DE LA MOELLE A LA SUITE DE CHUTES OU D'EFFORTS
à une paralysie des membres supérieurs qui persiste seule.
Dans le cours même de la congestion de la moelle, on voit parfois les accidents diminuer dans un point et reparaître ultérieurement dans un lieu éloigné du siège primitif de la principale douleur. Témoin le fait suivant :
Observation III. — Congestion de la moelle^ suite d'effort ; rémission des accidents suivie de deux recrudescences . Gue'rison. — Lepelletier (Se ver), âgé de 36 ans, charretier, entre le 17 janvier 1870, à l'Hôtel-Dieu, salle xix, n" 18. D'une bonne santé antérieure, L. n'a jamais été atteint d'affection grave ou de paralysie d'aucune sorte. Le 14 janvier 1870, en déchargeant des paquets d'un poids moyen, qu'il projetait à une certaine distance, il éprouva subitement en lançant un de ces paquets, une douleur brusque dans la nuque ; on fut obligé de l'aider à descendre de sa voiture, à cause de la douleur que les mouvements provoquaient dans la nuque ; il put marcher pour regagner son domicile, mais deux camarades le reconduisirent. Le 15 et le 16, L. continua à éprouver des douleurs très-incommodes dans la nuque; les douleurs étaient surtout très-vives dans la station verticale ou quand le col appuyait sur le lit. L. a dû venir le 17 à l'hôpital en voiture. Le 17 je constate la même douleur dans le col et dans les mouvements de torsion de la tête sur le tronc.
Analgésie de la face postérieure du col et des deux oreilles. Aucun trouble de la vision. Pas de douleurs spontanées dans les membres inférieurs. Un peu d'indécision dans la marche, surtout les yeux clos ; diminution considérable de la force contractile des deux bras, sans aucune paralysie partielle. (2 applications de ventouses scarihées à la nuque le 18 et l9 janvier). Le 20,
amélioration considérable ; torce contractile plus développée aux bras ; beaucoup moins de faiblesse des deux jambes ; moins d'analgésie de la peau du cou et des oreilles : le 21, la sensibilité était normale dans cette région. Douleurs dans la nuque disparues ; les mouvements spontanés ou provoqués de la tête sur le col s'opèrent sans aucune douleur.
Le 22 janvier, dans l'après-midi, L. qui était allé seul aux lieux, éprouva subitement, en se relevant (il était accroupi sur les lieux d'aisance), une douleur vive dans la région sacrolombaire et au col ; la marche devient en même temps beaucoup plus difficile (3 ventouses scarifiées à la nuque). La douleur à la nuque et dans la région sacrolombaire augmente chaque jour; le 26, cette dernière douleur s'exacerbe considérablement (ventouses scarifiées pour 150 grammes de sang, au milieu du rachis). Dans la journée du 27, L. éprouva de la difficulté pour fléchir les jambes, surtout la droite. Douleur très-vive dans le col et dans la région sacrolombaire. Crampes par moments dans les deux jambes. Aucune anesthésie du col. (Julep avec sirop de Belladone, 25 grammes). Le 29, augmentation des douleurs sacrolombaires spontanées; impossibilité absolue de rester debout, ou assis avec l'aide de deux personnes, à cause de la douleur vive que cette position provoque. Crampes dans les deux jambes, surtout la droite, ayant leur maximum dans les mollets etressenties même pendant le repos, s'exacerbant spontanément. Pas de soubresauts. Aucun trouble de la miction ou de la défécation (ventouses scarifiées sur le rachis.) Les jours suivants la douleur dans la région sacrolombaire du rachis demeure la même. Le 3 février, on donne un julep gommeux additionné de 4 grammes de bromure de potassium. Le 4, recrudescence des douleurs dans le sacrum et dans les
DE LA MOELLE A LA SUITE DE CHUTES OU D'EFFORTS 391 fesses, sous torme d'élancements qui arrachent des cris au malade ; persistance des crampes ; quelques douleurs dans la nuque; pas d'affaiblissement des bras. (Ventouses scarifiées à la nuque.)
Du 6 au 8 février, diminution des douleurs dans la nuque et dans la région sacrolombaire. L. commence à s'asseoir seul. Le 10 février, L. a pu se lever seul et demeurer 4S minutes environ assis auprès du poêle. Aucune douleur dans toute la hauteur du rachis. Les membres inférieurs, qui ne sont le siège d'aucune douleur, recouvrent peu à peu leurs forces. Le 22 février 1870 L. quitte l'hôpital parfaitement guéri. L. a été vu dans la ville, dans les derniers mois de 1870 ; il n'avait éprouvé aucune rechute de ses accidents et avait repris son métier de charretier.
Cette observation présente, parmi ses symptômes, un certain, nombre de ceux qui caractérisent la méningite spinale ; douleurs atroces, crampes, etc. La douleur a été relativement beaucoup plus marquée que la paralysie. Cette douleur a offert un déplacement singuUer, occupant tantôt la nuque, tantôt la région dorsale du rachis et même le sacrum. Cette douleur m'avait fait redouter un instant que cette affection ne fut pas complètement curable et qu'une inflammation chronique du cordon rachidien ne persistât à la suite des accidents aigus. Les applications réitérées de ventouses scarifiées semblent avoir eu une efficacité réelle.
Des prédispositions aux congestions de la moelle, à la suite d'efforts ou de chutes, favorisent le développement des accidents. L'observation précédente nous montre en effet, un sujet chez lequel la congestion provoquée par une chute sur le dos était en voie de diminution, quand un effort léger occasionné par l'action de se relever des lieux d'aisance, amena une recrudescence des
accidents. L'état morbide antérieur de la moelle, constitue donc une prédisposition. Dans mon premier travail, j'ai rapporté (observation vi), l'histoire d'un malade que j'ai soigné de nouveau dans ma division, à l'Hôtel- Dieu, pour une nouvelle manifestation d'accidents assez semblables nux premiers et chez lequel la deuxième attaque de congestion médullaire s'est terminée par une guérison assez complète, pour permettre à cet individu de continuer son pénible métier de portefaix à la halle au blé. Je donnerai un court résumé de la partie de l'observation déjà publiée, en insistant plus longuement sur celle qui est inédite.
Observation IV. — Ancienne paraplégie dans le cours d'une maladie des voies urinaires, suivie de guérison absolue. Le lendemain d'une chute sur le dos, symptômes de lésion de la moelle ; rémissions et recrudescences ; affaiblissement de la vue, dilatation des pupilles; guérison des symptômes paralytiques, persistance de l'affaiblissement de la vue. Cinq ans plus tard, à la suite d'une chute sur e dos., affaiblissement nouveau de la motilité et de la senibilité des membres inférieurs. Guérison rapide. — Dumont (Charles), âgé de 47 ans, garçon meunier^ entre le 11 juillet 1860, à l'Hôtel-Dieu, dans ma division. A l'âge de 42 ans, D. a été atteint d'une paralysie des membres inférieurs, survenue dans le cours d'une affection des voies urinaires. En juillet 1860^ D. tombe sur le dos et glisse le long d'un escalier ; il peut néanmoins reprendre son travail le reste de la journée. Quinze heures environ après l'accident, après la nuit passée au lit, fourmillements dans les 4 membres, faiblesse telle, qu'il ne pouvait marcher ni se servir de ses mains pour boutonner ses habits : guérison apparente au bout de quatre jours ; il peut reprendre son travail pendant douze jours. Dixsept jours après Taccident, récidive de l'affaiblissement