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SECTION I NÉVROSES

ARTICLE PREMIER Hystérie. — Cborée.

Les travaux récents des auteurs anglais, les leçons de M. le professeur Charcot sur l'hystérie ovarienne, l'article devenu classique de M. le Dr Bernutz et les publications ou les thèses faites sous l'inspiration de M. le professeur Lasègue, pour ne parler que des travaux tout à fait modernes, ont jeté un grand jour sur les formes multiples de l'hystérie, cette névrose par excellence, si protéiforme dans ses expressions symptomatiques.

Il y a eu cette année, dans le service, un grand nombre de cas d'hystérie. Entre eux tous, j'ai choisi les suivants, parce que les uns et les autres m'ont paru présenter un certain intérêt clinique, les uns à cause de la variabilité et de la mobilité des manifestations hystériques, les autres par l'existence de troubles trophiques cutanés, fait des plus rares dans le cours de cette névrose.

Je rapporte également dans cet article un cas de chorée, guérie par le bromure de potassium.

— L'observation CLVT est celle d'une femme de 25 ans.

A l'âge de 21 ans, étant à la campagne depuis douze jours, convalescente d'une fièvre typhoïde qui avait duré six semaines, elle fut prise progressivement, sans cause connue, d'une faiblesse des membres inférieurs. Bientôt elle entra à l'hôpital pour une paraplégie incomplète. La malade marchait encore, mais péniblement ; elle se traînait

avec beaucoup de difficulté. La paraplégie alla croissant, et pendant deux mois la marche fut impossible. La paralysie diminua ensuite petit à petit, et, au bout de sept mois, la marche était redevenue à peu près normale, quoique la malade se fatiguât plus vite que par le passé. L'anesthésie des membres inférieurs, qui avait été complète lorsque la paralysie motrice était à son maximum, disparut peu à peu.

Au bout d'un mois, après une légère bronchite, la paraplégie se reproduisit de nouveau ; elle disparut cette fois au bout de trois mois. Quelques semaines après, nouvelle rechute et nouvelle disparition des accidents ; au moment où ceux-ci cédèrent, la malade fut prise de vomissements ; elle vomissait presque tout ce qu'elle prenait. Ces vomissements cessèrent d'eux-mêmes au bout de quelques jours.

Outre ces phénomènes hystériques, dès la première convalescence de la paraplégie, la malade eut des tremblements. Elle était assise, quand tout à coup elle se mit à trembler involontairement des membres inférieurs ; la pointe du pied restait à terre, et le talon frappait le sol plus ou moins violemment.

Or, toutes les fois que les accidents paralytiques disparaissaient, toutes les fois le tremblement apparaissait. Il a fini par occuper également les membres supérieurs. Cette sorte de trépidation, analogue à celle qu'on observe assez souvent dans le cours de certaines affections de la moelle épinière, durait pendant plusieurs mois. Quand les tremblements cédaient, les vomissements revenaient; quelquefois même, comme lors du dernier séjour de la malade, les deux phénomènes existaient en même temps. Chez cette femme, il n'y avait pas, à cette époque, d'anesthésie, ni de troubles de la vision, ni de douleurs ovariennes appréciables.

Le bromure de potassium, porté en commençant par 4 grammes et en augmentant de 1 gramme tous les jours jusqu'à la dose de 12 grammes, n'a pas eu d'action sur les

MALADIES DU SYSTEME NERVEUX 835 accidents hystériques. Il en a été de même des douches froides. La malade, entrée à l'hôpital le 17 mars, l'a quitté le 25 avril, à peu près dans le même état.

Je dois encore faire remarquer que, dans le cas actuel, il n'y a jamais eu de crises convulsives. Les accidents hystériques ont simplement consisté en paralysie, vomissements, tremblements, modifications du caractère. L'alternance de ces phénomènes était intéressante à faire remarquer.

— La seconde malade, observation CL VII, a présenté, pendant le cours de son affection, une complication bien rare de l'hystérie. Elle a eu, en effet, et pendant longtemps, des troubles trophiques des plus nets, des plus marqués à la jambe gauche.

A l'âge de 15 ans, à la suite d'une grande frayeur, la jeune fille, jusque-là bien portante, eut une attaque convulsive, suivie bientôt de plusieurs autres. Ces attaques ne se sont répétées que cinq ou six fois dans l'espace de six ans.

Il y a deux ans, à la suite d'une attaque, elle se réveilla avec un pied-bot de la jambe gauche, pied-bot varus-équin; en même temps, il y eut de la rétention d'urine. Les chirurgiens firent la ténotomie sans résultat aucun, et l'attitude vicieuse persista comme auparavant, malgré tous les appareils inamovibles.

Le 20 septembre 1876, chez cette malade âgée alors de 20 ans, il existait, en même temps que le pied-bot varuséquin, un gonflement douloureux, avec rougeur, chaleur, montant jusqu'au tiers inférieur de la jambe gauche. Les jours suivants, la rougeur s'étendit, en augmentant d'intensité, jusqu'à la rotule. Sur le fond rouge de la peau apparurent bientôt de petites vésicules contenant un liquide demi-transparent. Au bout de trois jours, ces vésicules se rompirent et furent remplacées par des ulcérations assez profondes qui ont duré jusqu'au mois de février dernier.

