DIX-SEPTIEME LEÇON
De l’épididymite blennorrhagique.
(Suite).
D’après ce que nous avons vu dans la leçon précédente, on peut diviser les lésions de l’épididymite aigue et de la déférent! te qui l’accompagne toujours en quatre degrés.
Dans le premier, la muqueuse seule est prise.
Dans le second degré, la muqueuse et les parois du canal dé- férent sont attaqués dans toute leur épaisseur. J
Le troisième degré comprend des lésions plus avancées. Le j tissu cellulaire de l’épididyme et du cordon est envahi.
Enfin dans le quatrième, l’inflammation a traversé la tunique j fibreuse commune et a envahi le tissu cellulaire et la peau du scrotum.
Dans ces trois derniers degrés la tunique vaginale est également enflammée.
Mais, Messieurs, il faut savoir ce que [deviennent ces lésions inflammatoires. C’est là un point que nous allons examiner. Les parties dans lesquelles l’inflammation commence tout d’abord à; s’améliorer sont le tissu cellulaire périphérique et les éléments du cordon, quand les lésions ont atteint leur maximun, c’est-à-dire, le quatrième degré. L’inflammation abandonne ensuite le tissu' cellulaire de l’épididyme et enfin les parois du canal déférent. C’est donc de la périphérie vers le centre que se fait la résolution. Cependant, dans presque tous les cas, on voit persister quelques • lésions ; car, alors même que le malade ne souffre plus et commence à marcher sans difficulté, on trouve encore une nodosité la queue de l’épididyme, et cela presque indéfiniment dans
le cas où l’inflammation a été très-intense. On trouve également un gonflement du canal déférent qui peut être très-minime, mais toujours manifeste, ce qui tient à la prolifération conjonctive qui s’est effectuée dans les parois de ce conduit. Cette induration donnera naissance à une zône de tissu fibreux dont nous verrons plus tard l’importance au point de vue des conséquences ultérieures de cette affection.
Que sont devenus les spermatozoïdes au contact du liquide purulent que nous avons signalé dans les voies spermatiques? C’est là, Messieurs, une question de grave importance sur laquelle j’attire votre attention. D’après mes recherches personnelles qui ont été consignées dans un article que j’ai fait paraître cette année dans les Annales de dermatologie et de syphiligraphie (1880). {Des altérations du sperme dans l'épididymite hlennorrhagiqué), ils persistent pendant une période de dix à vingt-cinq jours, c’est-à-dire que ceux qui existaient dans les voies spermatiques avant le début de l’inflammation s’y retrouvent pendant cette période. Chez les malades, qui n’ont eu qu’une inflammation légère, ces spermatozoïdes ne disparaissent pas, mais lorsque ces lésions inflammatoires ont été portées à leur niaximun, on ne trouve plus dans le canal qu’un liquide purulent, dans lequel il n’existe aucun spermatozoïde ni vivant ni mort; et c’est surtout dans les cas d’épididymite double que cela se constate le plus fréquemment.
M. le professeur Gosselin a démontré que, chez quelques individus, les spermatozoïdes qui semblaient avoir disparu complètement peuvent reparaître au bout de quelques mois, mais en faisant remarquer que, à partir de cinq mois après la guérison de l’épididymite, leur réapparition est un fait rare, sinon problématique.
A quoi tiendrait cette absence complète des spermatozoïdes? jPour M. Gosselin elle serait due à la nodosité qui oblitérerait Iles canaux de la queue de l’épididyme; le tissu conjonctif qui la iforme étranglerait les canaux et s’opposerait au passage des [spermatozoïdes. Mais y a-t-il vraiment oblitération ? Je ne sauirais l’aftirmer. M. Gosselin, pour démontrer cette oblitération, avait Ifait dans le canal déférent des injections d’un liquide coloré. Ce liquide était de 1 essence de térébenthine. Voyant que l’injection s arrêtait et ne dépassait pas les canaux de l’épididyme, M. Gosselin en conclut à l’oblitération de ces canaux. Mais, Messieurs,
cotte oblitération, comme je vous l’ai dit, ne peut pas être démontrée par une injection, car si celle-ci ne passe pas, c’est que probablement le muco-pus contenu dans le canal déférent est chassé par le liquide à injection, et formant bouchon, s’oppose à son passage à travers les canaux de l’épididyme.
En lisant avec attention le mémoire de M. Gosselin, vous verrez que dans quelques cas il a pu faire pénétrer l’injection dans l’ôpididyme, alors que la nodosité de la queue de cet organe existait; vous verrez de plus que deux de ses observations ont trait à des organes atteints de tuberculose probable, ce qui change la nature des lésions. Je crois donc pouvoir vous répéter encore que l’oblitération des voies séminales n’est pas absolumentdémontrée, et que nous aurons à nous expliquer plus tard sur ce point.
Une autre raison qui me permet de douter de la réalité de cette oblitération vient de ce que, d’après M. Gosselin, la nodosité persistante, qui est pour lui cause de l’imperméabilité, est le signe clinique de l’absence des spermatozoïdes, en un mot, pour lui toutes les fois que la nodosité existe, il y a absence de spermatozoïdes dans le liquide éjaculé.
