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CHAPITRE PREMIER

Le nombre des cas de rhumatisme, entrés dans le service de M. le professeur Vulpian, a été particulièrement nombreux, et par une singularité, qui se montre quelquefois en clinique, la plupart des exemples que nous avons eus sous les yeux ont présenté un grand intérêt pratique; M. Vulpian, à propos de chacun de ces cas, a fait ressortir ce qui constituait son importance spéciale. L'histoire du rhumatisme envisagé dans son ensemble, comme diathèse, ou considéré seulement au point de vue descriptif, dans ses détails, est aujourd'hui à peu près complète, ou du moins il existe une foule de documents sur ce sujet ; témoin, ceux rassemblés par M. Besnier, dans l'articl esi remarquable du Dictionnaire encyclopédique; cependant, bien des points restent en litige, et il s'en faut que tout soit dit à cet égard ; il est telle ou telle conception doctrinale sur la valeur de laquelle l'avenir doit prononcer. Il importe donc d'accu-

CUNIQUE MÉDICALE. i

muler les faits cliniques qui peuvent fournir des éléments à la discussion des problèmes encore pendants, et des données aux solutions que comportent ces problèmes. Les faits que je vais citer me paraissent offrir, sous ce rapport, un certain intérêt. Les observations dont il s'agit, au nombre de vingt-quatre, comprennent presque toutes les variétés du rhumatisme.

— Au point de vue étiologique, il est peu de particularités intéressantes à faire ressortir. On sait à combien de discussions les questions de climat, de saisons, d'humidité, d'hérédité, etc., ont donné lieu; les documents qui suivent n'ajoutent pas grand'chose aux faits connus. Je ferai cependant ressortir le point suivant de l'observation n° 1 ; il y est noté que la première atteinte de rhumatisme articulaire aigu a été consécutive à une blennorrhagie ; cette atteinte paraît bien avoir été une attaque de rhumatisme articulaire aigu classique, et non une des formes quelconques du rhumatisme blennorrhagique. A partir de ce moment, le malade a été constitué rhumatisant ; en outre, il a eu de V endocardite aiguë.

— Les observations II et III sont de beaux exemples de ce qu'on décrit sous le nom de rhumatisme cutané, lénifiions scarlatini formes liées au rhumatisme articulaire aigu; l'observation II est particulièrement intéressante. Les phénomènes rhumatismaux chez la malade, ont été des plus complexes, des plus variés ; la marche qu'ils ont suivie, leur enchaînement doivent surtout être indiqués. La première manifestation rhumatismale chez la jeune fille, dont l'observation II relate la maladie, a consisté en des troubles de la vision, au commencement du mois d'avril ; l'examen ophthalmoscopique a montré nettement l'existence d'une rétinite rhumatismale. Elle était depuis quelques jours à Paris, en traitement pour ses yeux, quand elle fut prise de mal dé gorge, de difficulté d'avaler; en

même temps, elle eut une fièvre assez vive, et bientôt une éruption scarlatiniforme des mieux accusées se montra. C'est à ce moment (27^avril) qu'elle entra dans le service de M. Vulpian. L'aspect de la peau était si caractéristique que, pendant les premiers jours, on hésita longtemps avant de poser un diagnostic définitif; mais les jours se passèrent, et la desquamation caractéristique de la scarlatine ne se produisit pas ; il y eut seulement quelques petites lamelles furfuracées au niveau des coudes et des genoux. Je sais que les auteurs ont signalé des cas de scarlatine dans lesquels la desquamation avait été presque nulle ; cependant c'est là, et de l'avis de tous les observateurs, la trèsrare exception ; d'ailleurs la marche ultérieure des accidents montra bien qu'on s'était trouvé en présence de véritables accidents cutanés dus au rhumatisme. La malade était à peine guérie de son éruption scarlatiniforme qu'une nouvelle éruption, limitée au cou, à la face, au devant de la poitrine, aux bras, apparut vers la fin du mois de mai. Cette éruption était constituée par des plaques d'urticaire, qui ont été la cause de très-vives démangeaisons, et d'excoriations multiples de la surface cutanée. L'urticaire se montrait, durait un certain temps, faisait place à de nouvelles poussées en disparaissant, et aujourd'hui, 1er août, les mêmes phénomènes, un peu moins accentués, un peu moins accusés, se reproduisent encore; il y a donc une véritable atteinte ^urticaire chronique.

Pendant l'évolution de ces divers accidents, la malade, un mois environ après son entrée à l'hôpital, éprouva des douleurs sourdes, parfois assez vives, dans les coudes, les épaules, les poignets; ces douleurs persistèrent une huitaine de jours ; elles n'ont pas été accompagnées d'un gonflement notable des articulations douloureuses. Le 10 juin, la jeune fille est prise de fièvre, de courbature, d'une sensation d'angoisse précordiale, et l'auscultation

du cœur montre l'existence d'un bruit de souffle fort, au premier temps, et à la pointe, bruit de souffle qui n'existait pas auparavant. Les jours suivants, l'état fébrile disparut, mais la lésion cardiaque persista, et elle persiste encore aujourd'hui ; il en est de même de la lésion oculaire, car il existe toujours un œdème notable de la papille. Le traitement des accidents de l'œil, par l'injection souscutanée péri-orbitaire, d'un milligramme de strychnine, ne produisit pas une amélioration notable ; quelques ophtalmologistes, comme on le sait, ont annoncé avoir eu de bons résultats, par ce procédé de traitement; la strychnine redonnant du ton aux vaisseaux, diminuant ainsi les congestions, et faisant disparaître les transsudations séreuses. De temps à autre, il se fait encore de nouvelles poussées d'urticaire.

Gomme on a pu le voir par le résumé que je viens de rapporter, l'observation de cette jeune malade est des plus intéressantes. C'est bien à la diathèse rhumatismale que nous avons eu affaire, et elle s'est présentée sous un aspect singulier; elle a eu des localisations relativement rares; enfin, elle a été accompagnée d'une complication grave, je veux parler de la lésion mitrale que j'ai mentionnée ; ce qui prouve que , dans les formes les plus insolites du rhumatisme, comme clans l'espèce, où, en somme, il s'est surtout agi d'un rhumatisme cutané, on peut observer des complications du côté du cœur.

— L'observation III doit être rapprochée de la précédente. Dans ce cas, il s'est agi vraisemblablement aussi d'une éruption scarlatiniforme , et non d'une véritable scarlatine. La malade était fille de rhumatisant; elle-même avait eu plusieurs fois du rhumatisme articulaire aigu; Téruption n'a pas été suivie de desquamation; en outre, il n'y a pas eu d'albuminurie, à aucun moment donné de l'évolution de la maladie. Le diagnostic n'a cependant pas

été posé d'une manière absolue, et il ne pouvait en être autrement; on sait en effet combien, dans des cas analogues, il est difficile d'être affirmatif, même alors que, comme dans le fait en question, l'éruption est surtout prononcée au niveau des jointures, et dans le sens de la flexion.

— L'observation IV est un cas d'érythème papuleux, évoluant chez un malade atteint de rhumatisme musculaire (lumbago) ; de plus, il y a eu de l'angine rhumatismale ; le malade a été pris de fièvre, de courbature, de douleurs très-vives en avalant ; la gorge était rouge, etc. Il est bien plus commun d'observer l'érythème papuleux, dans le cours du rhumatisme articulaire aigu, que dans le cours du rhumatisme musculaire. L'autre particularité clinique intéressante est l'angine rhumatismale, encore contestée aujourd'hui par un certain nombre d'auteurs, qui ne voient là qu'une angine ordinaire chez un rhumatisant. Or, en réalité, il est très-commun de rencontrer, au moins dans le rhumatisme articulaire aigu, des accidents rhumatismaux de l'isthme du gosier. L'attaque de rhumatisme articulaire aigu commence même souvent par une angine qui est incontestablement une manifestation rhumatismale d'invasion.

— L'observation Y mérite une mention tout à fait spéciale. Il s'agit d'un rhumatisme articulaire aigu, ayant présenté, dans le cours de son évolution, une complication cutanée, de l'érythème papuleux, et une complication vésicale. Le malade souffrait de ses articulations depuis quatre semaines environ, quand, sans cause connue, sans aucun accident particulier appréciable, il est pris de rétention d'urine; on fut obligé de le sonder, et l'on constata, alors, un spasme du canal de l'urèthre, des plus évidents; l'urine ne contenait ni albumine, ni pus. Les jours suivants, la rétention d'urine persista; il en fut ainsi pendant neuf jours, et pendant ce temps, le spasme du col vésical et du canal de l'urèthre sembla s'accroître un peu tous les jours. La cystite

rhumatismale est, comme on le sait, un fait très-rare. Il importe, également, de mettre en relief la particularité clinique suivante. Le 3 août, une vingtaine de jours après son entrée à l'hôpital, vers 5 heures du matin, le malade commença à ressentir de l'engourdissement dans le pied gauche. Il éprouvait, en outre, une sensation de froid, qui envahissait le pied, petit à petit; jusqu'au moment de la visite, il eut de petits frissons irréguliers. A 9 heures du matin, le pied gauche était complètement froid; la peau blanchâtre, la sensibilité tactile, très-diminuée. Le chatouillement léger de la plante du pied, était à peine perçu ; il fallait une forte excitation pour déterminer des mouvements dans les membres inférieurs; pendant tout le temps que persista ce phénomène , on sentit très-nettement les battements de l'artère pédieuse. Cet engourdissement dura quelques heures; le malade pouvait à peine mouvoir ses orteils. A la main droite, le bout des quatre derniers doigts est le siège d'accidents analogues. Cet état disparut dans le cours de la journée ; la disparition de cette syncope locale eut lieu petit à petit. Il y avait, entre le pied droit et le pied gauche, la différence de température suivante :

Mesuré ( T. interne. Pied droit .... 32° 1'

avec le même thermomètre. [ — Pied gauche. . . 18° 1'

Ces phénomènes d'onglée, de syncope ou d'asphyxie locale des extrémités, sont rares dans le cours du rhumatisme articulaire aigu. Dans le cas dont il s'agit, ils sont survenus pendant la convalescence. Le malade était anémié et fatigué, ce qui ne peut surprendre, le rhumatisme étant une des maladies qui détruisent le plus rapidement les hématies. A ce point de vue, l'asphyxie locale, chez ce malade, rentre bien clans la règle; j'aurai d'ailleurs, dans un autre cha-

DU RHUMATISME 7 pitre, à propos de la syncope locale des extrémités, à revenir sur ces faits.