De nouvelles vésicules apparaissaient de temps à autre, à mesure que de plus anciennes disparaissaient en s'ulcérant. Les ulcérations s'étendirent sur le dos du pied, à la partie inférieure de la cuisse, en respectant toute la partie supérieure du membre. Elles étaient un peu profondes, à bords nets, à fond grisâtre, très-rapprochées les unes des autres ; dans l'ensemble, elles affectaient une direction oblique de haut en bas et de dedans en dehors. Toutes ces ulcérations reposaient sur une peau d'un rouge sombre. La surface malade ressemblait, à s'y méprendre, à une région cutanée couverte, assez récemment, de pointes de feu.

Au mois de février, les ulcérations étaient à peu près guéries, mais alors apparut une éruption d'urticaire, et, en outre, il se produisit dans la jambe des douleurs si vives que la malade réclamait l'amputation.

Vers le milieu de février, nouvelle réapparition des vésicules, et, quelque temps après, rétrocession. Dans les premiers jours de mars, la peau redevint normale ; d'ailleurs l'état général était satisfaisant.

Au mois de mars, on tenta la réduction du pied-bot pendant le sommeil chloroformique. Cette petite opération fut le point de départ de nouveaux accidents de contractures encore plus complets que les premiers ; mais les troubles trophiques vers la peau ne se reproduisirent pas.

Incidemment, je dois signaler le fait suivant : Vers le 2 juin, la malade avait des sueurs profuses extrêmement abondantes pendant la nuit. Contre celles-ci, M. Vulpian employa le procédé thérapeutique que j'ai déjà indiqué, le sulfate d'atropine ; seulement on fut obligé de faire prendre jusqu'à cinq pilules d'un demi-milligramme, et on arrêta ainsi les sueurs complètement.

Le 2 juillet au matin, à la suite d'une attaque convulsive qui a eu lieu pendant la nuit, la malade est dans un état de prostration très-grand ; tous ses membres sont

MALADIES DU SYSTÈME NERVEUX 837 contractures ; la langue est dans le même cas : elle est immobile, très-dure, courbée en arc de droite à gauche, la pointe appuyant sur la première molaire et l'incisive du côté gauche. La moitié gauche de la langue est dure, plissée à la surface : la malade ne peut pas parler. Les jours suivants, les phénomènes de contracture s'accentuèrent, surtout dans le bras et la jambe gauches, et tout le côté fut anesthésié. Il l'avait été antérieurement, mais l'anesthésie disparut lors des périodes de calme. Au 1er août, la contracture avait un peu diminué, principalement dans le bras et la jambe du côté droit.

M. Yulpian a essayé chez cette malade la plupart des bromures connus. Leur action a été inefficace ; il en a été de même du nitrate d'argent donné à l'intérieur, sous forme de pilules de 1 centigr., en commençant par une et en allant jusqu'à quatre. On a essayé aussi d'administrer le chloral; mais il fallut y renoncer : la malade le vomissait immédiatement. Ce n'est pas d'ailleurs pour cette seule raison que le traitement a été difficile à instituer. La contracture de la langue gênait beaucoup la dégluti tion, et les médicaments n'arrivaient dans le pharynx qu'avec la plus grande difficulté. Les injections sous-cutanées de morphine ont seules donné du soulagement ; on injecta d'abord 2 centigr. par jour, puis 4, 6, 8, jusqu'à 12 centigr.

Pendant cette dernière période, la malade, malgré une abstinence presque absolue, — car elle vomissait tout ce qu'on tentait de lui faire prendre, — ne maigrit presque pas.

Ce qui, dans cette observation, est vraiment particulier et lui donne une grande valeur, c'est l'existence des troubles trophiques de la jambe gauche. A quoi faut-il les rattacher? On sait que, dans le cours de l'hystérie précisément, on n'observe jamais de phénomènes indiquant une lésion matérielle des centres nerveux, excepté dans ces cas cités

par M. Charcot, où la contracture finit par amener à la longue, après dix ans, vingt ans, probablement par retentissement sur l'axe rachidien, une véritable myélite chronique. Pour M. Vulpian, dans le cas actuel, il ne s'est pas agi de troubles tropbiques d'origine hystérique. Celte malade était entrée, au mois de septembre 1876, dans le service de M. Ti'élat. M. Vulpian avait eu alors occasion de la voir. Il avait considéré les troubles tropbiques de la peau de la jambe, non comme dus à l'influence de l'affection hystérique, mais comme des effets de l'arthrite ou périarthrite tibio-tarsienne qui s'était développée à un certain moment. C'étaient là, suivant lui, des troubles tropbiques à ranger parmi ceux qui sont dits réflexes et qui s'observent à la suite des irritations nerveuses périphériques. Les troubles trophiques produits par ce mécanisme, quoique rares, seraient, d'après M. Vulpian, moins exceptionnels chez les hystériques qu'on ne le dit, et l'on pourrait voir aussi , dans le cours de cette névrose , lorsque par suite, d'une contracture prolongée telle ou telle articulation se trouve atteinte d'arthrite, des atrophies musculaires se manifester dans les segments du membre situés au-dessus de la jointure prise.