Eh bien. Messieurs, cette proposition n’est pas vraie dans tous] les cas, surtout en tenant compte de la rigueur de cet aphorisme.' Godard, Liégeois dans leurs recherches sur le sperme, moi-môme dans l’article que je vous signalais plus haut, avons cou- i staté nettement l’absence des spermatozoïdes chez des individus ] qui n’avaienc plus aucune trace de nodosité au niveau de la queue 1 de l’épididyme. Chez eux l’épididyme des ceux côtés (car il s’agit j d’individus atteints d’épididymite bilatérale quelque temps aupara- 1 vant) paraissait intact et parfaitement revenu à l’état normal, j J’observe actuellement un malade, jeune encore, vigoureux, ma- ■ rié depuis quatre ans, sans enfants, mais remplissant largement ses devoirs conjugaux. Le sperme de cet homme, abondant, lé- ' gèrement verdâtre ne contient aucun animalcule et cependant les i deux épididymes sont ou semblent absolument normaux. î
Maintenant, Messieurs, que nous connaissons dans tous leurs j détails les lésions anatomiques de l’épididymite aiguë, passons '■ à l’étude des symptômes. J’aurais pu vous donner un résumé de ' quelques expériences que j’ai faites avec mon ami le Df Malassez et qui ont eu pour but de compléter l’étude de l’anatomie pathologique de l’épididymite. Le résultat de nos recherches est consigné dans un mémoire paru cette année (1880),dans les Ar-
chives de physiologie. Mais dans le courant de cette leçon je vous ai donné quelques détails tirés de ce travail, je n’y reviendrai donc pas actuellement.
Symptômes.
La douleur est le premier phénomène que l’on constate; elle existe environ 18 fois sur 20; elle est variable par son siège et son intensité. Le premier point où on la rencontre est le pli de l’aine; là, la douleur peut précéder de quelques heures l’apparition de la douleur testiculaire; dans les deux points, elle est au début peu intense, mais bientôt elle devient plus vive et s'accroît par les mouvements, la marche ou le moindre contact. Quelquefois aussi les douleurs spontanées sont très intenses. On trouve aussi fréquemment une douleur lombaire, moins intense en général que les premières ; on peut enfin rencontrer divers points douloureux : à la face supérieure de la racine de la cuisse, le long du trajet du canal inguinal, et c., c’est en un mot à une névralgie lombo-iliaque que sont dus tous ces points douloureux; c’est là l’opinion de mon collègue M. Mauriac. Bientôt après l’apparition do ces douleurs intenses surviennent les phénomènes inllaminatoires.
Lorsque vous palpez légèrement le canal déférent, si vous le trouvez peu volumineux bien que douloureux, c’est que la muqueuse seule est prise. Si au contraire le tissu cellulaire est envahi ainsi que les parois du cordon, on sent une masse pâteuse et indurée que l’on peut suivre jusqu’au niveau de l’épididyme, qui de son côté est volumineux, empâté et douloureux et coiffe le testicule à la manière d’un casque. Nous avons vu à propos de l’anatomie pathologique la raison de ces divers phénomènes. Je n’insiste donc pas. Si nous ajoutons à cela qu’il existe un léger mouvement fébrile, un étatsaburral de la langue, etc., nous aurons le tableau de cette affection durant les trois ou quatre premiers jours.
Vers le quatrième jour les phénomènes deviennent plus sérieux. Le scrotum est rouge, gonflé, sensible à la moindre pression, et douloureux au point que certains malades sont pris do délire et quelquefois môme de syncope. Ces douleurs tiennent à l’inflammation de la tunique vaginale et à sa distension par un épanchement de liquide dans sa cavité. Il suffit souvent dans ces circonstances de ponctionner la vaginale d’après lamé-
thode de Velpeau et de retirer quelques grammes de liquide pour amener rapidement une amélioration notable de tous ces phénomènes. Mais, Messieurs, comment reconnaître l’existence de ce liquide en général fort peu abondant? Voici comment vous procéderez pour arriver à ce résultat. Vous prenez le testicule de la main gauche, entre les quatre doigts d’un côté et le pouce de l’autre, puis avec un doigt de la main droite vous appuyez brusquement sur la face antérieure. Vous sentirez tout d’abord une résistance molle qui fuira sous le doigt et vous percevrez plus profondément un corps assez dur et résistant qui n’est autre que le testicule. Tel est le moyen le plus simple et le plus commode.
Disons enfin pour compléter cette description clinique qu’il existe quelquefois une douleur dans le rectum causée par la compression du canal déférent par une masse fécale.
Vers le douzième ou quatorzième jour, les phénomènes inflammatoires cèdent, en commençant par la périphérie, comme nous l’avons vu à propos de l’anatomie pathologique, et vers le trentième jour la guérison semble complète ; mais, vous le savez il faut toujours faire des réserves relativement à la spermatogenèse.