XLIII. — DES CHOREES
Messieurs,
Ceux d*cnlre vous qui suivent assidûment depuis plusieurs années ccconi de clinique, auront vu, tant dans notre salle des hommes que dans notre ta des femmes, un assez grand nombre d*individus atteints d'affections convukin ayant pour caractère commun une agitation musculaire, des mouvements, d contorsions plus ou moins désordonnés, plus ou nrains bizarres, aflectioi auxquelles le tenue générique de chorécs (du mot grec x&p<t«» dansé) sen parfaitement applicable.
Pour ne vous rappeler ici que les faits les plus récents, nous avioDS à même épocpie, dans notre salle Saint-Bernard, trois femmes : l'une, âgée < vingt ans, couchée au n"* 2 ; la seconde, une jeune fille de seize ans, aQU*3l une troisième, âgée de dix-neuf ans, au n® 31 biSy qui toutes trois étaie affectées de la même maladie survenue dans des circonstances très-différenti et dont nous retrouvions tous les symptômes chez un jeune homme de di neuf ans entré au n* h de la salie Sainte- Agnès. Chez ce jeune homme, vo avez été, de prime abord, frappés de Pair d'hébétude et dlmbécillîté «(o'il pr sentait. Sans cesse grimaçant, ricanant à tout propos, il répondait mal ai questions que nous lui adressions, et semblait à peine les comprendre. L'affi blisscmcnt de ses facultés intellectuelles était cependant encore plus appare que réel, car ce qui lui donnait cette apparence d*un imbécile, cet air griin çant et ricanant qui a tout de suite appelé votre attention, c'était Tagiiatî convulsivc continuelle des muscles de sa face; c'étaient aussi les iiiouvemei désordonnés, les contorsions bizarres auxquels il se livrait, et qni n'étaie nulle part plus prononcés que dans les membres, et principalement dans I bras.
Dans cette même salle Sainte Agnès, aux n*** 8 et 9, vous voyiez do
hommes : celui-ci âgé de cinquante et un ans, chapelier de son état, professi
dans laquelle on emploie, |)our fouler le feutre dont on fait les chapeaux, I
'^ préparations hydrargyriques, le nitrate acide de mercure; celui-là exerçant
I métier de peintre en bâtiments, et nous affirmant qu'il n'avait jamais eu
\ coliques de plomb, aucun accident saturnin, mais avouant aussi qu'il av
l'habitude de boire chaque matin à jeun de Teau-de-vie, sinon de manièn
s'enivrer, assez du moins, suivant son expression, pour s'exciter. Ces de
' hommes étaient pris d'un tremblement universel des membres supérieurs
inférieurs ; tremblement tel, que le malade du \V 9 ne pouvait se tenir debm alors même qu'il s'appuyait le long des montants de son lit, qu'il pouvait peine manger, tant il lui était difficile de |)orter ses aliments à sa bouche,
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que sa langue elle-même participant à raiïection des muscles, il parlait avec h plus grande difficulté.
£nGn, au n"" 6 de la salle Saint-Bernard, était couchée une jeune fille de treize ans et demi, également attpinte d'une agitation convulsive qui s'était produite à la suite d'accidents qu'elle racontait ainsi. Elle était habituellement bien portante ; réglée depuis dix-huit mois, ses fonctions menstruelles qui s'étaient tout de suite bien établies n'avaient jamais été troublées ; jamais non plus elle n'avait eu d'attaques de nerfs, mais elle riait, pleurait sans motif réel, s'effrayait d'un rien, et présentait tous les attributs de la mobilité nerveuse. Seize mois environ avant le début de la maladie qui l'amenait à l'hôpilal, elle avait eu une fièvre typhoïde qui avait duré six semaines, et avait laissé pour reliquat des maux de léte continuels auxquels elle n'avait jamais été sujette auparavant. Cinq semaines avant son entrée dans nos salles, elle s'était rendue à son ouvrage comme d'ordinaire, lorsque, dans le courant de la journée^ die fut prise de mouvements convulsifs des bras et des jan^bes, mouvements assez modérés d'ailleurs, car elle continua de travailler. Le lendemain, ces mouvements devinrent plus violents, et de plus d'autres phénomènes les accompagnèrent. Sans raison, la jeune fille eut des accès d'une guelé exagérée qui ne se calmèrent même paslorsc|u'elle alla voir sa mère qui était malade, et bien que, dit-elle, cette visite l'eût vivement émue ; loin de ft, cette gaieté folle augmenta de plus en plus toute la journée. Le jour suivant , elle retourna à son atelier, et malgré les mouvements dont ses mains et ses bras étaient toujours agités, elle se livra à ses occupations habituelles ; elle les avait encore reprises le lendemain, lorsque vers onze heures du matin se déclarèrent des accidents plus sérieux. Tout à coup elle devint pâle et perdit presque connaissance. Cette lipothymie persistant, on la reconduisit chez elle; die se plaignait alors de frissons, d'une sensation générale de froid qui la faisait grelotter et claquer des dents. A quatre heures du soir, elle eut une syncope complète, bientôt suivie d'une attaque de convulsions assez violentes pour qu'on fût obligé de la maintenir à l'aide d'une camisole de force. Cette atuique dura une heure et demie, accompagnée de délire pendant lequel la malade chantait et poussait alternativement des cris furieux qui mirent toute la maison en émoi. Pendant cette crise, son visage était rouge, turgescent, son air hagard. C'est alors qu'on la transporta à l'Hôtel-Dieu. Là cette grande crise se calma d'elle-même rapidement^ mais laissa à sa suite l'agitation musculaire convulsive qœ nous avons vue.