Disons que l'histoire de cette malade s'est encore notablement compliquée dans les mois qui ont suivi le mois d'août. A la suite d'une nouvelle attaque convulsive, les deux membres du côté droit se sont contractures de nouveau de la façon la plus énergique. La contracture de la langue a augmenté, et le pharynx s'est contracture aussi. Les globes oculaires eux-mêmes ont subi une rotation spasmodique autour de leur axe transversal, de telle sorte que la cornée transparente de chacun des yeux était entièrement cachée par le rebord orbitaire et la paupière supérieure. Il était impossible, dans cet état, d'alimenter la malade, autrement que par quelques cuillerées de jus de

viande et de lait qui passaient avec la plus grande difficulté. On dut renoncer à faire déglutir des médicaments. Tout se bornait à de petites quantités d'eau sucrée additionnée d'eau-de-vie, et encore le plus souvent ce liquide ne franchissait pas l'isthme du gosier. Les injections hypodermiques de morphine constituèrent le seul traitement pendant longtemps. Il y eut un amaigrissement considérable, puis il se forma clans la région du sacrum une eschare profonde. On crut que la malade allait mourir. Grâce à des pansements méthodiques, à l'emploi du matelas d'eau, le travail de sphacèle s'arrêta. On fit des injections de chlorhydrate de morphine dans la moitié gauche de la langue ; on commença à faire avaler à la malade une petite quantité (un centigramme par jour) de chlorure d'or et de sodium. La rotation spasmodique des globes oculaires céda. L'eschare se guérit complètement. La contracture de la langue disparut peu à peu, et la malade put recommencer à parler. Le membre supérieur droit recouvra ses mouvements, et la contracture du membre inférieur diminua. — Mais cette amélioration n'a pas fait de grands progrès : l'état au mois de mai 1878 était encore à peu près tel qu'il était au mois de février.

— 'Ainsi que les travaux de M. le professeur Gharcot l'ont surtout nettement établi, on sait qu'il existe une forme de l'hystéro-épilepsie dans laquelle', comme dans l'hystérie, en même temps que la douleur ovarienne, à droite ou à gauche, existe une hémianesthésie de la moitié du corps, du côté correspondant, les sens — vision, ouïe, odorat, goût — compris. Dans la très-grande majorité des cas cités, l'hémianesthésie est absolue ; quelquefois cependant , la perte de sensibilité n'est pas complète ; il en a été ainsi chez la malade de l'observation GLVIII.

La femme, âgée de 29 ans, a eu bien souvent des crises

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convulsives, avec perte de connaissance, et, de plus, en permanence, de l'hyperesthésie ovarienne gauche.

Le simple contact n'est perçu nulle part dans tout le côté gauche, même sur la face. Le contact avec faible pression est perçu partout; sur le dos de la main et sur la face postérieure de l'avant-bras, il faut appuyer un peu plus fort que dans les autres régions pour que la malade sente le contact. De ce même côté, au dynamomètre, elle amène, avec la main droite, 40; avec la gauche, 20 seulement.

L'électrisation avec le pinceau électrique excite des douleurs assez vives. Après l'électrisation, la sensibilité dans les régions électrisées est plus nette qu'auparavant.

Il y a une différence assez légère dans l'acuité de la vision, entre les deux yeux. Cette différence est plus marquée pour l'olfaction, de même pour l'ouïe et le goût. Tous les sens du côté gauche sont un peu affaiblis. Il faut remarquer aussi que la malade avait parfois de la peine à trouver ses mots, surtout à la suite des crises convulsives.

— L'observation GLIX est un cas de chorée vulgaire, chez un enfant de 10 ans et demi.

La malade, à la fin du mois de novembre, éprouva quelques douleurs dans les genoux, et bientôt la mère s'aperçut que sa fille avait des mouvements involontaires dans les membres. S'il est un fait aujourd'hui bien démontré, c'est le rapport qui lie presque toujours la chorée au rhumatisme. Cependant quelquefois, comme clans le cas actuel, il est difficile, malgré les renseignements, de savoir si réellement il a existé de véritables rhumatismes. Ces douleurs, qualifiées de rhumatismales, sont bien souvent de simples phénomènes douloureux dus à la croissance ; or, il ne faut pas oublier que la chorée est une maladie d'évolution coïncidant avec ces périodes douloureuses non rhumatismales. M. le professeur Gubler, dans son cours de l'an dernier, a

MALADIES DU SYSTEME NERVEUX 84t longuement insisté sur ces faits : il a nettement établi les erreurs commises assez fréquemment relativement au rapport établi entre la chorée et le rhumatisme, précisément parce que l'on a compté parmi les cas se rapportant à cette dernière diathèse ceux dans lesquels il n'y a que de simples douleurs articulaires causées par la croissance.

L'intérêt du cas actuel est dans le traitement institué par M. Yulpian. La jeune fille a commencé par prendre 2 gr. de bromure de potassium. On a augmenté progressivement de 1 gr. tous les deux jours, ainsi jusqu'à 6 gr. ; puis on revint progressivement à 2 gr.

De temps à autre, la malade se reposait quelques jours et reprenait le traitement.