— L'observation VI est un remarquable exemple de troubles de sensibilité, liés au rhumatisme articulaire aigu. Une jeune fille de 28 ans est prise de gonflements, de douleurs, etc., occupant surtout les gaines superficielles des poignets et des cous de pieds (elle n'avait pas de blennorrhagie) ; elle était en traitement, à l'hôpital, depuis un mois environ, et elle souffrait davantage de ses gaines tendineuses, après une série de rechutes et d'apaisements des douleurs, quand elle perdit, très-rapidement, la sensibilité de la main ; une anesthésie complète, à tous les modes d'exploration, se produisit ; elle occupait les doigts de la main gauche et surtout le pouce ; l'anesthésie remontait un peu, sur le dos de la main et sur le poignet ; la main droite était aussi anesthésiée, mais beaucoup moins complètement que la gauche ; la peau des pieds ne présentait aucune espèce d'altération de la sensibilité. Il importe de faire remarquer que la peau avait conservé sa coloration habituelle , sa même chaleur, en un mot, il n'y avait pas de troubles circulatoires, comme dans le cas précédent.

L'anesthésie alla en diminuant progressivement, et au bout d'une dizaine de jours, tous les accidents étaient disparus; je dois encore faire remarquer que la malade ne présentait aucun des phénomènes de l'hystérie, et dans aucune autre région, il n'y avait de l'anesthésie.

— L'observation VII est un exemple de ce que les auteurs ont décrit sous le nom d'œdème rhumatismal, œdème qui, lorsqu'il n'est pas dû à une complication cardiaque ou rénale, ou à la cachexie rhumatismale, est causé, dans certains cas, par l'inflammation du périoste; dans d'autres, par une phlébite rhumatismale; dans d'autres, peut-être par la simple irritation rhumatismale du tissu connectif sous-cutané et interstitiel, accompagné ou non de dermite.

C'est sans cloute à cette dernière catégorie qu'appartenait le cas dont nous parlons : chez cette malade, en effet, l'œdème était assez considérable, la peau rouge , douloureuse à la pression; d'ailleurs, il n'y avait rien, ni au cœur, ni dans les urines. Il faut noter aussi que, dans ce cas, le rhumatisme a débuté par de l'angine.

— Les observations VIII, IX, X sont des cas de rhumatisme articulaire aigu, pendant le cours desquels on a constaté de Y albuminurie . Il est assez difficile de déterminer, d'une façon exacte, le moment précis où l'albuminurie est apparue , à cause de ce fait que les malades sont venus à l'hôpital, déjà souffrants depuis quelques jours, et ayant au moment de leur entrée de l'albumine dans l'urine. Quoi qu'il en soit, l'albuminurie a été essentiellement transitoire; le phénomène a disparu très-vite; la fluxion rénale, d'où l'albuminurie 'dépendait, a donc été très-passagère, et en cela, elle a eu tous les caractères de la fluxion rhumatismale.

— Les observations XI, XII, XIII, concernent des cas de rhumatisme articulaire aigu et subaigu, traités par le salicylate de soude, à la dose de six grammes par jour. — Dans les rhumatismes franchement aigus, observations XI, XII, les résultats ont été bons; d'ailleurs, chez certains malades des observations précédentes, le même résultat satisfaisant a été obtenu ; mais dans les cas de rhumatisme subaigu , et dans les rhumatismes chroniques , obs. XVIII, XIX, le médicament n'a pas eu beaucoup de succès ; cependant il a diminué un peu les douleurs dans les poussées subaiguës.

— L'observation XIV est un des très-rares exemples — je n'ai pas trouvé dans la science d'observations analogues — de thyroïdite aiguë rhumatismale. La thyroïdite est survenue chez un jeune homme de 23 ans. Quand on l'apporta à l'hôpital, il était malade depuis un mois, mais il y avait

DU RHUMATISME 9 déjà deux ans, qu'il souffrait de douleurs rhumatismales; ses articulations déformées montrent qu'il est sous le coup d'un rhumatisme articulaire chronique ; il y a une quinzaine de jours, il eut une poussée aiguë, pendant laquelle il se développa , d'une façon évidente , de l'endocardite. On prescrivit un gramme de sulfate de quinine et de l'extrait thébaïque. Deux jours après son entrée à l'hôpital, le 9 juin, le malade éprouva un violent mal de tête; la fièvre était vive; en même temps il commença à souffrir d'une gêne douloureuse à la région du cou ; bientôt la déglutition et les mouvements de rotation de la tête furent pénibles. La nuit suivante, le cou gonfla progressivement ; la glande thyroïde, dans son ensemble, acquit en quelques heures, un développement tel, qu'à la visite du matin, on trouva le malade très-oppressé, pouvant à peine avaler sa salive (il n'avait rien dans la gorge) ; il n'osait plus remuer la tête ; toute pression sur le devant du cou, tout effort musculaire étaient intolérables. On administra un vomitif. Le lendemain, les douleurs avaient cessé : les lobes latéraux de la glande thyroïde conservaient encore un peu d'exagération de volume ; mais la douleur, la chaleur, la sensibilité anormale de la région, avaient disparu. Il a donc suffi de 48 heures pour terminer l'évolution de cette fluxion rhumatismale, à siège si insolite, et qui, à un moment donné, en raison de la gêne apportée à la circulation en retour du cerveau, par la compression des veines jugulaires et, aussi, par le fait de l'aplatissement de la trachée, menaçait la vie.

— L'observation XV est un cas de rhumatisme chronique fibreux; il s'agit d'une rétraction, évidemment rhumatismale, de l'aponévrose palmaire de chacune des mains.

« Les mains présentent une attitude demi-ouverte ; le malade ne peut étendre les doigts, ni forcer l'extension; il ne va pas au-delà de l'angle de 45° ; du reste, les phalanges ne sont pas étendues les unes sur les autres, mais présentent

une flexion telle que leurs faces palmaires forment une courbe régulière se continuant avec celle de la face palmaire du carpe. Cette courbe est encore rendue plus uniforme et plus unie par la tension de l'aponévrose palmaire qui efface tous les plis de la peau; elle donne la sensation d'une bride tendue qui enserre fortement les éminences thénar et hypothénar, ainsi que la face palmaire des doigts ; les autres mouvements de la main ne sont pas entravés. »

Les articulations phalangiennes sont déformées par le rhumatisme chronique ; le cœur est atteint d'un rétrécissement mitral; le père de ce jeune malade était rhumatisant.

Ce cas n'est pas absolument isolé ; mais il est très-rare de voir le rhumatisme chronique, à cet âge, sous cette forme, et surtout de trouver l'aponévrose palmaire aussi complètement rétractée ; le plus souvent l'altération porte sur la portion qui accompagne les tendons d'un ou deux doigts. Dans le cas particulier, le premier médecin consulté, pensa à l'existence d'une affection chronique des centres médullaires, et pour cette raison adressa le jeune malade à M. le professeur Vulpian, qui, immédiatement, reconnut l'erreur.

— L'observation XVI est un exemple de rhumatisme chronique chez une adolescente ; on trouve, dans les auteurs, des faits de rhumatisme articulaire chronique, même chez des enfants ; cependant ce sont là des cas relativement très-rares. Dans l'espèce , il s'agit d'une jeune fille de 16 ans, qui, déjà depuis deux ans, a les doigts des mains déformés. Le diagnostic a été quelque temps en suspens. Les antécédents scrofuleux , la marche de l'affection et le mode de déformation des doigts pouvaient faire penser qu'il s'agissait d'une polyarthrite de nature scrofuleuse avec scrofulides osseuses. En prenant en considération les particularités suivantes : 1° que la peau n'était ni épaisse, ni adhérente, ni modifiée dans sa vascularisation, dans son aspect extérieur; 2° que la déformation n'avait

DU RHUMATISME 11 pas pour cause principale un gonflement notable des extrémités articulaires, par boursouflement de l'os; 3° qu'il existait des craquements bien évidents, on formula le diagnostic : rhumatisme articulaire chronique déformant de l'adolescence.

— L'observation XVII est un cas d'hydarthrose traumatique; la malade est restée en traitement pendant un mois : au bout de ce temps, il n'était pas survenu d'atrophie des masses musculaires de la cuisse, ni de celles de la jambe.

— Les observations XVIII et XIX sont des exemples de rhumatisme articulaire chronique, avec des poussées subaiguës; je les rapporte à cause du traitement par le salicylate de soude; il n'y a pas eu, sous l'influence de l'action de ce médicament, grande amélioration, même des douleurs, excepté pour le malade de l'observation XIX.

— Les observations XX et XXI sont de remarquables exemples de rhumatisme blennorrhagique ; il y a eu beaucoup de ces cas, cette année, dans le service; j'ai choisi les observations indiquées, comme les plus probantes.

On sait à combien de discussions le rhumatisme blennorrhagique a donné lieu ; dans ces dernières années , en particulier, de nombreux articles ont été publiés, et plusieurs thèses ont été soutenues, sur ce sujet, à la Faculté de médecine de Paris. Malgré tout, l'accord n'est pas encore fait entre les médecins sur tous les points de l'histoire de cette maladie. On a contesté jusqu'à l'existence du rhumatisme blennorrhagique, déniant au virus spécial de la chaudepisse, la possibilité de créer, de toutes pièces, une affection douloureuse des gaines synoviales et des articulations. D'après les auteurs qui soutiennent cette opinion, la blennorrhagie n'agirait que comme cause occasionnelle, sur le développement du rhumatisme. A côté de cette opinion absolue, il faut placer l'opinion, également absolue, défendue avec un grand talent par M. Four-

nier. Pour cet auteur, le rhumatisme blennorrhagïque est une entité morbide spéciale, qui a sa symptomatologie, sa marche particulière. Une différence radicale séparerait d'ailleurs le rhumatisme blennorrhagïque du rhumatisme articulaire aigu. Le premier ne s'accompagnerait jamais de complications cardiaques.

