DE LA CHLOROSE ET DES ANÉMIES
La description classique de la chlorose et des anémies s'est enrichie, dans ces dernières années, de travaux importants. Il est possible aujourd'hui, grâce aux modifications apportées à la méthode de Welcker, par MM. Malassez et Hayem, de connaître, avec exactitude, et les variations de
nombre et les variations de propriétés, de l'agent principal
du liquide sanguin, le globule rouge.
MM. Lorain et Parrot, dans de remarquables articles, insérés dans les dictionnaires en cours de publication, admettent très-nettement , comme l'avaient fait d'ailleurs avant eux un bon nombre de pathologistes, qu'il existe une maladie, constituant à elle seule une entité morbide, la chlorose ou chloro-anémie, et d'autre part, qu'il y a des anémies, d'ailleurs toujours symptoma tiques, liées aux maladies constitutionnelles , aux empoisonnements chroniques, aux affections spécifiques , etc. ; telles que l'anémie de la tuberculose, celles du cancer, des cachexies saturnines, syphilitiques, etc. La convalescence des états morbides graves, de longue durée, s'accompagne elle-même d'une anémie généralement très-prononcée, dont la disparition est quelquefois bien lente.
L'histoire clinique de la choro-anémie paraît aujourd'hui à peu près définitivement établie; cependant un certain nombre de points sont encore en discussion.
Les auteurs ont, depuis des siècles, relativement à la nature de la chlorose, été divisés en deux camps : les uns la considèrent comme une affection du système nerveux, une véritable névrose, voisine de l'hystérie, ayant pour conséquence l'état spécial du sang qui est caractéristique de la chlorose; les autres, au contraire, subordonnent les troubles nerveux aux modifications de qualité et de quantité du fluide sanguin.
Ce qu'on n'a peut-être pas assez mis en relief, c'est ce fait que la chlorose est avant tout une maladie d'évolution. Cependant déjà Ashwell avait fait de l'affection une maladie constitutionnelle. M. le professeur Sée a d'ailleurs parfaitement démontré que la chlorose est une anémie consécutive au développement de l'individu, apparaissant chaque fois qu'il y a disproportion entre les forces de dé-
MALADIES GÉNÉRALES 465 veloppement et les moyens réparateurs. Pour lui, la maladie ne doit pas être limitée à la femme ; elle peut se rencontrer clans les deux sexes et à tous les âges. Cette opinion est admise aujourd'hui par bon nombre de cliniciens. L'influence de l'évolution sur la genèse de la chlorose, chez la femme, est des plus évidentes. La maladie se déclare en effet, le plus généralement, à cette période de la vie, pendans laquelle l'organisme s'achève, alors que les tissus, les organes acquièrent leur maximum de développement.
L'affection, dont toutes les manifestations symptomatiques ont une physionomie essentiellement névropathique, est avant tout une maladie générale. Les observations qui suivent le prouvent ; elles contiennent d'ailleurs quelques détails intéressants.
L'observation GYII est confirmative d'un fait clinique sur lequel l'attention des médecins s'est tout particulièrement fixée dans ces derniers temps. Il existait, chez la jeune femme qui en est l'objet, un double bruit de souffle rude, à la base et à la pointe du,cœur. Ces souffles avaient, comme le faisait remarquer M. Yulpian, un timbre tel qu'on pouvait penser qu'ils se rattachaient à une lésion organique, et cependant, très-vite, ils ont disparu sous l'influence du traitement par les ferrugineux. M. Vulpian m'a rendu plusieurs fois témoin de résultats semblables. Les bruits, dans les cas analogues à celui-ci, sont manifestement liquidiens ; ils se rencontrent surtout dans les chloroses que l'on a appelle aiguës, à cause de la rapidité de leur évolution.
— • Un état analogue à la chlorose de la femme se rencontre quelquefois chez l'homme adolescent à la suite d'un trouble dans l'évolution ou dans le mode de fonctionnement des organes génitaux. Un certain nombre de médecins admettent en effet que, chez l'homme, à l'âge de la puberté, il peut se produire une anémie avec phénomènes nerveux
prédominants ; il en a été ainsi chez le malade de l'observation GVIII. La maladie, dans ce cas, simulait absolument la chloro-anémie de la femme.
— Il faut remarquer que, dans le cours d'une chloroanémie, il peut se développer une endocardite aiguë (obs. GIX), point de départ possible d'une lésion de canalisation.
— Il y a déjà longtemps que Rasor et Giacomini ont considéré la sub-inflammation des vaisseaux comme étant la cause de la chloro-anémie, en produisant l'altération du sang. Plus près de nous, M. Virchow a cherché à prouver qu'il y a une relation entre la chlorose et le développement de l'appareil circulatoire. D'après lui, on pourrait constater, dans la vraie chlorose, une sorte d'arrêt de développement de l'arbre artériel en entier, et surtout de l'aorte. D'où cette conséquence que la chlorose vraie serait souvent congénitale. Cet arrêt de développement des vaisseaux pourrait avoir pour conséquence l'hypertrophie cardiaque , si souvent notée dans le cours de la chlorose. M. Yulpian a observé, dans plusieurs faits, des résultats nécroscopiques confirmant la doctrine de M. Virchow. L'observation GX en est un nouvel exemple.