Vers la fin du mois de janvier, les mouvements choréiques avaient complètement disparu, et l'état général était très-bon. La maladie a duré dix semaines environ.

OBSERVATIONS

Obs. GLVI. — Paraplégie hystérique. — Tremblement hijslérique. — Vomissements. — Alternance des phénomènes symptomatiques.

La nommée B..., Rosine, âgée d<s 25 ans, femme de chambre.

Entrée le 17 mars 1877, salle Sainte-Madeleine, lit n° 15.

Renseignements. — Père rhumatisant. La mère est morte de suites de couche ; elle était très- nerveuse. La malade, dans son enfance, a eu la coqueluche et la rougeole. Réglée à 12 ans et bien réglée jusqu'à 16 ans. Alors, pendant un an, elle eut des pertes presque continuelles.

A la suite de ces pertes, elle fut soignée pour une ané-

mie ; les règles disparurent pendant un an. Depuis lors, la

menstruation s'est effectuée normalement.

A 21 ans, fièvre typhoïde qui dura six semaines; au bout de ce temps, on l'envoya en convalescence. Elle resta douze jours à la campagne et vint ensuite à l'hôpital pour de la faiblesse des membres inférieurs survenue progressivement et sans cause connue.

On constata alors une paraplégie incomplète ; la malade se tenait sur les jambes, mais elle marchait en se traînant avec beaucoup de difficulté ; au lit, elle faisait remuer ses membres inférieurs assez librement, quoique la force musculaire fût très-diminuée.

En même temps, elle avait la face dorsale des mains et des pieds gonflée ; elle resta dans cet état trois semaines.

La paraplégie alla croissant pendant quelque temps ; la marche fut impossible pendant deux mois, mais les mouvements pouvaient s'effectuer dans le décubitus dorsal; puis, la paralysie diminua petit à petit; après sept mois, elle ne conservait guère que de la faiblesse dans les jambes.

La progression était normale, mais fatigante; la malade ne pouvait marcher que lentement.

Anesthésie absolue des membres inférieurs, au moment où la marche était impossible ; réapparition de la sensibilité à mesure que la paralysie motrice diminue. Volume des muscles normaux.

Après un mois de repos, elle fut atteinte d'une bronchite ; alors revint la paraplégie, qui s'en alla progressivement après trois mois de durée ; puis nouvelle rechute, mais moins violente que la première.

A dater de cette dernière rechute, la malade fut prise de vomissements qui venaient fréquemment, sans cause appréciable, à des heures irrégulières, quelquefois avant ou pendant les repas, jamais plus de deux heures après. Cet état dura environ trois ans.

MALADIES DU SYSTÈME NERVEUX 813 Pendant ces accidents nerveux, le caractère de la malade changea : elle était portée sans motifs aux pleurs ou au rire.

Lors de la première convalescence de la paralysie, la malade fut prise subitement, étant assise, de tremblements choréiques, la pointe du pied restant à terre et le talon frappant le sol.

A la deuxième convalescence, les mains tremblèrent aussi, mais moins que les pieds. Cet état dura dix-huit mois environ.

Après deux ans de tranquillité, la malade fut reprise de ces tremblements, limités au pied droit ; ils durèrent quatre mois. Depuis deux mois, réapparition des vomissements; mais ils ont été moins fréquents.

Du mois de mars 1876 au mois de septembre de la même année, elle eut encore des troubles de la menstruation ; le sang revenait deux et trois fois par mois. Jamais d'attaques de nerfs. Il y a environ trois semaines, cette malade se tourna le pied en marchant. Il en résulta une entorse du pied droit avec gonflement, entorse qui dura quelques jours.

Etat actuel. — On constate au pied droit, à l'orteil médius, l'existence d'une ecchymose, avec douleur à l'articulation médio-tarsienne de ce côté, surtout à la face dorsale et plantaire ; elle est moins intense à la face externe ; ces mêmes points sont aussi un peu gonflés.

Cœur. — Bruit de souffle doux à la base et à la pointe; au premier temps . Souffle doux dans les vaisseaux du cou.

Lèvres et conjonctives décolorées. Les pupilles sont dilatées. Les poumons et les organes abdominaux ne présentent rien de particulier à noter.

Dans le lit, la malade ne tremble pas ; mais quand elle est debout, étant appuyée sur une chaise ou même assise, la pointe du pied droit vient battre le sol en laissant le talon reposé à terre. Quand, dans ce mouvement, la pointe du pied s'élève, la cuisse se fléchit sur la jambe, faisant ainsi pencher le bassin de ce côté et avec celui-ci le corps.

84 i MALADIES DU SYSTÈME NERVEUX

L'attitude redevient normale quand le pied repose à terre. Ce mouvement d'élévation et d'abaissement de la pointe du pied est très-rapide.

Pendant la marche, tout le corps est agité par la trémulation de la jambe, qui s'exagère d'autant plus que la malade veut l'arrêter. Si l'on veut faire tenir la malade sur le membre affecté, l'autre étant élevé, elle ne s'y maintient qu'en s'appuyant, et elle chancelle, alternativement à droite et à gauche.

Si on lui fait exécuter la même manœuvre de l'autre pied, celui-ci est agité par une trépidation semblable à celle du pied du côté opposé, mais moins marquée.