Ces deux doctrines contraires sont trop absolues, ou plutôt elles contiennent l'une et l'autre une part de vérité. L'influence de la blennorrhagie, sur la production d'affections arthritiques et pérarthritiques, est incontestable. On voit des individus qui , n'ayant jamais eu jusque-là la moindre manifestation rhumatismale, sont atteints soit d'arthrite uniarticulaire , soit d'arthrites multiples , soit de phlegmasies circumarticulaires , de synovites tendineuses, etc., dans le cours ou le décours d'une blennorrhagie plus ou moins intense. On est d'autant plus naturellement entraîné à rattacher les affections arthritiques, observées dans ces conditions, à la blennorrhagie qui a précédé leur apparition, que ces affections offrent des caractères plus ou moins différents de ceux des manifestations du rhumatisme franc. Mais l'influence de la blennorrhagie est-elle directe , immédiate ? Les malades dont il s'agit sont-ils ou ne sont-ils pas des rhumatisants en puissance ? Ce sont là des questions qui ne sont pas encore résolues.

Il faut ne pas oublier que toutes les affections des organes génito-urinaires semblent exercer une influence du même genre. C'est un point sur lequel insistait le regretté professeur Lorain dans ses cours, dans ses écrits. Il montrait que l'on pouvait observer des affections arthritiques dans des cas d'écoulements leucorrhéiques, d'écoulements des lochies. Comment ne pas hésiter à retrancher de l'histoire du rhumatisme, les accidents arthritiques de la blennorrhagie , lorsqu'on voit figurer parmi ces accidents tous ceux que l'on rencontre chez les rhumati-

sants. M. Gharcot n'a-t-il pas même cité des exemples de rhumatismes noueux survenus à propos d'une chaudepisse? N'a-t-on pas constaté, contrairement à l'avis de M. Fournier, que les affections articulaires et circumarticulaires, chez des hlennorrhagiques, peuvent s'accompagner de complications cardiaques aiguës évidentes ; que l'on peut observer dans le cours de ces affections arthritiques toutes les manifestations abarticulaires, séreuses, viscérales, cutanées, etc., que l'on constate dans le rhumatisme ordinaire.

On comprend d'autre part , pourquoi , contrairement à l'opinion des auteurs qui refusent tout caractère spécial au rhumatisme blennorrhagique, on a pu établir des formes cliniques de ce rhumatisme, très-distinctes de celles que l'on observe d'ordinaire dans les cas de rhumatisme articulaire classique : je veux parler de ces formes que Brandt et Swédiaur avaient déjà décrites en partie.

Dans l'observation XX, il s'agit d'une jeune femme qui contracte sous l'influence d'une vaginite virulente , avec uréthrite , diverses manifestations rhumatismales aiguës , et en particulier une hydarthrose du genou droit. Cette hydarthrose a eu la ténacité, la longue durée, les conséquences du rhumatisme blennorrhagique. A un moment donné, on a craint le développement d'une tumeur blanche ; et plus de cinq mois après son entrée à l'hôpital, elle avait le genou encore presque ankylosé, malgré un traitement énergique que j'indiquerai plus loin.

L'observation XXI n'est pas moins intéressante ; le malade âgé de 26 ans, prend, à 18 ans 1/2, à propos de sa seconde chaudepisse, des accidents rhumatismaux si communs en pareil cas, un gonflement douloureux des gaines synoviales, une névralgie sciatique, etc. Les années suivantes , à propos de chaque chaudepisse, il est repris de nouveaux accidents, semblables aux premiers, mais chaque fois, ceux-ci sont plus tenaces, plus rebelles. A partir de sa

première blennorrhagie , ce malade a donc été constitué rhumatisant. Il a eu une série d'accidents dérivant de la diathèse rhumatismale , ophthalmie rhumatismale, etc., et aujourd'hui, après sa quatrième chaudepisse, à 26 ans, il est rhumatisant chronique : il a les articulations, grandes et petites, déformées, même celles de la région cervicale.

Nous avons eu sous les yeux plusieurs exemples absolument semblables à celui-ci.

La malade de l'observation XX a subi un traitement par la cautérisation ponctuée, plusieurs fois renouvelée, avec le thermo-cautère de Paquelin. Avant de procéder à la cautérisation, M. Yulpian anesthésie complètement la région qui doit être brûlée, avec un mélange, par parties égales, et par lits superposés, de glace pilée et de gros sel gris. Le moment où l'on doit cesser la réfrigération est celui pendant lequel la peau devient complètement blanche, exsan- . gue, moment qu'il faut bien surveiller, car, si cette période était trop prolongée, il pourrait en résulter la gangrène de la peau. L'anesthésie, ainsi obtenue, est suffisante pour que la malade ne sente rien, ou à peu près rien, au moment de l'opération ; — c'est ce qui a permis à M. Vulpian, dans l'espèce, de répéter les cautérisations, souvent et à de courts intervalles.

Quant aux résultats, ils ont été très-favorables; aucune complication n'est venue entraver l'amélioration progressive de la maladie. Sous l'influence de ces cautérisations répétées, l'articulation a repris sa forme, et graduellement les mouvements, qui ont été longtemps perdus, sont revenus.

— L'observation XXII est un bel exemple de rhumatisme musculaire occupant les muscles des parois de V abdomen; les douleurs étaient très-vives; déplus, il existait un état général, avec fièvre, épistaxis, etc., semblant très-grave; un instant on avait songé à la fièvre typhoïde à cause de l'épidémie régnante ; c'est précisément là ce qui fait

DU RHUMATISME 15 l'intérêt de ce cas particulier. On a décrit, dans ces derniers temps , les lésions des muscles du rhumatisme musculaire; elles existaient certainement, chez le malade de l'observation XXII, à un degré très-prononcé.

— Les deux dernières observations de cette série, observations XXIII et XXIV, ont trait à des sciatiques, évidemment de nature rhumatismale. Le premier malade a eu, pendant neuf jours, de l'albumine dans l'urine, absolument comme dans les cas de rhumatismes articulaires aigus, rapportés plus haut, albuminurie toute transitoire. En outre , la sciatique n'a pas amené d'atrophie musculaire. Une particularité clinique intéressante s'est présentée ; au premier abord, on avait cru à l'existence de l'atrophie , mais , en observant de près , on vit que la jambe la plus volumineuse était le siège de varices trèsdéveloppées ; ces varices étaient la cause d'un léger degré d'œdème de ce côté.

Le malade de l'observation XXIII , comme celui de l'observation XXIV, n'a pas eu de points d'anesthésie.

Gomme on a pu le voir par les citations précédentes, le nombre des cas de rhumatisme soumis cette année à notre observation , a été particulièrement nombreux , et il n'est presque aucun de ces cas qui ne touche à un problème clinique important : étiologie du rhumatisme , éruptions cutanées bées au rhumatisme, troubles circulatoires et troubles nerveux (anesthésie), chez des rhumatisants, albuminurie, traitement par le salicylate de soude, thyroïdite rhumatismale, rétraction rhumatismale de l'aponévrose palmaire, rhumatisme chronique de l'adolescence, rhumatisme blennorrhagique, rhumatisme musculaire, sciatiques rhumatismales, etc.

OBSERVATIONS

Observation I. — Rhumatisme articulaire aigu, développé à propos d'une blennorrhagie. Endocardite aiguë. — Manifestations rhumatismales consécutives.

Le nommé B..., Jules, âgé de 29 ans, imprimeur.

Entré le 25 janvier 1877, salle Saint-Jean- de-Dieu, lit n° 29.

Antécédents. — Cet homme, âgé de 29 ans, est imprimeur de son état, mais n'est pas exposé à l'empoisonnement saturnin. (Il transporte les feuilles d'imprimerie.)

C'est un homme grand, assez bien musclé, brun, d'une apparence robuste. Il porte sur la partie inférieure et latérale gauche du larynx deux cicatrices déprimées, trace d'abcès qu'il eut à l'âge de 7 ans.

Cependant, sauf une blennorrhagie contractée avant l'année 1876, il dit n'avoir jamais été malade sérieusement.

Pas d'éruptions cutanées, pas de douleurs musculaires ni articulaires. Parfois, surtout après une fatigue quelconque, il était pris de migraines assez violentes.

Pas de syphilis.

Rien à noter du côté des parents.

lre attaque de rhumatisme. — En juin 1876, quelque temps après sa blennorrhagie, il ressentit des douleurs dans les articulations des membres inférieurs, le droit en particulier, puis les articulations des membres supérieurs furent prises en même temps. Cette attaque de rhumatisme lui fit garder le lit pendant 7 semaines. Il ressentit, de plus, une douleur précordiale assez vive, eut des palpitations; son médecin lui fît appliquer des sangsues un peu au-dessous de la pointe du cœur.

Au bout de 7 semaines, il put reprendre son travail habituel. Toutefois il était fréquemment atteint de palpitations; il était en proie à de la dyspnée, qui devenait extrêmement intense pour peu qu'il se livrât à un exercice un peu violent. Il ne se rappelle pas avoir eu d'oedème des extrémités inférieures.

2e attaque. État actuel. — Il y a 4 jours, il fut pris de nouvelles douleurs dans les membres inférieurs. Il eut de la fièvre assez intense le soir; sueurs abondantes; point de côté, à gauche ; puis il vit bientôt se prendre ses membres supérieurs et, le 25 janvier 1877, il entre à l'hôpital.

A son entrée il présente un aspect vultueux de la face. Les pommettes sont rouges, le corps est couvert d'une sueur assez abondante, sueur qui exhale une odeur aigrelette.

