‹ Clinique médicale de l'Hôtel-Dieu de Rouen [electronic resource]Chapitre 18 sur 38 · DE LA MOELLE A LA SUITE DE CHUTES OU D'EFFORTS · texte numérisé non relu

DE LA MOELLE A LA SUITE DE CHUTES OU D'EFFORTS

musculaire ; le vingt-unième jour, amblyopie. Du trentedeuxième au cinquante-unième jour, l'amélioration se prononce chaque jour davantage. Le cinquante-deuxième jour de la maladie, recrudescence de la douleur rachidienne, fourmillements dans les bras et dans les'jambes. Douleurs dans le col. Ces accidents diminuent de nouveau, et D. sort de l'hôpital deux mois sept jours après son accident, pour reprendre son état de meunier.

D. est admis de nouveau à l'Hôtel-Dieu, dans ma division, le 13 septembre i865. Depuis cinq ans, D. avait continué ses travaux pénibles, sans aucune interruption, il éprouvait seulement par moments des fourmillements dans les bras et les jambes, quelquefois un mouvement involontaire dans les avant-bras^ qui se portaient dans l'abduction. Le dO septembre 186S, en montant un escalier avec un sac de farine de 150 kilog. sur le dos, il tombe à la renverse et se frappe la tête contre le mur. Il se relève seul, un peu étourdi, tremblant. Il parcourut ensuite une distance de un kilomètre environ, puis se coucha, ne ressentant aucune douleur. Le lendemain matin, il ne pouvait marcher qu'avec difficulté, se tenant au lit. Au moment de l'admission à l'Hôtel-Dieu, je constatai un affaiblissement marqué des membres inférieurs, au point que D. marche avec peine ; anesthésie de la peau des membres inférieurs et supérieurs, de la peau du dos et de la poitrine. Affaiblissement de la force des deux bras ; D. ne peut soutenir ses bras horizontalement ; les jambes ne peuvent être maintenues dans la position horizontale. La vue est devenue beaucoup plus faible depuis Taccident. (6 ventouses scarifiées le long du rachis.) Treize jours après l'accident, D. marchait avec une canne. L' anesthésie vait graduellement diminué et avait disparu aux membres inférieurs et supérieurs. Au bout de treize jours, la

marche s'effectuait sans l'aide d'une canne. Soixanteonze jours après l'accident, D. reprenait son métier.

Cette observation m'a paru mériter de fixer l'attention à cause de la rémission des accidents, bien que les fonctions du système nerveux rachidien n'aient pas repris leur caractère normal. Il me semble donc démontré qu'une légère lésion du cordon rachidien, compatible avec l'état de santé, peut s'aggraver momentanément sous l'influence d'une nouvelle action traumatique , bien que la guérison soit encore possible.

Dans l'observation précédente, les accidents paralytiques vers les membres inférieurs se manifestent à la suite d'un dérangement dans les fonctions des organes génitourinaires. Ce fait n'est pas isolé.

Dans l'observation II de notre premier travail^ on rencontre la même coïncidence. Le malade atteint d'un rétrécissement de l'urètre, n'avait jamais eu de symptômes paralytiques^ avant ceux qui survinrent après la chute. Chez ce malade^ la paralysie de la vessie se manifeste trois jours après l'accident, bien que la paralysie des membres inférieurs fut très-incomplète. Ces deux accidents disparaissent avec une grande rapidité.

La théorie proposée par Jaccoud, pour remplacer celle dite paralysie réflexe (1) de Graves et de Stanley, trouve ici une application utile. « Une excitation anormale continue, dit Jaccoud, est transmise à la moelle par les nerfs sensitifs des reins, de l'utérus, des intestins, etc.; el!e épuise, au bout d'un temps variable, l'excitation propre de la région correspondante de l'organe, et l'inertie de ces éléments nerveux sous l'incitation encéphalique, interrompt les voies de la transmission motrice ; la paralysie de toutes les parties situées au-dessous du point

(1) Jaccoud, Des Paraplégies et de l'Alaxie du mouvement, p. 353, 1854.