La malade avait l'appareil artériel exploitable, extrêmement petit ; elle était très-anémique et, de plus, très-né vropathique. Le début apparent de sa maladie remontait à l'âge de 14 ans.
— On a accusé, et je crois avec raison, l'anémie d'être une des conditions de la production de la syncope locale des extrémités; l'observation CXI en est une preuve. La malade, très-fortement anémique, présentait de temps à autre, surtout le matin, le phénomène de l'onglée. La peau des deux dernières phalanges de l'index, du médius, quelquefois de l'annulaire des deux mains, était blanche, mate, froide, et en même temps couverte de sueurs très-abondantes;
je reviendrai sur ce dernier fait à propos de l'étude de la syncope locale.
— Une cause commune d'anémie est la misère ; celle-ci engendre habituellement, comme on le sait, par suite de la privation de la nourriture, ou par le fait de la mauvaise qualité de celle-ci, des troubles digestifs. De plus, les excès de travail ou d'inconduite, joints quelquefois aux conditions précédentes, expliquent très-bien la déchéance rapide et fatale de l'économie (obs. GXII).
— La dyspnée des chlorotiques ou des anémiques a une physionomie spéciale bien mise en évidence par M. Sée. Aussi intense que l'on suppose la difficulté de respiration due à l'altération du sang, elle se distinguera toujours de la dyspnée cardiaque ou pulmonaire, par ce fait que la malade chlorotique se couche avec la plus grande facilité, tandis que la malade cardiaque reste assise dans son lit. Ce fait était frappant chez la femme de l'observation GXIII, qui avait une anémie profonde due à des épistaxis répétées.
— L'anémie symptomatique de la tuberculose, par exemple, peut présenter absolument les mêmes caractères que l'anémie essentielle (obs. CXIV) : même état général, mêmes troubles fonctionnels, même marche, même série d'accidents. Dans ces cas, il faut souvent une extrême attention pour reconnaître l'affection diathésique, masquée par l'anémie. Il faut ajouter que le souffle cardiaque fait le plus souvent défaut.
OBSERVATIONS
Obs. GVII. — Chlorose. — Troubles dyspeptiques assez ac~ centués. — Double souffle cardiaque à la base et à la pointe du
cœur, au 4" temps. — Guérison rapide par les ferrugineux. —
Disparition totale des bruits de souffle.
La nommée G... Jeanne, âgée de 25 ans, domestique.
Entrée le 22 mars 1877, salle Ste-Madeleine, lit n° 7 bis.
Renseignements. — Cette malade, qui est à Paris depuis un an, a été réglée à 16 ans; les règles ont toujours été irrégulières; il y avait souvent des retards de 15 jours, 1 mois. De plus, la menstruation a toujours été douloureuse.
Pas de leucorrhée dans l'intervalle des règles.
La malade dit que, dans son enfance, elle a eu des maux d'yeux, des croûtes dans les cheveux, et des glandes sous la mâchoire inférieure.
Jamais de douleurs rhumatismales.
Rien d'important à signaler du côté de l'hérédité.
Depuis 3 mois, cette malade a senti qu'elle devenait faible ; elle a d'abord éprouvé des palpitations qui se répétaient au moindre effort.
Une faiblesse très-grande dans les jambes l'empêchait de marcher longtemps. Elle perdit l'appétit, et en même temps elle éprouvait du dégoût pour les aliments , surtout pour la viande; elle ne mangeait, avec plaisir, que les mets épicés, surtout ceux qui contenaient du vinaigre.
Ces perversions de l'appétit se sont accusées de plus en plus, et la malade est devenue très-faible.
Etat actuel. — C'est une femme de taille moyenne, plutôt grasse que maigre. — La figure est très-pâle, complètement, décolorée. — Toutes les muqueuses apparentes sont également décolorées ; on dirait que le visage est recouvert d'un masque de cire.
La décoloration est étendue à tout le tégument cutané ; la température de la peau est normale.
La malade a perdu l'appétit ; elle ne peut manger que des légumes fortement épicés, et encore, après chaque repas, elle accuse des douleurs assez marquées dans l'estomac, au
MALADIES GÉNÉRALES 4G9 creux épigastrique : son ventre gonfle au bout d'une heure environ ; elle est obligée presque aussitôt de desserrer ses vêtements.
Elle va assez bien à la selle ; elle est plutôt constipée ; elle ne souffre pas dans le bas-ventre.
La malade éprouve des palpitations très-fréquentes; celles-ci surviennent à tout propos, mais surtout après le repas; elles sont accompagnées alors de bouffées de chaleur et, quelquefois, de sueurs.
Des douleurs multiples, passagères, se montrent dans tout le corps, mais la malade se plaint surtout de névralgies occupant le côté gauche de la tête ; ces névralgies sont accompagnées d'éblouissements et d'élancements dans les oreilles.
La fatigue se produit très-vite; au moindre effort, à la moindre marche, la malade est essoufflée et obligée de s'arrêter.
Elle ne tousse pas. L'auscultation et la percussion font constater que les organes pulmonaires sont dans l'état normal.
V auscultation du cœur révèle un souffle à la pointe et au premier temps et un autre à la base et au premier temps ; tous les deux, à timbre rude très -accentué, sont accompagnés d'un bruit de rouet intense dans les vaisseaux du cou.