Il est couché sur le côté gauche, car il souffre beaucoup de la cuisse droite qui est fléchie sur le bassin. Il accuse une douleur vive sur le trajet du sciatique droit jusqu'au creux poplité; cette douleur est continue, et présente des exacerbations.

Le genou gauche est un peu tuméfié, douloureux, surtout au niveau de l'attache des ligaments latéraux. L'on y constate la présence d'une certaine quantité de liquide. Les autres articulations des membres inférieurs sont intactes.

Aux membres supérieurs on trouve que les poignets sont un peu douloureux; il en est de même des coudes, mais ces articles ne sont pas tuméfiés.

La douleur est un peu plus vive dans les articulations scapulo-humérales, surtout dans l'articulation scapulo-humérale gauche.

Les articulations du cou sont douloureuses. On lui a appliqué, pour cette raison, un vésicatoire sur la nuque avant son entrée à l'hôpital.

La région précordiale est un peu bombée.

A la palpation on perçoit clans cette région un frémissement assez fort.

Le cœur est augmenté de volume.

La pointe bat dans le 6e espace intercostal où l'on constate nettement un retrait systolique de cette partie du cœur.

Souffle net, rude, bref, à la pointe et au 1er temps.

A la base, souffle systolique doux, qui se propage d'ailleurs dans les vaisseaux du cou.

Le pouls est normal; pas d'athérômes artérielles. Un peu de récurrence veineuse dans les grosses veines du cou.

Au niveau de la base de la face latérale du poumon gauche, le malade accuse un point de côté assez vif.

A l'auscultation, on entend en cette région de légers frottements pleuraux.

Quelques râles sibilants dans le poumon gauche.

L'appétit est nul, la langue blanche, rouge sur les bords. Pas de diarrhée.

Le foie est sain.

L'urine, foncée en couleur, ne contient ni albumine, ni sucre.

26 janvier. — La douleur, le long du sciatique droit, a disparu. Douleur très-vive dans le genou droit qui n'était pas pris hier. La jambe droite est fléchie sur la cuisse.

Les douleurs du genou gauche ont augmenté. Traitement. — Sulfate quinine l9r,50. 2 pilules d'extrait thébaïque.

27 janvier. — Les douleurs dans les genoux ont beaucoup diminué.

Plus de douleurs dans les poignets et les coudes. Douleurs vives dans les aines et au niveau de la symphyse du pubis.

Le bruit de souffle à la pointe du cœur augmente d'intensité.

28 janvier. — Les douleurs dans le genou droit ont grandement diminué.

29. — Douleurs dans les mollets et les chevilles. Plus de frottements.

30. — Le malade a passé une bonne nuit. Presque plus de fièvre . Plus de douleurs dans les articulations tibio-tarsiennes .

Le malade ne souffre plus que dans le genou et dans les articulations scapulo-humérales, où la douleur a un peu augmenté.

Le cœur est moins excité, le bruit de souffle s'entend plus nettement.

3 février. — Les douleurs ont presque complètement disparu dans toutes les articulations. Le malade se sent beaucoup mieux.

Le souffle diminue.

6. — Le malade sort très-amélioré , souffrant encore toutefois de douleurs légères dans les genoux. Souffle cardiaque un peu diminué.

Obs. IL — Éruption scarlatini forme. Urticaire chronique. Rhumatisme articulaire sub-aigu. Endocardite aiguë. — Rétinite rhumatismale.

La nommée G..., Marie, âgée de 18 ans, domestique.

Entrée le 27 avril 1875, salle Sainte-Madeleine, lit n° 4.

Renseignements. — Cette malade, réglée à 15 ans, l'a toujours été très-régulièrement; elle a eu, à cette époque, pendant 15 jours, des accès de fièvre, venant tous les matins, et caractérisés par des frissons, une sensation de chaleur, des sueurs abondantes. Elle a également eu la rougeole à 10 ans.

Comme antécédents, on note des signes de scrofule, tels que gourmes et glandes sous-maxillaires ; mais elle n'a jamais souffert de douleurs rhumatismales. Pas d'abcès scrofuleux.

En revanche elle est très-nerveuse, et déclare avoir eu souvent des douleurs névralgiques dans la tête, des bouffées de chaleur à la figure ; elle a éprouvé plusieurs fois le phénomène de la boule hystérique.

Au commencement d'avril, elle entra à la clinique de M. Landolt pour des modifications de la vue du côté droit; la vision était trouble, de ce côté ; mais elle n'avait pas de douleurs dans les yeux.

Huit jours après son entrée, mal de gorge du côté droit du cou; difficulté à avaler, et tuméfaction des ganglions sous-maxillaires du même côté.

La douleur, limitée d'abord à droite, passa à gauche, mais elle fut moins intense, et les ganglions qui apparurent de ce côté ont été moins douloureux. Quelques jours après elle fut prise de frissons répétés, de vomissements, de céphalalgie et de courbature.

La fièvre fut très-vive pendant un à deux jours, et, en même temps que cette atteinte de fièvre diminuait d'intensité, on vit se développer une éruption qui débuta par les régions des jointures des membres supérieurs et inférieurs, envahit ces membres, puis se propagea au tronc, au cou et à la face. Cette éruption était composée de petites taches rouges, séparées les unes des autres, mais se réunissant entre elles de manière à former de grandes plaques irrégulières.

État actuel. — Elle entre à la Charité le 27 avril. A ce moment elle avait encore de la fièvre, des symptômes d'embarras gastrique, un peu de mal de gorge et une tuméfaction notable des ganglions sous-maxillaires à droite , sans grande douleur dans ces points : la pression seule était un peu douloureuse. Autour des genoux, des coudes, sur les bras, les avant-bras et les mains, les cuisses, les jambes et les pieds et sur le tronc existent les plaques rouges déjà décrites. Elles sont beaucoup plus marquées

au niveau de la rotule et présentent tout à fait l'aspect et la teinte du homard cuit. Au niveau des rotules et dans les régions avoisinantes, l'éruption est encore sous forme de taches analogues à celles de la rougeole et il en est de même au niveau des coudes : on retrouve aussi ces caractères à la partie supérieure du tronc en avant, près du cou. Partout ailleurs, la rougeur est diffuse. On ne constate pas de douleurs dans les jointures. Il n'y a qu'une faible rougeur de la langue et de l'arrière-gorge. La grande surface de la peau, occupée par les plaques rouges, le caractère de ces plaques , font penser à l'existence d'une éruption scarlatiniforme ou même scarlatineuse. On hésite à porter le diagnostic scarlatine franche, parce que l'ensemble des symptômes et la marche de l'affection n'ont pas les caractères tout à fait classiques : le diagnostic reste en suspens pendant quelques jours.

La malade est un peu constipée ; elle ne tousse pas ; rien aux poumons.

Examen du cœur négatif, un peu d'oedème des jambes.

L'urine un peu rougeâtre ne contient pas d'albumine.

Marche de la maladie. — Traitement. — La desquamation tarde beaucoup à se faire ; la fièvre tombe le 30 avril, mais la desquamation ne se produit pas. Vers le 15 mai, il se forme quelques petites lamelles furfuracées, au niveau des coudes et des genoux. Aux pieds, aux mains, à la face palmaire et aux doigts, l'épiderme paraît se dessécher superficiellement à deux ou trois reprises ; mais il ne se détache pas : il y a en somme, dans ces points, absence complète de desquamation. L'urine, examinée tous les jours, ne donne pas traces d'albumine.

La malade ne revient pas complètement à la santé; elle présente toujours un très-léger état fébrile , s'exaspérant -un peu le soir : elle n'a pas d'appétit et reste abattue.

Vers la fin de mai, à la suite d'un redoublement de

malaise pendant quelques jours, sans exacerbation bien manifeste de la fièvre, elle éprouve des douleurs sourdes dans les coudes, dans les épaules et les poignets ; puis on voit survenir une éruption de petites tacbes rosées, qui sont bientôt papuleuses ; le sommet de ces plaques papuleuses devient blanchâtre ou même un peu jaunâtre. Ces petites plaques durent quelques heures, ou plus d'un jour; en même temps qu'elles disparaissent dans certaines régions, il s'en reforme de nouvelles, sur d'autres points. On dirait le résultat de piqûres de puces ou de punaise. Elle éprouve de vives démangeaisons qui déterminent un grattage continuel, ayant pour conséquence des excoriations assez étendues. Cette éruption ne se montre pas aux membres inférieurs , ni à la partie inférieure du tronc; elle est limitée aux membres supérieurs, à la partie tout à fait supérieure du tronc, au cou et à la face : ce sont de véritables poussées d'urticaire. On lui donne de l'arsenic ; puis, des bains sulfureux. La fièvre disparaît à peu près complètement.

A 1 époque où commençaient à se montrer les éruptions d'urticaire, on constatait des mouvements involontaires dans la face, c'est-à-dire un tic grimaçant peu accentué, ayant surtout pour siège , les commissures des lèvres , tantôt l'une , tantôt l'autre. En même temps , on voyait aussi de légers mouvements choréiformes dans les doigts. Ces mouvements existaient peut-être auparavant, mais ils étaient certainement moins marqués qu'alors, car on ne les avait pas fait remarquer à la malade et nous ne les avions pas observés dans les premiers temps de son séjour à l'hôpital.

Le 10 juin, elle est prise de fièvre et de courbature, d'une sensation de gêne au niveau de la région précordiale et de palpitations.

L'auscultation montre un bruit de souffle fort, à la pointe

DU RHUMATISME 23 du cœur et au premier temps. Après l'application de ventouses sèches, la gêne respiratoire diminue.

L'éruption continue ; elle se reproduit avec les mêmes caractères, et toujours dans les mêmes régions ; chaque jour, pour ainsi dire, il y avait une nouvelle poussée d'urticaire. On fait pratiquer, à titre d'essai, une friction générale avec de la pommade d'Helmerich. Il n'y a aucun résultat. On prescrit ensuite du sulfate de quinine, d'abord à la dose d'un gramme, puis d'un gramme et demi par jour : au bout de quelques jours les poussées d'urticaire paraissent ne plus se faire avec la même intensité; mais, malgré la persistance du traitement, l'amélioration ne dure pas et les choses en reviennent à ce qu'elles étaient auparavant, On administre alors (vers le 25 juin) du salicylate de soude, 6 grammes; on augmente, peu à peu, jusqu'à 10 grammes et on continue les bains sulfureux. Le souffle de la pointe du cœur persiste.

