SUR LA TUBERGULISATION PULMONAIRE
Ce relevé démontre que les abus alcooliques n'accélèrent pas la marche de la tuberculose. Je ne possède pas l'analyse numérique complète de tous les cas de tuberculose soignés dans ma division depuis 20 ans, mais l'analyse encore incomplète de ces faits me permet de dire que la proportion des cas lents et rapides chez les individus non alcoolisés est très-approximativément celle que j'ai indiquée. Sans préjuger les résultats de cette enquête clinique il m'est possible d'affirmer que beaucoup de tuberculeux, appartenant à la classe ouvrière, offrent une évolution très-lente de la maladie, et que les exemples d'arrêt prolongé ou même définitif du processus morbide sont loin d'être rares. Il m'a semblé utile d'ajouter cette remarque ; peut-être trouvera-t-on l'explication de la divergence de mon opinion avec celle de Lancereaux. Farr^ le savant Registrar gênerai d'Angleterre, a formulé cette loi, que la fréquence et la rapidité de la tuberculose étaient en raison directe de la densité de la population par unité de surface métrique.
Si, conformément à cette loi, la tuberculose marche plus lentement à Rouen qu'à Paris, il n'est nullement étonnant que cette affection conserve chez les alcoolisés la même différence de durée.
La gravité de la dyscrasie alcoolique n'exerce aucune influence sur la rapidité de l'évolution des tubercules pulmonaires ; un des malades couchés dans ma division au moment où j'écris ces lignes a été atteint, il y a deux ans, d'accidents de paraplégie incomplète. Pendant la décroissance de ces accidents nerveux, la tuberculose apparut ; sa marche a eu lieu par poussées lentes, séparées par des rémissions plus ou moins incomplètes, et l'ensemble a offert les caractères d'une tuberculose pulmo* naire chronique.
L'abus antérieur des boissons alcooliques exerce t il une influence sur la séméiologie de la tuberculose -pulmonaire? Pour répondre à cette question, il est nécessaire d'étudier si les symptômes généraux et locaux présentent sous l'influence de la dyscrasie alcoolique une modification quelconque, si les complications qui surviennent à ses diverses périodes empruntent une forme spéciale à l'antécédent que nous étudions.
J'ai déjà montré que les individus qui avaient abusé des liqueurs alcooliques présentaient assez rarement la forme fébrile aiguë de la tuberculose ; chez un alcoolisé, soigné depuis plusieurs années dans ma division pour un ulcère simple de l'estomac, l'invasion de la tuberculose fut accompagnée d'accidents fébriles continus ; c'était l'exception dans les cas soumis à mon observation. Plusieurs sujets soignés depuis longtemps dans mes salles pour des accidents de dyscrasie alcoolique, furent atteints de tuberculose lente, accompagnée de symptômes généraux si peu prononcés que ces symptômes seuls n'auraient pas permis de formuler le diagnostic; chez un malade la forme latente fut constante pendant tout le cours de la tuberculose pulmonaire. Je peux donc affirmer que cbez les alcoolisés, la tuberculose peut être latente, comme cliez les individus qui n'ont pas abusé des liqueurs fortes. La proportion relative de fréquence des formes fébrile et latente est-elle la même cbez les individus appartenant à ces deux catégories ? Je n'ai pas de renseignements pour répondre à cette question, cependant j'ai la conviction que la pbtbisie peut être, tantôt latente, tantôt fébrile et accompagnée de symptômes généraux graves cbez les alcoolisés et que la forme latente est probablement la plus fréquente.
Les symptômes de la tuberculose dont la fréquence est incontestable sont surtout la diarrhée et les accidents