Les battements du cœur ont un timbre métallique ; la palpation de la région précordiale ne révèle pas de frémissement. — Hypertrophie cardiaque notable.
Rien de particulier du côté du ventre.
"U urine, très-peu colorée, claire, ne contient ni albumine ni sucre.
La malade, comme il a été dit, présente un aspect caractéristique de la peau, laquelle est d'un jaune pâle sur tout le corps, en général.
Il existe un léger degré d'œdème des jambes, et on peut déterminer par la pression une dépression en godet, surtout au niveau de la partie inférieure de la face antéro • interne du tibia.
Traitement. — Pilules de fer composées (fer réduit par l'hydrogène , extrait mou de quinquina, poudre de rhubarbe) ; vin de quinquina, — tisane de houblon, — deux bains sulfureux par semaine.
30 mars. — L'état général de la malade s'est sensiblement amélioré ; les pommettes des joues sont un peu colorées. Il n'existe plus d'œdème des membres inférieurs; les bruits de souffle du cœur persistent, mais beaucoup moins intenses.
15 avril. — La malade va très-bien ; ses forces sont revenues. Les troubles dyspeptiques ont, en partie, disparu; le bruit de souffle de la pointe du cœur est à peine perceptible ; celui de la base est encore assez fort.
22 avril. — La malade sort ce jour. On peut la considérer comme guérie. L'appétit est bon. Le souffle de la base du cœur subsiste seul, très-affaibli : quant au souffle que l'on entendait au niveau des vaisseaux du cou, il a bien diminué d'intensité.
Obs. GVIII. — Anémie consécutive à la masturbation. — Phénomènes nerveux. — Insomnie. — Guérison rapide par un traitement tonique et les douches froides.
Le nommé L... Louis, âgé de 20 ans, plombier.
Entré le 19 juillet 1877, salle St-Jean-de-Dieu, lit n° 3.
Renseignements. — Père mort à 43 ans. Il était paralysé et était atteint d'une affection cardiaque.
Frère mort à la suite d'une maladie dans laquelle il toussa longtemps et eut des hémoptysies, dit le malade.
Il y a trois ans, L... eut une bronchite qui fut, paraît-il, guérie au bout de quinze jours par un vomitif. — Il a été
MALADIES GÉNÉRALES 471 réformé au conseil de révison, à cause de l'étroitesse de sa poitrine.
Il s'enrhume facilement tous les hivers. Il a été atteint d'une diarrhée qui a persisté pendant un mois ; elle n'a cessé que depuis 8 jours.
Depuis quelque temps , ce malade a fait de nombreux excès.
Il a, de temps en temps, des palpitations cle cœur. Depuis 3 semaines, ces palpitations sont devenues plus fortes ; à la moindre fatigue, elles reviennent, et elles s'accompagnent de douleurs précordiales.
Il dit avoir maigri assez notablement.
Pas d'intoxication saturnine.
Le malade se serait livré à la masturbation, et, en outre, il aurait fait des excès de boisson.
Etat actuel. — C'est un jeune homme assez bien musclé ; ses téguments sont pâles , les muqueuses décolorées ; la face est blanc-verdâtre, l'embonpoint conservé.
Légère céphalalgie, langue blanche, perte d'appétit, dégoût pour les aliments; le malade ne mange bien que la salade. Il souffre au creux épigastrique , une demi-heure environ après son repas. Tympanisme stomachal fréquent. Quelques selles liquides dans le courant de la journée.
Insomnie habituelle. Douleurs névralgiques au-dessus des sourcils. — Tempérament impressionnable, pleurs faciles. Le malade a l'imagination vive; il lit beaucoup de romans.
L'auscultation du cœur révèle des battements forts, réguliers et précipités. Les bruits sont nets ; celui de la base et du premier temps est accompagné d'un souffle doux bien accusé.
Légère hypertrophie cardiaque.
Dans les vaisseaux du cou , on perçoit un souffle continu intense, avec renforcements. Les poumons sont sains ; le malade ne tousse pas.
Il éprouve une grande fatigue au moindre exercice ; il est essoufflé très-vite.
Les urines sont normales.
Traitement. — Deux cuillerées de sirop d'iodure de fer; vin de quinquina ; une pilule de Méglin , le soir en se couchant.
25 juillet. — Le malade commence à dormir. — Il se trouve plus fort. On continue le traitement; de plus, douches froides en pluie.
30 juillet. — L'état général est bien meilleur; la face se colore un peu.
5 août. — Amélioration très-notable ; les forces sont revenues; l'appétit est très-bon.
10 août. — Le malade va très-bien; il quitte l'hôpital ce jour. L'insomnie a disparu.
Obs. CIX. — Chlorose avec troubles de la menstruation. — Hystérie. — Endocardite aiguë survenue fendant le séjour de la malade à V hôpital. — Contracture hystérique.
La nommée L... Marie, âgée de 23 ans, domestique.
Entrée le 4 janvier 1877, salle Ste-Madeleine, lit n° 17.
Renseignements. — La malade est un enfant de l'hospice.
Dans sa jeunesse, elle a eu des convulsions ; son pied droit s'est dévié; il l'est encore un peu aujourd'hui.