DE LA MOELLE A LA SUITE DE CHUTES OU D'EFFORTS 395 affecte est la conséquence nécessaire de cet état de choses.»

Ces paralysies par névrolyse, comme les nomme Handfield Jones, me semblent constituer une prédisposition à la production des paralysies sous l'influence du moindre effort. J'ai observé ce résultat dans des conditions un peu différentes. Une dame de trente ans environ avait été atteinte, à la suite de couches, d'un affaiblissement rapidement progressif des membres supérieurs et inférieurs. Cet affaiblissement, qui ne s'accompagnait d'aucune douleur, d'aucun trouble sensitif, devint tel qu'on dût faire manger la malade, et que la marche fut impossible pendant plusieurs mois. Cette dame avait repris Tusage intégral des membres inférieurs, cependant elle se fatiguait facilement, elle n'avait jamais pu faire de longues courses, quand huit ou neuf ans après cette paralysie^ en faisant quelques efforts de défécation, elle éprouve un engourdissement des membres inférieurs, et tombe en essayant de se relever. Cette nouvelle paraplégie guérit en quelques mois. Ici la paralysie par névrolyse semble évidente.

Dans une autre catégorie de faits, on voit un effort quelquefois assez léger provoquer des accidents paralytiques qui semblent se rapporter à cette névrolyse et diffèrent un peu des accidents congestionnels à développement graduel ; je veux parler de ce qui se produit dans le mal de Pott. Parlant des contractions qui se produisent quelquefois dans le mal de Pott, M. Bouvier (1) s'exprime ainsi : « les contractions se manifestent à l'occasion d'une émotion morale, ou naissent sous l'influence des efforts des malades . » Le fait suivant rentre dans cette catégorie.

(1) Bouvier, Leçons cliniques sur les maladies de l'appareil locomoteur, p, 38, 1858.

Observation V. — Ostéite vertébrale, troubles fonctionnels de la moelle, augmentant par moments, et surtout sous l'influence d'efforts. M. D., âgé de 2S ans, employé dans le bureau d'un ingénieur des ponts et chaussées, éprouve en 1866, àlage de 21 ans, des douleurs et un engourdissement dans le bras droit avec affaiblissement général; il me consulta à cette époque, et je constatai une gibbosité au niveau de la huitième vertèbre dorsale. Traitement par le bromure de potassium, l'iodure de fer et le phosphate de chaux. L'état du malade s'est amélioré à la suite de ce traitement, et il a constamment pu remplir ses fonctions à son bureau. 11 ressentait seulement de temps à autre quelques fourmillements dans le dos ; faisait-il l'effort de porter un enfant, ou de traîner une voiture à bras, il éprouvait un sentiment de constriction dans la région du cœur, et était forcé de s'arrêter. Son état s'était tellement amélioré,, que lors de la levée de la garde nationale mobile en 1870^ on le considéra comme apte au service militaire ; il rejoignit son corps le 25 août, et fut réformé le 8 septembre, quand le médecin de son bataillon eut constaté sa gibbosité.

Le 18 septembre 1870, dans la soirée, il soulevait un chien qu'il voulait porter hors de l'appartement dans lequel il se trouvait, lorsqu'il fut pris instantanément d'une douleur en ceinture, à la base du thorax; cette douleur s'accompagnait d'une sensation très-pénible d'oppression, immédiatement il éprouva une grande difficulté pour mouvoir son bras gauche; D. s'alita du 18 au 22 septembre ; il conserva pendant tout ce temps une faiblesse relative, assez marquée du bras gauche, et dès qu'il essayait deserrer un objet quelconque avec la main de ce côté, surtout le bras étendu, il éprouvait dans tout le membre une douleur très-vive, qui se propageait à tout

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