SUR LA TUBERGULISATION PULMONAIRE
Parmi les auteurs que je viens de citer, Lancereaux est le seul qui affirme positivement l'influence des excès alcooliques sur la production de la tuberculose miliaire. Krans désigne la plithisie ulcéreuse rapide comme se développant dans ces conditions; Launay ne signale aucun fait qui prouve que les malades observés par lui fussent atteints de tuberculose miliaire. On peut donc répéter avec Hérard et Cornil, que la question n'est pas encore élucidée.
Depuis plus de dix ans que mon attention est fixée sur la solution de cette question^ je n'ai pu me convaincre que la tuberculose miliaire reconnut pour cause Fabus prolongé des boissons alcooliques. Aux faits cités plus haut, j'ai ajouté quelques observations récentes et d'autres empruntées à ma clientèle civile. J'ai réuni un total de 40 faits de tuberculose chez des ivrognes ; de ces 40 malades, 28 succombèrent. Aucun de ces malades n'a présenté les caractères d'une tuberculose miliaire.
A quoi tient cette différence de mes résultats avec ceux de Lancereaux? Je Tignore. Depuis 1854 jusqu'à ce jour, dans ma division médicale, qui reçoit annuellement en moyenne 75 phthisiques, dont plus de la moitié succombent, bien que j'aie pratiqué constamment depuis dixneuf ans les ouvertures des cadavres de presque tous mes malades, je n'ai recueilli que 28 observations de tuberculose miliaire, dont 24 chez des sujets au-dessus de 15 ans. Chez aucun de ces sujets, je n'ai constaté dans les antécédents l'usage exagéré des alcooliques , et cependant les excès de ce genre ne sont pas rares dans la classe ouvrière et même dans la classe aisée de la ville. Parmi les 40 cas de tuberculose chez des ivrognes, je trouve deux individus appartenant à la classe aisée ; chez eux la tuberculose n'a pas été miliaire.
La phthisie est-elle plus rapide chez les ivrognes que
LEUDET, — Clin. méd. 38
chez les individus qui n'abusent pas des alcooliques? L'analyse de mes observations ne change en rien l'opinion consignée dans mon travail lu devant le Congrès de Lyon. Chez deux malades, les symptômes appréciables de la lésion pulmonaire n'ont eu qu'une très-courte durée, de 9 mois chez un malade, de 4 mois chez l'autre. Ce dernier fait offre d'autant plus d'intérêt que j'ai pu assister à toutes les phases de la maladie. Le sujet qui en fut atteint était entré plusieurs fois dans le cours des deux années précédentes pour un ulcère simple de l'estomac. La tuberculose débuta par des accidents fébriles et le ramollissement du produit morbide s'opéra avec une telle rapidité, que, presque chaque jour l'oreille constatait l'aggravation de la lésion, une destruction plus étendue du parenchyme pulmonaire. Chez tous les autres malades, la durée totale de la tuberculose fut supérieure à une année.
J'ai recueilli deux faits qui pourraient être rangés à la rigueur dans la classe des tuberculoses miliaires secondaires. Chez un malade le dépôt granuleux se développa avec une forme fébrile au début de l'affection qui s'arrêta d'elle-même, chez l'autre malade, atteint antérieurement d'une phthisie chronique ulcéreuse, la recrudescence ultime provoqua le développement d'un semis étendu de tubercules miliaires. Ce processus morbide n'a rien de propre aux alcoolisés, il n'a pas été plus fréquent dans cette catégorie d'individus que chez ceux qui n'abusaient pas des boissons fermentées.
La tuberculose peut être lente chez les alcoolisés; ainsi sur les 40 observations, la durée de la maladie fut de un an et demi à deux ans et demi chez huit individus, de trois à cinq ans chez neuf ; chez les autres elle variait de huit mois à un an et demi, en déduisant les deux faits de phthisie ulcéreuse rapide signalés plus haut.