Elle a été réglée à 16 ans; mais, si la menstruation se faisait régulièrement tous les mois, elle voyait très-peu chaque fois ; les règles ont toujours été douloureuses.
11 y a deux ans, la malade eut une grande frayeur à la suite de laquelle ses règles se supprimèrent pendant dixhuit mois.
A dater de ce jour, elle commença à pâlir de plus en plus.
Elle n'a jamais craché de sang ; elle n'a jamais eu, non plus, de rhumes de longue durée.
MALADIES GÉNÉRALES 473 Elle n'est à Paris que depuis huit mois ; fréquemment, la malade a eu une boule remontant de l'estomac à la gorge. L'aggravation de son état date du mois d'octobre 1876. Elle se fatigua bientôt très-vite ; elle pouvait à peine marcher ; elle était de suite étouffée, comme anéantie. Une céphalalgie intense, siégeant en forme de bandeau autour du front, de la faiblesse et des étourdissements survinrent; ces phénomènes allèrent en s'accen tuant progressivement.
Etat actuel. — C'est une femme grande, assez musclée; embonpoint modéré ; pâleur du teint ; les joues sont décolorées, à l'exception des pommettes; le front, les parties latérales de la face et surtout le menton, sont d'un blanc jaunâtre et ont une teinte mate ; la sclérotique est blanche.
Les conjonctives et les lèvres sont également très-pâles ; les jambes sont enflées, et la malade dit qu'elles le sont tous les soirs et d'autant plus qu'elle a davantage marché dans la journée.
Examen du poumon négatif.
Cœur. — Pulsations très-énergiques ; la pointe bat dans le 5e espace intercostal ; choc net et bien frappé.
Bruit de souffle doux à la base, se propageant un peu vers la pointe ; légère hypertrophie cardiaque.
Les palpitations, très-énergiques au début de l'examen, se calment après quelques instants. Dans les vaisseaux du cou, bruit de rouet , de bourdonnement d'abeille ; bruit systolique.
Pupilles dilatées, et étourdissements ; lorsque la malade baisse la tête, elle est prête à se trouver mal.
La malade ne peut ni courir, ni même marcher vite, ni monter, sans être prise d'étouffements.
La pression de l'épigastre est douloureuse ; inappétence ; la digestion est pénible ; sensation de plénitude ; somnolence après les repas. Constipation.
Les urines sont normales.
Traitement. — On donne à la malade : vin de gentiane, sirop d'iodure de fer; deux bains sulfureux. Une portion.
7 janvier. — La malade se plaint de souffrir de névralgies dans la tête ; elle a une boule qui l'opresse et qui remonte du creux épigastrique à la gorge.
9 janvier. — La malade a un peu de délire, dans l'aprèsmidi.
Etatfébrile, avec exacerbation le soir de quelques dixièmes de degré. T. A. : m., 38°; s., 38°,4.
En auscultant le cœur, on entend un souffle à la base et un autre souffle à la pointe ; le bruit anormal de la pointe est très-distinct ; il occupe le premier temps.
11 janvier. — L'état fébrile continue. — Palpitations cardiaques assez violentes. — Les bruits de souffle n'ont pas varié.
Perte d'appétit. Constipation. — 15 grammes d'huile de ricin. — Vésicatoire à la région précordiale.
15 janvier. — La température a baissé : T. A., 37°, 8 ; P., 96; quelques intermittences. Pas de modification des bruits de souffle.
18 janvier. — A dater de cette époque, mieux sensible; la température est de 37°, 2; le souffle de la pointe est moins net.
26 janvier. — La malade, après avoir été bien pendant une dizaine de jours, et même après une amélioration trèssensible de l'état du cœur, est reprise de fièvre.
27 janvier. — On donne 1 gramme de sulfate de quinine. T. A., 38", 1.
28 janvier. — Le mouvement fébrile est tombé. — Les bruits cardiaques sont restés tels qu'ils étaient huit jours auparavant.
30 janvier. — La malade est convalescente. On reprend le traitement tonique.
MALADIES GÉNÉRALES 475 12 février. — La malade sort aujourd'hui, dans l'état suivant :
Le teint n'est plus aussi jaune que lors de son entrée; mais il existe toujours de l'anémie. Les souffles du cœur, à la base et à la pointe, persistent, quoique atténués, ainsi que le souffle des vaisseaux du cou.
22 février. — Elle rentre dans le service, parce que ses jambes enflent le soir. Elle marche difficilement, en boitant; pendant la marche, on remarque que le pied gauche est porté en dedans.
Le bruit du souffle de la pointe du cœur est redevenu très-distinct et assez intense au premier temps.
On prescrit de nouveau un traitement tonique.
25 février. — Contracture du pied gauche avec déviation du pied en dedans. La malade ne peut pas dire comment et à quel moment s'est produite cette contracture. On présume, d'après ses réponses, que c'est à la suite d'une attaque mal caractérisée d'hystérie.
26 février. — La malade a eu une attaque d'hystérie convulsive avec perte de connaissance ; c'est sa première attaque, bien franche : cette attaque a duré une demiheure environ.
27 février. — • 2e attaque , mais d'une durée très-courte; la malade marche en boitant et en traînant la jambe .