La malade étant étendue dans son lit, ces convulsions consistaient en des mouvements alternatifs de flexion et d'extension se répétant d'une façon continue, mais toujours dans le même sens. Si on l'invitait h prendre un objet qu'on lui présentait^ cet objet fût-il d'un petit volume, comme une épingle par exemple, elle le saisissait, en portant sa main vers lui par saccades ; mais ^ y arrivait sans peine et en suivant une ligne directe. L'objet saii>i, elle ne le lâdnît plus, et, tout en continuant de trembler, elle pouvait fixer cette TRouUftAir, 2« édit. — n. Il
IM DE8 cnoRÉcs.
eiciutivement. La malade ne pouvait manger seule; la marche était ioipofiiibh la cborée peraiiuit la nuit presque entière, et empêchait le sommeil. Elledai ainsi jusqu'au 1^' juin, c'est*à-dire environ deux septénaires. Elle décr graduellement à partir de ce jour, et le 15 juin, c'est-à-dire après cinq s roaines, la guérison était complète ; il n'y eut du reste à noter aDcnoe atteii de la santé générale pendant tout ce temps ; aucun phénomène ooncomiti ne mérite mention, si ce n'est la coexistence de douleurs névralgiques dans longueur du bras, au niveau de l'inseilion du deltoïde et au niveau du ooo (sans gonflement ni rougeur des parties et sans fièvre).
9 Le traitement fut simple : à l'intérieur, il consista en un mélange poudre d'oxyde de zinc et de poudre de belladone, porté gradodiement 25 centigranunes à 1 gramme pour l'un, et de 5 k 10 centigrammes pa l'autre ; k l'extérieur, applications de chloroforme étendu d*ean an trentièii qui calmèrent les douleurs du bras agité de mouvements cboréiques» et um sage des membres, de la jambe surtout qui n'était point doolooreosa*»
Un fait analogue est rapporté dans les leçons cliniques de Graves, qai ohsa une dsnse de Saint- Guy très-violente, chez un pharmacien de Dublin, Igé aoiunte et dix ans.
M. le docteur Henri Roger fait remarquer, avec juste raison, que chez malade, il s'agissait bien d'une danse de Saint-Guy. « L'intégrité complétai fanctions du système nerveux, avant la manifestation de cette affection oo vulsive, l'absence de maladie cérébro-spinale antécédente ou consécutive, forme non équivoque des accidents, qui étaient bien choréiques et non dm formes, la durée de la névrose qui fut k peu près la durée ordinaire, sa ten naison heureuse t, justifieraient pleinement ce diagnostic.
Ces exemples rares de danse de Saint-Guy survenant chez des indivii qui ont passé l'âge de h puberté ont été recueillis presque exclusivement d des femmes. Le sexe pue donc ici, en tant que cause prédisposante, un i fort important Cette influence du sexe féminin est très-remarquable dans périodes de la vie où la chorée se montre le plus ordinairement ; la statîstic démontre, en effet, que la proportion entre les filles et les garçons est com 3 est à 1. Cette proportion est encore plus grande après la puberté, et I peut dire que, passé Tâge de quinze ans, la danse de Saint-Guy est une exo tion chez les hommes, tandis qu'on en citerait encore un assez bon nom d'exemples chez les femmes. A ce propos, messieurs, je ne puis m'empéc de vous faire observer que le rhumatisme articulaire sévit plus fréquemn sur les hommes que sur les femmes, ce qui tendrait à donner moins de val à l'opinion qui bit de la danse de Saint-Guy une expression de la diatt rhumatismale.
Répéter, avec les auteurs qui se sont crus obligés de l'Indiquer, que tempérament nerveux prédisposait plus que loot autre h cette névrose, paraît une banalité dont M. G. Séo a fait justice, ainsi que de l'influence la constitution.