. Cette dernière déformation vient de ce que la pointe do la prostate, étant bridée en bas par l’aponévrose de Carcassonne, l’augmentation de volume delà glande a pour effet d’élever sa base et, par conséquent, le col vésical.

L’augmentation de longueur de l’urèthre intra-prostatique a pour effet également de modifier la courbe générale do cette partie du canal en l’amplifiant de là, l’emploi des sondes à grande courbure dans ce cas particulier.

Mais il peut arriver que l’hypertrophie des lobes latéraux, au lieu de former de chaque côté du canal des parois verticales et régulières, déforme, au contraire, les limites de l’urèthre et le rende tortueux et irrégulier. Cola s’explique facilement, comme nous te verrons plus loin, quand on sait que dans l’épaisseur du parenchyme de la glande peuvent se développer de petits corps fibreux, venant proéminer sous la muqueuse uréthrale et rendant celle-ci irrégulière.

Vous pouvez juger dès-lors des variétés infinies que peuvent présenter ces déformations sur lesquelles je n’insiste pas davantage.

Le lobe moyen, si petit chez l’adulte, au point d’être difficile à reconnaître môme par une dissection minutieuse.subit souvent uneauementationdevolume; nous en avons déjà parlé. 11 s’insinue

alors entre les canaux éjaculateurs, soulève la partie postérieure du col vésical et produit des déformations caractéristiques du côté de la vessie et du côté de Turèthre.

Du côté de la vessie, le soulèvement de la partie voisine du col et du col lui-même amène le développement d’une cavité postérieure et déclive, qu’on désigne généralement sous le nom de bas-fond. Celte partie déclive présente l’inconvénient suivant : l’urine en est difficilement expulsée, les calculs y séjournent avec facilité, et l’exploration de cette partie est rendue très difficile. Vous apprendrez plus tard à connaître toutes les conséquences de cette déformation.

Du côté de l’urèthre, il se produit un changement de courbure brusque, formant un angle souvent'presquc droit, regardant en avant. Comme ce changement de courbure se fait très près de l’orifice vésical et que souvent la partie hypertrophiée est assez volumineuse, une sonde introduite dans le canal est arrêtée par cet obstacle et, à moins d’avoir une forme particulière, ne pénètre pas.

La sonde à béquille qui reproduit par son extrémité la courbure du canal est, dans ces cas, le meilleur appareil à employer.

Mais, Messieurs, ce n’est point toujours du côté de rurèlhrc que se développe la prostate, quelquefois l’hypertrophie porte surtout en arrière de l’urèthre, vers le rectum ; c’est alors de ce côté que se manifestent quelques troubles.

Mais il faut se demander aussi à quel degré commçuce l’hypertrophie,et surtout quand on l’envisage comme une lésion véritable. A l’état normal, la prostate, d’après Thompson, pèse environ de 17 à 25 grammes; or, on peut dire que toute prostate qui pèse plus de 35 à 40 grammes est en voie d’hypertrophie ; le poids moyen d’une prostate hypertrophiée est de 80 à 120 grammes et même 250 grammes.

Un fait curieux qui ressort des travaux les plus récents, c’est que l’hypertrophie ne commence guère presque jamais avant 55 ans. De plus certains individus^ sont fatalement voués à l’hypertrophie prostatique, ils ont dès 55 ansune hypertrophie qui augmente lentement, sourdement, et quelquefois ce n’est qu’à 80, 90 ans qu’ils ont des accidents. Tout individu âgé n’a pas d’hypertrophie prostatique par le fait de l’âge; cependant cette affection est très fréquente, beaucoup en ont, mais on n’en

connaît point les causes, et toutes celles qu’on a invoquées jusqu’ici ne sont nullement démontrées.

En quoi consiste la lésion? C’est par là que je vais terminer celte leçon. L’hypertrophie prostatique peut porter sur trois éléments à la fois : le tissu conjonctif, le tissu musculaire et les glandes. Mais ordinairement c’est la gangue qui s’hypertrophie seule, c’est-à-dire cette portion formée du mélange du tissu conjonctif et des fibres musculaires lisses ; d’autres fois, c’est sur le tissu glandulaire que porte l’augmentation de volume. L’hypertrophie vraie est celle dans laquelle tous ces éléments augmentent, c’est la forme la moins fréquente; le plus ordinairement, 5 à 6 fois sur 10, ce sont les éléments conjonctifs et musculaires qui s’hypertrophient. Comme cette altération se fait seulement par places, elle donne naissance à de petites tumeurs ariondies, formées de faisceaux de fibres musculaires disposés en tourbillons. Ces tumeui’s se creusent des cavités, dans lesquelles elles sont isolées presque complètement des tissus voisins et souvent facilement énucléables.

Ce sont en définitive de véritables fibro myomes, analogues à ceux de l’ultérus, qui se développent aux dépens de la prostate, avec cette différence, toutefois, que ces derniers sont fort petits et fort nombreux; certaines prostates en sont remplies, et, quand on pratique une coupe, ils font saillie à la surface.

Quant à l’hypertrophie glandulaire, elle n’.existerait point isolement d’après la plupart des auteurs, elles sont, en résumé, les modifications les plus ordinaires que subit la prostate lorsqu’elle est atteinte d’hypertrophie; dans notre prochaine leçon, nous verrons quelles en sont les conséquences.

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