1er mars. — Le pied dévié est douloureux, surtout quand la déviation est exagérée, ce qui a lieu par moments. On donne 6 grammes de bromure de potassium, tout en continuant le traitement tonique.
12 mars. — La contracture du pied a disparu à peu près. — La malade sort sur sa demande. L'état général s'est peu amendé. Les souffles cardiaques existent encore, à peu près avec les mêmes caractères, à la base et à la pointe. Elle est un peu moins pâle ; mais son névrosisme est à peu près ce qu'il était lors de la première entrée.
Obs. GX. — Ckloro-anémie. — Hystérie. — Faible développement de Varbre artériel. — Traitement par les toniques, amélioration.
La nommée R... Louise, âgée de 30 ans, blanchisseuse.
Entrée le 8 février 1877, salle Ste-Madeleine, lit n° 21.
Renseignements. — Dans la famille de la malade, on ne trouve pas d'antécédents morbides; tous ses parents, ascendants, collatéraux ou descendants, sont d'une excellente santé.
La malade a eu le carreau dans son enfance , et lors de sa puberté une entérite qui lui fit garder le lit 6 semaines ; immédiatement après cette entérite , fièvre ortiée.
Ses parents lui ont dit qu'elle avait été très-chétive et très-difficile à élever.
Elle fut réglée à 18 ans et bien réglée jusqu'à sa 2e couche, qui fut la dernière. A la suite de cette couche, ses règles revenaient, dit-elle, toutes les semaines, et duraient, chaque fois, quatre jours.
Cet état dura trois mois ; depuis lors, elle a presque toujours des retards de 8 jours à chaque époque menstruelle; leucorrhée dans l'intervalle des époques.
La malade dit avoir eu deux hématémèses. La première la surprit, il y a cinq mois, dans la nuit, au milieu de son sommeil, sans qu'elle puisse assigner une cause à cette hémorrhagie. Dans cette nuit, elle vomit, dit-elle, 1/2 litre de sang au moins, et en une seule fois.
On arrêta l'hémorrhagie avec du perchlorure de fer dans une potion; mais le soir le vomissement de sang réapparut, fut arrêté de nouveau, et revint à plusieurs reprises : pendant les 3 jours que ces vomissements de sang durèrent, la malade prétend avoir perdu deux litres de sang rouge vermeil.
Il y ajuste 8 jours, le 1er février, qu'elle fut encore prise de vomissements semblables; leur durée fut de 3 jours, et
MALADIES GÉNÉRALES 477 la quantité de sang vomi fat plus considérable encore que la première fois, si l'on en croit le dire de la malade. L'hématémèse a eu lieu, cette fois, dans les conditions suivantes :
C'était au moment des règles ; les pieds étaient en sueur, et la malade, en rentrant chez elle, fut obligée de marcher dans l'eau et la boue; elle fut ainsi saisie par le froid; l'écoulement menstruel s'arrêta, et c'est le lendemain matin que commença l'hémorrhagie.
Depuis cette époque, un point douloureux siège entre les omoplates, et un autre dans la colonne lombaire. En outre, elle tousse, et la voix est enrouée.
La malade est très-nerveuse; elle a eu souvent des attaques de nerfs, avec mouvements spasmodiques; mais elle ne perdait pas complètement connaissance.
Ces attaques, qu'elle prévoyait et qui cependant n'étaient point précédées des phénomènes de la boule hystérique, disparurent lors du dernier accouchement.
Elle est habituellement constipée, n'ayant que peu d'appétit, et, sans avoir été jamais très-grasse, elle croit avoir un peu maigri.
Depuis une huitaine de jours, fièvre tous les soirs; sueurs abondantes la nuit. Insomnie.
Etat actuel. — Femme de taille moyenne, paraissant plus vieille que son âge.. Elle est plutôt grasse que maigre. Elle est accablée par la fatigue. La figure est pâle ; les lèvres et les conjonctives sont décolorées. Tout le tégument cutané est également décoloré.
Les jambes ne sont pas œdémateuses.
En examinant le thorax, en avant, on trouve, par la percussion, de la matité au sommet droit avec perte d'élasticité, et douleur.
L'expiration un peu prolongée; pas de symptômes de bronchite.
En arrière, l'auscultation ne révèle aucune altération des poumons. La malade crache assez abondamment; l'expectoration est un peu jaune verdâtre.
Au cœur, on trouve un bruit de souffle au 1er temps et à la base ; le cœur bat dans le 5e espace intercostal, en dedans de la ligne mamelonnaire ; il n'est pas hypertrophié.
Dans les vaisseaux du cou, souffle doux assez prononcé ; le pouls est petit, à peine perceptible; il est plus perceptible à droite qu'à gauche; d'ailleurs il est régulier; impulsion cardiaque extrêmement faible; tout l'appareil artériel explorable est très-peu développé.
Urine normale; ni albumine ni sucre.
Traitement. — Sirop d'iodure de fer. — Vin de quinquina. Douches froides.
16 février. — La malade va un peu mieux; la faiblesse est toujours très-grande ; essoufflement à propos du moindre exercice.
18 février. — La malade a eu froid, hier, dans la cour. Frisson le soir, avec chaleur et sueur; à l'auscultation, râles sibilants et ronflants. Expectoration abondante.
Vésicatoire dans le dos, sur la région de l'omoplate.