Pas d'anesthésie. Pas de troubles de la vision. Pas de douleurs ovariennes appréciables.

Traitement. — Bromure de potassium, 2 gr.

28 mars. — Avec les phénomènes choréiformes qui persistent, existent aussi des vomissements bilieux, se répétant deux ou trois fois par jour. Glace et eau de Seltz. Le bromure de potassium est porté, à doses progressivement croissantes, jusqu'à 12 gr.

2 avril. — Cessation à peu près complète de vomissements. La trépidation continue.

12 avril. — Douches froides. On continue le bromure de potassium. La malade se trouve mieux; cependant la différence est peu sensible.

18 avril. — Elle est reprise de vomissements.

22 avril. — Les vomissements sont un peu arrêtés.

25 avril. — La malade sort, son état étant peu amélioré.

Obs. GLVII. — Hystérie convulsive. — Contractures multiples, même de la langue. — Accidents trophiques de la jambe gauche.

La nommée J..., Glorinde, âgée de 21 ans, gantière.

Entrée le 2 juin 1877, salle Sain te- Madeleine, lit n° il.

Renseignements. — Cette malade, âgée de 21 ans, gantière, offre les apparences d'une bonne constitution.

Elle fait remonter le début de sa maladie à l'âge de 15 ans. A cette époque, elle fut prise d'une grande frayeur, à la suite de laquelle elle eut une attaque semblable à celles qu'elle a présentées depuis. Ces attaques, qui se sont reproduites seulement cinq ou six fois dans l'espace de six ans, débutent par des douleurs lancinantes dans la tête au niveau des sourcils, et des bourdonnements d'oreille. Elle perd connaissance, s'agite, rend une urine sanguinolente, et ne garde aucun souvenir de ce qui s'est passé.

Cette malade avait eu aussi à plusieurs reprises des hématémèses. Elle était mal réglée. Elle est très-sujette à éprouver le phénomène de la boule hystérique, et on a constaté pendant longtemps l'existence de la douleur hystérique de tête, désignée sous le nom de clou hystérique.

Il y a deux mois, elle se réveilla à la suite d'une attaque avec un pied varus-équin très-marqué à gauche. En même temps, la vessie fut paralysée ; il y eut de la rétention d'urine, qui dura trois mois. Les chirurgiens de l'hôpital Saint-Pierre, à Bruxelles, où elle se trouvait à cette époque, pratiquèrent la ténotomie des fléchisseurs des orteils et du tendon d'Achille ; mais cette opération ne fut suivie d'aucun succès.

Le pied conserva son attitude vicieuse, malgré les appareils inamovibles, et après la section des tendons.

Le 28 septembre 1876, elle entre à l'hôpital de la Charité, salle Sainte-Rose, dans le service de M. Trélat.

A cette date, le pied gauche, outre la déformation, donnant l'apparence d'un pied-bot varus-équin, présentait un gonflement douloureux et une rougeur qui remontait jusqu'au tiers inférieur du membre. Une incision fut pratiquée, mais il ne sortit que du sang noir.

La rougeur s'étendit en augmentant d'intensité, jusqu'à

la moitié antérieure de la surface de la jambe et la région rotulienne. Sur ce fond rouge apparurent bientôt de petites vésicules contenant un liquide demi-transparent. Deux ou trois jours après, ces vésicules se rompirent et furent remplacées par des exulcérations de même dimension.

Celles-ci persistèrent jusqu'.aux premiers jours du mois de février dernier. Pendant cette période, de nouvelles vésicules se développèrent ; elles étaient placées entre les premières, et elles passèrent par les mêmes pbases. Il y a eu plusieurs poussées de ce genre.

Ces exulcérations s'étendaient du dos du pied à la partie inférieure de la cuisse, en respectant toute la moitié supérieure du membre. Elles étaient peu profondes, de forme ovalaire, à bords nets, à fond grisâtre, très-rapprochées les unes des autres et affectant une direction oblique de haut en bas et du dedans au dehors. Cette particularité dans la direction les rapprochait des formes circinées ou serpigineuses de certaines autres affections cutanées ; peut-être cette disposition est-elle en rapport avec les trajets du système capillaire sanguin .

Les ulcérations reposaient sur une peau d'un rouge sombre, en sorte qu'à la première vue on pourrait croire à une phlegmasie chronique traitée par des pointes de feu. Il n'existait aucune sécrétion anormale du derme, mais la peau était le siège d'une hyperesthésie très-marquée. Le membre reposait sur sa face interne, et, dès qu'on le soulevait, il était pris de trémulation ; les masses musculaires avaient conservé leur volume normal. La jambe gauche seule était contracturée ; la peau du membre supérieur du même côté offrait une anesthésie complète (toucher, piqûres, pincements, froid et chaud). Troubles de la vue mal définis.

Au commencement de février, les accidents perdent de

MALADIES DU SYSTÈME NERVEUX 847 leur intensité; à l'éruption vésiculaire fit suite une sorte d'éruption composée par des boutons d'urticaire, éruption marquée principalement à la région rotulienne ; les plaques pâlissent à leur tour et sont remplacées par des vésicules.

Douleurs très-vives dans la jambe gauche.