Les douleurs articulaires qui ont été très-légères, avaient disparu depuis longtemps au moment où commençait l'éruption d'urticaire.

29 juin. — Examen à l'ophthalmoscope (par M. Bacchi).

Rétinite rhumatismale. — OEil droit. — OEdème notable de la papille qui est saillante.

Les veines sont très-grosses et les artères petites.

Il y a de l'œdème péripapillaire.

On ne constate presque aucune différence dans les trois zones de la papille.

La malade voit très-mal de cet œil ; ainsi elle distingue vaguement la main; mais il lui est littéralement impossible de reconnaître, ni le nombre, ni la disposition des doigts.

L'hypermétropie est prononcée ; les veines de la rétine sont tortueuses. Une légère traînée blanchâtre côtoie tous les vaisseaux ; un peu de pouls veineux.

La malade commence un traitement par la

13 juillet. — strychnine.

Solution : S Eau distillée.

( Sulfate de strychnine,

15 grammes.

0,030 milligrammes.

On injecte autour de la cavité orbitaire un demigramme de solution, c'est-à-dire un milligramme du sel de strychnine.

Ce traitement, continué pendant une dizaine de jours, ne produit aucune amélioration.

1er août. — L'état de la malade est toujours le même. On a continué jusqu'à présent , avec quelques interruptions, le salicylate de soude; il n'y a pas eu d'accidents. Pendant quelques jours l'urticaire avait cessé de se montrer ; mais l'éruption s'est bientôt manifestée de nouveau : de temps à autre, à la naissance du cou, aux bras, sur le devant de la poitrine , apparaissent des plaques d'urticaire, avec démangeaisons très-vives. Le bruit de souffle, indiquant une lésion mitrale en évolution, persiste ; les mouvements choréiformes ne se sont pas modifiés ; les douleurs articuaires et la fièvre n'ont pas disparu ; la malade commence à bien manger.

Obs. III. — Éruption scarlatini forme chez une rhumatisante.

La nommée S..., Marie, âgée de 27 ans ; profession : domestique.

Entrée le 19 février 1877, salle Ste-Madeleine, lit n° 18.

Renseignements. — Père rhumatisant ; la malade n'a jamais eu ni la rougeole, ni la variole, mais plusieurs attaques de rhumatisme articulaire aigu ; l'une d'elles a duré trois semaines.

Il y a trois jours, la malade a été prise de courbature

générale dans tous les membres, de céphalalgie assez vive, d'anorexie et de soif.

Léger état fébrile. T. A. 38°, 5.

Coryza et conjonctivite, ces jours derniers.

Le 16 et 17 courant, frissons très-intenses et répétés, surtout dans la soirée. La malade souffrait en avalant des liquides.

La figure a été enflée et couverte de petits boutons.

Ce même jour, l'éruption a gagné le cou, la poitrine et le dos. Les membres furent bientôt envahis par l'érythème.

D'après la malade, l'éruption était formée par de petits boutons rouges, légèrement saillants, très-rapprochés les uns des autres ; quelques démangeaisons.

La langue était sèche, un peu râpeuse, blanchâtre au milieu, rouge et humide sur les bords.

20 Février. — État actuel. — La fièvre est nulle ou presque nulle. T. A. 37°, 5.

Glandes sous-maxillaires un peu tuméfiées et douloureuses.

Les amygdales sont gonflées et rouges, surtout la droite. Appétit modéré, urine normale.

L'éruption n'existe plus sur la figure, mais le visage est œdémateux. Il y a quelques petites lamelles furfuracées sur les paupières et, çà et là, sur les autres parties de la face.

Cette éruption, moins prononcée au cou, est en pleine efflorescence sur la face antérieure du tronc, principalement à l'épigastre et entre les seins, sur le dos et sur les cuisses, dans le creux poplité, aux bras, dans l'aisselle, le pli du coude ; elle est surtout très-accusée au niveau des jointures et dans le sens de la flexion. Cette éruption est constituée par de petites taches, les unes punctif ormes, les autres un peu plus larges, irrégulièrement arrondies, confluentes. En somme elle offre à peu près les caractères d'unè éruption scarlatiniforme. M. le professeur Hardy à

qui la malade a été montré, penche vers ce diagnostic, tout en faisant quelques réserves. M. Vulpian croit plutôt à une éruption rhumatismale scarlatiniforme; il se fonde sur les caractères de l'exanthème, sur son évolution, sa marche et sa durée, sur les démangeaisons plus ou moins cuisantes que provoque l'éruption , sur L'état œdémateux de la face produit par l'irritation de la peau.

Traitement. — On donne à la malade, 30 grammes de sulfate de soude. — Tilleul. — Bouillon.

22 Février. — Desquamation très-légère, furfuracée; tous les points occupés par l'éruption sont un peu rouges; dans les plis des jointures, et par place, il persiste quelques plaques érythémateuses ; l'œdème de la face diminue peu à peu.

25 Février. — L'appétit est revenu; la malade mange deux portions. — Vin de quinquina.

1er Mars. — Elle est sortie guérie, sans avoir eu de douleurs rhumatismales ou rhumatoïdes. L'éruption avait complètement disparu, ainsi que l'œdème de la face.

Obs. IV. — Ery thème populeux. — Lumbago rhumatismal. — Angine rhumatismale.

Le nommé P... Schomes, âgé de 18 ans, journalier.

Entré le 24 mai 1877, salle St-Jean-de-Dieu, lit n° \9bis.

Renseignements. — Ce jeune homme, âgé de 18 ans, journalier, habite Paris depuis sa naissance.

Toujours bien portant; dans son .enfance, il eut, ditil, des gourmes à la tête vers l'âge de 6 ans ; ces gourmes durèrent un mois. Depuis cette époque, sauf quelques légères douleurs de temps à autre dans les jointures, il s'est toujours bien porté.

Il nie tout antécédent alcoolique et syphilitique et l'on ne trouve aucune cicatrice de chancre ou d'éruption secondaire.

Il y a trois semaines il fut pris, sans cause appréciable, de maux de gorge, avec extinction de la voix.

Cette angine alla croissant et bientôt il lui fut impossible d'avaler autre cbose que des liquides.

A peu près en même temps , il eut une fièvre assez intense, avec frissons le soir, frissons suivis de chaleur et de sueur abondante. Depuis cette époque le malade sue beaucoup la nuit.

De plus il était courbaturé, avait des nausées; l'appétit était presque perdu, et d'ailleurs il lui était impossible d'avaler le moindre aliment solide. Céphalalgie assez intense.

Il y a 8 jours il fut pris dans la région lombaire de douleurs assez vives; ce lumbago alla croissant et l'empêcha bientôt de faire le moindre mouvement.

Le 24 mai 1877, il entre à l'hôpital.

État actuel. — C'est un garçon bien musclé.

La peau est couverte de sueur; léger mouvement fébrile.

Sur les jambes, la face interne des cuisses, on voit de petites plaques rouges, disparaissant par la pression, un peu saillantes, de dimensions variant entre une pièce de dix sous et d'un sou; elles n'occasionnent aucune démangeaison.

Sur la partie antérieure et inférieure de la cuisse droite, plaque d'un brun rouge, saillante, se desquamant un peu : elle est le siège de démangeaisons assez vives. Cette plaque, couverte de petites vésicules d'herpès , existe depuis deux mois, dit le malade.

Poumons sains.

Quelques râles sibilants à la base et en arrière. Cœur sain. Les bruits sont un peu sourds. Foie, rate, sains.

L'appétit est modéré. Constipation.

Le malade souffre encore un peu de la gorge et sa voix est fortement enrouée.

Il n'avale qu'avec douleur les aliments solides. Les amygdales sont grosses, rouges, douloureuses.

Les piliers sont un peu rouges.

Lumbago violent; la masse sacro-lombaire est douloureuse à la pression; le moindre mouvement, les efforts de toux exaspèrent la douleur.

Urine un peu rougeâtre; ni sucre, ni albumine.'

Traitement. — Ventouses sèches sur la région lombaire. — Tilleul chaud. — Lavement purgatif. — Potion gommeuse avec 4 grammes de chlorate de potasse. — Sulfate de quinine 0,50 centigrammes. Au bout de six jours de ce traitement, le malade sort guéri.

Obs. V. — Rhumatisme articulaire aigu. — Onglée (Syncope des extrémités). — Cystite rhumatismale. — Ery thème fabuleux.

Le nommé H... Eugène, âgé de 30 ans, profession : coloriste, — salle St-Raphaël, lit n° 5; entré le 15 juillet.

Antécédents de famille. — Rien à noter.

Antécédents personnels. — A 18 ans, le malade a eu une fièvre typhoïde grave, qui l'a obligé de garder le lit pendant 3 mois.

A 24 ans, il aurait eu, dit-il, une gastrite. Il n'indique comme symptômes que des douleurs de ventre, des borborygmes, de l'inappétence opiniâtre. Depuis ce moment le malade n'a fait aucune maladie sérieuse.

Il y a 10 jours, il éprouva une douleur très-vive dans le pied droit. Cette douleur l'empêcha immédiatement de marcher. Pendant la nuit, le genou et l'épaule du même côté furent pris, ainsi que la main gauche. (On lui donna de la tisane de frêne avec du nitrate de potasse; le malade ne peut donner aucun autre renseignement sur le traitement). Au bout de 2 jours les douleurs de l'épaule et du genou disparurent; mais les autres articulations restèrent douloureuses.

Depuis ce temps l'état général est le même.

État actuel. — Fièvre peu intense; coloration pâle de la peau; sueurs assez abondantes. T. A., 38° 2.

Rien au cœur, ni dans les vaisseaux.