19 février. — La malade est un peu mieux; la toux est moins sèche. Lotion gommeuse avec 15 centigr. de kermès.
22 février. — Les signes de bronchite ont disparu. Hier, dans la soirée, la malade a eu une attaque d'hystérie convulsive assez intense ; cette attaque n'a duré que quelques minutes.
20 février. — Névralgie dans le 4e espace intercostal gauche.
On reprend le traitement tonique.
28 février. — Hier, nouvelle attaque d'hystérie convulsive, d'une assez courte durée, comme la précédente. 1er mars. — La malade est un peu mieux.
MALADIES GÉNÉRALES 479 5 mars. — Le mieux continue ; cependant le teint est toujours très-pâle.
15 mars. — La malade quitte l'hôpital un peu mieux portante que lors de son entrée.
Obs. CXI. — Chloro-anérnie; dyspepsie. — Syncope locale des doigts. — Traitement tonique; amélioration.
La nommée M..., âgé de 22 ans.
Entrée le 24 mai 1877 , salle Ste- Madeleine, lit n° 22.
Renseignements. — Le père de la malade, âgé de 48 ans, tousse depuis longtemps; il a une expectoration verdâtre; il aurait craché du sang. De plus, la nuit, il suait beaucoup. Il est plus malade depuis quelque temps, et il a été forcé d'arrêter son travail. Il aurait toujours été très-nerveux.
La mère est bien portante. — • Cependant elle serait sujette aux rhumes pendant l'hiver.
La malade a eu la rougeole dans son enfance.
Antécédents strumeux; ganglions tuméfiés autour du cou et maux d'yeux fréquents.
Réglée à l'âge de 13 ans, mais très-irrégulièrement. Les règles sont peu abondantes et douloureuses. Pas de pertes blanches. Elle est très-nerveuse, pleure et rit facilement sans motif; boule hystérique.
Jamais d'attaques de nerfs. — Jamais de syncope.
Elle est couturière depuis 4 ans environ; elle ne peut travailler, en général, que pendant une demi-journée, car elle se fatigue assez facilement, depuis un an surtout.
Les digestions sont difficiles ; elle a des nausées et quelquefois même des vomissements. Après ses repas, elle sent comme un poids sur la région épigastrique. Tendance au sommeil, après le repas, et il lui faut faire un grand effort pour résister.
Cet état de malaise dure tantôt une heure, tantôt deux, mais rarement plus; il est sur tout prononcé après le déjeuner.
Elle éprouve des éblouissemenls de temps à autre, et elle croit qu'elle va se trouver mal.
Etat actuel. — Femme blonde, de petite taille. Elle est très-grasse. Le tégument cutané est très-pâle. — Le visage est comme jauni au niveau des sillons naso-labiaux ; cependant la figure est colorée et présente même, sur les joues, au-dessus de l'os malaire, des plaques érythémateuses.
Ses lèvres, ses gencives et ses conjonctives palpébrales sont pâles et décolorées. Les pupilles sont dilatées.
Cœur. 1er temps. Souffle doux à la base.
Bruit de rouet dans les vaisseaux du cou. Léger degré d'hypertrophie cardiaque. Essoufflement facile.
La malade a un appétit très-capricieux ; elle mange surtout les substances acides. La pression au creux épigastrique est un peu douloureuse. Ballonnement fréquent du ventre après le repas. Renvois acides. Constipation habituelle.
Langue un peu blanchâtre.
De temps à autre, la malade, surtout le matin, présente les deux dernières phalanges de l'index, du médius et quelquefois de l'annulaire des deux mains, blanches, mates, froides ; en même temps , les mains sont couvertes de sueurs très-abondantes.
Poumons j gajng
Viscères abdominaux j
Urines pâles, décolorées. Pas d'albumine ni de sucre.
Traitement. — On ordonne 15 grammes d'huile de ricin ; bouillon; tisane de camomille.
25 mai. — Sirop d'iodure de fer. Vin de gentiane. — Un demi-verre d'eau de Vichy, un quart d'heure après chaque repas. Tisane de houblon. Une portion.
1er juin. — L'état gastrique est un peu amélioré.
h juin. — État général meilleur. Les forces reviennent.
MALADIES GÉNÉRALES 481 Les bruits anormaux du cœur et des vaisseaux du cou n'ont pas varié.
ftjuin. — Quelques instants après la visite du matin, vers dix heures, la malade présente le phénomène de l'onglée. Les extrémités des quatre derniers doigts de chaque main, à partir de la première phalange, sont froides, pâles , décolorées et insensibles ; rien de semblable aux membres inférieurs. La syncope locale a duré une heure et demie ; elle a été accompagnée de sueurs perlant sur toute la peau décolorée. M. Vulpian considère comme certain que la peau , dans les parties qui sont le siège de ces sueurs, n'est pas anémiée dans toute son épaisseur. Peutêtre même y a-t-il un certain degré de congestion dans la région des glomérules sudoripares.
8 juin. — La malade va mieux; son état anémique s'améliore progressivement.
10 juin. — La syncope locale ne s'est pas reproduite.
La malade quitte l'hôpital le 16 juin, très-améliorée.
Obs. GXII. — Anémie consécutive à la misère et à l'alcoolisme. — Amélioration sous V influence du traitement tonique.