A ce moment, la malade réclamait l'amputation, tant ces douleurs étaient intenses. MM. Bernutz et Hardy la virent à cette époque. Ils prescrivirent des capsules d'huile phosphorée et des compresses d'eau chlorurée. Elle continua en même temps le traitement institué par M. Trélat : injections de morphine, et laudanum en applications locales.

Vers le milieu de février, nouvelle rétrocession des phénomènes ; puis, quinze jours après, nouvelle reprise des accidents : rougeur douloureuse, éruptions de petites vésicules miliaires, confluentes, qui disparaissent sans laisser d'exulcérations.

Enfin, dans les premiers jours de mars, tous les phénomènes morbides aigus ou subaigus disparaissent; la peau redevient à peu près normale. L'état général s'améliore. La malade peut mouvoir un peu ce pied et ses orteils ; l'anesthésie a disparu.

M. Trélat tente de réduire la déviation pendant le sommeil chloroformique ; à la suite de cette tentative, il y a reprise des accidents : déviation plus marquée du pied avec contracture ; flexion forcée de la jambe sur la cuisse; rétention complète d'urine. Les troubles trophiques du côté de la peau ne se sont pas reproduits.

État -général mauvais. L'appétit est perdu; il existe un affaiblissement général très-marqué.

Le 2 juin 1877, elle passe en médecine dans le service de M. Vulpian.

État actuel. — Le jour de son entrée, la malade est dans l'état suivant :

Jeune fille brune, pâle, assez maigre. — Elle est obligée

de garder constamment le lit, à cause d'un état paralytique des deux membres inférieurs. Les deux jambes ont conservé à peu près leur volume normal, ou au moins, si elles ont subi un amaigrissement, la diminution des masses musculaires n'est pas plus prononcée que dans les autres parties du corps.

Les membres inférieurs sont contracturés. La jambe est fléchie sur la cuisse, et, même en déployant une assez grande force, il est impossible de pouvoir l'étendre. — Les deux pieds sont dans l'extension ; l'extension du pied gauche est tel que celui-ci a la forme d'un pied-bot varuséquin; d'ailleurs, dans tous les segments du membre, la contracture est plus accentuée que du côté droit. Hémianesthésie gauche complète. Les divers modes de sensibilité sont tous atteints. Les sens spéciaux, de ce côté (œil, nez, oreille, langue), sont dans le même cas. — Sur le segment inférieur de ce membre gauche existent les cicatrices des ulcérations signalées plus haut. Chaque jour, on est obligé de sonder la malade. Les urines sont un peu purulentes ; elles ne contiennent ni sucre ni albumine.

La malade, très-intelligente, répond parfaitement aux questions qu'on lui adresse. Son caractère est mobile, fantasque; elle pleure fréquemment, sans aucune espèce de motif;. elle accuse une oppression assez habituelle, due, dit-elle, à une boule qui part de la région épigastrique et qui remonte à la gorge.

Hyperesthésie ovarienne gauche. On peut provoquer une sorte de crise avortée en exerçant une pression un peu vive à ce niveau.

L'appétit est presque nul. — Sueurs abondantes toutes les nuits. On donne deux pilules de sulfate d'atropine de 1/2 milligramme chacune.

L'usage des pilules est continué pendant huit jours; les sueurs sont toujours aussi abondantes. On donne trois

MALADIES DU SYSTÈME NERVEUX 849 pilules, huit jours de suite. Au bout de ce temps, la sécrétion sudorale étant aussi abondante, on donne successivement quatre pilules, puis cinq. Peu à peu, les sueurs disparaissent.

Le 25 juin, on cesse l'usage des pilules d'atropine.

11 n'existe, à cette époque, presque aucune modification dans l'état général de la malade. — Même état paraplégique; même anesthésie gauche, seulement il est survenu de l'hyperesthésie dans tout le côté droit du corps. On est toujours obligé de sonder la malade.

28 juin. — La malade s'amaigrit de jour en jour. Douleurs névralgiques, faciales, droites. Commencement d'eschare au sacrum. On donne quatre pilules de nitrate d'argent de 1 centigramme.

2 juillet. — La malade a eu une attaque convulsive pendant la nuit. Ce matin, elle est dans un état complet de prostration. La langue est contracturée, ainsi que le bras droit. Le bras, de ce côté, est fléchi sur l'avant-bras. Le poignet, également dans la flexion forcée, est incliné vers le bord cubital du bras. Hyperesthésie généralisée dans tout le côté droit du corps. Douleurs névralgiques violentes le long du nerf cubital droit. On pratique des injections sous-cutanées de morphine.

4 juillet. — On supprime les pilules de nitrate d'argent, et on donne des pilules d'extrait thébaïque, de 5 centigrammes, jusqu'à cinq par jour.

10 juillet. — Pas de changement dans l'état de la malade. Suppression de l'opium : 4 grammes de bromure de sodium.

12 juillet. — On remplace le bromure de sodium par celui de potassium; on donne également 4 grammes.

13 juillet. — Grise convulsive pendant la nuit. Le bras gauche est aujourd'hui contracturé : bras fléchi, à angle droit, sur l'avant-bras; main fléchie sur le bras. On fait

passer, pendant deux heures, des courants continus le long du rachis; en outre, la malade prend deux grammes de choral. On n'a pu en faire prendre une plus grande quantité à cause de l'état de contracture de la langue. La contracture, presque généralisée à tous les muscles, ne subit pas de modifications. Il en est ainsi les jours suivants.