Pas d'appétit. — Constipation. Le malade a de la peine à uriner.

Les articulations prises sont : l'articulation tibio-tarsienne droite; les articulations du tarse de ce même côté, ainsi que l'articulation du poignet gauche. Ces jointures sont gonflées, douloureuses et la peau qui les recouvre offre une coloration rouge.

16 Juillet. — Eruption sur la face postérieure du bras droit (éry thème papuleux).

Traitement. — On prescrit : sulfate de quinine, 1 gr. ; 1 pilule d'extrait thébaïque de 0,05 le soir; du chiendent nitré comme tisane. Baume tranquille sur les jointures souffrantes.

18 Juillet. — L'état est à peu près le même : on élève la dose de sulfate de quinine à 1 gr. 50 à prendre en 3 paquets, à intervalles de plusieurs heures.

20 Juillet. — L'articulation du poignet gauche est guérie. Les sueurs sont toujours aussi abondantes. L'articulation tibio-tarsienne gauche est toujours très-douloureuse. Le malade n'a pas uriné depuis deux jours.

Cathétérisme ; spasme de l'urèthre; on retire plus de deux litres d'urine.

21 Juillet. — Nouveau cathétérisme; toujours du spasme de l'urèthre. Environ un litre d'urine.

22 Juillet. — Le malade n'a pas uriné depuis hier, pourtant la vessie n'est pas distendue.

On pratique le cathétérisme ; toujours spasme intense, douloureux. On ne retire que fort peu d'urine. Pas d'albumine.

23 Juillet. — Le malade n'a pas uriné depuis hier. Cathétérisme difficile à cause du spasme qui est toujours

très-considérable. Peu d'urine. La constipation persiste. Le malade ne va pas à la garde-robe, si ce n'est par des lavements purgatifs.

24 Juillet. — Nouveau cathétérisme. Toujours du spasme. Peu d'urine. Amélioration dans l'état de l'articulation du pied.

25 Juillet. — Cathétérisme. Spasme. Peu d'urine. Continuation de l'amélioration de l'arthrite rhumatismale tibiotarsienne.

26 Juillet. — Même état.

27 Juillet. — Le malade a un peu uriné seul dans la journée d'hier. On le sonde quand même. Toujours du spasme.

28 Juillet. — Nouveau cathétérisme. Spasme.

29 Juillet. — Le malade a uriné dans la nuit. Urines assez abondantes. Pas de cathétérisme.

30 Juillet. — Le malade a uriné deux fois. L'amélioration de l'arthrite tibio-tarsienne fait de nouveaux progrès.

31 Juillet. — Le premier bruit de la base du cœur est légèrement soufflant.

Bruits vasculaires. Bruit de mouche (vaisseaux du cou à droite). Quelques vomissements dus à de l'embarras gastrique. Un peu de dyspnée.

1er Août. — État général satisfaisant.

3 Août. — ■ On supprime le sulfate de quinine. La douleur est peu considérable dans l'articulation tibiotarsienne. En revanche, elle est toujours vive dans les autres articulations du pied, surtout clans l'articulation médio-tarsienne et celle du gros orteil avec le premier métatarsien.

Un peu d'amélioration.

Ce matin, vers 5 heures, le malade a commencé à ressentir de l'engourdissement dans le pied gauche. Il éprouvait, en outre, une sensation de froid qui envahis-

DU RHUMATISME 31 sait le pied, petit à petit ; jusqu'au moment de la visite il avait eu de petits frissons irréguliers. A neuf heures, le pied gauche est froid, la peau est blanchâtre et la sensibilité tactile, diminuée.

Le chatouillement léger de la plante du pied est à peine perçu.

Il n'y a qu'un fort chatouillement qui détermine des mouvements du membre. On sent les battements de la pédieuse. Persistance de l'engourdissement, et de la sensation de froid perçue par le malade. Les mouvements des orteils sont lents.

A la main droite le bout des 4 derniers doigts est le siège d'accidents analogues.

(Onglée. — Asphyxie et syncope locales.) Cet état disparut dans le courant de la journée. La disparition eut lieu petit à petit. Au moment de la visite, l'onglée de la main avait cédé. La jambe gauche, et la jambe et le pied du côté droit sont couverts de vergetures.

L'engourdissement de la main a disparu, mais celui du pied persiste.

La main perçoit facilement une différence de température.

Température de la région interne. j mesurée avec

Pied droit. — — 32° 1' le même

Pied gauche. — — 28° 1' ) thermomètre.

Sort le 31 août guéri.

Le sulfate de quinine a-t-il contribué à déterminer le spasme de l'urèthre et, plus tard, le spasme des petits vaisseaux des orteils et des doigts? Il est permis de le supposer et c'est cette hypothèse qui a conduit M. Vulpian à supprimer ce médicament, bien que les affections rhumatismales des jointures ne fussent pas complètement guéries.

Obs. VI. — Rhumatisme articulaire aigu. Plaques d'anesthésie, au niveau des gaines synoviales douloureuses. — Courte durée de celte anesthésie.

La nommée G..., Marie, âgée de 28 ans, lingère.

Entrée le 1er mars 1877, salle Sainte-Madeleine, n" 12.

Renseignements. — Cette malade, âgée de 28 ans, est réglée depuis l'âge de 17 ans; mais il y a un peu d'irrégularité dans l'apparition de ses règles ; elle a souvent des retards d'une semaine et plus.

Elle déclare s'être toujours bien portée et n'accuse aucun antécédentscrofuleux ni rhumatismal.

Elle ne se souvient pas d'avoir été malade et les commémoratifs, au point de vue de l'hérédité, sont complètement nuls.

Lundi dernier, elle a été prise d'un malaise général, qui a duré quelques instants ; puis la partie inférieure de l'avant-bras gauche s'est gonflée ainsi que le poignet et la main. Ces parties sont devenues très-douloureuses. Il existait des élancements très-forts qui étaient accompagnés d'une sensation de chaleur marquée, dans ces régions. — Cependant les mouvements du poignet et des doigts deviennent difficiles ; la douleur empêche la malade de les fléchir.

Ce n'est que depuis mercredi soir que le poignet gauche est devenu gros; il s'est gonflé peu à peu, et ce gonflement est accompagné d'une tension douloureuse. — La pression la plus légère , le moindre mouvement provoquaient de vives douleurs. — En même temps une rougeur intense se manifesta et elle existe encore aujourd'hui (1er mars).

État actuel. — La rougeur occupe la face externe de la partie inférieure de l'avant-bras, descend le long de la gaîne des radiaux et se termine sur. la face dorsale du pouce. Cette rougeur est intense, disparaît à la pression du doigt; on constate, sur les parties tuméfiées, une chaleur assez marquée à la palpation. A ce niveau la douleur est

DU RHUMATISME 33 cuisante ; elle présente quelquefois les caractères d'élancements. On constate aussi sur le trajet de cette rougeur, une tuméfaction plus accusée que partout ailleurs et qui donne la sensation d'un empâtement diffus.

La pression, les mouvements que l'on veut faire exécuter à la main , aux doigts et au poignet sont très-douloureux, mais beaucoup plus à la face dorsale qu'à la face palmaire.

Les doigts sont naturellement fléchis au niveau des articulations métacarpo-phalangiennes; le pouce seul est dans une moyenne extension.

Les douleurs vives causent un peu d'insomnie ; il n'y a pas de gonflement du ganglion épitrochléen ni des ganglions clans l'aisselle. L'examen des doigts ne montre pas la moindre écorchure, du reste la malade déclare ne s'être pas blessée. Elle n'a jamais eu de frissons ni de fièvre.

La main droite est normale.

L'examen du cœur montre des battements précipités avec un souffle à la base au 1er temps ; souffle doux. Il existe aussi un souffle doux dans les vaisseaux du cou.

L'examen de la poitrine, du foie et de la rate n'accuse rien d'anormal.

L'urine est normale et ne contient ni albumine ni sucre.

La malade n'a ni vaginite, ni uréthrite.

Traitement. — Sulfate de quinine : 1 gramme en deux paquets à 5 ou 6 heures d'intervalle; chiendent nitré ; baume tranquille sur la main.

4 mars. — Le gonflement et la rougeur s'accentuent davantage et gagnent aussi en étendue, au point d'envahir le clos de la main et d'empêcher tout mouvement du poignet et des doigts.

Sulfate de quinine, 1 gr. 50 en 3 paquets.

12 mars. — Diminution du gonflement et de la douleur.

Reprise des mouvements spontanés, mais en même temps, apparition des mêmes phénomènes inflammatoires à la face antérieure du cou-de-pied gauche et le long du bord antérieur du pied. Il existe à ce niveau une rougeur d'une teinte un peu lie de vin, et un gonflement assez notable. On sent un empâtement assez marqué, et des douleurs cuisantes très-fortes occupent la région ; tout mouvement est aboli.

15 mars. — En même temps, reprise des phénomènes au poignet gauche et apparition d'un état fébrile assez marqué, avec sueurs, courbature et anorexie.

On ausculte le cœur et on trouve le souffle de la base au premier temps comme au début; rien à la pointe.

Les phénomènes diminuent d'intensité, la fièvre tombe; le pied seul reste douloureux et gonflé.

3 avril. — Nouvelle reprise des accidents ; cette fois le poignet droit enfle à son tour-, et le gonflement douloureux existe aussi au poignet gauche et au cou-de-pied. Cette nouvelle reprise dura peu de temps, mais elle fut accompagnée et suivie d'un phénomène intéressant qui consistait en une aneslhésie complète des doigts de la main gauche, surtout du pouce. La malade était complètement insensible au toucher, à la douleur, à la chaleur et au froid; cette anesthésie remontait un peu sur le dos de la main et sur le poignet. A droite elle existait , mais beaucoup moins marquée, le pied ne présentait aucune altération de la sensibilité.

13 avril. — Amélioration notable de tous les accidents. Disparition de V anesthésie.

Persistance d'un peu de gêne des mouvements. On supprime le sulfate de quinine.

22 avril. — La malade quitte l'hôpital complètement guérie.