La nommée B... Colette, âgée de 54 ans, cuisinière.
Entrée le 2 août 1877, salle Sainte - Madeleine , lit n° 10.
Renseignements. — Cette malade, âgée de 54 ans, est cuisinière. Réglée à 15 ans, elle l'a toujours très-bien été ; elle a cessé d'avoir ses époques depuis 3 ans ; pas d'accidents de ménopause.
Dans les antécédents de la malade, on note quelques douleurs rhumatismales passagères et peut-être des manifestations scrofuleuses, telles que gourmes, gonflements des glandes sous-maxillaires , maux d'yeux et maux d'oreilles. Gomme hérédité, il n'y a rien à relever.
Depuis 8 mois, cette malade se plaint d'une faiblesse
générale, avec difficulté dans la marche. Elle se fatigue
très-rapidement.
Très-souvent, elle éprouve des palpitations avec essoufflement et oppression, surtout quand elle marche ou quand elle fait un effort. Ses jambes enflent le soir.
Elle tousse, et depuis quelque temps elle a maigri.
Les digestions sont mauvaises ; fréquemment, elle a des sensations d'oppression et de malaise après ses repas, avec vomissements. Pas de véritables crises douloureuses.
Les nuits sont mauvaises; elle rêve, a des cauchemars, voit des bêtes, tombe dans des précipices; de plus, elle a souvent des glaires le matin.
Etat actuel. — La malade paraît très-âgée ; les traits du visage sont ridés. La peau présente une coloration d'un pâle jaunâtre très-marquée; les conjonctives et les gencives ont une teinte d'un blanc mat.
La malade éprouve des vertiges, des éblouissements, des bourdonnements d'oreille, des troubles de la vue caractérisés par des nuages qui passent devant les yeux.
Elle dort mal la nuit; rêves fréquents, presque toujours terrifiants ; la malade tombe dans des précipices ; elle se réveille en sursaut et pousse des cris. Tremblement léger des mains et de la langue. — Pas de bégaiement.
L'appétit est assez variable. — Langue blanche, saburrale. — Digestions pénibles ; fréquentes envies de vomir. — Souvent la malade a, le matin, des renvois aigres, acides et quelques vomissements glaireux.
Douleurs vagues, multiples. — La malade se plaint d'une grande faiblesse, d'être facilement essoufflée.
Vexamen de la poitrine fait trouver quelques râles de bronchite disséminés dans toute l'étendue des poumons.
Au cœur, on trouve un bruit de souffle doux, filé, à la base et au premier temps. — De plus, elle a un souffle continu, avec renforcement diastolique, dans les vaisseaux du cou.
MALADIES GÉNÉRALES 483 Le foie et la rate sont sains.
L 'urine est normale et ne contient ni albumine ni sucre.
La malade avoue quelques excès alcooliques. — Depuis cinq ou six mois, elle est très-malheureuse ; elle n'a pas toujours pu manger à son appétit.
Traitement. — Un verre d'eau de Sedlitz, bouillon- — Tilleul chaud.
4 août. — Vin de quinquina ; pilules de Blaud ; poudre de pepsine , 1 gram. en deux paquets , chaque paquet à prendre immédiatement après chacun des deux principaux repas. Deux gram. de chloral pour le soir.
10 août. — La malade est en voie d'amélioration ; ses digestions sont meilleures ; elle dort mieux.
Obs. GXIII. — Anémie produite, citez une femme âgée de 60 ans, par des épistaxis répétées. — Amélioration sous Vinfluence des toniques.
La nommée L..., Louise, âgée de 60 ans, domestique.
Entrée le 19 avril 1877, salle Sainte-Madeleine, lit n° 14.
Renseignements. — Ses parents sont morts jeunes, elle ne sait de quelle maladie. Un frère a eu des épistaxis abondantes, jusqu'à l'âge de 25 ans.
La malade n'a jamais été atteinte, jusqu'à ces derniers temps, d'une affection grave quelconque.
Réglée à 12 ans, elle l'a toujours bien été jusqu'à l'âge de 30 ans, époque à laquelle elle a vu disparaître ses époques ; depuis cet âge , elle a fréquemment des épistaxis; ces hémorrhagies viennent presque tous les jours depuis 4 ans.
Le sang de l'épistaxis est pâle, dit-elle, et reste liquide.
Etat actuel. — Aujourd'hui, la malade se présente avec une teinte jaune semblable à celle de la cachexie carcinomateuse. Tout le tégument cutané est décoloré; cependant la malade a un embonpoint assez marqué.
Les jambes sont un peu enflées.
La progression et l'ascension provoquent souvent de la dyspnée; cette dyspnée, très-intense, diminue ou cesse avec le repos. La malade, une fois au lit, n'a plus de difficultés pour respirer. Elle se couche avec la plus grande facilité.
Les conjonctives, les lèvres, les gencives sont extrêmement pâles; les pupilles sont dilatées. — La malade a des vertiges assez fréquents, surtout quand elle relève la tête. — Pouls petit, régulier.
Cœur. Souffle assez fort au 1er temps et à la base.
Dans les vaisseaux du cou, bruit de rouet très-accusé.
Les urines sont pâles; elles ne contiennent ni albumine ni sucre.