16 juillet. — Le bromure de potassium est remplacé par celui d'ammonium (même dose, 2 grammes).

Dans l'après-midi, la malade est prise d'une sorte d'état syncopal, avec vomissements abondants. Cet état dure de 3 heures à 5 heures.

18 juillet. — L'état de contracture persistant toujours et semblant même s'aggraver, M. Vulpian pratique une cautérisation ponctuée, au niveau de la région de la nuque, avec le cautère Paquelin.

W juillet. — Aucune modification. Nouvelle cautérisation. La malade maigrit toujours. L'eschare du sacrum s'est un peu étendue. On la panse avec de la charpie imbibée de vin aromatique. On place la malade sur un matelas d'eau.

26 juillet. — Suppression de tous les médicaments. On se contente de faire des injections sous-cutanées de morphine (6, 8, puis 10 centigrammes par jour).

28 juillet. — La contracture du bras gauche a un peu diminué; pas de modifications dans les autres parties.

1er août. — La malade, qui jusqu'alors avait été sondée deux fois par jour, a maintenant de l'incontinence d'urine. On s'est assuré qu'elle n'urinait pas par regorgement. L'eschare du sacrum s'est considérablement étendue; elle est très-profonde.

3 août. — La langue est un peu moins contracturée ; la malade, qui depuis longtemps ne pouvait boire qu'un peu de bouillon, mange du potage. Son état général est meilleur ; l'eschare est moins large et tend vers la cicatrisation.

5 août. — Les autres régions contracturées sont toujours dans le même état. On essaye la compression de la région ovarienne gauche. Par ce moyen de traitement, on arrive à diminuer un peu la contracture, mais très-momentanément.

6 août. — La malade est mieux. L'eschare du sacrum est en voie de guérison. La contracture des bras est presque nulle; celle des jambes persiste encore, quoique affaiblie. La langue a presque recouvré sa mobilité normale. On exerce encore la compression ovarienne pendant dix minutes environ.

8 août. — Le mieux se maintient. On peut, en déployant une certaine force, étendre les jambes. On les place dans des gouttières.

10 août. — La malade, sensiblement améliorée, est évacuée sur un autre service, à cause des travaux de réparation de la salle.

Obs. CLVIII. — Attaques oVhystèro-èpilepsie. — Hyperesthésie ovarienne. — Hémianesthésie gauche incomplète.

La nommée V..., Annette, âgée de 29 ans, relieuse.

Entrée le 16 décembre 1876, salle Sainte-Madeleine, lit n° 14.

Renseignements. — Cette malade a déjà été dans le service cette année. Depuis qu'elle est sortie (23 septembre), elle ne s'est bien portée que pendant trois semaines environ.

Vers le milieu d'octobre, elle a éprouvé de vives contrariétés. Bientôt elle a été prise d'étourdissements revenant tous les jours, quelquefois deux ou trois fois dans la journée; de plus, elle ressentait, en même temps, une douleur très-vive dans la région ovarienne gauche. La malade sentait alors comme une faiblesse; cependant elle avait en général le temps de s'asseoir. Une fois cependant, elle est tombée sur son poêle. Elle a eu quelquefois des pertes

de connaissance absolue, lors des petites crises. La malade

se sentait comme étouffée, mais ne gesticulait pas.

L'étourdissement durait à peu près dix minutes.

Céphalalgie frontale vive. La malade sent comme des fourmillements continuels dans sa tête.

Etat actuel. — Femme petite, bien portante en apparence.

L'anesthésie du membre supérieur gauche est toujours à peu près la même qu'autrefois. La malade sent les contacts avec pression , mais la sensibilité à la douleur (pincement) est encore- très-obtuse. La sensibilité au pincement et à la piqûre est également très-diminuée ; il faut pincer ou piquer la malade assez profondément pour qu'elle accuse de la douleur. La sensibilité à la température (verre d'eau froide) est notablement diminuée. La malade dit ne sentir qu'une très-légère différence de température, du côté malade, entre un verre d'eau froide et une 'main trèschaude.

L'anesthésie, au membre inférieur gauche, est moins marquée qu'au membre supérieur ; non-seulement les contacts sont tous perçus sur le membre inférieur, mais il n'est pas besoin de piquer aussi profondément avec l'épingle pour éveiller de la douleur.

La sensibilité à la température (dos de la main) est trèsobtuse.

Sur la moitié gauche de la face, tous les contacts sont perçus, et la douleur est ressentie avec une pression légère de l'épingle ; cependant, à pression égale, la malade accuse une sensation passablement plus vive à droite qu'à gauche.

La différence de force est encore très-accusée entre les deux mains. La main gauche serre beaucoup moins énergiquement que la droite. La jambe gauche est aussi plus faible que la droite ; la malade ne peut pas s'appuyer dessus. Léger degré d'anesthésie.

La malade dit avoir en outre des insomnies, qu'elle attribue à une sensation d'agacement dans les jambes, qu'elle éprouve quand elle est couchée.