DU RHUMATISME 35 Obs. VII. — Rhumatisme articulaire aigu. — Œdème rhumatismal.

La nommée G..., Joséphine, âgée de 21 ans, domestique.

Entrée le 24 mai 1877, salle Sainte-Madeleine, lit n° 3.

Renseignements. — Cette malade, âgée de 21 ans, domestique, a été réglée à 19 ans ; elle l'a toujours été trèsirrégulièrement; les retards sont très-longs et ils existent à chaque époque mensuelle.

Elle accuse, comme antécédents, des douleurs rhumatismales peu intenses; jamais d'attaques aiguës.

Cependant elle déclare avoir eu à un moment donné des douleurs dans les genoux, avec gonflement assez considérable des jambes.

Il y a 2 jours, après un refroidissement, elle a été prise d'un mal de gorge assez violent, avec difficulté de la déglutition, douleur et salivation abondantes.

La nuit dernière , elle a eu des frissons répétés , des douleurs de tète violentes, de la courbature, de la fièvre assez intense ; l'insomnie a été absolue.

État actuel. — Aujourd'hui la malade se plaint toujours de la gorge, mais seulement quand elle veut avaler sa salive ; de plus, elle accuse des douleurs assez fortes dans les oreilles ; celles-ci se montrent également dans les mouvements de déglutition.

La langue est blanchâtre, pâteuse, amère; la malade a la bouche amère, l'haleine fétide et se plaint d'avoir eu des nausées sans vomissements.

L'appétit est complètement aboli ; la soif seule a persisté.

La fièvre est assez vive ; la malade est couverte de sueurs ; elle a une courbature générale ; la céphalalgie est très-vive et s'accompagne de vertiges, quand elle veut se tenir debout.

Il n'y a pas eu de diarrhée , mais la constipation est constante depuis quelques jours.

L'examen de la bouche et de la gorge montre une coloration rouge foncée de toute Tarrière-gorge avec dépôts blanchâtres à droite et un peu de gonflement de l'amygdale droite.

L'épaule droite est douloureuse. Ces douleurs sont peu vives et ne s'accusent que dans les mouvements spontanés et communiqués.

Les jambes sont le siège d'un œdème assez notable ; cet œdème est un peu douloureux ; la peau est rouge ; l'œdème remonte de la moitié des jambes aux genoux ; des deux côtés, surtout à gauche, gonflement du au développement des bourses séreuses de la région ; épanchement liquide dans ces bourses séreuses; la bourse séreuse prérolulienne est la plus développée.

Enfin on constate l'existence d'un goitre assez notable, ayant débuté dans V enfance.

La malade tousse uu peu et on trouve quelques râles de bronchite, en arrière, des deux côtés.

Le cœur est sain, les battements sont seulement très-forts et précipités.

L'urine est un peu rouge, mais ne renferme ni albumine ni sucre.

Pas d'écoulement vaginal, ni uréthral.

Traitement. — 25 mai. — Ipéca 1 gr. 50.

26 mai. — La fièvre est beaucoup moins vive ; l'état général est meilleur, mais les douleurs persistent. Sulfate de quinine 1 gr. en 2 paquets. — Tisane nitrée.

28 mai. — Les douleurs ont presque disparu, ainsi que l'œdème des membres inférieurs.

1er juin. — La malade est guérie.

Obs. VIII. — Rhumatisme articulaire aigu. — Albumnurie transitoire. — Traitement par le salicylale de soude. Guérison rapide.

DU RHUMATISME 37 La nommée V..., Joséphine, âgée de 55 ans, domestique.

Entrée le 16 mai 1877, salle Sainte-Madeleine, lit n° 16.

Renseignements. — Père mort d'une fièvre cérébrale; mère morte à 65 ans, sans que la malade puisse dire de quelle affection ; pas d'antécédents rhumatismaux dans la famille , mais éruptions fréquentes de la peau chez son père et son oncle.

Petite vérole à l'âge de 4 ans ; pas d'autres maladies ; constitution forte et robuste.

Réglée vers treize à quatorze ans, et toujours bien réglée, elle a cessé de l'être dans les circonstances suivantes : en février 1871, elle était en pleine menstruation quand les Prussiens sont entrés dans les Champs-Elysées ; elle eut frayeur : ses règles disparurent pour ne plus revenir.

Elle a eu une fausse couche et deux enfants.

Blanchisseuse de douze à trente-quatre ans, elle quitta le métier à cause des douleurs qu'elle avait dans l'épaule droite. Cependant cette douleur ne lui a pas fait interrompre tout travail, mais elle crut que sa profession lui était défavorable.

Jamais elle n'a habité de logement humide.

Le 3 avril de cette année, elle fut prise, sans cause appréciable, d'une sensation vive de fatigue, après s être exposée au froid, à l'humidité. Peu après elle ressentit une douleur assez notable dans l'articulation tibio-tarsienne droite, douleur continue , quoique plus intense à certains moments qu'à d'autres ; gonflement et sécheresse de la peau.

1er au 2 mai. — L'articulation tibio-tarsienne gauche est prise aussi, de même que les genoux. Le genou gauche était surtout tuméfié et l'on pouvait constater , dans le creux poplité, un gonflement de la grosseur d'un œuf de pigeon. Les coudes et les poignets sont également le siège -de douleurs rhumatismales.

12 mai. — Perte d'appétit; soif vive.

L'articulation sacro-iliaque est un peu douloureuse.

La malade ne paraît pas avoir été soignée d'une façon suivie.

17 mai. — État actuel. — Malade fortement constituée ; panicule graisseux abondant.

Ses conjonctives, ses lèvres et ses gencives sont un peu décolorées; pupilles dilatées.

La peau est couverte d'une sueur abondante ; la malade est anxieuse; elle souffre et se plaint continuellement; elle garde l'immobilité.

Les articulations les plus douloureuses sont les articulations tibio-tarsiennes; elles ont été prises les premières; elles sont rouges à la face latérale, au niveau du passage des gaines tendineuses.

Le coude gauche et le poignet du même côté sont tuméfiés assez notablement, tandis que les articulations correspondantes du côté droit prises avec autant d'intensité ces jours derniers, sont bien dégagées aujourd'hui.

Les genoux, également un peu tuméfiés, sont le siège d'un épanchement peu abondant. Les épaules sont douloureuses, surtout la droite.

Toute la colonne vertébrale est douloureuse, et la malade ne peut tourner la tête sans ressentir une violente douleur qu'excite ce mouvement.

L'articulation sacro-iliaque gauche est le siège de douleurs très- vives.

Poumons. — Congestionnés à la base, avec râles muqueux à moyennes bulles, plus marqués du côté droit.

Cœur. — Rien.

Urines. — Rouge brique, dépôts uratiques. Un peu d'albumine.

Traitement. — 6 grammes de salicylate de soude dans une potion de 120 grammes à prendre dans les 24 heures.

18 mai. — La main droite et le membre supérieur droit tout entier sont plus dégagés.

19 mai. — Au membre supérieur droit, la main est gonflée, les doigts sont semblables à des boudins, et jusqu'au poignet, la tuméfaction est extrême; la peau, lisse et tendue, est chaude, un peu rouge.

Les membres abdominaux sont dégagés assez notablement pour exécuter des mouvements ; il en est de même du membre thoracique du côté gauche. La malade n'a pas encore éprouvé un pareil sentiment de bien-être relatif depuis plus d'un mois.

L'albuminurie est extrêmement faible.

22 mai. — La main droite a recouvré la liberté de ses mouvements , bien que ses jointures soient encore un peu douloureuses. Il existe toujours de légères douleurs dans les articulations tibio-tarsiennes. On donne salicylate de soude : 8 grammes.

27. Léger bruit de souffle à la pointe du cœur, au premier temps et dédoublement au même temps.

Pouls faible et très-peu irrégulier.

L'amélioration de l'état des jointures se maintient et fait de nouveaux progrès; cependant il y a toujours des douleurs dans les articulations tibio-tarsiennes : ces douleurs peu aiguës en général, deviennent plus vives certains jours, et cette exacerbation s'accompagne de la réapparition d'un peu de rougeur sombre de la peau. On continue le salicylate de soude à la dose de 8 grammes.

30 mai. — Les symptômes cardiaques s'accentuent un peu; ils n'ont pas été accompagnés de fièvre.

La température depuis le 16 mai est restée normale.

Un tracé sphygmographique n'indique rien de particulier. Cependant la ligne ascensionnelle est peu élevée; dicrotisme à peine accusé , ainsi que l'irrégularité ; la courbe descend très-lentement à la fin de chaque pulsation.

S juin. — Les douleurs des articulations tibio-tarsiennes n'ont pas cessé; mais elles sont réduites à un degré qui n'empêche pas les mouvements, ni même la station verticale : il n'y a pas eu d'exacerbation depuis plusieurs jours. Les jointures des membres supérieurs n'ont pas été reprises depuis les premiers jours du traitement. On supprime le salicylate de soude qui, pendant tout le temps, n'a donné nulle trace d'intoxication.

\0 juin. — On prescrit de nouveau le salicylate de soude pour des douleurs vagues qui sont revenues dans les grandes articulations.

Malgré le salicylate de soude repris d'abord à la dose de 6 grammes, puis à celle de 8 grammes, les douleurs, sans cesser d'être en somme légères, durent encore pendant une quinzaine de jours. La malade peut se lever chaque jour et faire quelques pas.

28. — On a cessé de donner du salicylate de soude depuis deux ou trois jours, les douleurs pouvant être considérées alors comme tout à fait calmées. La malade sort en très-bon état.

Obs. IX. — Rhumatisme articulaire aigu. — Albuminurie passagère. — Traitement far le salicylate de soude. — Guérison rapide.

Le nommé Nicolas, âgé de 43 ans, garçon de recette. Entré le 2 août 1877, salle Saint-Jean-de-Dieu , lit

Renseignements. — Cet homme, âgé de 43 ans, est garçon de recette. Il affirme s'être toujours bien porté dans son jeune âge.