Poumons j
Reins Rien à noter.
Rate J
L'appétit est excellent. La malade ne souffre pas de ses digestions.
On recherche s'il n'y aurait pas un néoplasme intraabdominal : cette recherche donne un résultat négatif. Le toucher vaginal est impossible, à cause de l'hymen, qui est dur et résistant; mais il ne s'écoule aucune sérosité dont l'odeur rappelle celle d'un carcinome.
Traitement. — Sirop d'iodure de fer. — Deux granules d'acide arsénieux. — Rains sulfureux. — Yin de quinquina.
25 avril. — La malade a eu hier une épistaxis abondante. L'examen du nez et de l'arrière-gorge ne donne rien de particulier.
28 avril. — Nouvelle épistaxis. On donne 20 gouttes de solution normale de perchlorure de fer dans un verre d'eau sucrée, à prendre en sept à huit fois dans les 24 heures, et on supprime le sirop.
30 avril. — La malade est mieux. Pas d'épistaxis.
5 mai. — Épistaxis, mais peu abondante. Potion gommeuse, avec 4 grammes d'ergotine.
11 mai. — Plus d'hémorrhagie ; on suspend la potion, et on reprend l'usage du sirop d'iodure de fer.
17 mai. — L'état général est amélioré.
22 mai. — Nouvelle épistaxis.
5 juin. — La malade part pour le Vésinet; son état général est meilleur; cependant l'anémie est encore bien accusée.
Obs. GXIV. — Anémie symptomatique d'une tuberculose à marche très-lente. — Troubles dyspeptiques. — Amélioration.
La nommée L... Jeanne, âgée de 24 ans, domestique.
Entrée le 26 juillet 1877, salle Ste-Madeleine, lit n° 7 bis.
Renseignements. — Cette malade, âgée de 24 ans, a été réglée à 10 ans 1/2; elle a eu toujours régulièrement ses règles; il n'y a que depuis le mois de janvier dernier qu'elles sont un peu irrégulières et qu'il est survenu de la leucorrhée.
Gomme antécédents, elle accuse des symptômes trèsmanifestes de scrofule, tels que gourmes, gonflement des glandes sous-maxillaires et coryza chronique ; elle a eu aussi des douleurs rhumatismales.
Il y a 3 ans, pleurésie du côté gauche ; elle a été malade un mois et demi. Fausse couche au mois de janvier dernier.
Cette malade se plaint aujourd'hui d'une faiblesse générale : la marche est fatigante ; le moindre effort l'abat, et, de plus, elle éprouve une douleur assez forte au côté gauche du thorax.
Cette douleur lancinante vient par instants et dure trèspeu de temps; les grandes inspirations ne la réveillent pas. — De plus, elle se plaint de palpitations très-fréquentes qui surviennent sans cause appréciable, à la moindre marche, au moindre effort; sensation d'oppression assez vive.
Très-souvent, la malade éprouve comme une sorte de poids pesant sur la poitrine et remontant vers la gorge, qu'elle étreint en provoquant de la gêne respiratoire et de l'étouffement.
Bouffées de chaleur à la face, disparaissant d'une façon subite.
État actuel. — Femme brune, petite, maigre, à visage très-pâle. Peau sèche ; température normale.
L'appétit est médiocre ; la malade a du dégoût pour les aliments ; la langue est large et chargée d'un enduit blanchâtre, plus épais aux bords qu'au centre.
La constipation est son état habituel, et elle reste 3 et 4 jours sans aller à la selle.
Les jambes ne présentent pas d'œdème.
Toux sèche, brève; expectoration de crachats muco-purulents.
L'examen de la poitrine ne fait constater rien d'anormal aux bases des deux poumons; mais, au sommet, il existe de la submatité des deux côtés, surtout à gauche, et la percussion à ce niveau est douloureuse.
À l'auscultation, en avant, on n'entend aucun bruit anormal; mais, en arrière, la respiration est rude aux deux sommets, surtout à gauche; de plus, on perçoit, par instants, quelques petits craquements secs très-appréciables à l'inspiration.
Du côté du cœur, on trouve à l'auscultation un bruit de souffle doux à la base et au premier temps; le premier temps à la pointe est peut-être un peu soufflant. Dans les vaisseaux du cou, souffle musical très-net.
L'état général est assez bon; seulement la malade se plaint d'avoir beaucop maigri, et elle sue un peu les nuits.
Le foie et la rate sont sains.
L'urine, normale, ne renferme ni albumine ni sucre. Traitement. — On donne une potion gommeuse avec
MALADIES GÉNÉRALES 487 2 grammes d'hypophosphite de soude. — Julep diacode. — Une cuillerée d'huile de foie de morue.
30 juillet. — La malade va mieux; l'appétit est meilleur. Tous les soirs, vers les 9 heures, elle éprouve quelques frissons, bientôt suivis de chaleur et d'un peu de sueur.
10 août. — Amélioration sensible. La fièvre se montre surtout vers 2 heures de l'après-midi; elle est très-modérée; le thermomètre ne dépasse pas 38°.
11 août. — La malade quitte l'hôpital, sur sa demande; elle va mieux. Les signes locaux fournis par l'auscultation et la percussion du thorax persistent, ainsi que le souffle du cœur.