La langue, un peu tremblante, n'est pas déviée ; elle sent un peu moins sur la moitié gauche de cet organe.

Depuis quelque temps, la malade a parfois de la peine à trouver ses mots (elle a déjà éprouvé ce phénomène à la suite des premières attaques).

Différence assez légère dans l'acuité de la vision ; l'œil gauche voit moins distinctement que le droit.

Les mêmes caractères distingués à la distance de cinq pas par l'œil droit sont lus à la distance de quatre à peu près par le gauche.

Différence plus marquée pour l'olfaction entre les deux narines. Il faut rapprocher trois ou quatre fois plus de la narine gauche que de la droite des flacons d'éther, de chloroforme, de menthe, pour que la malade sente quelque chose.

Le tic-tac de la montre est perçu à 30 centimètres à peu près par l'oreille droite, et à 15 centimètres par l'oreille gauche.

Traitement. — On donne 4 grammes de bromure de potassium. Vin de quinquina.

20 décembre. — Le simple contact n'est perçu nulle part clans tout le côté gauche ; le contact avec faible pression est perçu presque partout ; sur le dos de la main et la face postérieure de l'avant-bras, il faut appuyer un peu plus fort qu'ailleurs pour que la malade sente. Dans ce même côté gauche, la piqûre est à peine perçue. Il en est de même du pincement. La sensibilité au froid est également assez notablement diminuée.

21 décembre. — Au dynamomètre, avec la main droite, la malade amène 42, à gauche seulement 20.

Le pinceau électrique excite des douleurs assez vives sur

la peau de la main et de l 'avant-bras gauche. Le contact du pinceau devient insupportable quand on tire la moitié du tube de renforcement. Après l'électrisation, la sensibilité au pincement, explorée dans la région de la peau qui a été électrisée, paraît être un peu plus vive qu'auparavant, mais rien de très-net. On continue à électriser tous les matins l'avant-bras et la main gauche.

27 décembre. — Même état ; on continue l'électrisation ; il n'y a toujours pas d'autres changements que ceux signalés plus haut pour la sensibilité, après l'électrisation. Pas de changement au dynamomètre.

29 décembre. — Même état pour la sensibilité. Toujours pas de retour bien prononcé de la sensibilité après l'électrisation. Celle-ci détermine sur les avant-bras, la main et surtout sur les doigts une sécrétion abondante de sueur.

La malade se plaint d'être beaucoup plus sourde de son oreille gauche. Il faut mettre la montre presque contre sa tête pour qu'elle l'entende, tandis qu'il y a dix jours elle l'entendait à 15 centimètres, et cependant il n'y a pas d'accumulation de cérumen clans le conduit auditif.

La malade quitte l'hôpital, au commencement du mois de janvier, à peu près dans le même état que lors de son entrée à l'hôpital.

Obs. CLIX. — Chorée. — Traitement par le bromure de potassium. — Guérison.

La nommée G..., Félicie, âgée de 10 ans et demi, venue à partir du 24 décembre 1876 à la consultation de l'hôpital de La Charité.

Renseignements. — Enfant d'aspect lymphatique. Pas d'antécédents strumeux. Ni maux d'yeux, ni croûtes dans les cheveux, ni adénites. A l'âge de deux ans, diarrhée ayant duré longtemps; fièvre typhoïde, il y a trois ans. Rougeole l'année dernière.

Il y a un mois, la malade se plaignit de douleurs dans les genoux, et, presque au même moment, sa mère s'aperçut qu'elle avait des mouvements involontaires (il est impossible de savoir si la petite fille a eu de vrais accidents rhumatismaux). D'après la mère, elle aurait toujours été très-nerveuse.

Jamais d'attaques de nerfs ni de perte de connaissance.

Etat actuel. — Mouvements choréiques types ; le bras gauche est le plus agité ; mais il y a aussi des mouvements assez marqués dans le bras droit et dans les jambes.

La malade ne peut rester debout sans bouger. Ghorée assez marquée de la langue ; la malade la projette de temps en temps hors de la bouche, et, quand on la lui fait tirer, sortir, celle-ci est agitée de contractions fibrillaires.

Un peu de céphalalgie. Pas d'anesthésie. Fonctions digestives bonnes. Aucun point douloureux ; pas de névralgies.

Cœur. — Poumons. — Normaux.

Traitement. — 2 gr. de bromure de potassium ; on augmente de 1 gr. au bout de deux jours, et lorsqu'on est arrivé à 6 gr. on diminue, tous les jours, d'un gramme, jusqu'à ce qu'on soit revenu à la dose de 2 gr., puis on cesse le traitement deux jours, pour recommencer une nouvelle série de doses pareille à la première, et ainsi de suite.

25 décembre. — La malade est arrivée à prendre 4 gr. de bromure.

Les mouvements choréiques ont diminué. Presque plus de chorée de la langue. La malade a pu se remettre à coudre depuis deux jours. On continue le bromure en allant jusqu'à 6 gr.

Janvier 1877. — Pendant le mois de janvier, la malade continue le bromure de potassium, en suivant la prescription indiquée plus haut.

Le 1er février, la malade était guérie; les mouvements

choréiques avaient complètement disparu ; l'état général

était très-satisfaisant.

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