En 1867, il fut atteint d'une sciatique à gauche; les douleurs ne dépassaient pas le pli fessier inférieur.

Pas d'autres antécédents rhumatismaux; pas d'antécédents scrofuleux, ni syphilitiques.

Il reconnaît avoir fait, étant jeune homme, d'assez fréquents excès alcooliques (eau-de-vie et bière) .

En 1875, il fut atteint d'une blennorrhagie qui guérit en 6 semaines.

Il y a trois semaines , à la suite d'un refroidissement prolongé, il fut pris de lumbago. — Puis il ressentit quelques douleurs au niveau de l'attache du tendon d'Achille droit, vit ensuite la face supérieure du pied gauche et la cheville se gonfler; en même temps, il ressentait quelques douleurs à la face supérieure de ce même pied ; ensuite celui du côté droit se gonfla au niveau de l'articulation tibio-tarsienne. En outre, le genou gauche fut le siège de légères douleurs .

Cet état persistant, il entre à l'hôpital le 2 août 1877.

État actuel. — C'est un homme fatigué, d'un aspect cachectique; la surface de sa peau et de ses muqueuses est pâle et décolorée ; la cheville et le cou-de-pied gauche sont le siège d'un gonflement considérable, qui s'étend sur toute la face supérieure du pied.

On retrouve l'œdème jusqu'au niveau du genou. — Les mouvements d'extension et de flexion de l'articulation tibio-tarsienne sont peu douloureux, mais il n'en est pas de même des mouvements de latéralité ; douleur assez vive à la pression, sur la face supérieure de l'articulation métatarso-phalangienne du gros orteil droit.

Le genou gauche est un peu gonflé ; les mouvements de cette articulation ne sont pas douloureux, mais on provoque de la douleur par la pression au niveau du ligament latéral interne de la patte d'oie, et de la tête du péroné.

Les chevilles et le cou-de-pied droit sont le siège d'un léger œdème.

Les mouvements de l'articulation tibio-tarsienne sont presque indolores.

On provoque de la douleur par la pression au niveau du tendon d'Achille.

La peau des articulations a conservé sa couleur normale. La température n'est pas élevée ; douleur assez vive dans les portions inférieures des masses musculaires dorsolombaires.

Cœur. — L'impulsion cardiaque est assez faible, mais les battements sont réguliers ; le premier temps est un peu soufflant à la pointe et le siège d'un dédoublement.

Souffle doux à la base et au premier temps. Léger souffle dans les vaisseaux du cou.

Poumons. — Sonorité normale; légère diminution du murmure vésiculaire; quelques râles bronchiques.

L'appétit est bon; le malade dort bien.

Le malade urine beaucoup; il se lève plusieurs fois la nuit pour uriner.

Urine claire, un peu rouge, contient un léger nuage d'albumine.

Traitement. — Potion gommeuse avec 5 gr. de salicylate de soude. — Lavements purgatifs. — Baume tranquille sur les jointures douloureuses.

4 août. — Encore un peu d'albumine dans les urines.

5 août. — H y a plus d'albumine dans l'urine. — On continue le salicylate de soude. Le malade sort convalescent le 12 août.

Obs. X. — Rhumatisme sub-aigu. — Insuffisance mitrale. — Albuminurie passagère.

La nommée V... Georgina, âgée de 22 ans, blanchisseuse.

Entrée le 18 janvier 1877, salle Ste-Madeleine, lit n° 14.

Antécédents héréditaires. — Mère morte à 44 ans, d'un catarrhe pulmonaire.

Son père exerce la profession de baigneur; il est atteint tous les hivers de rhumatismes, localisés aux genoux.

DU RHUMATISME 43 Antécédents personnels. — Réglée à 17 ans; bien réglée jusqu'à l'époque où elle eut un enfant (août 1875) ; depuis ce temps, les règles viennent toutes les 3 semaines environ. Pas de fleurs blanches.

En janvier 1876, première attaque de rhumatisme, commençant par le cou, puis gagnant les lombes, les jambes, les pieds, les bras et les doigts.

Cette attaque dura six semaines; la malade eut un peu de fièvre ; cependant elle n'a pas cessé de travailler.

Il y a 8 jours, seconde atteinte, ayant débuté cette fois par les jambes, puis touchant successivement les épaules, les bras, les pieds, les genoux et les épaules.

Au moment de ces attaques de rhumatisme, la malade ne reconnaît pas avoir été plus que de coutume exposée au froid et à l'humidité.

Elle n'a pas eu d'éruptions cutanées.

L'appétit a toujours été bon.

Étal actuel. — La malade se plaint de ses genoux et de ses épaules; ces régions sont douloureuses; on n'observe à leur niveau ni gonflement, ni rougeur, excepté aux genoux qui sont le siège d'un épanchement assez abondant.

A l'épaule, les mouvements déterminent des craquements articulaires.

Douleurs dans les mollets.

Çœur. — Il a été atteint par le rhumatisme ; bruit rude au premier temps et à la pointe. Cette atteinte d'endocardite mitrale date vraisemblablement de la première attaque, car, à l'heure actuelle, il n'y a pas de palpitations. Pas d'hypertrophie cardiaque; on voit la pointe du cœur battre sous le mammelon gauche.

On perçoit aussi un souffle à la base, mais peu net et isochrone à un bruit de souffle dans les vaisseaux du cou ; il est probablement dû à de l'anémie : du reste, les conjonctives sont pâles; les pupilles dilatées.

Urines louches; desquamations épithéliales.

Un peu d'albumine; pas de sucre.

Pas d'œdème des membres inférieurs. L'appétit est presque nul; langue saburrale. — Constipation. — Etat fébrile très-modéré.

Traitement. — Sulfate de quinine 1 gramme en deux paquets. Une pilule de 0,05 d'extrait thébaïque; le soir, chiendent nitré (6 grammes de nitrate de potasse).

22 janvier. — Le rhumatisme, après avoir passé du genou dans l'épaule, s'y est maintenu 2 ou 3 jours, en diminuant d'intensité, jusqu'à ne plus causer de douleurs.

L'état du cœur reste ce qu'il était lors du premier examen de la malade.

25. — La malade sort guérie de son atteinte rhumatismale. Le souffle persiste au premier temps et à la pointe.

L'albuminurie a duré quatre jours.

Obs. XI. — Rhumatisme articulaire aigu. — Endo-péricardite. — Traitement par le salicylate de soude. Amélioration rapide des lésions arthritiques.

Le nommé M. . . , Jean-Laurent, 25 ans, garçon de magasin.

Entré le 12 mai 1877, salle Saint-Jean-de-Dieu, lit n° 24.

Renseignements. — Ce jeune homme, âgé de 25 ans, garçon de magasin, dit s'être toujours parfaitement porté pendant sa jeunesse ; pas la moindre trace d'accidents rhumatismaux avant 1872.

En 1872, à la suite d'un refroidissement, il fut pris d'un rhumatisme articulaire aigu qui se limita aux deux articulations tibio-tarsiennes et aux deux genoux.

Il entra à l'hôpital Saint-Antoine et en sortit guéri au bout de 15 jours.

Quelque temps après, il était facilement pris de palpitations, s'essoufflait quand il montait les escaliers, mais il ne se souvient pas d'avoir eu les jambes ejiflées.

Rien à noter du côté de ses parents.

Pas d'antécédents alcooliques, ni syphilitiques.

Il y a 20 jours, à la suite d'un refroidissement, croit le malade, il eut des douleurs dans le genou gauche, lequel ne tarda pas à se gonfler , en même temps que la peau devenait un peu rosée .

Bientôt il fut pris de palpitations, surtout le soir en se couchant, et principalement quand il se couchait sur le côté gauche; puis il eut de la dyspnée, dyspnée assez forte et exagérée par le moindre effort.

Il n'en continua pas moins son travail, malgré la douleur du genou gauche.

Mais, il y a 15 jours, la dyspnée, les palpitations augmentèrent; il vît ses deux membres inférieurs se gonfler énormément, ressentit de vagues douleurs dans les masses musculaires des cuisses et, le 12 mai 1877, il entra à l'hôpital.

État actuel. — C'est un homme assez fort, d'un embonpoint notable; ses joues présentent un aspect de congestion un peu bleuâtre, les lèvres sont bleues, en un mot il a le faciès cardiaque.

Les membres inférieurs sont le siège d'un œdème assez prononcé, surtout aux jambes.

Cœur. — Légère voussure de la région précordiale.

En mettant en ce point deux petits index en papier, l'un sur la base , l'autre sur la pointe , l'on constate deux centres de battements alternatifs.

La pointe bat à 2 cent, au-dessous du mamelon, un peu en dedans de celui-ci.

Auscultation. — Souffle net au 1er temps et à la pointe, se propageant dans l'aisselle.

Souffle à la base, se propageant dans les vaisseaux du cou, mais masqué par un frottement péricardique léger s'entendant après le 1er temps, parfois après le second, et

dont le foyer maximum est un peu au-dessus de l'appendice xyphoïde.

Poumons. — Sains ; légère augmentation de la sonorité en haut, en avant de la poitrine, et légère diminution du murmure vésiculaire dans cette région.

Foie. — Aucun changement notable de volume; pas de douleur à la percussion.

Rate. — Rien à noter.

L'appétit est assez bon.

Urine. — D'apparence normale; ni sucre, ni albumine. Pas de blennorrhagie.

Le genou gauche, fortement tuméfié, est très-douloureux; les saillies osseuses de l'article ont disparu; sensation de fluctuation.

On perçoit nettement le choc de la rotule contre les condyles du fémur, après avoir fait refluer le liquide de l'hydarthrose dans les prolongements sous-tricipitaux de la synoviale.

Les autres articulations sont intactes.

Quelques douleurs dans les masses musculaires des cuisses.

Traitement. — 13 mai. — 6 ventouses scarifiées à la région précordiale.

Les frottements péricardiques sont un peu plus nets et peuvent être perçus à la palpation.

Dyspnée diminuée. Six grammes de salicylate de soude dans une potion de 120 grammes.

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